Sorcière de chair, de Sarah Buschmann

Sarah Buschmann est une jeune autrice française. Psychologue de métier, elle a d’abord publié plusieurs nouvelles avant de faire éditer son roman Sorcière de chair aux éditions Noir d’Absinthe. Bien lui en a pris puisque ce premier roman a été finaliste pour le Prix Masterton 2019. Sorcière de chair est un mélange d’urban fantasy et de thriller qui m’a beaucoup plu. Attendez-vous à ne plus voir les sorcières sous le même angle !

2016, Melbourne. Arabella Malvo, lieutenant de la brigade criminelle, est chargée d »enquêter, avec ses collègues Nolan et Chiara, sur une série de violents meurtres. Tous ces assassinats ont pour points communs la ressemblance des victimes entre elles et l’inspectrice, et le modus operandi : il semblerait qu’une sorcière soit à l’œuvre dans les parages… Arabella va devoir replonger dans les affres de son obscur passé pour résoudre l’affaire, en ressortira-t-elle indemne ?

Ce roman m’a séduite à la fois par le mélange des genres et l’originalité de l’histoire. La plume de l’autrice est fluide et riche, elle sait se faire poétique et tranchante selon les descriptions et actions. Ainsi, on plonge dès les premières pages dans l’horreur, avec des scènes de carnage minutieusement décrites ; on sent la petite touche sadique de l’autrice, et ce n’est pas pour déplaire. On reste fasciné devant les détails morbides et on en redemanderait presque !

Arabella est une anti-héroïne particulière : physique maigre et passe-partout, caractère cynique et mutique. Ces qualificatifs ne font pas d’elle quelqu’un de mystérieux, elle semble presque antipathique au premier abord. Au fil de la lecture, on assemble le puzzle de son passé torturé grâce aux flashbacks qui s’égrainent tout au long du récit, et on comprend mieux son caractère particulier, jusqu’à finalement s’attacher à elle. L’autrice réussit à planter des personnages convaincants, dont on découvre au fur et à mesure la profondeur, et qui surprennent. (Peut-être est-ce dû à son métier de psychologue ?) Les personnages secondaires prennent en densité, tandis que le masque d’Arabella craque petit à petit…

L’aspect thriller est bien rendu : l’enquête est de plus en plus glaçante, la brigade patauge et n’arrive pas à empêcher les meurtres ; l’atmosphère chaude et humide de Melbourne et Darwin, deux villes australiennes, accentue la sensation d’étau qui se resserre au fur et à mesure de la lecture. De plus, la touche de fantasy se marie surprenamment bien ! L’autrice dévoile un univers magique discret et sombre, loin des clichés de la sorcellerie habituels. Les sorcières sont des êtres plutôt maléfiques et manipulateurs : elles s’immiscent dans le cerveau des autres et jouent avec les différentes partie du cortex pour obtenir ce qu’elles désirent : des informations, en faire des marionnettes, tuer, etc. La sorcellerie est démystifiée, analysée : on sait comment le pouvoir fonctionne et l’étude des neurosciences permet aux sorcières de mieux contrôler leur pouvoir. Cet aspect scientifique et « froid » de la sorcellerie apporte une grande originalité au récit et renforce le côté « réel » de l’intrigue. On ne sait plus si on lit de la fantasy ou un simple thriller, dont l’action se passerait dans notre monde actuel. Le titre Sorcière de chair fait référence à une deuxième catégorie de sorciers et sorcières : immortels mais moins puissants que les sorciers « normaux », ces êtres sont à rapprocher des vampires : ils doivent se nourrir de sang pour survivre. J’ai beaucoup apprécié ce clin d’œil au mythe vampirique !

Pour conclure, je n’ai pas de points négatifs à apporter à ce roman, si ce n’est qu’il est trop court ! La fin n’en est pas une, et j’ai cru comprendre qu’un deuxième tome était en préparation, ouf ! Sarah Bushmann délivre là un récit sombre et tourmenté, une plongée dans la psyché torturée du personnage principal et dans une enquête sordide, dont on ressort frustré. Vivement la suite !

 

Sorcière de chair, Sarah Buschmann, éd. Noir d’Absinthe, 2018.

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