L’herbier d’Imbolc : suggestions botaniques pour les jours qui rallongent

John Everett Millais, Blow Blow Thou Winter Wind

Joyeux Imbolc à tous les sorciers qui me lisent !


Laissez-moi vous expliquer ce que la sorcellerie n’est pas : ce n’est pas un pouvoir divin, qui vient en un clin d’œil, d’une simple pensée. Elle nécessite d’agir, de manipuler, de planifier, rechercher, fouiller, sécher, couper et moudre, bouillir, parler et chanter. (Circé, Madeline Miller, p. 124)

Prinsep, Valentine Cameron, At the First Touch of Winter, Summer Fades Away 

Préambule

Je donne la parole à Circé, l’archétype de la magicienne, la femme au chaudron pour débuter ce petit herbier d’Imbolc. En effet, j’ai apprécié cette description de la sorcellerie, qui est finalement un art du mélange, de la tambouille et de la recherche. Et quoi de mieux que la période – infernale dans la vie courante – entre janvier et mars ? Les jours rallongent, la nature secoue ses gouttelettes de givre, les chats se blottissent contre le feu et nous, après la tourmente de décembre et ses exigences dans notre vie de tous les jours, nous avons à nouveau un peu de temps le soir pour lire ou pour prévoir une nouvelle année civile avec ce qu’elle recèle de projets.

Dante Gabriel Rossetti, The Daydream

Quelques jalons et des déesses

Imbolc est un sabbat païen, qui a lieu dans l’hémisphère nord lors du 2 février, mais en vérité, la nature prime sur le calendrier et il s’agit plutôt de repérer les premiers signes du printemps. La date est donc variable pour un grand nombre de personnes. Le point d’équilibre est atteint entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps. Il reste donc une moitié de temps à parcourir avant de voir les jours significativement rallonger. L’espoir est une donnée essentielle. On associe cette festivité à différentes déesses, sur lesquelles je ne m’attarderai pas mais que je me contenterai de mentionner juste en passant :

  • Brigit : sainte chrétienne mais aussi déesse païenne à son origine, sa chevelure rousse ne vous aura pas échappé. On l’associe au chaudron, à la création, à la forge, mais encore au foyer et à la maternité. Dans son chaudron légendaire, on dit d’elle qu’elle symbolise l’acte créateur. Lors d’Imbolc, il est de coutume de lui laisser son manteau, une écharpe ou n’importe quelle pièce vestimentaire que nous aimons et dont nous voudrions avoir les vertus curatives. D’autres coutumes encore veulent qu’on lui laisse quelques gâteaux et mets sucrés pour son passage.
  • La Cailleach : déesse celte (corrigez-moi si vous en savez plus !) caractérisée par sa vieillesse, le mois de février est considéré comme le sien. On dit qu’elle ramasse les brindilles de bois dehors, la nuit, afin de se constituer son feu. Sorcière mythique, elle est liée à l’hiver et combat le printemps. Son chaudron la relie à l’image de Brigit.
© Julia Jeffrey, Le Tarot du Royaume Caché, X de coupes

Du nettoyage de l’espace…

Le mois de février, commençant avec le sabbat d’Imbolc, est une période idéale pour tout type de nettoyage. Effectivement, l’espace, le corps, les subsistances négatives, tout y passe. On peut tout à fait décider d’anticiper le traditionnel nettoyage de printemps par un nettoyage d’Imbolc et passer en revue nos possessions. Sur ce point, et même si cela diffère de mes propos, je vous conseille d’écouter des podcasts sur le minimalisme, ou bien de vous procurer le livre de Marie Kondo, que je trouve vraiment éclairant sur la question des possessions et le surplus dans lequel nous nous enfermons. En triant ce que nous avons, nous nettoyons les mauvais souvenirs en nous en séparant. Les objets nous communiquent tous types de messages et il nous revient de reprendre le contrôle sur notre environnement.

Saviez-vous que le nom de février vient du latin februum, qui était un rituel romain qui avait lieu à la mi-février et qui consistait en une purification générale de l’espace ?

© Siolo Thompson, Hedgewitch Botanical Oracle, photo sur le site de l’artiste.

… Au nettoyage du corps

De la même manière, le corps fait partie intégrante de ce vaste projet de nettoyage, et pourquoi ne pas pratiquer une douche magique ? Le principe est simple : vous vous munissez d’un sachet en tissu lavable pour le thé, le remplissant de gros sel, de citron et de plantes que vous estimez comme nettoyantes : du romarin du jardin, de la sauge… La pratique revient à se nettoyer de la tête aux pieds en ayant le souhait d’ôter toute la négativité accumulée lors de ces derniers temps. On lutte, en quelque sorte, contre la stagnation.

L’herbier du nettoyage

Pour ce faire, vous aurez besoin de vous constituer un petit « herbier » de plantes de prédilection pour l’événement. Et c’est ici qu’interviennent mes lumières dans cet article ! Je vous livrerai une simple liste de plantes, sous forme de points rapides, afin de laisser l’espace pour vos propres idées :

