L’herbier de Mabon : suggestions botaniques pour l’arrivée de l’automne

Autumn Leaves, John Everett Millais, 1855-56.

 

Joyeux Mabon à tous les sorciers qui me lisent !


Rien, dans la nature, ne saurait être plus mélancolique que le tableau qui nous environnait. Au-dessus de notre tête, un ciel d’automne, une voûte de nuages ternes, uniformes, immobiles; d’un côté le sombre Océan, se balançant dans ses abîmes, faisait entendre une rumeur lointaine; de l’autre d’innombrables masses de granit, se dressant comme des fantômes, prolongeaient sur une lande stérile, leurs groupes grisâtres jusqu’aux extrémités de l’horizon. pas un rayon ne tombait dans cette perspective monotone. Par intervalles, un souffle passait, courbait les touffes d’ajonc avec un sifflement, puis, s’engouffrant dans les alignements de pierres, en faisait sortir un bruit sourd. Aucun être vivant n’apparaissait en ce moment dans cette solitude, hormis quelques corbeaux qui traversaient l’air d’une aile pesant, et un petit oiseau de bruyère qui paraît être comme le génie familier de ces ruines; il voltigeait autour de nous, d’ajonc en ajonc, battant des ailes et faisant entendre un petit cri inquiet. (La Fille des Druides, pp. 146-147.)

 

Octobre, James Tissot, 1877.

Je vous vois d’ici, armés de plaids, de tartes à la citrouille et de bons vieux films de sorcière à vous passer sitôt l’automne arrivé. Vrai ? Bon. Ce n’est pas tout : j’ai un sabbat de retard. Lughnasadh arrivera bien l’année prochaine ! Mabon approche : il s’agit de l’équinoxe d’automne, là où tout bascule pour tomber dans la moitié sombre de l’année. Pour moi, cela devient un synonyme (d’article à rédiger) de tartes aux pommes, de longues promenades, de châles et… de réflexions botaniques ! Car oui, ce n’est pas parce que la nature s’endort doucement que nous ne pouvons pas travailler avec les plantes ! Nous pouvons même nous inspirer de ce qui se produit à l’automne, d’après Hubert Reeves :

Ces feuilles mortes, ces débris desséchés, ont joué leur rôle, fabriqué leur part de substance végétale pour l’arbre qui les portait. Maintenant, elles se laissent mourir sans histoire. Quelle leçon pour nous… (J’ai vu une fleur sauvage, p. 223.)

Automne, Sophie Gengembre Anderson, 1823.

Alban Elued est le nom celtique de l’équinoxe d’automne, et il signifie « lumière de l’eau ». En effet, aussi curieux que cela puisse paraître, notre bon vieil équinoxe est lié à cet élément. Néanmoins, il est beaucoup plus connu pour être rattaché à l’élément terrestre – élément symbolisé par l’entrée du mois de septembre dans le signe de la Vierge. Pour les celtisants et les païens d’aujourd’hui, l’équinoxe porte le doux nom de Mabon. Il a lieu, du moins pour notre hémisphère Nord, entre les 21 et 24 septembre chaque année.

On y célèbre l’équilibre, le juste milieu entre le jour et la nuit. Les deux entrent dans une balance parfaite, et le sombre regagne son terrain après les mois chauds de l’été. On entre en soi, la Nature entre en elle. C’est, pour l’usage sorcier, le second sabbat des récoltes après celui de Lughnasadh : il est alors temps, autant métaphoriquement que très concrètement, de songer à stocker nos récoltes, à conclure ce qui doit l’être, et méditer sur ce qui fut durant l’année écoulée. L’idée qui baigne la festivité est celle d’une fin progressive, d’un lent glissement vers ce qui est plus calme – paradoxal, me direz-vous, pour une période de l’année souvent très chargée pour tous –, ce qui est plus intérieur. On se prépare soigneusement à l’hiver d’après : il est d’usage de nettoyer sa maison de fond en comble, tout à fait comme on le ferait sitôt le printemps arrivé. Aussi, tout comme l’on nettoie sa maison, l’on se nettoie soi. Les mauvais souvenirs de l’année, les échecs, les infortunes, partent dans la brume du soir d’automne. Cette période annonce celle des grands bilans de Samhain et des projets. Ceux qui n’ont pas abouti doivent servir de terreau aux prochains. En parlant de terreau, permettez-vous qu’on en vienne à mon « herbier-minute » ?

Golden Autumn, John Atkinson Grimshaw.

Les plantes. Travailler avec les plantes alors que la saison se renferme dans les premiers frimas. Curieux, non ? Pourtant, c’est possible. D’abord, vous pourriez prévoir le soir de Mabon d’organiser un repas. Idéalement, un repas qui soit le fruit de votre travail au jardin. Sinon, optez pour un repas local et de saison, qui aura valorisé le travail de ceux qui ont cultivé la terre pour vous ! Un pain aux graines, pétri par vos soins, est aussi une excellente manière de symboliser le grain et ce travail aux champs. Au centre de la table, pourquoi ne pas installer une cornucopia (corne d’abondance) ? La décoration pourrait être constituée de glands, de feuilles de chêne, d’enroulis de fougères, d’effluves de chèvrefeuille et de quelques senteurs de pin. La forêt s’invite dans vos intérieurs.

The Angel of Birds, Franz Svorak, 1912.

