Down the Dark Hall (Cortès, 2018)

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Down the Dark Hall suit l’histoire de Kit Gordy, une adolescente rebelle, qui devient de plus en plus difficile à gérer pour sa mère. Elle est envoyée à Blackwood, un mystérieux pensionnat. Elle y fait la rencontre de l’étrange directrice Madame Duret et des quatre seules autres élèves du pensionnat, des jeunes filles au passé également trouble. Mais en se promenant dans les couloirs de l’établissement, Kit va vite se rendre compte que quelque chose d’étrange se passe à Blackwood. Entre une pièce interdite d’accès, une élève qui perd le contrôle de son corps et des apparitions mystérieuses, Blackwood semble hanté par une force démoniaque.

Il s’agit de la nouvelle réalisation de Rodrigo Cortès (Buried, Red Lights), connu pour son goût des univers clos et des personnages luttant pour leur survie mentale puis physique. De telles thématiques ne pouvaient en toute logique que se fondre à merveille avec le gothique, qu’il soit ancien (le principe de la demeure qui dévoile son attrait fantastique peut le relier à des œuvres telles que La maison du diable de Robert Wise ou plus proche de nous, le très réussi Winchester des frères Sperring), nouveau (on pense bien entendu à Crimson Peak de Del Toro), mais à l’écran le résultat est mitigé. Non pas que la réalisation ne prenne pas toute la mesure des possibilités du lieu, l’exploitant afin d’en rendre parfaitement l’aspect massif, bourgeois et loin de toute modernité. Car le genre est d’ordinaire ancré dans une époque particulière, la fin du XIXe siècle (cela se vérifie de Frankenstein [Whale, 1932] à The Asphyx [Newbrook, 1972]) et surtout un cadre sentant bon l’architecture victorienne ou européenne, mais presque jamais américaine. Où plutôt, on peut y voir le signe d’une tendance toute récente.

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Non, le souci n’est pas non plus dans le casting qui marie jeunes gloires, avec en première ligne la toujours impeccable AnnaSophia Robb (Vu chez Burton dans Charlie et la chocolaterie), et de valeurs sûres avec une Uma Thurmann bluffante. À noter aussi la révélation de ce casting, l’excellente Victoria Moroles dans le rôle de Veronica Diez. Le souci n’est pas non plus à chercher du côté de la musique qui a la bonne idée, surtout si on le regarde en VOST, de jouer non seulement sur la répétition (on peut penser ici aux compositions des années 1970, surtout Dr Phibes où le personnage titre joué par Vincent Price joue sans cesse le même morceau d’orgue), mais surtout sur la musique écoutée par le personnage principal au fil de l’œuvre, reflétant ainsi son état d’esprit évolutif vers la folie puis vers la santé mentale, mais créant une dynamique particulière entre l’espace filmique sonore et celui du spectateur, avec le personnage comme prisme d’interprétation. Tout cela concourant à une technique au service d’un scénario lui aussi intéressant. D’abord, parce que les personnages des jeunes filles sont modernes dans un espace et un genre qui ne l’est pas, forcées de s’y intégrer (l’interdiction des téléphones portables et des écrans), ensuite par sa thématique ambitieuse : permettre à des génies de finir leurs grandes œuvres à travers leurs esprits (pour faire court et pas trop en dire). Si pour le personnage principale, la progression est forte, la construction plus large pose souci dès qu’on y regarde de plus près. En effet, le récit se divise en deux parties, la première qui correspondant au résumé ci-dessus, puis une seconde basculant plus clairement dans la folie et le spectaculaire (ce qui est nouveau dans le genre, car très théâtrale depuis toujours, mais mettons cela sur le compte d’une américanisation du style, notamment pour emboiter le pas au très décevant mais très lucratif It [2017, Muschetti]). Ce choix impose un challenge scénaristique complexe à gérer et malheureusement seulement à demi-réussi.

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Car de par sa nature théâtrale sinon littéraire (le gothique est liée à l’origine à des œuvres comme celles d’Oscar Wilde ou de Bram Stoker), c’est un genre qui tient son charme de sa construction dramatique. Autrement dit, il faut un nœud émotionnel fort et un dilemme prenant, c’est un drame exagéré en quelque sorte, or ici, cet aspect pâtit de l’écriture. D’abord par un trop brutal changement en son milieu, faisant disparaitre la plupart des personnages secondaires sans explication parfois après les avoir réduits à des utilités, concentrant toute sa narration sur le personnage principal et basculant dans le récit éculé du  »lieu dont on découvre l’histoire sanglante, où se trouve le mal ». Si le spectacle et la mise en scène restent des points forts, ces choix laissent penser à une volonté contrariée. D’abord parce qu’adapté du classique écrit par Lois Duncan et paru en 1974, faisant tout de même 270 pages en version américaine, réduit ici à 96 min, obligeant à des raccourcis et laissant de côté le style poétique de l’ouvrage. Ensuite parce que le cinéma d’horreur d’aujourd’hui, en Amérique du Nord surtout, est à la redécouverte d’anciens genres (le film de babysitter avec l’excellent The Babysitter [McG, 2017], le giallo avec le remake prochainement visible du monument d’Argento, Suspiria, entre autres) en les forçant à correspondre au penchant typiquement étatsunien de l’explication rationnelle à tout prix. Pourtant, néanmoins, dans son dernier acte, on peut sentir une volonté de s’en échapper (non pas de spoiler !). Soit dans son ensemble, une œuvre avec plus de qualités que de défauts, mais surtout une promesse tenue, malgré plusieurs compromis, commerciaux notamment.

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