Exposition : Memento Mori, Vanité et art macabre contemporain

L’exposition « Memento Mori – Vanité et art macabre contemporain » s’est déroulée du 18 au 24 mars 2019 à la Galerie Jour & Nuit, présentée par Fany Eggers, membre de l’association Danse Macabre d’Europe (DME). Pour rappel, la Danse macabre est née au Moyen Âge. Autrement appelée « danse des morts », elle proposait une chorégraphie funèbre à l’esthétique singulière et a ainsi marqué l’histoire de l’art. Pour vous mettre dans l’ambiance, vous pouvez écouter Danse macabre de Camille Saint-Saëns durant la lecture de l’article ou encore la Jeune fille et la Mort de Schubert !

L’exposition prend place en parallèle du XVIIIe congrès international de l’association DME, co-organisé par les bibliothèques Mazarine et Sainte-Geneviève, l’Institut de France, l’École du Louvre et la Fondation Simone et Cino del Duca. Ainsi, le colloque et l’exposition ouvrent une réflexion entre époque médiévale et contemporaine, entre art et société.

L’exposition « Memento Mori » présente les œuvres de Maxime Préaud, Guillaume de la Chapelle, Clément, Agnès Bovis, Valérie Delarue, Sylvain Doerler, Metastazis, Philippe Guillemet, Bruno Lecuyer et André Chabot.

DE LA CHAPELLE, Aliénor & Guillaume, La Vie de la Mort, 2017.

Nous avons le plaisir d’interroger Fany Eggers, commissaire de l’exposition.

~ Vous êtes historienne de l’art médiéval, quel a été votre parcours ?

J’ai suivi un cursus de recherche en histoire de l’art médiéval à l’université Panthéon-Sorbonne. J’ai découvert l’art macabre alors que je m’intéressais à l’art nordique de la fin du Moyen Âge et je lui ai consacré mes deux années de Master. Durant mes recherches, j’ai fait la connaissance de membres de l’association DME (Danses Macabres d’Europe) et j’ai pu participer à mes premiers colloques.

~ Pouvez-vous rapidement présenter les actions de l’association DME et votre rôle au sein de celle-ci ?

Notre association a vu le jour en 1986 et réunit des chercheurs de tous horizons autour des thèmes macabres européens du Moyen Âge à nos jours. Nous échangeons les résultats de nos recherches, nos découvertes, faisons appel aux compétences des uns et des autres, éditons un bulletin de liaison pour nos membres et, depuis peu, une revue scientifique spécialisée, RAME (Revue de l’Art Macabre Européen). Je suis membre du bureau et chargée de communication. Depuis quelques années je travaille à moderniser nos supports de communication, à nous faire connaître du grand public, notamment via nos réseaux sociaux. Cela nous permet de nous faire connaître des chercheurs comme du grand public, de faire découvrir les thèmes macabres et leur richesse.

~ Comment avez-vous procédé à la sélection des artistes ?

Je connaissais quelques artistes par le biais de l’association DME, dont André Chabot qui en est membre depuis un certain temps. Mais nous avons aussi choisi de lancer un appel à candidature, l’un des buts de l’exposition étant de montrer la diversité des techniques appliquées à l’art macabre.

~ Tous les artistes sont-ils issus de l’univers de l’art macabre ?

J’ai remarqué, et cela est valable pour toutes les périodes, que les artistes s’intéressent au moins une fois dans leur carrière au thème de la Vanité. S’ils ne connaissent pas toujours les autres thèmes macabres, qui sont très nombreux, leur formation les amène souvent à méditer sur la Vanité, le Memento Mori… Ça peut être une courte phase, ou ça peut être récurrent. Mais aucun ne s’intéresse qu’à l’art macabre et c’est heureux.

~ Y-a-t-il eu des productions réalisée exprès pour l’exposition ? Lesquelles ?

Aucune œuvre n’a été conçue spécialement pour l’exposition, mais il est arrivé que certains artistes travaillent justement à certaines pièces au moment où nous préparions l’exposition. En revanche, plusieurs estampes et photos ont été spécialement tirées pour cet événement.

CHABOT André, Jeune fille au crâne, 2019 et Danse de Mort, 2019.

~ L’exposition propose des œuvres d’artistes contemporains qui, pourtant, sont d’une esthétique qui se popularise dans les années 1600 et qu’on retrouve finalement assez peu de nos jours : pourquoi ce parallèle est-il important ?

