La Papesse – Galerie d’art ésotérique

Créée par Aj Dirtystein, artiste plasticienne et tarothérapeute, la Galerie la Papesse est un lieu unique entre galerie d’art et atelier ésotérique.

Pour cause, la Galerie d’art s’articule autour d’expositions en lien avec la spiritualité, mais aussi et surtout autour d’ateliers. Les intervenants se succèdent pour proposer, à des rythmes réguliers, des groupes de sophrologie et de médiations guidées : « prendre une pause pour prendre soin de soi » annoncent le flyer et les réseaux sociaux de La Papesse. De même, « L’instant tarot », pour plonger réellement dans l’univers de la Galerie, a lieu tous les derniers samedi du mois, boisson comprise, c’est l’occasion d’ « une rencontre pour discuter, se confier & poser cartes sur table ».

L’inauguration de la Papesse a eu lieu le vendredi 13 – quelle meilleure date ? – septembre 2019, avec une performance, une conférence, et bien évidemment une exposition entièrement consacrée au tarot.

« Tarot, Symboles & Archétypes » explorait l’imaginaire qui pouvait découler des cartes. Un même jeu, le tarot de Marseille, qui traverse les âges, a été réexploré graphiquement par sept artistes. De l’appropriation à la sublimation, chacun a choisi de réinterpréter des arcanes ou le jeu complet grâce à leurs médiums favoris. Illustrateurs, sérigraphes, peintres, professeurs, tatoueurs, tous sont passionnés par l’ésotérisme et la spiritualité.

L’exposition actuelle a été vernie le vendredi 13 décembre et se nomme « Sorcières & Chamanismes », un thème que nous connaissons bien chez Faunerie, et nous avons eu la chance qu’Aj Dirtystein nous ait accordé un moment pour répondre à quelques questions.

Vue de l’exposition « Tarot, Symboles & Archétypes », avec les œuvres de Kinder K, Galerie La Papesse, Toulouse, 2019.

~ Pourquoi ouvrir une galerie d’art en plein centre de Toulouse ?

Mon choix était au départ d’ouvrir un atelier d’artiste qui puisse accueillir mon cabinet de tarot, mais aussi un espace pour mes tatouages-rituels, car je ne dissocie pas toutes ces activités : elles font partie de ma démarche plastique.
Je n’ai pas cherché longtemps, ce lieu est venu à moi. Il s’agissait d’une ancienne galerie d’art africain, mais également d’un cabinet d’architecture d’intérieure agencé avec un appartement que j’ai aménagé, derrière ma galerie.

Ouvrir une galerie s’est imposé à moi comme évidence, mais seulement dans un second temps. Il m’a fallu réaliser dans quel espace j’étais réellement – un lieu d’art qui accueillait des objets de rituels. C’est alors que j’ai compris ce que je devais faire ici. Il n’y a pas de hasard. Toulouse est une ville que j’adore et avec laquelle j’ai une relation depuis maintenant 20 ans. J’en suis partie, mais j’y reviens toujours. C’est une ville pleine de joie et d’énergie aussi. Je ne me vois pas ailleurs pour faire ce que j’aime.

~ Dans votre parcours, il semble que l’art est tout aussi important que l’ésotérisme, racontez.

Je suis une chrétienne sans église qui a choisi de prendre son corps comme un outil de travail et un lieu d’expérimentation du sacré. Ainsi depuis 2007, je travaille avec la performance autour de la notion de rituel. L’énergie que je questionne est l’Amour, donc beaucoup de mes performances et rituels collectifs ont une dimension christique. Je travaille essentiellement avec mon propre sang, veineux et menstruel, autour de la transsubstantiation en tant que métaphore alchimique. Je produis également des illustrations en lien avec le tarot de Marseille et les saintes chrétiennes, en tant que portail vers l’inconscient pour éveiller la part divine intérieure.

Tatouages-rituels par Aj Dirtystein.

~ Pour l’inauguration, vous proposiez un atelier nommé « Consacrer son Tarot » et demandiez au public d’apporter leurs propres arcanes, la science du tarot à portée de tous ?

J’ai monté ce lieu pour démystifier – sans le désacraliser – le tarot et l’art. C’est-à-dire les rendre accessibles tout en transmettant leur puissance. L’ésotérisme, comme l’art contemporain, sont censés être réservés à une élite. Je crois que la connaissance de soi et la créativité habitent n’importe quel être humain, et à notre époque, tout peut être accessible. Je veux que ce lieu soit vivant, que les disciplines s’entrecroisent, que les âges, les genres et les classes se rencontrent. La Papesse est une sorte de laboratoire plus qu’une galerie.

~ Pourquoi le tarot plutôt que les oracles ?

Je travaille aussi avec les oracles. D’ailleurs, je suis en train de faire mon propre oracle qui sera édité en 2020. J’ai toujours mélangé tarot et oracle, et mon oracle sera en lien avec le tarot… Je travaille beaucoup avec l’Oracle de la Bible, je suis sensible aux mots qu’il propose. Vu qu’ils sont issus de l’Ancien Testament et que c’est la base de ma culture, ils viennent me préciser avec beaucoup de justesse les lames du tarot.

~ Vous proposez vous-même des stages de tarothérapie, comment cela se passe-t-il ?

Depuis trois ans, j’explore les arcanes du tarot dans leur dimension performative. Le stage « Incarner l’Arcane » est un stage de deux jours, où il est question de traverser les arcanes à travers des rituels performatifs. Ainsi, les arcanes se vivent en nous et permettent de « soigner » quelque chose en nous. « Soigner » peut être entendu comme thérapeutique, mais je le vois aussi comme une notion artistique, puisque l’art est à la base une attention particulière à la beauté, à la vérité et à l’émotion. On soigne une œuvre comme on soigne un corps et pour moi l’œuvre d’art la plus importante c’est notre vie, notre incarnation.

