Chroniques des Lusignan – Chapitre I : Mélusine éternelle

La fée Mélusine

La légende de la fée Mélusine nous est principalement connue à travers les récits en ancien français, notamment par l’ouvrage de Coudrette et de celui de Jean d’Arras, à la commande de Jean de Berry. Ce dernier cherchait à donner à sa dynastie une origine merveilleuse. Jean d’Arras et Coudrette ne sont pas les inventeurs de la figure mélusinienne. On crédite généralement Gervais de Tilbury, écrivain anglo-normand qui écrivit entre 1209 et 1214 l’ouvrage Otia Imperialia, recueil de contes merveilleux où des fées aux allures de Mélusine prennent vie. Les récits médiévaux de Mélusine exploitent un fond mythologique beaucoup plus ancien.

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Mélusine, gravure de P. Christian’s, Histoire de la Magie, 1884.

Petit rappel du récit médiéval :

Au royaume d’Écosse vivait un roi nommé Elinas, épris de la belle et ravissante Présine. Le souverain rencontra sa future épouse au détour d’une fontaine. Obligée de cacher sa nature féerique, Présine imposa à son époux un interdit : celui de la voir lors de ses couches. Après plusieurs années d’amour, la reine d’Écosse mit au monde trois filles : Mélusine, Mélior et Palestine. Mais le roi Elinas, par la perfidie des mots de son frère, désobéit à sa promesse et partit contempler la beauté de ses filles. Présine, trahie, ne put rester aux côtés de son époux et retourna sur l’île d’Avalon, loin du monde des hommes.

Les années passèrent, et les trois jeunes filles devinrent des femmes-fées. Mélusine, furieuse contre son père, harangua ses sœurs afin de punir le roi Elinas. Elles décidèrent donc de l’enfermer dans une grotte pour l’éternité. Pensant faire une bonne action en punissant l’homme qui avait déshonoré leur mère, les jeunes femmes racontèrent leur récit à Présine. Cette dernière, encore amoureuse, sous le choc de la perte de son époux, affligea à ses trois filles d’horribles châtiments : c’est ainsi que Mélusine devint femme-serpent le samedi. Seul l’amour d’un mortel peut alors permettre à la fée Mélusine de s’affranchir de sa condition de monstre.

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Mélusine allaitant (Couldrette, Roman de Mélusine), M. Guillebert de Mets (enlumineur actif entre 1410 et 1450).

Dans le pays du Poitou, vit un jeune chevalier du nom de Raymondin, de la famille des Lusignan. Lors d’une chasse au sanglier, Raymondin tue accidentellement son oncle, le plongeant dans un terrible tourment, errant toute la nuit dans la forêt de Corrèze. Au beau milieu de sa course, le jeune chevalier voit une ravissante femme au bord d’une fontaine : c’est elle, la fée Mélusine. Depuis cette rencontre, Mélusine et Raymondin vivent un amour passionnel. C’est de cette union que naissent dix fils, tous affligés d’une tare physique. Néanmoins, la passion amoureuse de Mélusine et de Raymondin ne peut durer. Le frère de Raymondin, jaloux de la puissance de leur union, se venge. Il demande donc à son frère, un samedi, de voir Mélusine. Raymondin, refusant de trahir son épouse, explique à son frère qu’il ne peut pas la voir ce jour-ci. Ce dernier, plein de vice, manipule son frère et accuse Mélusine de le tromper ou bien d’être « fée ». Doutant de l’honnêteté de son épouse, Raymondin grimpe à la plus haute tourelle où elle se terre et aperçoit sa magnifique épousée en serpente. Furieux, Raymondin répudie son frère pour traîtrise et regrette amèrement sa désobéissance. Dans sa grande bonté, Mélusine lui pardonne. Cependant un malheur ne survient jamais seul. Geoffroy, surnommé La Grand’Dent, est le plus terrible des fils : enragé contre la décision de son jeune frère d’entrer dans les ordres, il incendie l’abbaye de Maillezais ainsi que son frère, un jeune moine. Raymondin, fou de chagrin, accuse Mélusine de diablerie et de « vile serpente ». Ne pouvant pardonner davantage à son époux, la fée se transforme en un gigantesque reptile et s’envole au loin, dans le ciel du Poitou.

Des origines lointaines :

Le mythe de Mélusine, de ses origines et de ses descendants, fait écho à des mythes élaborés par des sociétés d’ascendance linguistique indo-européenne. Notre Mater Lucina, mère et déesse du domaine poitevin, pourrait être inspirée d’un certain Lucinius dans Histoire des Rois de Bretagne de Geoffroy de Monmouth. Le nom de la fée pourrait très bien être un anagramme de Lusignan, qui lui-même proviendrait du dieu celte Lug. Outre les résurgences de la civilisation celte, les origines de Mélusine pourraient venir du panthéon hindou comme le montre la déesse « Miluschi » par la graphie de son nom, signifiant « la généreuse », une caractéristique propre à la fée poitevine.

Qui était véritablement Mélusine ?

Les auteurs médiévaux réinterprétèrent le thème de l’être monstrueux sous le prisme de leur culture et de leur système de pensée. Jean d’Arras était un érudit et avait, semble-t-il, à sa disposition la bibliothèque de Jean de Berry, contenant nombre de trésors littéraires gréco-latins et médiévaux. Notre auteur semble avoir puisé dans ces sources écrites de quoi alimenter son roman féerique.

