Jérôme Cavailles, à la croisée de l’art et de l’Histoire

Jérôme Cavailles est un artiste albigeois, qui vit entouré d’objets curieux et anciens. Naturellement, son art de la chine couplé à son imagination lui a permis de créer un cabinet de curiosités rempli de tableaux, collages, sculptures, livres divers et variés. L’artiste mélange, colle, coupe, redonne vie à de vieux objets pour en créer de nouveaux. Ses tableaux, carnets et crânes décorés sont à la fois des témoignages des temps passés et des œuvres propres, étranges et énigmatiques. Il a accepté avec gentillesse de répondre à mes questions.

~ Bonjour Jérôme ! Vous possédez un très beau cabinet de curiosités, réalisé avec soin. D’où vous est venue cette passion ?

Je suis petit et arrière-petit-fils d’antiquaire, et j’ai toujours vécu au milieu d’objets anciens de toutes sortes et de toutes origines, on peut dire que j’ai ça dans mes gênes. Je suis un chineur compulsif…

~ Vous chinez, collez, assemblez, pourquoi avoir choisi cette forme de création plutôt que de la peinture, par exemple ?

J’ai fait des études d’arts, j’ai donc pratiqué longtemps les techniques dites classiques. Un jour, alors que j’avais mis de côté l’art, je suis tombé sur un coffre rempli d’objets bien rangés, il y avait même un crâne. Je me suis imaginé que quelqu’un avait trouvé ça dans son grenier, et en faisant des recherches, je me suis aperçu que c’était une œuvre de l’artiste américain Ron Pippin. J’ai eu un véritable coup de foudre artistique pour son travail.

 

~ Votre cabinet est un peu morbide, si l’on se réfère aux crânes que vous fabriquez vous-même, et très nostalgique (je pense notamment aux carnets et tableaux faits de collages d’anciennes photos). Est-ce que ce sont des sentiments et impressions qui sont à l’origine de votre créativité ?

Pas du tout, je traite le crâne comme ceux rapportés d’expédition dès le XVIe siècle, ça n’a donc rien de morbide, au contraire, ils étaient simplement considérés comme des objets de curiosités. On en trouve beaucoup dans tous les musées du monde. Le crâne « objet » est très présent dans toutes les civilisations, y compris la nôtre.

~ Vos crânes momifiés recouvert d’or font penser aux momies égyptiennes et incas. Est-ce que ce sont des peuples qui vous fascinent ?

En effet, je suis fasciné par ces deux civilisations dont la culture ne cesse de m’inspirer.

~ Vous semblez figer la mort dans vos collages et sculptures sous les traits de personnes disparues. Peut-on dire que travailler dessus est une forme d’exorcisme ?

Non pas du tout. Je fais souvent référence au fait que nous sommes tous mortels, ceci faisant écho au memento mori. Quand je travaille sur la Grande Amérique, j’aime bien rappeler que ce pays fascinant s’est construit sur un génocide.

~ En voyant votre travail, on plonge vraiment dans le passé. Vous l’avez d’ailleurs montré au public lors d’une récente exposition hommage aux soldats de la guerre 14-18 : Art Mémoire de la Guerre, à Saint-Martin-en-Haut en octobre 2018. Est-ce que l’Histoire est une autre de vos passions ?

L’Histoire fait partie de mes multiples passions, je m’en sers de guide, de fil rouge pour mon travail.

~ Pourquoi avoir choisi de travailler sur cette période historique ?

Mon travail utilise des images et des objets de la fin du XIXe jusqu’aux années 1960. Le centenaire de la fin de la 1ère guerre mondiale m’a forcément inspiré et j’ai donc créé cette exposition qui m’a demandée un an de travail.

~ Vous décorez des carnets en les « rendant au passé » (ajout de photos noir et blanc, sceaux en cire, etc.). On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec les lettres envoyées et les journaux tenus par les soldats lors de la Grande Guerre. Est-ce volontaire ?

J’ai commencé à créer des « Carnets de Vies » il y a trois ans environ, et il est évident que ce genre de support était parfait pour évoquer cette période.

~ En parlant d’écrire, écrivez-vous ? Quel rapport avez-vous avec le journal intime ?

Non j’écris pas, mais j’essaye de raconter des histoires autrement avec mes œuvres. Je n’exprime pas le besoin d’avoir un journal intime.

~ Quelle est la question qu’on ne vous a pas posée et à laquelle vous aimeriez répondre ?

Je sais pas, mon travail interroge tellement les spectateurs que je pense avoir eu toutes les question sur celui-ci…

 

 


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3 Commentaires

  1. Le mot « Cabinet de curiosités » correspond parfaitement au travail de cet artiste… Et cette patine du temps proche ou lointain a quelque chose d’envoûtant. Peut-on savoir si ce cabinet se visite ( au cas où je passerai à Albi) ?

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