Solstice d’hiver – Traditions européennes

Décembre. Mois des embruns de gel sur le visage et des senteurs d’épices dans le thé. Mois du solstice d’hiver où les plus longues nuits de l’année substituent au soleil.

Le solstice d’hiver est un moment très spécial de la période hivernale : la lumière regagne de la force face aux ténèbres de la nuit. Chaque année, autour du 21 décembre, le soleil semble se figer dans le ciel pâle : il se lève et se couche au même endroit pendant trois ou quatre jours. Le solstice d’hiver est également le moment où les nuits sont les plus longues, quand le souffle du soleil est au plus faible. Puis, à mesure que les nuits s’éteignent, le soleil reprend son voyage, son cycle éternel de perpétuelle avancée dans notre ciel.

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Solstices et Équinoxes.

En attendant le Père Noël…

De nombreux peuples se livrent à des rites pour honorer ce solstice : accueil du soleil, protection du foyer contre les ténèbres de la nuit, célébration de la vie, danse, théâtre, banquet, et par-dessus tout, les lumières du feu, guides parmi les guides dans les sombres nuits hivernales. La fête de Noël a totalement été absente les trois premiers siècles de notre calendrier. Ce n’est que dans les années 1930 qu’apparaît la figure du Père Noël, digne héritier d’Odin et de saint Nicolas, sans qui cette fête semblerait fade. D’abord habillé de vert puis célèbre pour son manteau rouge, le Père Noël est le personnage emblématique de Noël. C’est alors que la marque Coca-Cola s’empare de cette figure pour le revêtir de sa couleur écarlate. Aussi, la légende placerait la maison du Père Noël en Laponie, accompagné de ses huit rennes, chiffre qui n’est pas sans rappeler les pattes du cheval d’Odin, Sleipnir. À l’origine, la fête de Noël était une célébration du solstice d’hiver, Yule pour le Grand Nord et la fête mithriaque du Natalis Invicti.

Pendant la Rome antique :

Aujourd’hui, le solstice d’hiver païen a été remplacé par la fête chrétienne de Noël, unique jour de célébration. Yule, quant à lui, était célébré durant une douzaine de jours. Durant l’Antiquité romaine, le solstice d’hiver était accueilli avec une joyeuse fête appelée les Saturnales. Dans la Rome antique, on fêtait le 25 décembre la fête du Natalis Invicti de Mithra, représentant la course solaire dans le ciel. Au IIe siècle, le solstice d’hiver en Italie a évolué en une célébration du Sol Invictus, célébration qui a donné lieu à une divinité solaire autour du IIIe siècle. Le Sol Invictus était une fête officielle de l’Empire romain au moment du solstice d’hiver, afin de célébrer la naissance du Soleil. Elle prolonge alors les Saturnales. Par ailleurs, Aurélien n’a même pas eu besoin d’importer de ses voyages en Syrie le dieu Soleil, sa mère en était déjà une prêtresse. L’empereur romain a construit à Rome l’un des plus riches temple à l’effigie du Sol Invictus. De ce fait, l’Église aurait choisi cette date afin de transformer ces fêtes païennes en une fête chrétienne coïncidant avec la naissance du Christ. Dans cet article, nous nous intéressons davantage aux célébrations celtiques et nordiques du solstice d’hiver. À noter que Yule signifie « roue », comme symbole du cycle de la nature.

Toutes ces célébrations se rassemblent pour fêter le bannissement de l’obscurité au profit du retour de la lumière du soleil.

Chez les Celtes :

La traditionnelle fête du solstice de douze jours a été déclarée comme saison sacrée par l’Église, et est devenue au fil du temps les Douze jours sacrés de Noël dont les célébrations vont du 25 décembre au 6 janvier. Au cours de cette période, la religion chrétienne interdit toutes les formes de travail ou d’activité publique, à l’exception des métiers qui contribuent au bon avancement des festivités. Douze jours de festins et de banquets, de danses et de feux de joie. Des chanteurs nommés waits chantaient les chansons de Noël traditionnelles, appelés Carols, accompagnés de harpe, de violon ou de cornemuse. Généralement, les activités artistiques tournaient autour des motifs de la mort de la résurrection, symbolisant la fin de l’année obscure pour céder sa place au renouveau.

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Dean Morrissey, A Christmas Carols.

En Écosse :

Le solstice d’hiver était particulièrement joyeux. Influencé par les invasions scandinaves, la fête a gardé le nom de Yule dans de nombreuses régions, tandis que les Douze Jours de Noël étaient nommés « les jours cinglés ». Néanmoins, au XVe siècle, l’Église fait pression contre les pratiques païennes : les festins cèdent leur place au jeûne, et l’Église écossaise réformée par Kirk dénonce Yule comme une abominable pratique papiste. Les puritains poursuivent les citoyens pour crime de « péchés » si ces derniers se livrent à des danses, à des musiques ou à des chants le jour de Noël. Seuls les Highlanders et les habitants des îles continuent les anciennes célébrations païennes. C’est aux alentours de 1800 que l’Église autorise à nouveau ces fêtes lorsqu’elle relâche son influence.