Les fées incarnent la beauté, la fertilité et l’abondance : avec Mélusine, la fertilité passe par ses dix fils, elle apporte également la richesse et la prospérité à sa terre d’accueil. Mélusine est la créatrice d’une bipartition politique, c’est-à-dire qu’elle gouverne le Poitou autant que son époux. Mais derrière cette figure puissante se cache un terrible secret : celui de la monstruosité. Les malformations physiques représentaient pour la population la négligence de Dieu et les fourberies du diable. L’art et la littérature médiévale ont été extrêmement riches en monstres, hérités de l’Antiquité gréco-romaine. Ces monstres possédaient, à quelques exceptions près, les mêmes caractéristiques que ceux de la Grèce, de Rome ou encore de l’Égypte. Ces « défauts » physiques étaient perçus comme une malédiction de Dieu, ce qui trahit la nature et le passé de Mélusine, elle-même atteinte d’une difformité bien plus importante que ces fils.

Les romans de Mélusine célèbrent l’esthétique du monstrueux. C’est la singularité de la difformité qui transforme le sujet en un être précieux. On y retrouve également l’esthétique de la dissymétrie physique que les auteurs distinguent des faits d’armes prodigieux. Le monstre Mélusine a des pouvoirs, elle détient un don de divination grâce à ses organes de perception aiguisés, saturés. On voit donc que le monstre est une sorte de « prodige » puisqu’il détient une certaine magie.

De manière générale, le monstrueux se développe à partir de la fascination pour les anomalies qui exercent sur notre subconscient un pouvoir extraordinaire. Encore nourrie de la philosophie d’Aristote, l’ère médiévale retient la connotation de « contre-nature » du monstre.

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Anonyme, Histoire de la Magie, P. Christian, Furne, Jouvet et Cie, Paris, 1870.

L’ancrage territorial :

De la même façon que César se réclamait héritier d’Énée, la Mélusine de Jean d’Arras s’insère dans une tradition répandue dans l’Occident médiéval où les rois cherchaient à crédibiliser leur dynastie en s’inventant des généalogies mythiques. Ici, le personnage de Mélusine s’apparente à ces anciennes figures divines qui personnifient le territoire et la souveraineté. On retrouve alors un archétype commun auquel le mythe de Mélusine peut se rattacher : celui de la femme déesse, créature surnaturelle et souveraine qui serait la source d’une dynastie puissante. Ce schème se retrouve dans de nombreuses sociétés comme chez les Scythes ou chez les Tuatha dé Dannan dans l’Irlande antique. L’aspect reptilien et monstrueux de Mélusine se rattache à cet ancrage territorial voulu, car la femme-serpent souveraine est la figure de l’autochtonie, de la légitimité du territoire. La fée Mélusine, comme nombre de créatures féeriques au sein de la littérature médiévale, semble posséder un lien avec l’histoire de Macha, un avatar de la déesse souveraine Morrigan dite « La Grande Reine ». Un jour, Macha arriva chez un homme veuf, un fermier, l’épousa et assura la prospérité de sa maison, jusqu’au jour où son mari trahit son secret, entraînant un destin fatal. Macha pouvait courir plus vite que les chevaux, et son mari s’empressa de raconter l’étrange pouvoir de son épouse au roi d’Ulster Conchobar un jour de course. Ce dernier amena Macha afin qu’elle concourût contre ses chevaux. Macha, sur le point d’accoucher, refusa cette course et maudit les Ulates. Depuis lors, ils souffrent chaque année d’une neuvaine des douleurs d’une femme en couche.

Les fées, descendantes de ces déesses, tissent un lien singulier avec le monde terrestre, particulièrement avec les édifices humains. Les romans de Mélusine se construisent comme des chroniques familiales qui relatent les vestiges des fondations historiques et culturelles des Lusignan. Mélusine perpétue une continuelle transformation à travers ses édifices et ses enfants. Elle est une fée souveraine, c’est-à-dire qu’elle est une fée reliée à un territoire précis. Elle légitime ses fils pour l’exercice du pouvoir. La fée est la femme de tous les rois successifs du Poitou, fictifs et réalistes comme le témoigne Jean de Berry. Dans les cultures celtiques, le rite de consécration royale s’apparente à une hiérogamie entre le roi et la déesse, personnifiant à la fois la souveraineté et le territoire. Ici Mélusine se fait reine de la terre du Poitou par son mariage avec Raymondin.

L’époque médiévale unifie le surnaturel et le merveilleux en l’incluant dans la réalité matérielle. Cependant, l’ancrage territorial s’appuie également sur l’ascendant féerique et monstrueux de la fée : fée revenante, fée dragon ? Que nous raconte la légende ? Pourquoi les légendes de la fée Mélusine se perpétuent-elles jusqu’à nos jours ? Les créatures du monde féerique ne peuvent être séparées de leur lieu de vie et de mort, c’est pourquoi Mélusine reste attachée à son territoire poitevin. Les légendes narrent que l’on peut encore et toujours entendre les lamentations de la fée.

Mélusine et la forme draconique :

Le physique particulier de Mélusine implique une forte symbolique. Avec sa queue, ses ailes et son ultime forme draconienne, la fée incarne les forces et les éléments naturels : la queue de serpent correspondrait aux entrailles terrestres, contrairement à la queue de poisson qui, elle, renverrait à l’image aquatique de la fée. Les pattes de lézard nous rappellent les premiers pas sur la surface de la terre. On peut tantôt voir la fée avec des ailes d’oiseau qui représentent le ciel de jour, ou arborer des ailes de chauve souris qui sont à l’image du ciel de la nuit.

