Les splendeurs d’Anders Zorn

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Le buisson.

Depuis le 15 septembre, le Petit Palais à Paris rend hommage à Anders Zorn, peintre suédois des XIXe XXe siècles, par une exposition réunissant près de 150 œuvres de l’artiste. Une rétrospective chronologique, respectant les périodes picturales de Zorn : ses débuts comme jeune prodige à l’académie de Stockholm, ses aquarelles somptueuses dont sa « période aquatique », ses huiles sur toile qui font le tour du monde avec ses portraits de personnalités, son retour à la terre et ses peintures de genres, puis son intérêt pour le nu mêlé à la photographie ; le tout entrecoupé d’eaux-fortes, souvent des esquisses de peintures, mais aussi des portraits de collègues artistes. Je suis allée voir cette exposition sans attendre grand chose, parce que je ne connaissais pas du tout ce peintre, et j’ai été plus que ravie ! La scénographie est bien faite, le décor à la nordique est sobre et met les toiles en valeur, le tout donne une impression de paisibilité, propice à la contemplation.

Anders Zorn est né à Mora, en Suède, en 1860. Il n’a jamais connu son père, mais hérite malgré tout d’un certain pécule, lui permettant d’entrer à l’Académie Royale des Beaux Arts de Stockholm à l’âge de 15 ans. Il se fait rapidement une réputation de prodige et son aquarelle En Deuil (1880) est exposée à la présentation annuelle de l’Académie. Il se fait remarquer et la bonne société suédoise se met alors à lui commander des portraits.
Il rencontre en 1881 celle qui sera son épouse : Emma Lamm, et ils se marieront quatre ans plus tard, après ses séjours en Angleterre et en Espagne. Ces voyages lui permettent d’affiner sa technique de l’aquarelle. Il s’applique à travailler la lumière, ses reflets dans l’eau, et plusieurs de ses tableaux sont pour cela de vrais chefs-d’œuvre, comme

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Vacances d’été.

Vacances d’été, magnifique aquarelle qui nous happe au premier regard. Les Zorn voyagent en Méditerranée où ils parcourent l’Espagne, l’Algérie, la Grèce, et en Angleterre, où ils habitent le temps d’un hiver en Cornouailles. C’est à ce moment qu’Anders commence la peinture à l’huile.
En 1888 ils s’installe avec sa femme pendant huit ans à Paris, et fréquente les impressionnistes. Manet, Millet, Degas l’inspirent, et sa peinture se tourne vers le nu, dont En plein air (~1890). Lors de l’Exposition Universelle en 1889, il est décoré de la Légion d’Honneur pour son œuvre. En 1893 il est choisi par la Suède comme directeur de l’art suédois représenté à l’Exposition Universelle de Chicago. Il profitera d’une année aux États-Unis pour visiter, peindre et faire le portrait de personnalités mondaines ou politiques comme le Président Théodore Roosevelt.
En 1896, les Zorn retournent habiter en Suède, à Mora. Anders s’intéresse au folklore de son pays natal, aux traditions, et plusieurs de ses peintures dépeignent la vie rurale. On aperçoit des paysannes faisant le pain, des jeunes filles nues au bain, des chalets rustiques, diverses fêtes représentées comme la Fête de la Saint Jean (1897), etc. Zorn est

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Fête de la Saint Jean.

tellement connu que des membres de la famille royale de Suède lui commandent leurs portraits. Il retourne à Paris en 1906 pour l’exposition de 166 de ses œuvres. A partir de 1910, il se concentre sur sa technique picturale, et son Autoportrait en rouge naît. Il s’adonne également beaucoup à la gravure, et sa dextérité ajoute à sa célébrité. On peut observer de nombreux portraits d’hommes dont le roi de Suède Oscar II, le peintre Liebermann, Verlaine, et divers nus, scènes de Paris la nuit, etc.
Il décède le 22 août 1920 âgé de 60 ans et est enterré dans le cimetière de Mora. Sa femme lui survit encore 21 ans, et s’appliquera pendant ce temps à ouvrir un musée dédié à l’œuvre de feu son mari.

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Autoportrait en rouge.
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La gardienne de vaches.
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En plein air.

