Peintre, sculpteur, « designer » : le norvégien Gerhard Munthe.

L’exposition ayant eu lieu au Nasjonalmuseet d’Oslo en 2018 a permis la redécouverte d’un artiste trop peu connu en dehors de son pays natal : Gerhard Munthe (1849-1929).

G. Munthe, Åsmund at the Gate in the Mountain, 1902-1904 (période symboliste de Munthe).

 

G. Munthe, Dekor 133a 1898(design), 1908 (production)

Artiste peintre mais également sculpteur, designer, illustrateur, G. Munthe fut d’abord un réaliste convaincu dont le style évolua à partir de 1886 vers un « nouveau romantisme », puis vers le symbolisme dès les années 1890, et enfin vers l’art décoratif. Munthe développa notamment un style Art Nouveau unique en son genre qui révolutionna l’art norvégien. L’évolution stylistique et idéologique est donc flagrante dans l’œuvre de Gerhard Munthe, elle permet d’observer avec aisance les différents courants de pensée survenant pendant toute une génération avec cet artiste qui a su évoluer avec son temps.

 

G. Munthe, Vignette, 1899.

L’aspiration nationaliste de la fin de siècle, qui pousse notamment les artistes à se tourner vers leur héritage, dénote également d’un fort intérêt pour trouver un « nouveau langage » artistique. Munthe sût brillamment trouver ce nouveau langage, et fut notamment considéré comme l’artiste à l’origine d’un renouveau artistique en Norvège, il fut le « re-créateur » de l’art décoratif norvégien, dont les thématiques puisent fortement dans le « vieil esprit nordique ».

Selon Jan Askelund, G. Munthe fit certainement sensation en 1893 lorsqu’il présenta ses peintures décoratives portant sur les contes fantastiques, rompant soudainement avec le naturalisme de ses œuvres précédentes. Les titres donnés aux œuvres elles-mêmes renforcent le caractère étrange et dramatique de ses peintures, comme The Blood Tower ou Fear of the Dark. Munthe fut un artiste-clef qui donna l’impulsion d’une nouvelle conception artistique en démontrant que l’art pouvait exprimer des idées et histoires sans user de la mimesis.

Gerhard Munthe, Chaise (Stol fra Eventyrværelset), 1896 ou 1898.

Nombreuses sont ses réalisations reprenant des scènes folkloriques et médiévales norvégiennes, G. Munthe est un artiste prolifique et multiforme. Il élabore une nouvelle apparence de l’intérieur norvégien, œuvrant pour divers espaces privés et publics, réalisant vitraux, sculptures, tableaux, mobiliers, tapisseries… Le but des réalisations de l’artiste était de donner une forme nouvelle au folklore typiquement norvégien afin qu’il perdure dans la tradition et imprègne à nouveau la vie quotidienne. À partir des années 1880, G. Munthe, à la manière d’Asbjørnsen, parcourut le pays pour s’imprégner du folklore et de l’art populaire avec une volonté de le sauver, de le préserver, puisque menacé par le développement industriel.

Les aquarelles de Munthe illustrent des scènes typiques de la littérature norvégienne, et l’usage des couleurs n’est pas innocent : Munthe reprend les tons observés dans les tapisseries anciennes, les rosemåling (art décoratif dont l’origine trouve sa source dans les régions rurales de Norvège), l’intérieur d’églises médiévales en bois appelées « stavkirke », ainsi que les couleurs utilisées pour les costumes traditionnels.

G. Munthe, Den Kloke fugl, 1892 ou 1893.

Dans son œuvre Den Kloke fugl (l’oiseau avisé) de 1892-1893, Munthe reprend le thème issu d’une légende d’un roi qui prend conseil auprès d’un oiseau connu pour sa sagesse. La morale de la fable rappelle à l’homme sa place modeste dans l’univers. Munthe simplifie les formes et donne une portée très décorative à son œuvre en stylisant la nature dans laquelle la scène prend place. Selon M. Facos, l’interdépendance d’un monde naturel est un thème commun dans le folklore nordique et n’en devient que plus pertinent lors de la fin du XIXe siècle, alors que la nature se trouve surexploitée par les industries. En cela, l’artiste assemble valeurs contemporaines et légende médiévale dans un art renouvelé mais rappelant la tradition norvégienne, tout en s’adressant à un public qui, lui, est contemporain.

G. Munthe, Åsmund chez le roi, 1902-1904.

Artiste plastique touchant à des médias variés, Munthe fut également théoricien de l’art : il affirme l’importance d’une spiritualité commune liant la population d’une même nation. Selon l’artiste, les frontières géographiques et les symboles nationaux ne suffisent pas à rassembler un peuple, il faut une volonté intellectuelle et spirituelle.

G. Munthe, Intérieur de Leveld. Un coin de la salle à manger, vers 1902.

 

Lien de l’exposition passée : Gerhard Munthe – Nasjonalmuseet

 

 


Bibliographie :

Askeland J., Norwegian painting : a survey, Johan Grundt Tanum Forlag, Oslo, 1971.

Brinton C., Exhibition of Contemporary Scadinavian Art held under the Auspices of the American-Scandinavian Society [December 10th to 25th Inlcusive, 1912], réédition par Leopold Classic Library.

Facos M., Symbolist art in context, University of California Press, Berkeley, 2009.

Huusko T. (ed.), Det magiske nord: finsk og norsk kunst omkring 1900 [= The magic north: Finnish and Norwegian art around 1900], Nasjonalmuseet for Kunst, Arkitektur og Design ; Finnish National Gallery, Ateneum Art Museum, Oslo, Helsinki, 2015.

Malmanger M., One hundred years of Norwegian painting: with illustrations from selected works in Nasjonalgalleriet, Nasjonalgalleriet, Oslo, 1988.

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