Si l’on en croit la culture celtique, le mois de septembre est sous la tutelle de deux plantes, curieusement similaires bien que ne partageant pas la même famille botanique : la ronce et la vigne. En effet, au 2 septembre commence le mois celtique du mûrier, ou plus communément appelé « ronce ». De nombreuses coutumes liées à la bonne fortune et à la sorcellerie sont liées à la ronce. Elle peut aussi garder les morts en terre, comme en atteste une vieille coutume anglaise qui consistait à planter des ronces sur les tombes pour tenir les morts en terre et ne pas qu’ils soient tentés d’en sortir ! Mais si la ronce nous frappe dans son usage magique, c’est surtout pour le travail féérique. En effet, elle est une alliée non négligeable lorsqu’on en vient à travailler avec l’essence des fées. La plante en question est liée à l’élément de l’eau et à l’astre lunaire, ce qui en fait une plante éminemment féminine.

La deuxième plante mise à l’honneur est la vigne. Non seulement emblème des festivités et de Bacchus, elle est aussi, plus subtilement, l’une des plantes par excellence pour faire le lien entre les morts et les vivants, ou entre les vivants eux-mêmes, d’ailleurs. Parce que ses vrilles s’entortillent et montent vers le ciel, la vigne est un symbole de recherche, de connaissance et d’équilibre entre ce qui est matériel et ce qui ne l’est pas. On dit des druides qu’ils concoctaient du vin de mûrier ou de vigne afin de préparer des séances divinatoires. Enfin, selon la théorie des signatures qui régit une médecine plus traditionnelle, la vigne, parce que son bois est noueux, tortueux, serait bonne pour traiter toutes les afflictions des articulations : arthrose, quand tu nous tiens…

D’autres choses sont possibles : pourquoi ne pas récupérer quelques brins de blé sauvés à Lughnasadh pour en faire une poupée de grains ? Avec de la paille ou ses fameux épis, on constitue cette petite entité que l’on accroche à nos portes.

Venus Verticordia, Dante Gabriel Rossetti, 1864.

S’il est une essence particulièrement à l’honneur lors de Mabon, c’est bel et bien la pomme ! Vous trouverez, assurément, en bibliographie de quoi vous renseigner sur le sujet. Laissez-moi vous en raconter les caractéristiques principales pour cette festivité. La pomme est ambivalente : symbole d’amour, elle est aussi un outil pour se relier à l’énergie des morts. En effet, lors de Mabon, il est d’usage, surtout si l’on recherche un(e) partenaire de vie, de travailler avec ses pelures. L’on fait tomber une pelure par terre et l’on aura les initiales de notre amoureux(se) selon la tradition. On peut croquer une pomme à deux pour raffermir l’amour. Aussi, la pomme sera la nourriture des morts : en déposer quelques-unes sur l’autel jusqu’à Samhain, date à laquelle il faudra les enterrer pour nourrir les défunts en passage. Je finirai cette information-minute sur la pomme en vous rappelant que la pommade vient de là ! La pomme entrait dans la composition de l’un des onguents au Moyen Âge…

Nous parlions plus tôt de nettoyage : je vous dresse une liste non exhaustive de plantes et d’encens avec lesquels travailler à Mabon pour décrasser vos maisons, tant physiquement (un peu de sel et de romarin dispersés au sol…) qu’énergétiquement. La bétoine, le benjoin, le clou de girofle, l’hysope sont excellents pour nettoyer les lourdes vibrations. Le thym, la verveine sont peut-être plus doux. Ne négligeons pas l’infusion d’armoise pour clarifier nos outils de divination (boules de cristal, lieu, autel), ainsi que des bâtons de sauge. J’ai une petite préférence personnelle pour les bâtons de fumigation, après une bonne séance de ménage !

N’oubliez pas qu’avant tout, ce jour-là annonce la moitié sombre de l’année et qu’il faut se préparer à vivre à nouveau à l’intérieur après quelques mois passés dehors. Pourquoi ne pas en profiter pour travailler avec les esprits de nos maisons ? J’ai laissé en note finale la référence d’un livre excellent pour ce faire. Alors, préparons les stocks de bougies, regardons nos placards, et prenons le temps pour nous et nos esprits du lieu car la lumière viendra petit à petit s’amenuiser !

Sorcièrement vôtre.

 

 


Bibliographie :

La Fille des Druides, Jehan de St Clavien L.F., éd. Casterman, ouvrage d’époque et non daté.

J’ai vu une fleur sauvage, Hubert Reeves, éd. Seuil, 2017.

Grimoire de magie verte, Ann Moura, éd. Danaë, 2018.

Herbier des sorcières, Hagel, éd. Danaë, 2018.

Hedgewitch book of days, Mandy Mitchell, éd. Red Wheel/Weiser, 2014.

La Magie des plantes, Sandra Kynes, éd. Danaë, 2017.

Wicca, Harmony Nice, éd. Orion Spring, 2018.

Les Arbres sacrés des druides, Florence Laporte, éd. Rustica, 2018.

Le Grand livre des esprits de la maison, Richard Ely et Frédérique Devos, éd. Vega, 2015.

1 Commentaire

  1. Bonjour.
    Dsl mais le mûrier (genre Morus) est un arbre…
    La ronce (genre Rubus) est un arbuste.
    Ce sont deux plantes différentes, la confusion vient du fait que nous appelons les baies de la ronce des « mûres », mais les mûres sont « aussi » les fruits du mûrier.
    Pour information purement botanique et partage.

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