L’œuvre de Zorn est magistrale à plus d’un titre : l’hyper réalisme de ses peintures, malgré les coups de pinceaux qui, de près, semblent grossiers et aléatoires, ses aquarelles qui rendent si fidèlement la lumière qui se joue de l’eau, ses eaux-fortes tellement bien faites qu’on en dirait des photographies ; tout cela démontre un talent inné, qui a d’ailleurs grandi hors des sentiers battus de l’Académie de Stockholm, lors des voyages en Europe, dans les pays méditerranéens et aux États-Unis. Zorn s’adonnait beaucoup à la photographie, et l’on peut soupçonner que cela l’a beaucoup aidé pour nombre de ses travaux, dont ses eaux-fortes et ses nus dans la nature. Il faisait cependant beaucoup de portraits en peignant à l’instinct, par de larges coups de pinceaux sans travaux préparatoires, directement chez les commanditaires. Zorn fait partie des portraitistes les plus recherchés du XIXe siècle.
Les 150 œuvres exposées au Petit Palais ont été prêtées par le musée Zorn de Mora et le Nationalmueum de Sotckholm, ainsi que par la BNF, qui possède une grande collection d’eaux-fortes de l’artiste.

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Les Waltz.
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Portrait d’Elizabeth Sherman Cameron.
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Femme nue arrangeant ses cheveux.

 

Voici quelques gravures, autrement appelées eaux-fortes :

 

 

⇒ Exposition du 15 septembre au 17 décembre 2017.

 

 

* * *

 

Sources :

Artefields.de : Anders Zorn, l’hyper réalisme des sensations.
Enkidoublog.com, De paysage en paysage : Anders Zorn, peintre suédois (1860-1920) : les jeux de lumière sur l’eau et la peau… – Biographie (I)
Petitpalais.paris.fr : Anders Zorn, le maître de la peinture suédois, dossier de presse.
Archive.org : Exposition Anders Zorn : peintures, eaux-fortes, aquarelles et sculptures : catalogue des oeuvres exposées (17 mai-16 juin 1906), Galeries Durand-Ruel.
Gallica.bnf.fr : estampes et gravures.

 


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Louis Treserras, la pureté dans la peinture


Louis Treserras est un peintre et photographe ardéchois, qui expose dans diverses galeries françaises. Depuis plus de trente ans il peint des femmes, des enfants, et parfois des hommes, à la recherche de leur pureté, de leur fragilité, qu’il offre au et contre le monde, submergé par les artifices. Louis s’adonne également à la photographie, d’abord un moyen pour lui de peindre ses modèles sans les faire poser pendant des heures, qui est aussi devenu une fin puisque ses photographies, retravaillées comme des peintures, sont des œuvres à part entière. Je vous propose son interview, à découvrir ci-dessous.

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Lauralou à la fenêtre, modèle : Lauralou.

~ Bonjour Louis ! Vous êtes reconnu pour vos peintures et vos photographies, quelle passion s’est imposée en premier, et pourquoi ?

La peinture avant tout, plus exactement le dessin. Je dessine depuis toujours, bien avant que je sois en âge de manipuler un appareil photo, même si j’étais déjà intrigué par le Kodak de mon père, sans avoir la moindre idée de ce que plus tard j’en ferai.

~ La photographie complète l’activité de peintre, mais quelles sont les spécificités que vous préférez chez ces deux activités ?

La lenteur dans la peinture, et la rapidité dans la photo.
J’aime ces longues heures silencieuses ou musicales, ces journées entières passées le pinceau à la main, le soin apporté aux détails, et cette liberté de cheminer, de découvrir pas à pas ce qui est en train de naître sur la toile, et de le transformer selon mes désirs. C’est là le privilège de la peinture.
A contrario, c’est la rapidité, l’instinctif qui me fascine en photo. Peu de place pour la réflexion lorsque le modèle est là devant vous, c’est la vie qui coule, comme un ruisseau. Ce qui se passe à ce moment précis ne sera plus jamais, à nous de le saisir du mieux possible, rarement de façon parfaite, mais le post-traitement est là pour corriger ces petites imperfections justement.
En peinture on est maître de tout, le contrôle est total et cela me convient ; en photo, je suis parfois exaspéré par le côté technique brut (le matériel), et cela me contrarie.

~ Vos peintures, comme photographies, ont un aspect très doux, et comme vieilli par le temps. Comment définissez-vous votre patte artistique ?

