L’Herbier de Litha : suggestions botaniques pour le solstice d’été

Dessin personnel. Variation sur l’arcane XIX.

 

Joyeux Litha à tous les sorciers qui me lisent ! Et joyeux solstice aux jardiniers !


Ma série des herbiers sorciers étant très appréciée, je reviens avec l’un de mes préférés. Il s’agit de celui de Litha, autrement connu sous le nom du solstice d’été, ou de la Saint-Jean (qui n’est pas exactement à la même date). Lors de ce moment astronomique, le jour est le plus long de l’année, et le soleil, par conséquent, le plus fort, le plus vigoureux. On peut choisir d’y voir le dieu solaire ou simplement une occasion de saisir les rayons à leur apogée. La date se situe entre le 20 et le 22 juin en général et les païens aiment y voir le moment de bascule de l’année : en effet, le paradoxe réside en le fait que, d’un côté, on célèbre le jour le plus lumineux, et d’un autre, on marque le début de la période où les jours commenceront à raccourcir. Je vois Litha comme une porte à l’image du dieu Janus : une entrée, une sortie… Une porte qui lève le voile sur les esprits alentour.

Artiste : Julia Jeffrey.

Litha suggère la lumière. À mon avis, on peut tout à faire saisir l’essence de ce sabbat avec l’arcane XIX du tarot : le Soleil. On peut parfois y voir des femmes fileuses : elles filent les rayons du soleil. Effectivement, on associe souvent l’image de la fileuse avec cette date. Autrement, il peut s’agir d’un jeune enfant posté sur son cheval favori : pourrions-nous y voir une figuration du dieu solaire, en pleine effervescence ce jour-là ? D’autres représentations encore proposent deux jeunes êtres, côte à côte : amour innocent, amour enfantin. On nous demande de boire cette journée comme un élixir de jouvence. Jouvence et mort, me direz-vous, car astronomiquement, on entre dans la moitié de l’année où les jours commencent à raccourcir. À l’image de la roue solaire, l’année recommence dans son cycle de vie, mort et résurrection.

Artiste : Chelsea Monico.

Que faire alors à l’occasion de ce jour si particulier ? Opakiona Blackwood, dans son Almanach, nous intime de nous lever tôt : en effet, quoi de mieux que d’observer le lever de soleil à Litha ? Avis aux courageux, donc. On peut s’occuper de soi (méditation, pratique de l’œuf de Yoni), fabriquer des lotions pour les cheveux (des hair-rinses à base de vinaigre de cidre et de plantes séchées, que l’on laisse infuser pendant deux semaines et dont on se sert pour avoir une belle crinière), commencer cet herbier concret dont on a rêvé l’autre moitié de l’année.  Je vous invite aussi à emmagasiner cette chaleur et ces rayons dans des amulettes, des objets ou des vêtements qui vous « réchaufferont » le reste de l’an. Comme Lyra Ceoltoir le suggère dans sa vidéo sur le sujet, elle vous conseille de travailler votre sociabilité cette journée-là ! Sortez de votre tanière, nous chuchote la rousse sorcière. Triez autant vos placards que vos vieilles réserves de plantes ou de tisanes (ou vos amis, si jamais il y a aussi besoin de clarté à ce niveau-là…).

Photo personnelle.

L’herbier. C’est l’objet principal de mon propos, n’est-ce pas. Si Beltane était résolument la fête des fleurs dans tous leurs états, on peut dire la même chose de Litha. Ne dit-on pas d’ailleurs que « les herbes ramassées à la Saint-Jean gardent leurs vertus tout l’an ? ». Comme je le disais, ce jour-là, il vaut mieux se lever tôt et saisir son panier, sa bolline et ses dons au petit peuple (quoi ? vous pensiez prendre de ces roses sans laisser une contrepartie ?). Vous pouvez vous décider à trouver cette baguette dont vous rêvez : partez dans les bois et trouvez le « bout de bois » qui vous inspire. Sinon, faites vos récoltes pour l’an à venir.

Jules Breton, La Fête de la Saint-Jean, 1875.

Mes différentes lectures pour alimenter le sujet me conseillent de travailler avec la rose, « reine du sabbat » pour Lyra Ceoltoir. En effet, si Litha m’évoque quelque chose, c’est bien cette fleur. Alors, ne lésinez pas sur les roses ce jour-là : tisane, cosmétiques, pâtisseries… Ne négligez pas non plus les autres plantes : la camomille me semble être de rigueur, avec son cœur jaune. Petit soleil en soi, la camomille vous calme quand il le faut et vous donne cet éclat de soleil. Le thym, le romarin et la sauge pourraient aussi être les grandes stars du solstice : en effet, on en possède tous plus ou moins dans le jardin quand on en a un. Personnellement, j’aurais une petite préférence pour le romarin, que j’associe aux fées. Le millepertuis, fleur jaune et solaire par excellence, est tout autant indiqué pour Litha : c’est une plante qui chasse dépression, mauvaises idées, idées noires (et… effets de la pilule si vous la prenez simultanément.)

Gravure botanique représentant le millepertuis.

Cueillez des plantes dont les couleurs vous évoquent le soleil et la vitalité. Faites des bouquets, de la divination avec les tiges d’armoise ou d’achillée (plante qui couvre les bordures de nos chemins depuis le mois de mai). Même si c’est une fête solaire (et donc, culturellement, masculine), travaillez avec la sauge, la verveine, et autant d’essences féminines. Car après tout, comme je le disais, Litha est une affaire de polarités opposées, de vie, mort et résurrection, et quoi de mieux, lors d’une fête « masculine », que de travailler avec des essences féminines ?

Edvin Landseer, Titania and Bottom, 1848, détail de la peinture.

Pour conclure, je pourrais disserter sur ces polarités, sur des éléments factuels, historiques. Mais je préfère me laisser porter par ces rayons (si le bon temps nous le permet), penser à Shakespeare (Songe d’une nuit d’été : « Plus vagabonde et svelte que la lune ronde, je promène ma course ailée ! Je suis la reine des fées et sur les pelouses, j’arrose parmi les primevères roses, l’herbe que sa danse a griffée »). J’allume un encens, dont les effluves de violette me font côtoyer les entités naturelles. Et j’ouvre mon herbier, car il est le temps d’aller ramasser en pleine conscience ce qui fera notre savoir de l’année !

 

 


Bibliographie :

Blackwood, Opakiona et Raé, Avy, Almanach des sorcières, Contre-Dires, 2014.

Blake, Deborah, Litha : recettes et traditions du solstice d’été, Danaé, 2017.

Cunningham, Scott, Encyclopédie des plantes magiques, AdA, 2009.

Kynes, Sandra, La Magie des plantes : douze mois avec la sagesse des plantes, Danaé, 2017.

Laporte, Florence, Les Arbres sacrés des druides, Rustica, 2018.

Moura, Ann, Grimoire de magie verte, Danaé, 2018.

Ritter, Claudia, Plantes bienfaisantes pour le corps et l’esprit : secrets de guérisseuses et de sorcières, Artemis, 2019.

Rivière-Sestier, Madeleine, Remèdes populaires en Dauphiné, PUG, 2000.

Voir aussi l’excellente vidéo de Lyra Ceoltoir sur le sujet.

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