La sauge, mère de tous les remèdes

École supérieure de pharmacie de Paris [Faculté]. Musée de matière médicale. Planche d’enseignement. Botanique. XXe siècle.

Préambule

La sauge officinale, plante commune dans nos jardins, est une lamiacée qui a tout mon intérêt. J’en buvais son infusion l’autre jour lorsque j’ai eu l’idée d’écrire une petite chronique botanique qui lui soit dédiée. À mon avis, elle jouit d’une popularité suffisante pour que vous n’ayez probablement pas besoin de mes lumières ici, mais profitons du temps d’un thé pour lire à son sujet et en apprendre peut-être un peu.

Médecine

Il convient de rappeler que son huile essentielle est bannie car elle est si toxique que 0,3g tuerait un chien… Elle est donc à proscrire en huile essentielle. En revanche, si, comme moi, elle prolifère dans votre jardin sans vous que vous ne sachiez quoi en faire, vous saurez qu’elle est une alliée considérable dans la médecine féminine et les affections de nos corps. Des premières règles à la lactation mais encore jusqu’à la ménopause, elle répond à un tas de maux courants du système reproducteur féminin. Elle fait venir les règles tardives, par exemple.

Elle est aussi, comme en témoignent de vieilles recettes médiévales, la base pour ce que l’on appelait la « saugée », un vin herbacé digestif après des mets constitués de gibier… Pour toute application médicinale, je vous renvoie vers celles et ceux qui en ont fait leur métier ou bien n’importe quel professionnel dans ce domaine. Rappelez-vous simplement de son étymologie, salvare, qui est le verbe latin qui signifie « sauver, soigner » : on considérait à un moment de l’histoire qu’elle était une sorte de panacée, un remède universel.

Salvia officinalis L., Sauge officinale, Eur. mérid. (Lamiaceae) – Jardin botanique de Fribourg

Magie

J’en viens au domaine qui est davantage le mien et digne de mon intérêt : l’utilisation et l’application de la plante en magie ! Effectivement, si elle est une panacée en médecine, elle est aussi universelle dans le monde de la sorcellerie. On considère même qu’elle peut remplacer toutes les autres plantes, tout à fait comme le fait la bougie blanche avec les bougies d’autres couleurs. On l’utilise pour un nombre incalculable de choses mais surtout dès qu’il faut nettoyer quelque chose : une nouvelle acquisition, un tarot, un espace, un  nouveau logis…

Cela n’étonnera donc pas grand monde que de dire qu’elle est la reine lors du sabbat d’Imbolc, période par excellence pour nettoyer tout type de résidu spirituel négatif. Elle nettoie et bannit les énergies stagnantes, décharge ce qui est lourd. Son emploi privilégié, comme c’est le cas chez les Natifs, est celui des smudges, c’est-à-dire sous la forme de fumigation de bâtons faits des tiges et feuilles séchées que l’on passe tout le long des pièces ou des objets. On peut se servir de son infusion pour nettoyer les objets divinatoires ou le seuil de la porte…

Symbolique

Je parlais d’Imbolc : en effet, comme le dit l’article sur lequel j’ai travaillé quant à ce sabbat, je rappelais que cette période au début de février était un moment parfait pour tout nettoyer ; nos vies, nos espaces et nos corps. On peut donc mobiliser la symbolique et les vertus de la sauge pour s’offrir un nouveau départ au commencement de février !

Si la plante est une panacée, elle est aussi un symbole de sagesse, notamment parce qu’elle peut remplacer toutes les autres : c’est comme si elle possédait, en elle, toutes leurs vertus. En fumigation, on dit qu’elle inspire des visions et qu’elle soutient activement la visualisation psychique : pourquoi ne pas, en même temps, convoquer l’archétype de la chouette, des déesses de la sagesse telles qu’Athéna ? Après tout, nous pourrions tout à fait inventer nos synergies, nos réseaux d’images et de sens. Le pouvoir de création, c’est aussi ce qu’Imbolc contient.

Pour en venir au tarot enfin, Siolo Thompson dans le livret explicatif de son Hedgewitch Botanical Oracle, considère que certaines personnes relient la sauge au pape, ce sur quoi je ne suis pas non plus d’accord. S’il fallait chercher un symbole de sagesse féminine, mon choix se porterait davantage, pour ce qui est des arcanes majeurs, sur la Papesse ou bien la Lune… Pour les arcanes mineurs, elle trouve qu’un huit de pentacles « fait l’affaire » et qu’il symbolise parfaitement le nettoyage. Je vois plutôt la symbolique de cette carte dans la construction d’un logis, dans les derniers préparatifs avant de finaliser un projet concret. Pour la sauge, il me semble qu’un huit de coupes serait parfait : cette carte nous parle avant tout de nous séparer du monde physique pour réaliser nos rêves les plus chers. Quand nous nettoyons nos espaces et en ôtant toute la superficialité, ne le faisons-nous pas à notre manière ?

Gustave Klimt, Pallas Athena, Historisches Museum der Stadt Wien, Vienne, 1898.

 

J’espère que cette brève aventure de la sauge vous aura inspirés pour l’avoir dans votre jardin ! (Et même si ceci, paraît-il, porte malheur!)

 

 


Bibliographie :

Siolo Thompson, Hedgewitch Botanical Oracle, Llewellyn Worldwide, 2018.

Ann Moura, Grimoire de magie verte, Danaé, 2018.

Silja, Petit manuel pour jeter des (gentils) sorts ! Larousse, 2013.

Michèle Bilimoff, Enquête sur les plantes magiques, Ouest-France, 2003.

Paul Beyerl, The master Book of herbalism, AdA, 1984.

Sandra Kynes, La magie des plantes : douze mois avec la sagesse des plantes, Danaé, 2017.

Mandy Mitchell, Hedgewitch book of days : spells, rituals and recipes for the magical year, Weiser Books, 2014.

Hagel, Herbier des sorcières, Danaé, 2018.

Arin Murphy-Hiscock, The Green Witch, Adam’s Media, 2017.

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