La mélancolie… Elle est un puissant moteur créatif. Elle est l’état d’être qui dévoile le sublime en même temps que l’inaccessible en chaque chose. Elle se cache derrière les apparences flatteuses et la malheureuse certitude de l’imperfection du monde et de la vanité de chacun de nos actes.

~ On peut apercevoir plusieurs séries sur votre site : des portraits (dont les Libellules) et des nus principalement, mais aussi des très grands formats, dont Le Chemin. Y’a-t-il une histoire derrière chacune de vos séries ? D’où vous est venue cette idée du Chemin ? Il y a quelque chose de très biblique…

Je fonctionne surtout par période. Incapable de réaliser quoi que ce soit si je ne suis pas porté par un désir fort, sincère et passionnel. J’entretiens cet état le plus longtemps possible, ce qui me permet de travailler par séries, en fait plusieurs tentatives plus ou moins concluantes pour réaliser « l’œuvre » qui cernera au mieux l’émotion qui m’habite. L’une de ces toiles sera à mon avis l’aboutissement, le point final, les autres étant le cheminement, la série de portes ouvertes une à une, le voyage.
J’aime travailler sur de grands formats, peindre des personnages proches du grandeur nature. Pourtant, la toile Le Chemin est une réalisation très à part dans mon travail de peintre. Elle découle de mon effroi, de la nausée que provoque en moi la façon scandaleuse et pitoyable avec laquelle nous accueillons en France les réfugies fuyant la peur, la souffrance, la mort… Je suis moi-même issu de l’immigration, ma famille ayant fui la guerre d’Espagne et Franco.
Les références bibliques sont constituantes de mon univers. J’ai depuis toujours été fasciné par les icônes religieuses même si je ne suis pas croyant, étant foncièrement rebuté par le côté dogmatique des religions.
Cette toile aux dimensions assez exceptionnelles fut aussi pour moi une façon de « poser » mon travail, non pas l’aboutissement d’une « carrière », mais d’une période, d’une recherche très certainement. J’oriente depuis mon travail vers une autre forme, que j’aurais encore du mal à définir, mais qui prend vie jour après jour.

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Le Chemin. (cliquez pour agrandir)

~ Deux de vos derniers portraits ont un côté très spirituel : Le centre du monde, une madone tenant sa jeune fille, et Mission, une jeune femme entourée de colombes. Quel message souhaitez-vous faire passer ?

C’est là-même le côté iconographique de mes travaux : l’universalité du message religieux m’interpelle, aussi bien la sérénité, la plénitude d’une vierge à l’enfant par exemple. Ces visages doux et harmonieux, impassibles, détachés me procurent une sorte de paix intérieure, moi qui suis constamment en train de galoper en tous sens… La rigueur, la frontalité des représentations iconographiques ont le don d’apaiser mes ardeurs et mes gesticulations.

~ Vos modèles ont un aspect très pur, juvénile, qu’est-ce qui vous attire autant dans ces traits physiques ? Vous faites d’ailleurs poser de toutes jeunes filles, pourquoi cette fascination pour l’enfance ? Fascination qu’on retrouve également dans la mise en scène de nombreuses photographies réalisées avec des femmes.

On retrouve là la part mélancolique et nostalgique de mon univers, après le côté spirituel dont je viens de parler. L’enfance et l’adolescence, dans cette vision certes idéalisée, romantique à souhait, représentent une idée de la pureté, un monde naissant vierge de toutes souillures, innocent et merveilleux. Les regards sont limpides, sereins, abandonnés, confiants. Ils sont les ponts permettant un retour en arrière vers ce que nous fûmes un temps, avant de se laisser emporter par les courants sociaux, détruisant en nous cette innocence et cette joie instantanée du moment présent, comme cette faculté innée à se téléporter dans le monde des rêves doucereux et fantastiques.

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Le centre du monde, modèles : Elise et Ambre.
Mission, modèle : Marie.

~ Vous avez plusieurs muses, des modèles que vous photographiez et peignez régulièrement depuis plusieurs années. Le concept de la muse était très en vogue au XIXe siècle, vous définiriez-vous comme un héritier des idéaux artistiques de cette époque ?

