Good Omens : Apocalypse et chasse aux sorcières

Good Omens (ou De bons présages en français) est à l’origine un roman de Neil Gaiman et Terry Pratchett, paru en 1990. Ce roman, qui a rencontré un franc succès dans la sphère littéraire fantastique, a été adapté en série par Douglas Mackinnon et scénarisé par Neil Gaiman lui-même. On retrouve les acteurs David Tennant et Michael Sheen, respectivement dans les rôles de Crowley (Rampa en français) et Aziraphale. Cette série en six épisodes saura ravir les amateurs d’humour absurde et irrévérencieux.

Aziraphale est un ange, Crowley est un démon. A priori, tous les oppose, et pourtant, ils sont amis (même si Aziraphale a du mal à l’admettre), vivant tranquillement sur Terre, l’un organisant de temps à autres des vacheries démoniaques pour faire plaisir à sa hiérarchie, l’autre des bonnes actions pour avoir la paix dans sa librairie de livres précieux. Lorsque Satan décide d’envoyer l’Antéchrist sur terre, et demande à Crowley de superviser la scène, leur vie bien tranquille se brise. L’Antéchrist, un charmant bébé, doit être échangé avec le nouveau-né d’un diplomate américain, Mr Dowling, dans un couvent de nonnes dévouées à Satan. Sauf que tout ne se passe pas comme prévu… Onze ans plus tard, l’Antéchrist, supposé être Abbadon Dowling, ne fait montre d’aucun pouvoir, pourtant, l’Apocalypse est en marche : les Quatre Cavaliers, qui chevauchent désormais des motos, sont en route pour retrouver leur maître, même le chien des enfers a été relâché pour le rejoindre. Cependant, ce n’est pas vers Abbadon qu’il se tourne, mais vers un tout autre garçon, Adam Young, fils d’une famille modeste de Tadfield, dans l’Oxfordshire… Y aurait-il eu une erreur lors de l’échange des bébés ?

Pendant ce temps, on apprend qu’Anathème Bidule, une descendante de la célèbre sorcière Agnes Barge, brûlée sur un bûcher au XVIIe siècle, part à la recherche de l’Antéchrist afin de le détruire. Agnes est l’autrice d’un livre de prophéties, que sa descendante suit scrupuleusement. Sur sa route, elle croise Newton Pulcifer, descendant du responsable de la mort d’Agnes, et tous deux s’allient… Tout ce monde finit à Tadfield, là où doit avoir lieu l’Apocalypse.

© FR_tmdb – Aziraphale et Crowley

Je n’ai pas lu le livre, donc je me suis plongée dans la série sans rien connaître de l’histoire et sans a priori. Ces six épisodes ont été un régal : format idéal pour développer l’intrigue sans déborder et ennuyer le spectateur. On suit avec plaisir les déconvenues de Crowley/Rampa et Aziraphale, leur complicité inavouée face à leurs hiérarchies qui veulent à tout prix une guerre. David Tennant tient son rôle de démon rouquin matérialiste à la perfection, et que dire de Michael Sheen, qui est fait pour ce rôle d’ange précieux, aspirant uniquement à la beauté et à la paix. Leur bromance est séduisante et pétillante.

L’absurde est au rendez-vous, de l’humour bien anglais avec des situations cocasses, des retournements improbables et surtout, la pléthore de personnages gaffeurs et truculents, comme Mme Irma et son voisin de palier le chasseur de sorcière Sergent Shadwell qui a une véritable obsession pour les troisièmes tétons, les démons des enfers hallucinés, ou encore l’Archange Gabriel, joué par Jon Hamm, obtus et vindicatif. Les deux anti-héros se cassent les dents de multiples fois face à leurs patrons respectifs, qui souhaitent à tout prix une fin du monde mais se mouillent peu. À noter, Dieu est le narrateur de la série, et Dieu est une femme, (on reconnaît là l’irrévérence de Gaiman) qui conte avec amusement les aventures de cette Apocalypse qu’elle n’a, semble-t-il, aucunement décidé.

© FR_tmdb – Anathème Bidule

Good Omens déconcerte habilement le spectateur : le bien et le mal se confondent ; le camp du bien, qui devrait être celui des anges, est finalement aussi pourri que le camp du mal, celui des démons. Même, ces deux camps s’allient lorsqu’il s’agit de punir leurs pions récalcitrants… Joli pied de nez aux dogmes de l’Église, démontrant que le « mal » est surtout une affaire d’individus plus que de « camp », le manichéisme n’existe finalement pas. Le jeune Adam Young, censé être l’Antéchrist, l’illustre très bien : il est un enfant encore dans l’apprentissage de ces deux notions, et plus qu’une fin du monde, l’appel du goûter, des jeux avec son chien et ses amis, de la vie, est le plus fort.

En somme, une drôle et délicieuse série aux décors anglais typiques, qui convainc grâce à ses acteurs excellents et son intrigue burlesque. À ne surtout pas prendre au sérieux, même si la lecture sous-jacente l’est.

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