Les mythologies anciennes regorgent de récits merveilleux et fantastiques, de chevaliers sans peur et de créatures effroyables semant la terreur autour d’elles. Ces légendes ont pour but d’expliquer la fondation d’un culte ou d’une cité. On retrouve, notamment dans ce type de récits, des dragons, créatures chthoniennes qui se terrent au cœur de la terre. Certains objets interviennent dans les récits de dragons, recouverts de matières rares comme l’or et les pierres précieuses. Chargés d’une forte symbolique et parfois d’une grande importance pour la suite de la légende, ces objets semblent accessibles uniquement par le biais de la fée, donc par le monde surnaturel. En effet, ces objets sont des anneaux de pouvoir dont Mélusine est la gardienne par excellence. Ils jouent un rôle prépondérant dans la réussite martiale de ses fils. Au même titre que les dragons, Mélusine est un être serpentiforme et réputée pour sa vigilance envers ses enfants. Si les dragons apprécient tant l’or, c’est que ce métal précieux leur rappelle la lumière solaire matérialisée.

Né du chaos originel, le dragon représente traditionnellement tous les éléments. Il est également figure de la convoitise, du vol, de l’orgueil, de la destruction et évidemment de la guerre. Il oppose, outre la terreur, la survivance de la culture populaire à la culture érudite. Le dragon possède cette incroyable aptitude à réduire le monde en cendres mais aussi à réagir à l’instinct de vie. Comme le souligne Myriam White-Le Goff dans son livre Envoûtante Mélusine :

Le dragon est profondément démiurgique, énergique, il est un trait d’union entre l’être et le néant, entre l’ordre et le chaos, entre le ciel et la terre, par son hybridité même.

La peur de la femme-dragon perdure durant de nombreux siècles car elle elle ne peut être dominée par l’homme, le héros des différents contes et légendes doit donc s’en accommoder. Les contes mettent en évidence une histoire bipartite entre la jeune femme en détresse et le dragon féroce rempli d’animosité. Étrangement, les romans de Jean d’Arras et de Coudrette ne dissocient pas ce schéma mais créent une association des plus singulières. Mais cette association est-elle véritablement différente des autres contes ? Il semblerait que non. Le dragon, comme la femme, souhaite conserver un trésor, fait uniquement de biens matériels comme de l’or, des bijoux ou encore des pierres précieuses.

Si les contes jouent sur la jeunesse et la naïveté que l’on prêtait aux femmes, c’est pour mettre en avant leur innocence et leur virginité, « bien immatériel » chéri dans l’imaginaire collectif patriarcal. Vient s’ajouter le chevalier qui, par sa présence, forme la tripartition du conte stéréotypé. L’homme doit vaincre le dragon pour conquérir son trésor, car les dragons sont réputés pour y veiller jalousement. La femme, quant à elle dans l’imaginaire collectif, doit veiller sur sa virginité. Le chevalier doit donc prouver sa valeur pour gagner le trésor féminin. L’image du dragon est entachée de ténèbres à cause de son aspect d’exécuteur. Le chevalier, lui, évolue dans une société en sa faveur et qui le représente en tant que porteur de lumière, digne du soleil.

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Messire Lancelot du Lac, Gaultier Map, BnF, Département des manuscrits, Français 112 (3), fol. 23r.

La fée-anguille :

L’animalité de Mélusine est la principale source de terreur du conte. Sa difformité est bien plus importante que celle de ses enfants, puisqu’elle prend la forme d’un serpent pisciforme, autrement dit : d’une anguille. En effet, l’assimilation de la fée Mélusine à l’eau ne repose pas uniquement sur la possibilité d’un fantasme utérin. De plus, la fée poitevine incarne la figure de la déesse primordiale qui renvoie aux origines de la vie.

Il est difficile d’entreprendre une analyse cohérente de l’imaginaire médiéval et des mythes qu’il véhicule en faisant abstraction de ces deux catégories fondamentales de la pensée mythique du Moyen Âge que sont le temps et les lieux de sa mémoire. (Philippe Walter, in La fée Mélusine, le serpent et l’oiseau.)

Nous savons que Mélusine se transforme en fée-anguille le samedi à cause de la malédiction de Présine. Néanmoins, connaissons-nous la raison de la baignade hebdomadaire de Mélusine ? Pourquoi se baigne-t-elle alors que Présine n’a pas professé cet acte ? Rappelons que lorsque Présine lance sa malédiction, elle n’indique à aucun moment que Mélusine doit se baigner le samedi. Nous pouvons donc émettre l’hypothèse que Mélusine aime et doit se baigner, être dans l’eau, ce qui ajoute à la métamorphose le côté pisciforme de la fée. Mélusine est l’Anguille, car elle s’incarne en poisson qui se comporte et se nomme comme un serpent. Dans les montagnes italiennes des Dolomites vivent des fées pisciformes nommées anguanes. Évidemment, ce nom évoque l’animal aquatique « anguille ». Dans l’Occident médiéval, on considérait l’anguille comme un animal asexuel car on le croyait dénué de caractéristiques sexuelles. Étant donné que les enluminures médiévales peignent Mélusine avec un buste de femme et une queue d’anguille, symbole phallique par excellence, le lecteur peut se demander si cet hybride ne serait pas la représentation d’un nouveau genre : celui de l’androgyne.

 

À suivre…

 


Références :

Eleanor Roach COUDRETTE, Le roman de Mélusine, traduction et présentation par Laurence Harf-Lancner, éd. GF-Flammarion, Paris, 1993.

Eleanor Roach COUDRETTE, Le roman de Mélusine ou Histoire de Lusignan, éd. Klincksieck, Pari, 1982.

Jean d’ARRAS, Mélusine ou la Noble Histoire de Lusignan [1991], traduction et présentation par Jean-Jacques Vincensini, éd. Le livre de poche, coll. « Lettres gothiques », Paris, 2016.