  • la sauge : l’une des plantes reines pour la purification. Outre ses bienfaits sur la santé quand son infusion est consommée avec parcimonie (son huile essentielle étant formellement interdite car neurotoxique), on ne compte plus les utilisations de la sauge à des fins plus spirituelles. Effectivement, il est impossible de ne pas penser aux bundles des natifs Américains, auxquels se joignent d’autres plantes selon les effets visés. Nous pouvons en constituer avec les sauges de nos jardins, d’une espèce différente que la sauge blanche. Sa fumée, allant dans les quatre coins d’une pièce, nettoie tout ce qui stagne : les peurs, les mauvais souvenirs, les infortunes.
  • le bouleau : arbre féminin par excellence avec son écorce blanche, on l’utilise davantage pour sa symbolique que pour ses vertus médicinales lors d’Imbolc. Il peut simplement être un élément décoratif ou dévotionnel.
  • le crocus & le perce-neige : deux fleurs précoces dans la nature. Ce sont parmi les premières fleurs qui sortent de l’hiver, ayant persévéré contre le gel et la neige. Le perce-neige, surtout, est l’un des symboles par excellence d’Imbolc. Son nom latin, galanthus nivalis, viendrait partiellement du grec gala (le lait) et anthos (la fleur). Effectivement, il n’y a qu’à regarder la fleur pour comprendre ce nom grec : avec ses pétales immaculés, elle représente une pureté inégalable et un blanc de lait qui ne peuvent que rappeler l’archétype de la déesse. Si l’on veut y voir un symbole chrétien, nous penserons à la Vierge se remettant de son accouchement et entrant dans une période de purification. En sollicitant le symbolisme du perce-neige, nous pouvons nous en servir tout au long de l’année pour les temps difficiles : tout comme la fleur persévère contre le froid, nous ferons preuve de courage lors des passages critiques.
  • le sorbier : ou arbre des « sorciers ». La proximité des noms dit tout. Ses fleurs d’abord blanches le lient à l’archétype de la déesse. Il est considéré comme l’un des arbres druidiques par excellence et ses baies, qui, quand on les coupe, cachent un pentagramme parfait, qui nous remémore la pomme. Ses baies, justement, sont picorées par les merles, autrement connus sous le nom très agréable de « druides noirs ». L’écorce du sorbier était prisée autrefois pour teindre en noir la laine. Des sources associent cet arbre au dieu Thor, mais je n’ai pas trouvé d’éléments concluants. En tout cas, dans la médecine magique populaire, il est clair que c’est l’une des essences d’arbres qui revient le plus quand il s’agit de « déprendre », de désenvoûter des victimes.
© Pixabay – Sorbier

Le chaudron de l’intuition

Vous convoquerez sans doute aussi l’imaginaire du chaudron. J’en parlais au sujet de Brigit et la Cailleach. Dans son ouvrage Les symboles des Celtes, Sabine Heinz écrit un chapitre fort intéressant sur le symbolisme du chaudron chez les Celtes. Pour résumer sa réflexion, au fur et à mesure du temps, lorsque l’on quitte la fabrication de récipients en terre cuite pour le métal et notamment le bronze, les chaudrons prennent de plus en plus d’importance, jusqu’à devenir des instruments de prédilection pour faire le lien avec les morts, selon des coutumes écossaises. Plus proche de nous, nous songerons au Graal et à tout ce qu’il peut vous évoquer. Pourquoi ne pas travailler comme moi avec la famille des Coupes dans le tarot ?

Suite des Coupes dans le Tarot Prisma Vision de James R. Eads.

Préparation du jardin

Dans l’imaginaire de la création, après le chaudron de Brigit, je voudrais le jardin ! La date d’Imbolc, si elle est respectée et si l’on ne compte par le treizième signe – critiqué – du Serpentaire qui vient alors tout bouleverser, est liée au signe du Verseau, et des ouvrages de jardinage magique conseillent de se contenter de récolter des racines et d’ôter au jardin tous les résidus d’herbes indésirables. On nettoie beaucoup plus qu’on ne plante des choses. La date d’Imbolc est l’une des dates par excellence pour bénir les graines que l’on va planter dans notre jardin : on peut simplement leur souhaiter de grandir et de se fortifier, ou aussi, si l’on est un sorcier versé dans les esprits, demander aux dévas et aux entités naturelles de le faire pour nous. Le chapitre 6 de The Green Witch par Arin Hiscock-Murphy parle de jardinage magique et notamment de compost : il n’est ici ni le lieu ni le moment de vous parler de ma ferveur écologique, mais peut-être est-ce un bon moment pour revoir vos pratiques à la maison et de vous pencher sur le zéro-déchet, de penser un rapport à la nature qui ne se fasse pas qu’à travers la consommation. Bannissez le plastique de vos environnements, profitez de cet interstice avant le printemps pour établir des idées à explorer dans ce domaine.

Puissent vos changements être couronnés de succès et vos recherches, fructueuses !

© Pixabay

 

 


Bibliographie :

Madeline Miller, Circé,  Pocket, 2018.

Bernard Baudouin, Arbres sacrés : légendes et symboles, Rustica, 2019.

Siolo Thompson, Hedgewitch Botanical Oracle, Llewellyn Worldwide, 2018.

Ann Moura, Grimoire de magie verte, Danaé, 2018.

Silja, Petit manuel pour jeter des (gentils) sorts ! , Larousse, 2013.

Michèle Bilimoff, Enquête sur les plantes magiques, Ouest-France, 2003.

Florence Laporte, Les arbres sacrés des druides, Rustica, 2018.

Paul Beyerl, The master Book of herbalism, AdA, 1984.

Sabine Heinz, Les Symboles des Celtes, Guy Trédaniel, 1997.

Harmony Nice, Wicca, Orion Spring, 2018.

Sandra Kynes, La magie des plantes : douze mois avec la sagesse des plantes, Danaé, 2017.

Mandy Mitchell, Hedgewitch book of days : spells, rituals and recipes for the magical year, Weiser Books, 2014.

Hagel, Herbier des sorcières, Danaé, 2018.

Arin Murphy-Hiscock, The Green Witch, Adam’s Media, 2017.

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