Contes de Norvège tome I – Histoires des landes gelées

Un livre blanc à l’image des landes enneigées du Nord, une illustration aux couleurs froides d’un des plus grands contes de Norvège, voici la première approche que nous avons des Contes de Norvège, tome I. L’équipe de traduction, dirigée par Johanne-Margrethe Patrix, écume le travail de plusieurs folkloristes norvégiens du XXe siècle comme P. C. Asbjørnsen et J. Moe. Ces derniers nous font vivre l’âme populaire des contes norvégiens à partir de sources anciennes qui ont alimenté les fjords pendant de longs siècles. L’ouvrage a été publié en 2017 aux éditions Eprit Ouvert. En ouvrant les premières pages, nous avons le plaisir de lire une préface de l’éminent Régis Boyer, spécialiste des langues et de la culture nordique ; rien de tel pour plonger au cœur de la Norvège.

Les histoires du Pays Blanc :

Loin des contes de Perrault que nous connaissons, le livre présenté nous donne à voir des histoires qui ont marqué la population norvégienne depuis des siècles. Certains contes présentés dans cet ouvrage remontent à l’âge de bronze (1500-400 avant Jésus-Christ) avec les célèbres pétroglyphes scandinaves que nous retrouvons peints sur les parois des montagnes, demeures des géants et des trolls. Nous retrouvons dans les Contes de Norvège de nombreux symboles propres à la culture scandinave : créatures des montagnes, animaux polaires, symboles solaires, bateaux en tous genres et héros épiques. Nous pouvons passer des heures à lire ces histoires folkloriques, à imaginer ce pays blanc lors des jours d’hiver. Plusieurs contes sont marqués par le christianisme. Bien que les pays scandinaves n’aient peut-être pas autant été marqués par l’influence de la chrétienté que les pays celtes ou latins, nous retrouvons quelques légendes ciselées par l’avènement de la nouvelle religion. D’ailleurs, l’ouvrage débute sur un conte étiologique sur la création des créatures féeriques intitulé Un tour du Bon Dieu :

De très bon matin, alors que le Bon Dieu se promenait sur terre, il se sentit fatigué. Il se dirigea alors, pour se reposer un peu, vers la chaumière où habitaient Adam et Ève.

Quand Ève le vit approcher, elle était en train de faire la toilette de ses enfants. Certains étaient déjà lavés et peignés, les autres étaient encore tout barbouillés et tout ébouriffés. Elle poussa vite ces derniers dans un petit réduit pour que le Bon Dieu ne les vît pas.

Quand il entra dans la maison, les enfants qui se trouvaient dans la salle se précipitèrent vers lui.

Le Bon Dieu les prit sur ses genoux et, à leur plus grande joie, joua avec eux.

Au bout d’un moment il demanda à Ève :

– N’as tu pas d’autres enfants ?

– Non, répondit-elle.

Alors le Bon Dieu se fâcha et dit :

– Ceux qui sont cachés vivront cachés.

Et sur ces paroles, il repartit.

Quand Ève alla chercher ses autres enfants dans le réduit où elle les avait poussés, elle ne les reconnut pas.

Elle vit des êtres étranges et trollesques, avec de longues queues et des nez grotesques. Ils étaient en même temps rusés et méchants comme des teignes, et si insupportables qu’elle dût les chasser dans les bois.

Et c’est depuis ce jour que les forêts sont peuplées de farfadets, de lutins, d’elfes et de gnomes.

Ce merveilleux conte norvégien tisse ainsi toute la trame de la culture moderne du pays : c’est une alliance, mais aussi un désaccord, entre deux religions, l’ancienne et la nouvelle. La chrétienté diabolise alors les créatures du paganisme.

L’ouvrage a bien sûr fait appel au conte le plus connu de la Norvège : À l’est du soleil et à l’ouest de la lune. Un paysan très pauvre avait de nombreux et beaux enfants. Une nuit, un énorme ours polaire tapa à la porte pour demander la plus belle des filles du paysan en mariage contre une infinie richesse. Cette dernière refusa, mais sous la pression familiale, fut contrainte d’accepter l’offre de l’animal. Ce dernier emmena la jeune fille sur son dos, et tous deux traversèrent des plaines désertes et enneigées à l’image du Finnmark, pour arriver à une montagne magique. Le château de l’ours se situait dans les entrailles de celle-ci. L’ours polaire, comme tout être féerique, imposa un interdit à la jeune fille : celui de ne jamais le regarder la nuit. Évidemment, l’héroïne alluma une bougie pour regarder son époux et découvrit un jeune prince d’une beauté éblouissante. Ébahie, elle ne se rendit pas compte que la bougie était penchée, et quelques gouttes de cires tombèrent sur la peau du prince, qui le réveillèrent. Ce dernier, furieux, bannit son épouse pour trahison. La fin du conte narre le chemin initiatique de la jeune fille afin de retrouver le château du prince qui se situe à l’est du soleil et à l’ouest de la lune.

Kay Nielsen, À l’est du soleil et à l’ouest de la lune.

Cette histoire hautement poétique est un ravissement pour l’imagination. De plus, ce conte répond au mythe indo-européen d’Amour et Psyché. Presque tous les contes norvégiens mettent en scène des animaux merveilleux, guidant le héros vers le chemin qu’il doit emprunter. Ces contes populaires ont bien évidemment éveillés l’intérêt du célèbre dramaturge Henrik Ibsen, ainsi Peer Gynt est directement inspiré des aventures d’Askeladd relatées dans notre ouvrage. Chaque page des Contes de Norvège célèbre la beauté du pays, les femmes fortes, les héros bravant les créatures magiques. Cet ouvrage est idéal si vous souhaitez vous plonger dans l’âme populaire de la Norvège, dans toutes les histoires qui ont inspiré les auteurs norvégiens mais aussi des auteurs de fantasy comme Tolkien, grand admirateur de la culture nordique.

P. C. Asbjornsen, J. Moe, Contes de Norvège, tome 1, éd. Esprit Ouvert, 1999.

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