HARF-LANCNER Laurence, Les fées au Moyen Âge, Morgane et Mélusine, La naissance des fées, éd. Honoré Champion, coll. « Nouvelle Bibliothèque du Moyen Âge », Paris, 1984.

WALTER Philippe, La fée Mélusine, le serpent et l’oiseau, éd. Imago, Paris, 2008.

WHITE-LE GOFF Myriam, Envoûtante Mélusine, Klincksieck, coll. « Les grandes figures du Moyen Âge », Paris, 2008.

L’évolution de la figure de Merlin l’enchanteur au fil des siècles

À qui pensez-vous lorsque je vous évoque le personnage de Merlin ? Un vieux sage à la barbe blanche ? Au jeune héros de la série télévisée ? Au magicien cocasse de Kaamelott ? Toutes ces représentations ne sont pas si éloignées de la réalité… quoique ! Nous allons essayer de percer les voies mystérieuses de Merlin dans cet article.

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Merlin dans la série Kaamelott (source image).

Qui était donc le personnage de Merlin ?

Le célèbre magicien, tel que nous le connaissons à notre époque, est né à partir de chroniques galloises. Son origine littéraire remonte assurément vers le XIIe siècle grâce à un texte en latin écrit par la main talentueuse de Geoffroy de Monmouth, puis rédigé en langue vernaculaire par Robert de Boron, tout en passant par Wace.

Merlin est donc un personnage tout aussi célèbre que le roi Arthur lui-même. D’ailleurs, les deux son intrinsèquement liés dans les cycles arthuriens. Dès le Moyen Âge, le personnage de Merlin a subi de nombreuses réécritures. Tantôt un être divin, tantôt un être diabolique, Merlin sera passé par toutes les interprétations !

Les amours de Merlin permettent de l’inscrire dans la lignée des héros merveilleux au destin tragique. Le magicien cumule en effet les motifs liés à son destin féerique : conception surnaturelle, enfant sans père (bien que l’on sait dans la version de Robert de Boron que sa mère a été fécondée par un incube), puis une disparition tragique engendrée par la femme aimée.

Conception de Merlin dans l’ouvrage de Robert de Boron

De nos jours, la légende de Merlin ne cesse d’être réécrite, réadaptée, réappropriée par la littérature fantasy avec des auteurs comme Tolkien ou Rowling. C’est pourquoi il est important de remettre le personnage de Merlin dans son contexte d’origine avant de s’attaquer au contexte littéraire médiéval et contemporain !

L’origine, le mythe, l’homme, le sylvestre :

Bien avant que naisse le personnage mythique que l’on connait aujourd’hui, les récits légendaires et les brides de l’Histoire prennent place autour de Merlin afin de construire son identité, dans un cadre celtique antérieur aux influences chrétiennes.

Il semblerait qu’un certain Ambrosius Aurelianus soit à l’origine du personnage de Merlin. Cet homme aurait été un général militaire et chef des Bretons d’origine romaine. Il aurait été victorieux à la bataille du Mont Badon. Cette historicité est admise par Ferdinand Lot en 1931 dans son ouvrage Bretons et Anglais aux Ve et VIe siècles.

Un autre récit de guerre fait écho au commencement des récits de Merlin tels que la Vita Merlini, c’est la bataille de Mag Tured qui commence ainsi : «  les Tuatha De Danann étaient dans les îles du nord du monde, apprenant la science, la magie, le druidisme, la sorcellerie, la sagesse… » (Dottin, l’épopée irlandaise). Cette tribu « des gens de la déesse Dana » a sérieusement influencé le monde celte par leurs croyances et leur histoire.

C’est inévitablement Geoffroy de Monmouth qui donne le nom de Merlin dans Historia Regum Britanniae, rédigé entre 1135 et 1138. En découlera ensuite la Vita Merlini rédigée entre 1148 et 1155, « un texte rare, pour ne pas dire oublié de la légende arthurienne », d’après N. Desgrugillers dans la présentation de l’ouvrage. La Vita Merlini raconte qu’à la suite d’une bataille où il perd trois de ses plus braves hommes, Merlin devient fou et se réfugie dans la forêt. C’est alors que naît la figure du Merlin sylvestre, héritage des chroniques galloises.

Sa sagesse, souvent liée au don prophétique, est une conséquence de sa folie : c’est seulement une fois que Merlin guérit de cette folie que sa sagesse s’exerce avec plénitude.

Deux autres personnages de la littérature se rapprochent d’un Merlin sauvage, sylvestre : Lailoken et Suibhne.

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Lailoken, illustration d’Alan Lee.

Lailoken possède une origine écossaise, de la même manière que Merlin, issue de deux textes datant du XIIe siècle rédigés dans le livre La vie de Saint Kentigern, intitulés Lailoken et Meldred et Kentigern et Lailoken. On retrouve le motif du rire frénétique (à rappeler que Merlin éclate de rire lors de ses visions face à l’impuissance des êtres humains face à leur destin, flippant non ?) ainsi que la prédiction des trois morts du roi.

Le second, Suibhne, vient d’un roman irlandais écrit entre 1200 et 1500, mais dont les thèmes remontent au VIIIe siècle. La légende raconte que Suibhne jette le psautier de saint Ronan dans un lac après avoir appris qu’on construisait une église sur son territoire sans autorisation. C’est alors qu’une loutre surgit du lac et ramène le saint livre à Ronan. S’ensuit une bataille à laquelle participe Suibhne, furieux. Ronan lui jette une malédiction qui le fera voler dans les airs comme la flèche qui a tué son clerc. Suite à cela, Suibhne devient fou et commence sa vie d’homme sauvage. On note également que la folie de Suibhne peut prendre la forme d’une métamorphose d’oiseau. On associe souvent cette transformation avec le motif du mythe sauvage. Geoffroy de Monmouth se serait-il inspiré de ces livres ou au contraire, ces textes s’inspirent-ils du texte de Geoffroy?