Oui, absolument. Mes muses sont les véritables moteurs de mon désir de peindre. C’est parce que leur beauté me fascine que je cherche en quelque sorte à en saisir l’essence. C’est un but sans fin, et cela me convient tout à fait. J’espère qu’elles garderont à jamais le mystère de leur beauté. Certaines, comme Élise ou Marie, posent pour moi depuis des années : 11 ans et 6 ans respectivement.
J’aime ce travail dans la durée. Il y a les modèles d’un jour et les muses de toujours. Ce que je souhaite exprimer en peinture ou en photo, je peux le trouver dans le regard de « mes filles ». C’est parce qu’elles me renvoient ces images que je les aime. Je me reconnais en elles, ou plus exactement, elles sont une partie de moi, et le temps que je passe à les peindre est comme une introspection salvatrice et apaisante.

~ En parlant de XIXe siècle, on sent une inspiration symboliste et préraphaélite dans vos peintures : l’utilisation de couleurs douces, la mise en valeur de belles femmes rousses, etc. Quelles sont vos inspirations picturales ? Y a-t-il des peintres que vous admirez ?

Oui bien sûr… J’aime la peinture académique, la peinture victorienne, préraphaélite, comme la peinture flamande. J’aime le travail bien fait, l’amour du détail, la recherche de la profondeur, de la vérité d’une peau par exemple avec ses milliers de nuances. De manière générale, je suis surtout attiré par les peintres ou les photographes qui traitent l’humain. J’ai besoin de sentir cette dimension pour véritablement être touché profondément par une œuvre d’art. Plus intellectuellement, je peux apprécier beaucoup de choses, mais pas avec la même force.

~ Vous vivez avec votre compagne Berit, qui est sculptrice. Est-ce que cela favorise un esprit d’émulation d’être un couple d’artistes ?

Et plus… Oui, vivre avec une artiste est quelque chose de très stimulant. Surtout, nous avons tous deux la même passion pour la représentation du corps, et toutes les subtilités que cela entraîne dans l’expression, la gestuelle, le mouvement, etc. Nous échangeons beaucoup, avançons ensemble, côte à côte même si nos mondes diffèrent. Pour moi l’adolescence, pour elle l’enfance. Elle puise dans ses souvenirs, son vécu ; je puise dans les entrailles fantasmatique de mes rêves.

~ Comment se passe une journée dans la vie de Louis Treserras ?

Je/nous sommes très matinaux. Il n’est pas rare que je me rende à mon atelier très tôt le matin, même avant le levé du jour. C’est pour moi le meilleur moment de la journée, le plus créatif et stimulant, travailler alors que tous autour de moi dorment encore. Je travaille tous les jours sans exception lorsque je suis en Ardèche. Pour cesser de peindre, il me faut m’éloigner de mon atelier, partir loin… J’ai toujours mon petit Leica avec moi, mais je ne fais que du paysage ou des portraits de chats. Cela me repose un peu, et je rentre avec une énergie à tout construire.

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Les trois grâces, modèle : Morrigu.

~ Enfin, quels sont vos projets actuels, ou à venir (peinture, expositions, etc) ?

Je suis dans une période de recherche. J’ai donc en projet de travailler et de voir ce qui va sortir de ces prochaines semaines, mois, années de travail. Les expos sont permanentes et parfois exceptionnelles. Elles sont des virgules dans le quotidien de mon travail de peintre, mais je me passerais volontiers de ponctuation.

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Mademoiselle, modèle : Marion Botineau.
Achille ou l’enfant sauvage.

 

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[APPEL À TEXTES] Résultat du concours du Grimoire numérique n°2

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In the Gloaming, John Atkinson Grimshaw.

Bonjour à tous !

Sur 45 textes reçus pour cette seconde édition du Grimoire numérique, nous avons retenu 14 textes ! Des poèmes, des nouvelles, un beau panel varié. Je vous invite à (re)découvrir le premier recueil, en téléchargement gratuit ici. Je précise que ce recueil sera disponible en avant-première aux tipeurs (abonnez-vous à notre Tipeee, des articles inédits y seront publiés régulièrement !).

