Les mauvais esprits (De Fleur, 2018)

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Résumé :

Jackson et Angela ont monté une escroquerie en se faisant passer pour des chasseurs de fantômes et en vivent plutôt bien. Un jour qu’ils sont chargés d’enquêter sur une vieille maison hantée, de véritables terreurs surnaturelles occupent la maison, et même un mal bien plus grand encore…

Critique :

Cette production anglo-islandaise déçoit, sans pour autant être sans intérêt. Le film se présente comme une énième histoire d’une équipe de tournage d’émission sur le surnaturel, avec des enquêteurs cyniques se retrouvant face à des événements qui mettent à mal leurs convictions, mais il est plus malin que cela. Tout d’abord, le métrage offre un scénario plus subtil que la majorité des films de ce genre grâce à des personnages forts. D’un coté, une médium manipulée par un frère aussi mégalo qu’aimant, ayant peur d’être aussi folle que sa mère, de l’autre, une mère aimant son fils supposé responsable de plusieurs infanticides. À partir de là, le traitement du récit dévie heureusement du schéma habituel : une équipe cynique entre puis découvre une entité surnaturelle qui les tue et fin, pour offrir un second degré fort en termes de construction de personnages. D’autant que l’atmosphère elle-même est inclassable pour le spectateur européen. La composante islandaise est à prendre en compte, car c’est un cinéma sans gros moyens, jouant beaucoup sur des trucages de plateau et des effets de mise en scène davantage sur des effets spéciaux. Ainsi par le passé, ce pays nous a offert les cultes Dark Floors et ses monstres (réalisé par le leader du groupe de hardrock Lordi) ou la saga Dead Snow et ses nazis zombies, avec un goût tout particulier pour les pitchs sortant de l’ordinaire. Cette approche se ressent dans le soin porté aux décors ainsi qu’aux extérieurs, notamment les forêts, à l’opposé de l’école anglaise plus en intérieurs et en détails, mais nous y reviendrons.

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Ici, la production y propose un usage de ses derniers dénotant dans le genre exploré, traditionnellement plutôt en lieux clos et vieilles maisons (voir le navrant Épisode 50, ou les plus recommandables Le dernier exorcisme produit par Eli Roth et Troll Hunter, jouant eux aussi sur les codes du faux documentaire fantastique), de plus, ici, l’une des bonnes idées est d’alterner les séquences filmées comme un documentaire et celles plus classiques, voire proposant une alternance des codes tout à fait appréciable. Avec bonheur lorsque les éléments de la narration classique induisent en erreur et alimentent les retournements de situation. Avec tiédeur lorsque cela amène des éléments aussi rapidement exploités qu’oubliables, comme une vague histoire de gangster ou des personnages dont même le nom n’est pas dit. Cependant, le moment fort est son dernier tiers où le procédé fait merveille : les victimes et les coupables ne sont pas ceux qu’on croit, les horreurs ne sont pas de la nature anticipée. L’aspect anglais ajoute à l’ensemble une rigueur old school dans la mise en scène, donnant à plusieurs séquences un véritable charme. Pour les spectateurs attentifs et patients, le film déploie dans certaines séquences un soin aux moindres détails des décors et des costumes, rendant les atmosphères et illustrant des blackgrounds efficacement (surtout lors de l’arc autour de la famille dévastée par la mort d’une mère), sans besoin de surverbaliser. D’ailleurs, c’est un autre point fort : le scenario ne se perd jamais dans des dialogues inutiles ou trop littéraires, pas non plus de pseudo explications à l’aspect surnaturel.

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Au point que les personnages en présence sont tous conscients de la mis en scène, tantôt acteurs tantôt spectateurs du procédé. Beaucoup de bonnes choses donc, simplement gâchées par un défaut de structure narrative. En effet, la construction en trois actes est ici défaillante. La première partie apporte une psychologie aux personnages, avec une grande efficacité, alors que la seconde passe trop de temps à explorer basiquement des schémas trop connus. La médium accepte sans vraie raison d’aller dans la maison pour une mission de plus, sinon que de rendre possible la suite du film, et à partir de ce point, si les événements et les révélations fonctionnent à plein, l’empathie n’est plus tout à fait présente. D’autant moins qu’une histoire d’amour dispensable et n’apportant rien en terme d’incidence sur les événements vient un peu alourdir un dernier tiers de grande qualité. Le filmage est lui aussi en dents de scie : pour un plan malin, une série de plans et un montage rappelant le pire dans le genre. La qualité de la production rend le tout digeste et même sympathique, sans pour autant le rendre inoubliable. Un premier pas vers la production islandaise cela dit qui gagnerait à être plus connue sur nos terres, rien de plus et c’est déjà ça. Et en plus, Florence Pugh est excellente dans le rôle principal.

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