Ces textes, contemporains de celui de Geoffroy de Monmouth, intègrent un prélude au portrait sylvestre de Merlin.

On trouve également une tradition galloise sur un barde nommé Myrddin qui participa à la bataille d’Arderydd en 573 ou 533 qui, suite à celle-ci, devint fou et fuit dans le forêt du Calidon pour mener une vie sauvage. Ces poèmes gallois qui transmettent cette tradition ne semblent pas antérieurs à 1150. On peut relever une liste exhaustive des ces poèmes : Les pommiers, le dialogue entre Myrddin et Taliesin, Les Bouleaux, Le chant des Pourceaux, Dialogue entre Myrddin et sa sœur Gwenddyde.<

Dans les poèmes attribués à Myrddin, le héros se trouve seul dans la forêt et s’adresse aux arbres pour prophétiser les malheurs qui arriveront au pays de Bretagne.

Fin du poème de Myrddin et Taliesin :

« Sept fois vingt généreux guerriers s’en sont allés vers les ombres.

Dans la forêt de Kelyddon, ils ont trouvé la mort.

Puisque moi, Myrddin, je suis le premier après Taliesin,

permets que ma prophétie nous soit commune. »

On sait que Geoffroy dans la Vita Merlini fait apparaître Taliesin à l’ermitage de Merlin. Ce personnage est maintenant oublié, mais il était le Pennbeirdd, c’est-à-dire le chef des bardes dans les textes du Moyen Âge. Ce personnage légendaire serait donc une des origines de notre Merlin.

Le dieu Cernunnos montre beaucoup de points communs avec les pouvoirs de Merlin : c’est un ermite dans la forêt, doté d’un don prophétique et qui se familiarise avec la métamorphose animalière. Une autre filiation avec le dieu Pan peut s’envisager également. En effet, dans la Vita Merlini, Merlin se rend aux noces de son épouse sur un cerf, accompagné de tous les animaux qu’il a pu réunir dans la forêt. Le cerf est l’archétype même du compagnon de l’homme sauvage, ce qui montre un héritage assez prononcé de Cernunnos, lui-même porteur de cornes de cervidé.

Bien que le personnage de Merlin naisse au cœur du XIIe siècle, il n’est pas étonnant qu’il conserve des empreintes d’un druidisme ancien. On sait que les druides avaient tous disparus au XIIe siècle, mais il serait très séduisant de comparer Merlin avec le dieu irlandais Dagda, un homme de la médecine naturelle, un dieu druide, un chamane.

Merlin a un lien particulier avec la faune et la flore. La tradition sylvestre liée à Merlin place son don de clairvoyance dans une perceptive de la folie du héros. Il est à noter que sa folie se guérit par une source : l’eau est signe de purification, de lavement de péché dans la tradition chrétienne.

La tradition sylvestre constitue un héritage des croyances anciennes des mythes et du panthéon celtique où la nature entretient un lien intime et harmonieux avec l’homme.

Merlin, de Robert de Boron :

Merlin est un roman qui naît au cœur du XIIIe siècle, après les écrits de Wace et de Geoffroy de Monmouth.

Merlin est le fils du diable et d’une noble jeune fille très pieuse. C’est par la foi inconditionnelle en Dieu de sa mère que Merlin échappe au Diable.

Notre héros possède sa part d’ombre et de lumière, et celle-ci se manifeste par l’aide de Dieu qui lui offre le don de voir l’avenir. Par ses prophéties, il se met au service du dieu chrétien comme son interprète auprès des hommes. Robert de Boron ne fait pas de Merlin un simple magicien mais une véritable figure divine. Merlin serait-il un changelin ? Un enfant humain échangé contre un enfant issu du monde merveilleux, par les fées ou le Diable : autrement appelé un enfant-fée.

Merlin est un enfant précoce qui montre des pouvoirs extraordinaires. Cette avancée montre déjà une emprise sur le temps qui se traduira par sa longévité si célèbre. C’est tout jeune enfant que le magicien révélera au juge sa véritable origine, et par le rachat de sa mère, Merlin devient une figure divine.

Sa part d’ombre se dévoile par son corps couvert de poils qui est un signe de l’origine diabolique à l’époque médiévale. Cette difformité est associée à l’étrangeté et à l’animal, ancrée dans la tradition sylvestre.

Cette dualité montre tout le paradoxe du personnage, à la fois sombre et lumineux, le tout baigné dans une domination chrétienne !

Bien que sa part de lumière prédomine, son ascendant maléfique surgit et demeure à jamais en lui. Malgré tout, Merlin aide Uter à tromper Ygerne en ayant conscience de son péché, de son erreur. Néanmoins, cette action permet d’engendrer le célèbre roi de Bretagne, un mal pour un bien ?

Le rire, toujours le rire ! On retrouve le motif du rire si singulier chez Merlin, celui-ci inscrit dans le pouvoir de prédire l’avenir. Mais chez Robert de Boron, la folie ne provoque plus de clairvoyance mais la connaissance des faits passés que Merlin détient du Diable. Quant au don de Dieu, c’est grâce à celui-ci que Merlin connaît l’histoire du Graal et des faits futurs transposés en prophéties. Comme dans les œuvres antérieures, la clairvoyance semble offrir à Merlin la connaissance absolue.