L’art macabre se développe même avant 1600. Dans les arts visuels, « l’explosion » se situe autour de 1500. Mais l’art macabre n’a jamais disparu, les artistes l’ont toujours exploré, réactualisé, jusqu’à aujourd’hui. La Danse macabre et le thème de la Jeune fille et la Mort sont très connus au XIXe siècle. Mais l’art et ses conceptions évoluent, les modes changent, les contextes sociaux et religieux également. Certains thèmes ont été oubliés du grand public et l’art macabre s’est quasiment réduit à la Vanité. C’est encore un sujet qu’on évoque en classe d’arts plastiques en prépas d’art, qu’on trouve dans les musées. C’est un classique, un indémodable. Et je note que l’attachement aux choses matérielles, aux choses futiles, vaines, aux choses du Monde, est un thème qui revient dans d’autres domaines que celui de l’art. Le goût pour la richesse et pour le pouvoir, par exemple, mènent à des dérives éthiques, à un oubli des choses essentielles. Bien sûr, tout l’aspect chrétien est extirpé des œuvres contemporaines, mais les œuvres peuvent renvoyer à d’autres valeurs. Le Memento Mori (souviens-toi que tu mourras) attire encore beaucoup. Il renvoie à notre propre existence, à nos choix de vie. Toutes ces œuvres permettent de nous arrêter un instant, de prendre du recul, de méditer.

~ Les œuvres sont également issues de techniques très diverses : sculpture céramique, photo argentique, estampes… Un grand mélange de techniques qui pourtant s’unissent très bien sous ce même thème : qu’est-ce qui vous a poussé à choisir cette pluralité de médiums artistiques ?

Cette diversité des techniques et des supports existe depuis toujours dans l’art macabre, et j’ai souhaité montrer que cet aspect avait également traversé les siècles. La xylographie a permis d’illustrer les premières Danses macabres imprimées (les Simulachres Mortis d’Hans Holbein, par exemple), la gravure sur cuivre a, entre autres choses, permis de diffuser des Danses macabres peintes, aujourd’hui détruites, et de nous les faire connaître. Ce sont des techniques reproductibles qui ont joué un grand rôle dans la diffusion de l’art en général, et de l’art macabre en particulier. Maxime Préaud, conservateur émérite à la BnF, a exploré différentes techniques, vernis mou, eau-forte et aquatinte, lithographie, peinture…

La sculpture est également présente sous différentes formes : céramique, bronze, papier… Sans oublier notre adorable marionnette en bois de tilleul, Terry Bly, œuvre d’Agnès Bovis.

À ces techniques traditionnelles s’ajoutent des techniques mixtes dont les tirages photographiques sur bâches d’André Chabot et les photographies de Sylvain Doerler.

~ Comment s’est constitué le congrès ? Par le biais d’un appel à candidature ? Pouvez-vous nous parler des thèmes abordés ?

Le congrès scientifique est un événement que nous organisons tous les deux ans. Cela permet d’échanger avec des spécialistes venus de l’étranger, de découvrir des monuments de toute l’Europe (car l’art macabre est un phénomène européen) et d’organiser quelques événements culturels (concerts, pièces de théâtre…).

Cette année, nos partenaires nous ont donné une plus grande visibilité et le fait d’organiser la 18e édition à Paris nous a permis de bénéficier du concours de quelques personnalités, dont Michel Pastoureau, le célèbre historien des couleurs.

Tous les thèmes liés à l’art macabre peuvent être abordés. Cette année les conférences ont porté aussi bien sur le street art que sur les pratiques funéraires et les termes de la mort dans la Chanson de Roland, en passant par l’architecture funéraire ou les spectacles de marionnettes macabres. Là encore, nous apprécions la pluridisciplinarité, la diversité des approches.

Merci infiniment d’avoir pris le temps de nous répondre !

De gauche à droite : Guillaume et Aliénor de la Chapelle, Nocturne, 2006. Guillaume de la Chapelle, Prestidigitateur, 2006. Clément, Musiciens II (suite macabre), 2005.

 


En savoir plus :

Une édition qui reprend les actes du colloque est déjà disponible en précommande jusqu’à mai. Si le sujet vous intéresse, voici donc quelques ouvrages conseillés par Fany Eggers :

Mort n’épargne ne petit ne grant, Études autour de la mort et de ses représentations, actes du XVIIIe congrès international des Danses macabres d’Europe, textes réunis par Ilona Hans-Collas, Didier Jugan, Danielle Quéruelle, Helène et Bertrand Utzinger, Édition du Cherche-Lune, 2019.

Le Livre & la Mort (XIVe – XVIIIe siècle), sous la direction de Ilona Hans-Collas, Fabienne Le Bars, Danielle Quéruel, Nathalie Rollet-Bricklin, Yann Sordet, Anne Weber, Bibliothèque Mazarine & Éditions des Cendres, 2019.

– André Chabot, Érotique du cimetière, Éditions de la Musardine, 2012

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