Ensuite, il y a les ateliers « Tarot & Spiritualité » qui sont des « descentes » directes dans une lame pendant 3h. La lame du tarot va être prétexte à aller regarder du côté de nos émotions et notre créativité. Par exemple, le dernier atelier sur le Pendu était orienté sur notre arbre généalogique et sur la place que l’on a pris dans notre famille, par mimétisme, conviction, valeur ou simplement pour naviguer à contre-courant des nôtres. L’exploration se fait toujours par des outils qui permettent à l’inconscient de s’exprimer : méditation guidée en lien avec la carte, tirage de carte, cercle de parole et rituel collectif et créatif. En partant nous connaissons mieux la carte du tarot car nous l’avons vécue et non intellectualisée. Et comme la carte est un miroir de nous-mêmes, nous avons pu mettre une lumière sur quelque chose et nous faire du bien.

Les seuls bijoux que peuvent portés les épouses de Jésus sont les épines, Kalinka, Toulouse, 2018. (c) Photo : Chymer.

~ Présentez-nous « Sorcières & Chamanismes » et les artistes qui seront exposés ?

L’exposition « Sorcières et Chamanismes » va durer du vendredi 13 décembre au 1er Mars. Quatre artistes seront présents  Marie Ausina, ma sœur, une plasticienne qui va réaliser une installation avec le décor scénographique de son dernier spectacle chamanique « Effeuillage animal » ; Alison Flora, une plasticienne qui travaille sur l’ésotérisme en peignant directement avec son sang veineux ; Sacha Bernardson, musicien avec qui je travaille depuis de nombreuses années, il va présenter son nouveau clip Mud qui est un voyage en soi à travers des sons volcaniques qu’il a enregistrés en Islande ; puis enfin Mika Pusse, artiste éclectique, qui présentera deux poupées fétiches, sculptures faites à base de sachets de thé.

Cette exposition ouvre le trimestre de l’hiver, qui est une descente dans notre intériorité. Le froid nous invite à entrer sous nos pulls et nos couettes, mais c’est pour mieux prendre soin de nous-mêmes, aller voir au dedans. Du coup, j’ai choisi de proposer tout au long de cet hiver des événements en lien avec ce retour à soi. Il y aura une performance de lecture chamanique, un stage, ainsi que des soins proposés par une chamane, un atelier d’écriture, de plantes, des concerts acoustiques éclairés à la bougie, des conférences sur l’accouchement à la maison, des performances ritualisées, une soirée autour de l’oracle de Belline, tout cela en plus de mes ateliers mensuels de tarot, des après midi « Instant Tarot » pour venir boire un thé et poser une question aux cartes, des tatouages-rituels et des consultations privées sur rendez-vous.

~ Pour vous, quelle image porte la sorcière aujourd’hui ?

Pour moi la sorcière d’aujourd’hui a plusieurs visages, cela dépend de la définition que l’on en a et du niveau de lecture. La sorcière, au niveau social, c’est la prostituée, c’est le migrant, c’est le SDF, c’est la sage-femme qui accouche à domicile… C’est toutes les personnes qui ne rentrent pas dans les cases mais qui sont, par leur activité, identité ou profession, montrées du doigt et stigmatisées.
Ensuite, il y a « être » sorcière, qui est une vision spirituelle de soi et du monde. Je vois là comme une connaissance de soi, de son ombre et de ses émotions.

Le Page Novembre, Weird Wisdom Tarot, œuvre présentée lors de l’exposition « Tarot, Symboles et Archétypes », 2019.

~ Votre galerie d’art est un lieu vivant, alimenté de divers ateliers et même des séances de tatouages ritualisés. Ce concept est-il nécessaire pour créer une communauté ?

Je ne cherche pas à créer une communauté. En tant que plasticienne et personne à l’écoute des cycles qui m’habitent, il y a des jours où je voudrais faire de l’illustration, puis de la peinture, puis de la performance, puis organiser une soirée, puis écrire un livre, faire un film, organiser une conférence, ou faire des tatouages… En fait, j’en ai eu marre de devoir choisir entre toutes les personnes que je suis et toutes les activités, puisque ma démarche derrière tout ça est la même. J’ai surtout créé ce lieu pour être tout ça sans avoir à choisir, me réunir, me rassembler et ensuite, grâce à mon propre rassemblement, je peux réunir d’autres artistes et ouvrir d’autres mondes. J’ai fais 10 ans d’études en rêvant d’être chercheuse et une fois que j’ai fais mon post-doctorat, j’ai compris que j’étais artiste et qu’un artiste, toute sa vie, il cherche. Il transmet ses émotions en continu, sa vision du monde en permanence, et surtout il change tout le temps de forme, mais sa démarche est toujours la même… C’est pour ça que j’ai voulu faire mon propre laboratoire, ma « chair » de recherche.

~ Quel public est attiré par votre galerie ? Des curieux ou des amateurs d’ésotérisme ?

Beaucoup de gens différents. Des artistes surtout, des thérapeutes beaucoup. Les deux mélangés souvent. Beaucoup d’amateurs et de professionnels du tarot de Marseille et d’oracles. Et aussi des personnes qui aiment le tatouage mais qui ne se reconnaissent pas dans la manière de se faire tatouer aujourd’hui.

Tarot symboles et Archétypes, prise de vue de l’inauguration, La Papesse, Toulouse, 2019. (c) Photo : Alis Mirebeau

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