L’emprise sur la temporalité est de nouveau reprise chez Robert de Boron. En effet, dès la naissance de Merlin, celui-ci fait preuve d’une précocité extraordinaire : Merlin s’exprime de la même manière qu’un adulte, il est plus grand que la moyenne et se fait avocat de sa mère à l’âge de dix-huit mois. Il quittera sa mère à ses sept ans et ordonnera à Blaise de recueillir les histoires de sa vie.

Père Blaise dans Kaamelott

En guise d’anecdote étymologique : Blaise est le porte-parole de Merlin dans le roman de Robert de Boron. D’après Philippe Walter, le dictionnaire de Léon Fleuriot précise que le mot breton bleid signifie « loup », puis en breton moderne « bleiz ». Blaise serait-il la dernière trace de la tradition celtique et dernier compagnon de l’homme sauvage ?

La vieillesse a également de l’emprise sur lui. Son pouvoir de métamorphose pour se jouer des hommes prend des traits de vieillard, de jeune homme, de mendiant, etc. Serait-ce un héritage scandinave ? Odin se métamorphosait également en vieillard pour se promener dans le monde des hommes !

La tradition sylvestre s’efface peu à peu dans le roman de Robert de Boron. On la retrouve uniquement à travers les absences répétées dans la forêt pour gagner la compagnie de la fée Viviane.

Robert de Boron, en plus de christianiser Merlin et la quête du Graal, ajoute la mission spirituelle au roman, qui de fil en aiguille, découle sur une mission politique en faveur des Bretons. Merlin est souvent associé aux affaires martiales. Il donne des conseils nécessaires aux rois pour accéder à leurs fins. Comme appui, nous pouvons citer les visions dès son enfance pour la tour de Voltigern ou encore son rôle de conseiller auprès du roi Arthur.

Mais cette fois-ci, jouons le rôle de Merlin et faisons un saut dans le futur, plus précisément en 2017, où cette tradition refait surface et où les influences chrétiennes se font discrètes.

La vie de Merlin, de Caroline Bajot et Matilde Montségur :

Ce très bel ouvrage est paru le 23 juin 2017, racontant l’histoire de la vie de Merlin, personnage mythique et atemporel.

La vie de Merlin

Le personnage de Merlin est donc universellement connu. Il fait partie intégrante de la culture populaire littéraire, aussi bien adapté en livre jeunesse, en BD, en dessin animé et en film.

Ce petit livre, transposé sur le mode du conte de fée, est une réécriture de la légende arthurienne où Merlin tient une place au premier plan.

C’est un livre objet de par sa qualité esthétique. Il est destiné au grand public et donne l’illusion d’un manuscrit tout droit sorti du Moyen Âge grâce à ses calligraphies à l’encre dorée et à ses enluminures hautes en couleur. L’artiste peintre Matilde Montségur reprend les codes des couleurs des enluminures du Moyen Âge, des couleurs basiques mais très vives.

C’est tout d’abord l’aspect visuel qui attire le regard ! Toutes les enluminures et les couleurs sont un ravissement ! On tourne les pages pour le plaisir des yeux avant de s’attacher au texte.

L’histoire permet une plongée fluide et sommaire dans la vie de Merlin par de courts chapitres. L’ouvrage est agencé de manière à reconnaître les grands moments de sa légende, comme sa naissance, ses multiples rencontres et exploits, tels que la tour de Voltigern, Arthur, le Graal, la fée Viviane, etc.

Sachant que les chapitres sont brefs, il nous est plus aisé de se concentrer sur l’aspect aux enluminures, souvent pleines de références à la légende arthurienne. Ces chapitres nous permettent d’avoir une vue panoramique sur la vie du magicien sans rentrer dans les détails, ce qui rend la légende de Merlin plus ludique et plus accessible à un public jeune.

Ainsi, Merlin n’effraie plus comme au Moyen Âge à cause de son origine diabolique. Il se présente de nouveau comme le porte-parole de la nature et d’un monde onirique, loin de nos soucis quotidiens et, plus antérieurs, de la domination chrétienne.

Merlin incarne de nouveau un sage idéal, protecteur de la nature, qui est de nos jours terriblement menacée.

On trouve dans cette réécriture, comme dans bien d’autres, une grande volonté d’un retour aux sources païennes et d’un Merlin proto-chrétien. Son origine diabolique est supprimée pour laisser place aux rêveries folkloriques. L’auteur lui attribue une place de choix dans différentes œuvres (Fetjaine, série TV…).

Ces œuvres refont surgir le culte de la nature pour que les hommes tentent de retrouver un équilibre perdu. La production culturelle permet de faire évoluer les mentalités et de remémorer à l’être humain de quelle manière ses aïeux cultivaient les cultes divins.

La représentation de Merlin sur la couverture n’est pas sans rappeler celle de Gandalf. Lui-même associé au Christ par sa résurrection, sa bienveillance envers la communauté de l’anneau, etc., puis à Odin par sa connaissance absolue, Gandalf symbolise un savoir incommensurable dont nous ignorons les secrets. Son rôle en tant que mentor d’Aragorn peut nous induire sur la piste d’une réécriture de Merlin et d’Arthur. On retrouve l’image du sorcier errant dans le personnage de Gandalf, héritier des personnages folkloriques scandinaves, dont le nom lui-même signifie « elfe au bâton magique ».

The Hobbit: An Unexpected Journey
Gandalf. Photographe : James Fischer, pour The Guardian. Image issue du film Le Hobbit : un voyage inattendu. 2012.

À la différence de Merlin, on ne retrouve pas chez Gandalf une ambiguïté diabolique, il n’est pas partagé par le bien et le mal, et c’est grâce à sa pureté qu’il parvient à devenir magicien blanc. Gandalf incarne la figure du mage protecteur et bienveillant, ce qui se ressent également chez le spectateur qui se sent toujours rassuré lorsque l’acteur Ian McKellen est présent dans les scènes du film.