Voici donc les textes retenus pour cet appel à textes sur le thème Crépuscule :

Je suis née ce matin… par A. R. Morency ;
La prière de l’Ange, par Pascale Francinet ;
Dans le manoir de la Marquise, par Edel Weiss ;
Demi-jour, par Marc Legrand ;
Songe du Crépuscule, Luc Santiago ;
Le Crépuscule, par Féebrile ;
Lucia, par C. Maltère ;
Ta tête se retourne, par Mathieu J. Gabriel ;
Minuit, par Edelia ;
Déperdition, par Alann Sentinelle ;
Balade crépusculaire (titre provisoire), par Sylvain Lambert ;
Un infortuné accident, par Jessica Lefèvre ;
La noyade, par Morgause :
Au crépuscule de leur vie, par Luo K.

Le recueil Crépuscule sera disponible à la lecture fin octobre.

 


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Anne with an E, une série optimiste et subtile.

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Source

Anne with an E a fait une discrète entrée en 2017, puisqu’elle est produite par Netflix et visible sur la plateforme uniquement (normalement). Cette série canadienne est réalisée par Moira Walley-Beckett et adaptée d’un roman : Anne… la maison aux pignons verts (Anne of Green Gables), édité pour la première fois en 1908 et écrit par la canadienne Lucy Maud Montgomery. Il a été traduit et publié en France en 1964 sous le titre Anne et le bonheur dans le collection Bibliothèque Verte chez Hachette.

Sur l’île-du-Prince Édouard, à Avalonlea, Marilla et son frère Matthew Cuthbert ont décidé d’adopter une jeune garçon afin de les aider à s’occuper de la ferme. L’orphelinat contacté leur envoie l’enfant, et ils découvrent avec surprise qu’ils n’ont pas envoyé un garçon, mais une fille : Anne, 13 ans. Cette dernière a vécu toute sa vie entre l’orphelinat et diverses familles maltraitantes, et se fait une joie d’avoir de nouveaux parents. La déception de ceux-ci la plonge dans l’affliction la plus totale et, apitoyés, les Cuthbert décident de la mettre à l’essai une semaine. Anne est une jeune fille très intelligente, vive, avec une imagination débordante et un flot de paroles fatiguant la plupart des gens. Elle déteste ses cheveux roux et ses tâches de rousseur, et prie chaque soir à leur disparition lorsqu’elle sera plus grande. Hélas son esprit hors du commun et sa rousseur font d’elle le bouc émissaire de son école. Les Cuthbert se prennent d’affection pour la fillette et la défendent coûte que coûte face aux critiques lancées par les bonnes familles d’Avalonlea. Anne finit cependant par s’intégrer et se faire quelques amis…

On suit avec délectation les aventures truculentes de cette jeune fille pas comme les autres (incarnée avec talent par l’actrice Amybeth McNulty) : son intégration dans une petite ville à l’esprit étriqué, l’évolution de sa relation avec la froide Marilla Cuthbert, dont l’éducation la force à restreindre ses émotions, et Matthew Cuthbert, homme très silencieux qui retrouve le sourire grâce à la joie de vivre de Anne, son apprentissage de l’amour et de la vie en société, son ambition scolaire, la façon dont elle surmonte ses peurs, etc. Anne est une jeune fille attachante dont la façon d’appréhender la vie ne peut que donner le sourire !

Anne with an A, c’est aussi une subtile série féministe. En 1890, peu de filles avaient accès à l’école, et encore moins pouvaient faire de longues études. Marilla Cuthbert défend bec et ongles sa protégée, afin que celle-ci puisse s’intégrer pleinement à l’école et y exprimer son intelligence, mais aussi pour qu’elle puisse envisager d’aller au collège. Le garçon voulu au départ pour aider à la ferme est loin, désormais, Marilla voit Anne comme sa fille et souhaite sa réussite. Anne with an E, c’est un panorama sur la société de la fin du XIXe, dans les petites villes de campagne : les hommes ne sont guère représentés puisque ce sont les femmes qui gèrent l’éducation des enfants et qui décident donc de leurs fréquentations ; la pudeur est de mise et la religion très prégnante -Marilla doit forcer Anne à prier puisque son éducation à ce propos n’a été que superficielle et aléatoire, sans compter son intelligence qui la fait poser trop de questions à ce sujet. D’ailleurs Anne, qui a vécu dans diverses familles sordides, ne se rend pas compte que certaines de ses connaissances en matière de biologie (l’acte sexuel par exemple) peuvent choquer les filles de bonnes familles qu’elle fréquente, et cela lui vaut d’être mal considérée.

