Le jardin secret, de Frances Hodgson Burnett

Titre : Le jardin secret (The Secret Garden)

Auteur : Frances Hodgson Burnett

Traduction : Mme Jean Valette

Date de parution : novembre 1910 – août 2011

Résumé

À la mort de ses parents, emportés par une épidémie de choléra aux Indes, Mary Lennox, petite anglaise renfermée, tyrannique et laide, se voit contrainte de partir vivre au fin fond des landes, en Angleterre, chez un oncle qu’elle ne connaît pas.
En explorant la propriété de ce dernier, la fillette trouve, avec l’aide d’un rouge-gorge, la clé d’un jardin oublié de tous. Mary rencontre un jour Dickon, un jeune garçon qui sait parler aux animaux. Devenus amis, elle lui révèle son grand secret, et tous deux vont tenter de faire revivre le jardin.

Le jardin secret est un classique de la littérature victorienne anglaise, que j’ai vraiment découvert sur le tard. Catégorisé comme « littérature jeunesse » de nos jours, ce roman s’adresse également à un public adulte en raison de son effet littéralement cathartique. La narration est simple, mais pas pour autant « simpliste ». Les jeunes lecteurs chevronnés devront notamment bien s’accrocher, car le récit s’étale sur environ 300 pages (l’aide d’un adulte est donc toujours la bienvenue). Vous présenter cette lecture en ces temps incertains m’a semblé être une évidence, puisque la majorité du récit se déroule en huit-clos, au manoir de Misselthwaite. Cependant, pourtant, au lieu de générer une sensation d’étouffement, l’histoire se révèle incroyablement libératrice et permet à tout un chacun de s’évader et de s’abîmer dans une nature profonde, reposante et surtout réparatrice. Tel est le talent de Frances Hodgson Burnett, qui à l’aide de descriptions très détaillées, à la fois réalistes et poétiques, transporte le lecteur dans les landes du Yorkshire, rythmées par les changements imposés au gré des différentes saisons.

L’autrice et ses œuvres

Frances Hodgson Burnett est une figure éminente et prolifique de la littérature victorienne. Si son nom ne vous dit peut-être pas grand-chose, vous avez sûrement dû croiser une de ses œuvres pendant votre enfance, sous un format différent peut-être du format papier. Elle est surtout connue pour ces deux titres phares : Le petit lord (Little Lord Fauntleroy, 1885) et La petite princesse (A little princess, 1905). Les deux histoires ont été adaptées en série d’animation, respectivement sous le titre Le petit Lord ( 小公子セディ, Shōkōshi Sedi, 1988) et Princesse Sarah (小公女セーラ, Shōkōjo Sēra, 1985 ) par le studio Nippon Animation.

Un roman « avant-garde » victorien

Curieusement, Le jardin secret (The Secret Garden, 1911) n’a pas rencontré le même succès que les deux œuvres précédentes et n’a acquis sa grande popularité qu’à titre posthume. En effet, la construction du récit s’écarte de la tradition victorienne sur bien des aspects. Tout d’abord, ce roman était publié sous forme épisodique dans un magazine littéraire destiné aux adultes, avant d’être disponible dans son intégralité. Il n’a été classé dans la section littérature jeunesse que bien plus tard. Ensuite, les thèmes abordés sont bien en avance pour l’époque, tout comme était l’autrice de son vivant. Le long du récit, le lecteur peut discerner une critique acerbe du colonialisme britannique, une remise en question du rôle parental et de l’éducation des enfants loin des clichés genrés, mais surtout une réflexion profonde sur le sens de la vie et le rapport de l’être humain avec la nature.

Enfin, les protagonistes s’écartent également des canons traditionnels victoriens. Que ce soit Mary Lennox, Colin Craven ou le père Archibald Craven, ces êtres ont été malmenés par une existence vide de sentiments. Ils sont caractériels, aigris et égocentriques, car ils n’ont jamais appris à s’attacher à qui que ce soit et n’ont jamais reçu d’affection, ou parce que le peu d’amour qu’ils ont reçu leur a été subitement repris. Ils ne suscitent au premier abord aucune empathie auprès du lecteur, jusqu’au moment de leur transformation au contact du jardin secret. En réalité, ces êtres amers ont surtout été forgés par les mauvaises langues de leur entourage. Combien d’entre nous portons les stigmates de mots nonchalamment prononcés par nos proches ou moins proches, qui ont fini par nous laisser des plaies toujours difficiles à panser ? La douleur n’excuse évidemment pas le comportement, mais elle explique le mal fait à soi-même, lentement, à travers les mots d’autrui.

À ce jour, Le jardin secret est considéré comme une œuvre intemporelle, car sa thématique reste toujours d’actualité.
Le « jardin » n’a rien de magique au sens propre. Ce lopin de terre clôturé a été laissé en friche pendant plus d’une décennie à la suite d’un événement tragique. Cependant, ce pan de nature sauvage symbolise l’introspection ô combien nécessaire à une renaissance à la fois psychologique et physique. Bien entendu, l’inspiration profonde de l’autrice tirée de la science chrétienne reste discutable selon les croyances de chaque (1), mais personne ne remettra en cause les bienfaits de la nature sur l’être humain, tout comme le maintien d’une bonne santé mentale va de pair avec la santé physique.

Ainsi, en cette période de confinement pour la plupart, il est crucial de veiller à votre bien-être, et ce, sur tous les plans. Alors, ouvrez donc une fenêtre, profitez un bain de soleil dans votre salon, armez-vous d’une lecture de circonstance, évadez-vous par la pensée et surtout, prenez soin de vous.

Référence:
(1) Anna Clark. « The Secret Garden’s hidden depths. », The Guardian – Culture, The Guardian, 5 août 2011.

1 Commentaire

Laisser un commentaire