Le personnage de Merlin a donc bien influencé le personnage de Gandalf et les deux auteurs nous font ce rappel dès la couverture de l’ouvrage ! Le personnage de Merlin, attesté par l’Histoire ou par la littérature, réussit à incarner un véritable mythe. Merlin est donc une passerelle entre les mondes de la réalité et du surnaturel, entre différentes temporalités, et même si le magicien demeure une icône du vieux sorcier, le personnage n’a pas pris une ride !

Sage par excellence, fou des forêts et compagnon de la nature, Merlin est aussi le Grand Esprit qui nous permet de discerner le Réel de l’Invisible. Si d’aventure vous vous promenez dans Brocéliande et que, entre deux danses avec les fées vous entendez un écho profond venant d’une prison d’air, arrêtez-vous, et venez entendre les prophéties de Merlin qui vous guideront  sur un chemin plus sage et vers de plus belles aventures !

 


Sources :

Merlin, Robert de Boron, traduction par Alexandre Micha, GF-Flammarion, Paris, 1994.

Vita Merlini, Geoffroy de Monmouth, traduit du latin par N. Desgrugillers, Éditions Paleo, collection « L’Encyclopédie médiévale », 2003.

Merlin l’Enchanteur, Jean Markale, Albin Michel, collection « Espaces Libres », Paris, 1992.

Septembre, mois de la passerelle enflammée.

Il était une fois…

… le mois du changement, des noisettes et de l’odeur de la pluie dans la terre. Le vent âpre caressant nos visages, le gris des nuages, aussi doux que menaçants, les forêts aux couleurs des renards… Le mois de septembre est placé sous le signe de la transformation de la nature, mais aussi du déclin. Les jours font place aux nuits plus longues, théâtre des créatures nocturnes qui peuplent les landes brumeuses.

Où que se porte notre regard, ce dernier est irrévocablement attiré par une forme de changement. Un cercle ? Une spirale ? C’est exact ! Le cycle des saisons — comme de la vie — est représenté par une boucle sans fin, tourbillonnant comme une coquille d’escargot, aux couleurs de la voie lactée.

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« Rien ne périt, mais (comme le Soleil et l’Année) chaque Chose décrit un Cercle, plus ou moins grand, est renouvelée et rafraîchie dans ses Révolutions, » Robert Kirk, The Secret Commonwealth.

Les spirales s’entrecroisent dans les arts celtes. Les chambres funéraires sont ornées d’entrelacs, les danses s’effectuent traditionnellement en cercle… Cette forme semble être la participation de l’homme face aux mystères de l’univers. De la floraison jusqu’à la chute des feuilles, les flux d’énergies nous traversent toute l’année. De la même manière que nous discernons le jour et la nuit, les peuples celtes divisaient l’année en deux grandes parties : gam (l’hiver) et sam (l’été). Ces mots ont une signification plus profonde comme obscurité et lumière, voire même mâle et femelle. L’automne se situe parfaitement au centre de cette roue des saisons.

Septembre est aussi le mois qui abrite de nombreuses cérémonies pour les esprits des récoltes. Suite à la fête de Lughnasadh, les britanniques, les irlandais et les highlanders se livraient aisément à ce type de célébrations lors du premier mois d’automne. À la fin des moissons, les habitants des landes vertes se réunissaient pour célébrer une grande fête nommée « la fête de la jeune fille », célébrant l’esprit de ces récoltes, représentée par une gerbe décorée. Suite à la cérémonie, celle-ci était suspendue dans les maisons comme signe favorable pour l’automne et pour l’hiver à venir. Certaines traditions tenaient à garder cette gerbe afin de confectionner un lit de Bride à Imbolc.

Mabon, plus connue sous le nom de l’équinoxe d’automne chez les Celtes, marque la fin des récoltes de la période sam. L’équinoxe représente le parfait équilibre entre la période lumineuse et la période sombre. Il serait notable de rappeler que l’équinoxe d’automne n’est pas une véritable fête ancrée depuis des millénaires. Le mouvement néo-païen des wiccans s’est réapproprié la culture celte et païenne. En effet, durant les années 1970, c’est Aidan Kelly qui créé la fête de Mabon. À l’origine, le nom de « Mabon » vient du culte de « Maponos« , également attesté en Gaules. De plus, Mabon est le plus souvent désigné comme le fils de Modron, « la mère divine ».

L’automne est une saison où il fait bon être,
il y a du travail pour tous avant les jours
très courts.
Faons tachetés parmi les biches,
les massifs rouges de fougères les abritent ;
les cerfs dévalent les pentes des collines
au brame de la harde de daims.
Glands succulents dans les forêts vastes,
chaumes dans les champs de blé sur la terre brune.
Il a des buissons d’épines et des ronces
piquantes
au milieu de la cour en ruine ;
le sol dur est recouvert de fruits lourds.
Les noisettes de bonne récolte tombent des
vieux arbres énormes dans les fossés.

IRLANDAIS, XIe siècle.

automne

Plantes d’automne :

La période de l’équinoxe d’automne est la saison parfaite pour ramasser des champignons, des noisettes et des châtaignes, mais aussi d’autres plantes aux bienfaits miraculeux !

Parmi les symboles qui fondent les sociétés des Indo-européens se trouvent le pilier de la vie : l’arbre. Cet élément de la nature se retrouve au centre de plusieurs cosmogonies païennes comme le frêne Yggdrasil. Son enracinement dans les profondeurs de la terre autant que son ascension vers le ciel représente, chez les Celtes, le symbole de la vie mais aussi des trois mondes : souterrain, terrestre et céleste.  Les if, les chênes et les sorbiers étaient particulièrement appréciés des peuples celtes.

