Constantine – City of Demons (2018)

Constantine – City of Demons est d’un long métrage issu de la série en six épisodes réalisé d’après un scénario de David S. Goyer, bien connu des amateurs d’adaptation de comics puisqu’il a collaboré à Batman VS Superman : Dawn of Justice, la trilogie Blade, Man of steel… La liste est longue. Le film est produit par Warner, un studio également spécialiste de ce type d’œuvre grâce aux longs métrages du DCU (DC Universe, comprenant notamment Wonder Woman ou le tout récent Aquaman) : c’est dire si le projet est né sous une bonne étoile. Constantine est un héros de comics à part : ce n’est pas un super héros, car il n’est pas très positif. Il se présente comme un personnage de film noir à l’ancienne avec son imper’ usé, ses cicatrices et ses éternelles cigarettes au bec. Son univers est à cette image, avec ses femmes fatales, ses truands et ses ruelles sombres. Le tout est saupoudré de magie, de démons et d’anges, bref, d’une mythologie bien connue du monde des comics grâce notamment à un autre  »super héros » : Hellboy. Le parallèle entre les deux éclaire le visionnage de ce long métrage d’animation, mais commençons par planter le décor narratif.

Constantine est exorciste depuis peu et son premier cas est la possession de la fille de l’un de ses amis d’enfance, avec qui il a jadis affronté un démon. Pour se faire, il devra aller de New York à Los Angeles pour y affronter la créature retenant l’âme de l’enfant. Sur cette trame viennent rapidement se greffer plusieurs arcs aussi provocants que délicieux pour le spectateur punk dans l’âme : une guérisseuse sex-addict vient l’aider du monde des esprits. Le héros profite de sa mission pour se faire grassement payer par le ravisseur : le terrain de chasse de ce dernier est le monde du show-business. Comme dans un film à l’ancienne, chaque élément ouvre une porte dans le récit, notamment l’épisode de « Cleveland » mêlant magie noire, sacrifice d’enfants et massacre gore d’un concert punk, ou une constellation du monde démoniaque qui procure de mémorables propositions graphiques. Le film nage ainsi dans un entre-deux, un délire visuel tout droit sorti de Metal Hurlant mais aussi le tout venant de l’animation comics.

Les designs des personnages humains sont lisses, aux costumes issus parfois de l’animation traditionnelle avec leurs traits géométriques et leurs teintes retravaillées par ordinateur, comme pour mieux mettre en avant l’inventivité des figures démoniaques, passant d’un grand serpent à cornes à un blob en putréfaction, ou d’une âme de la ville sous les traits d’une femme bleue. Ici intervient le parallèle avec HellBoy : le démon rouge est un soldat d’une organisation secrète luttant contre des monstres dans des parties du monde inconnu des humains, Constantine également. Dans les deux cas, c’est pour mieux offrir un négatif fascinant : d’un côté le prince de La Golden Army et son royaume doré face à une humanité pauvre et sans unité, de l’autre, un Los Angeles ressemblant à une banlieue fatiguée face à des démons venant en seigneurs dans des palais délabrés mais plein de symboles de puissance. Le monde humain apparaît en comparaison comme triste et morne, à l’image de John Constantine. Ce long métrage d’animation, en partie origine-story, offre aussi de comprendre pourquoi et comment celui-ci est devenu ainsi : son don lui a permis de sauver le monde, mais au prix d’une vie humaine errant dans les enfers et d’un massacre d’innocents jouant avec les symboles de l’enfer. Ici, l’épisode de « Cleveland » est intéressant dans son dialogue entre l’imagerie du concert métal-punk (croix, flammes, etc.) et l’irruption d’un démon réveillé par le héros, quand le divertissement se heurte à la réalité de son imaginaire. On pourrait même y voir une métaphore de la force du film : Constantine est entre une humanité qui se joue de la religion et des forces surnaturelles et un monde paranormal profitant de cette fascination pour faire son marché. D’ailleurs, le héros, avec cynisme, se met au service de cet équilibre commercial sans la moindre hésitation, même si le marché est monstrueux (mais ne spoilons pas).

À cet égard, les allers et retours narratifs entre le Los Angeles démoniaque et la chambre d’hôpital sont pertinents puisque la mère de l’enfant est nez à nez avec la guérisseuse, manipulatrice. L’absence de sentiments et presque d’humanité du héros est contrebalancée par le trop plein de larmes et de colère de la maman. Constantine est aussi froid et violent que la mère est douce et chaleureuse. La guérisseuse devient finalement le seul personnage pivot de la dramaturgie, car la seule à connaître chaque personnage, chaque tenant et aboutissant, intervenant auprès du héros comme de la mère. Ce point est intéressant en comparaison des récits super héroïques actuels, notamment du Marvel cinematic universe, où l’histoire n’est parfois qu’une constellation de personnages et d’actions servant d’écrin à un héros donnant le sens à tout le reste. Ici, ce parti pris de retirer au héros cette fonction rend le visionnage d’autant plus passionnant et fait pardonner certains raccourcis.

Bref, une œuvre originale et bien pensée qui fait du bien dans un contexte dominé par un Marvel omniprésent et un DC Universe qui le copie de plus en plus ; un long métrage à savourer car les occasions de trouver des œuvres aussi intelligentes sont rares de nos jours.

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