J’ajouterais enfin que la poésie et la belle photographie de la série en font un petit bijou. Le générique d’ouverture est magnifique, les images étant réalisées par l’artiste Brad Kunkle dans tes tons froids, ocres et or.

Voici un aperçu 🙂 :

Anne with an E Main Title from Imaginary Forces on Vimeo.

 


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Le Cabinet Mirifique du Professeur Nicéphore Onésime Berlupin.

Corwin Ravencroft est un semi-elfe habitant près de la forêt de Brocéliande, qui vend toutes sortes d’objets magiques, ramassés au gré de ses voyages. De l’amulette aux œufs de dragon, Corwin dispose de ses curiosités dans son atelier, reconverti en musée de l’étrange. Il propose ses objets à la vente sur internet, ou divers marchés dont Cidre & Dragon. Pour nous, il a bien voulu parler de son Cabinet Mirifique, legs de son père, le Professeur Nicéphore Onésime Berlupin.

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Guillaume, alias Corwin Ravencroft. Crédit image : Galaxy Geek.

~ Bonjour Corwin ! Peux-tu te présenter un peu ? D’où vient Nicéphore Onésime Berlupin, le personnage de ton cabinet de curiosités ?

Bonjour, je m’appelle Corwin Ravencroft ! Je suis un semi-elfe, fils adoptif du Pr Berlupin. En vérité, je m’appelle Guillaume. J’ai 32 ans et je suis en invalidité. Ce bon vieux Nicéphore est né de ma passion pour l’imaginaire et l’étrange.

~ Tu as inventé toute une histoire autour de ce personnage que tu incarnes. Qu’est-ce qui te plaît dans ce jeu de rôle ?

J’aime surtout l’idée de faire passer pour réel ce qui tient de l’imaginaire pour beaucoup. De faire croire un peu, de faire rêver beaucoup, de rendre les gens curieux, qu’ils veuillent en savoir plus par eux-même.

~ Pourquoi l’idée du cabinet de curiosités ?

À la base, ce sont des amis, organisateurs du festival Cidre et Dragon, qui m’avaient contacté avec l’idée de faire un genre de Muséum. J’ai été emballé, ils m’ont laissé toutes latitudes. Ça a donné quelques tables présentant des œufs de dragons pour la première édition, et beaucoup plus d’objets étranges et de place pour la seconde édition. Puis le Muséum a été abandonné, et je l’ai repris à mon compte en lui donnant le nom de Cabinet Mirifique. J’ai créé l’illustre Pr Berlupin, et depuis qu’il est sorti de l’ombre, je suis tombé sur un entrepôt où sont stockées toutes ses trouvailles. Ça prend beaucoup de temps de tout décoder, tout archiver. Et le Cabinet est la meilleure façon d’amener tout ce savoir à l’attention du monde !

~ Le Cabinet mirifique renferme toutes sortes de créations étranges : des boîtes, des fioles, des champignons magiques, des baguettes, des montres à goussets, vieux carnets, etc. Tous sont des objets du quotidien que tu chines, que tu transformes, et auxquels tu façonnes des histoires. Peux-tu nous en raconter quelques-unes ? Des objets qui t’ont particulièrement plu ?

Quelquefois, j’ai l’histoire et il me reste à trouver l’objet, d’autres fois, j’ai un objet et je dois trouver l’histoire qui correspond. Il y en a tellement, mais il y en a quelques-unes qui me viennent en tête. Le chapelet de Frank Stingler, un pilote de la Luftwaffe qui raccompagna un B-17 américain en très mauvais état jusqu’aux côtes anglaises pour lui éviter d’être descendu par la DCA allemande. Après la guerre, les deux pilotes se rencontrèrent et devinrent les meilleurs amis du monde. Il y a aussi un objet en rapport avec Tarrare, un homme atteint d’une faim insatiable qui le poussa à manger les pires choses pour ne pas mourir de faim, et que la médecine ne réussit jamais à expliquer. Il y en a quelques centaines…

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Crédit image : Grégory Chassain.

~ Tu es un artiste à part entière, on peut apercevoir ici et là des petites sculptures faites à partir d’éléments recyclés (je pense notamment à la statuette de Dagon faite à partie d’une Vierge Marie), tu fais de la pyrogravure, tu peins, y’a-t-il quelque chose que tu ne fais pas ?!