Le Sorbier – Sobus Aucuparia :

Autre que la couleur rougeoyante de nos forêts européennes, le sorbier, autrement appelé « bois sacré », peuple les collines et les montagnes de ses jolis grelots écarlates. Durant le mois de septembre, les peuples celtes raffolaient de cet arbre grâce à sa réputation magique, de telle façon qu’il prit le nom de « l’arbre du sorcier ».

La mythologie irlandaise mentionne cet arbuste dans les récits mythiques. On raconte que les Tuatha Dé Dannan avait apporté le sorbier de Tir Tairngir, « le pays de la promesse » en Irlande. Ce peuple légendaire disait de cet arbre qu’il était un véritable bonheur pour le vin et l’hydromel. Raison de plus pour aimer le sorbier !

C’est au XVIIe siècle que John Evelyn, herboriste anglais, écrit sur cette plante si prisée  :

La bière ou l’ale brassée à partir de ces baies arrivées à maturité, est une boisson comparable que l’on consomme communément au Pays de Galles, où cet arbre est considéré comme si sacré qu’il n’y a pas de cimetière sans un sorbier qui y est planté…

sorbier

La Luzerne – Medicago Sativa :

La luzerne doit son nom au mot provençal luzerno, qui signifie « ver luisant », lui-même dérivé du latin lucerna, « la lanterne »à cause de l’aspect brillant de ses graines. La luzerne est une variété de plante fourragère, autrement appelée « grand trèfle ». Très apprécié de l’homme, la luzerne est une plante que l’on retrouve dans les récoltes céréalières et peut être considérée comme une légumineuse nourrissante. Ses jolies feuilles mauves sont très riches en protéines, en vitamines et en sels minéraux.

La luzerne contient également de la saponine, c’est-à-dire un savon naturel. Vous pouvez faire bouillir les feuilles séchées de cette plante durant une quinzaine de minutes pour vous en servir comme nettoyant automnal !

Cèdre – Cedrus :

Les cèdres sont de grands arbres feuillus et au port imposant qui fleurissent en automne. Ces forces de la nature peuvent vivre pendant plusieurs siècles ! Cet arbre a été longtemps utilisé pour la construction de bâtiments religieux grâce à sa symbolique, et la pureté du bois qui ne dépérit pas avec le temps.

L’huile essentielle de cèdre possède des bienfaits époustouflants. Outre sa forte odeur boisée, le cèdre est réputé comme puissant antiseptique, mais aussi pour ses vertus relaxantes et drainantes.

 

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Méditer avec Aigle Veilleur (votre rédactrice) et les saisons :

Comme le mois de septembre, notre corps est en pleine transformation. Aux frontières des flammes de l’été et des flocons de neige de décembre, septembre nous offre une multitude de métamorphoses à découvrir.

Connaissez-vous Ceridwen ? On dit qu’elle était principalement connue comme étant une grande magicienne, mais Ceridwen est avant tout la déesse galloise de la mort et de la fertilité. Elle a influencé les plus grandes magiciennes de l’Occident. De plus, la déesse celte est associée à l’automne ! Accompagnée d’un serpent, cet animal représente dans nombre de cultures un symbole de guérison.

Je vous propose une petite séance de méditation avec le chaudron de Ceridwen, inspirée des présentations méditatives de Mara Freeman :

 » Asseyez-vous ou allongez-vous dans un endroit confortable où vous vous sentez en sécurité.
Pensez à un élément de votre vie que vous souhaitez transformer, comme une situation, une relation, une mauvaise habitude… Puis écrivez cette transformation sur un bout de papier que vous allez garder dans votre main lors du voyage.

Vous déambulez parmi la faune et la flore du Lac Bala. Les lueurs orangées du soleil couchant embrasent le ciel, et les oiseaux volent et tournoient au-dessus de vous. Prenez le temps de vous imprégner de cette nature apaisante.
De l’autre côté du lac se trouve une petite maison. Vous devez vous y rendre. Choisissez le moyen de vous y rendre, à pied ou à la nage. Lorsque vous êtes près de la maison, vous apercevez un jeune adolescent aux cheveux noirs, accompagné d’un corbeau sur son épaule. Il vous permet de rentrer dans cette maison.
Plusieurs lueurs dansent à l’intérieur de cette maison, et votre regard se porte sur le feu dans l’âtre. Une femme se tient près de celui-ci et vous demande ce que vous voulez transformer. Elle vous fait signe de vous approcher du chaudron qui bouillonne sous le feu.

(Mettez le morceau de papier dans un bol ou dans un récipient puis refermez les yeux.)

Tandis que le papier disparaît dans le chaudron incandescent, vous regardez les bulles se former, puis le liquide redevient paisible comme la surface du lac.
Maintenant, contemple votre intérieur. Remarquez les changements qui se sont opérés et prenez le temps de les accueillir. La femme vous tend un calice rempli du liquide du chaudron : c’est l’élixir d’Awen.
Buvez la boisson et sentez l’espérance d’un avenir lumineux s’offrir à vous. Il est temps de changer positivement.
Maintenant, remerciez la femme et l’enfant et ouvrez les yeux. »

Et vous, que vous inspire le mois de septembre ?

 


Sources :

Mara Freeman, Vivre la tradition celtique au fil des saisons, Paris, 2002, Guy Trédaniel éditeur.

Photos issues du site https://pixabay.com/fr/

STERCKX Claude, Éléments de cosmogonie celtique, Bruxelles, éditions de l’Université de Bruxelles, 1986.

https://www.mr-plantes.com/2010/09/huile-essentielle-de-cedre/