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L’hiver en Écosse.

En Irlande :

Les célébrations du solstice d’hiver duraient de Nollag Mor, le Grand Noël, le 25 décembre, à Nollag Beag, le Petit Noël, le 6 janvier. C’était la fête la plus importante pour tout le pays d’Eire. Elle prodiguait aux Irlandais un grand sens de l’amour envers autrui ; les gens étaient alors plus enclins à la générosité et à la dévotion. Les préparations pour la saison hivernale se prévoyaient de nombreuses semaines à l’avance. Les habitants se rejoignaient au Margadh Mor, le Grand Marché, afin d’amener Noël chez eux. Ainsi, les Irlandais apportaient du beurre, des œufs, des animaux de la ferme, des légumes, de la viande, du tabac, du whisky, divers alcools, et des épices et fruits secs afin de confectionner les fameux puddings de Noël. Chacun faisait des cadeaux aux autres, coutume qui possède une très ancienne racine dans les vieilles lois du pays.

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Irlande, berger et ses moutons.

Quelques objets traditionnels :

La bûche :

Originaire d’Écosse, la bûche était également appelée la Cailleach Nollaigh, « vieille épouse de Noël », ou Yeel-carline, « vieille femme de Yule », car elle incarnait l’image de la Cailleach qui avait englouti la lumière pendant son règne hivernal. Brûler la bûche, c’était libérer la lumière du Soleil. Cette bûche devait être relativement grosse pour brûler toute la journée de Noël, ainsi que pendant les nuits suivantes.

Les cérémonies de la bûche de Noël commençaient avec un grand nettoyage de la maison. Ce n’était pas un simple nettoyage : toute la maison était soigneusement époussetée, c’était une purification de l’endroit où les habitants logeaient. Le patriarche de la maison devait ramener, une fois le ménage effectué, la plus grosse bûche qu’il pouvait trouver. Idéalement, le chef devait sculpter la bûche en forme de vieille femme — la Cailleach —, comme incarnation du froid et des ténèbres. Elle était jetée dans le feu en guise d’offrande pour faire revenir le Soleil. Ce rituel avait aussi pour fonction de ne pas faire rentrer la mort dans le domaine familial. Traditionnellement, la bûche de Noël était placée sur l’ancien morceau de bois de l’an passé.

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Les bougies :

L’allumage des bougies de Noël est l’une des coutumes les plus simples à réaliser lors du solstice d’hiver. Dans les temps jadis, les habitants du Nord laissaient brûler des torches enflammées durant le solstice d’hiver. Plus tard, les peuples ont gardé l’idée des flammes par l’intermédiaire des bougies, bien souvent des blanches, mais aussi des rouges pour signifier le sang de l’hiver. Les bougies étaient allumées la veille de Noël lors d’une grande cérémonie, marquant le moment de la fin du travail et le début de la magie de la fête chrétienne. Il y avait une raison spéciale d’allumer les bougies la veille du 25 décembre : cela avait pour but de montrer à Marie et Joseph, qui n’avaient pas pu trouver d’auberge à Bethléem, qu’ils seraient sûrs de trouver refuge chez quiconque allumait un chandelier.

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Bougies de Noël.

Le houx :

Appelé également « bois sacré », le houx possède des feuilles brillantes ornées de petits grelots rouges vifs. Cette plante symbolise l’espoir d’une vie immortelle lors des doux jours de l’hiver. Les Romains décoraient leurs foyers et leurs temples avec du houx lors des Saturnales et s’envoyaient mutuellement plusieurs branches de ce bois sacré afin de souhaiter les meilleurs vœux à leurs proches. Avec l’arrivée du christianisme, le houx a continué de peupler les foyers et est devenu le symbole du Christ avec ses feuilles piquantes rappelant la couronne d’épines et les baies rouges le sang de Jésus.

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Houx, bois sacré.

 

 


Sources :

Mara Freeman, Vivre la tradition celtique au fil des saisons, Guy Trédaniel éditeur, Paris, 2002.

Jean Noiville, Les origines du Natalis Invicti, Revue des Études Anciennes, 1936.

J.-B. Thibault, La Solennité de Noël, Revue des études byzantines, 1920.

Martyne Perrot, Ethnologie de Noël, une fête paradoxale, Grasset, Paris, 2000.

Hors mentions contraires, les images proviennent de Pixabay.

 

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