Artiste à part entière, je ne crois pas… Peut-être artisan et encore, je n’ai pas de savoir-faire particulier. J’ai toujours l’impression que ce que je fais n’est pas original et que tout le monde pourrait le faire s’ils essayaient. C’est juste que j’aime créer des choses et donc j’utilise les techniques possibles. Ça me permet de découvrir plein de choses. J’essaie de toucher à tout mais je suis encore très limité par mes moyens et par le temps… Pour la statuette de Dagon, je n’avais que la Vierge sous la main qui faisait la bonne taille, et j’avoue que j’ai trouvé ça plutôt jouissif de l’enfouir à l’intérieur de Dagon ^^.

~ Ton univers est très fantastique avec une touche de steampunk, quelles sont tes inspirations artistiques et littéraires ?

Je lis énormément, je regarde aussi beaucoup de films et de séries. J’ai une grosse faim d’histoires de toutes sortes, mais principalement d’imaginaire. Je m’intéresse beaucoup aux légendes, aux mythologies et au fantastique. À notre époque, tout cela fait partie de l’imaginaire, mais dans le passé, on croyait vraiment à tout cela : aux vampires, aux monstres, aux lutins, et j’aime croire encore, rajouter du merveilleux dans notre triste vie humaine. Niveau littérature, même si ça n’a rien à voir, j’essaie d’amener un peu le même ton. Je suis un grand fan de Terry Pratchett et de Neil Gaiman. Niveau séries, j’aime beaucoup les séries comme Sleepy Hollow, Grimm et Salem. Et dernièrement, je m’inspire énormément de Warehouse 13, ça me permet de découvrir des événements historiques pas forcément très connus, des mystères non résolus, des personnalités étranges, etc.

 

~ Tu vis à la campagne, pas loin de Brocéliande. Est-ce un vrai choix de vie ? Qu’est-ce que la nature t’apporte ?

Je rêvais de Brocéliande, de légendes, de lutins, et après un gros changement dans ma vie, à savoir ma transplantation pulmonaire, je me suis rendu compte qu’il n’y aurait pas de meilleur endroit qu’une forêt -magique de surcroît- pour à la fois apprivoiser mes nouveaux poumons et laisser libre cours à mon imagination. Mais je ne vais pas assez voir la forêt à mon goût, mon imagination et mon besoin de créer prennent trop de place dans ma vie…

~ Quelle créature fantastique aimerais-tu être (question jocker) ?

La question ne se pose pas puisque je suis déjà un lutin ^^. Un korrigan ou un leprechaun, je ne sais pas encore. Mais je suis également un mutant, bien que mon superpouvoir ne soit pas très ragoûtant… alors tout comme un consultant est, d’après Mr Magorium, un consul mutant, je suis peut-être un lutin mutant, donc un lutant ?

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Crédit image : Massden.

~ Une question plus personnelle : tu as la mucoviscidose, as dû subir un tas d’opérations, bref, tu n’as pas la vie facile ! Penses-tu que ta maladie t’a quelque part aidé à réaliser ton Cabinet Mirifique ?

C’est ma maladie qui m’a donné cet amour de l’imaginaire. Au collège, pendant que les autres garçons jouaient au foot, je lisais du Jules Verne, du Wells. Au lycée, j’ai découvert Tolkien et ça a changé ma vie. Et en même temps, cet imaginaire a rendu ma maladie plus douce. A chaque hospit, je me regardais tous les Ghiblis, j’emmenais autant de livres que de jours que j’y passais. Et depuis ma transplantation, je n’ai plus d’autres buts que de créer.

~ Enfin, quels sont tes projets à venir ?

Pour l’instant, je travaille sur des visites guidées contées pour quand j’expose. Le Cabinet Mirifique sera aux Utopiales début novembre. J’essaie aussi de développer l’histoire de Berlupin, la découverte de certains artefacts dans de petites nouvelles. J’aimerais aussi me lancer dans la vidéo en créant une chaîne Youtube. J’ai aussi un projet de livre, sur une communauté de lutins qui s’appellerait les Urbins. Et une boutique en ligne à faire décoller ! Tellement de projets et pas assez de temps et surtout d’énergie… Même greffé, la muco reste fatigante. Mais ça viendra !

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Crédit image : Sophie Poulet Alligand.

 

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