Sondage Grimoire n°2

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Queen Mab, Henry Meynell Rheam.

Le 1er Grimoire du Faune numérique est  finalisé , et d’ores et déjà disponible en avant-première aux tipeurs (cliquez ici pour faire un don et obtenir ce recueil). Il sera téléchargeable via le site gratuitement début juillet. Pour rappel : il contient huit textes (nouvelles et poèmes) sur le thème de la résurrection. Bonne lecture du soir 😉 !

Le deuxième numéro est déjà en vue, et il commence par ce sondage que je vous propose, afin de choisir le thème. Vous avez jusqu’au 9 juillet pour vous exprimer ! Cliquez sur le lien ci-dessus pour accéder au sondage :

SONDAGE

 

Merci de nous suivre !

Homo Vampiris, de Fabien Clavel

C1-homo-vampiris-poche-625x1024Homo Vampiris n’est plus tout jeune, puisque ce roman a été publié la première fois en 2009 aux éditions Mnémos. Il est, depuis, paru dans la collection poche Hélios, en 2014, et c’est cette version que je me suis procurée à la suite de ma lecture de Néphilim, excellent thriller fantastique en deux tomes. L’auteur, Fabien Clavel, est professeur de littérature et a reçu le Prix Imaginales en 2009 et 2017 et le Prix Elbakin en 2016. Très prolifique, il a écrit de nombreuses nouvelles, romans jeunesse, réécritures de mythes et légendes tels que sur l‘Odyssée et Merlin l’Enchanteur. Avec Homo Vampiris, il a signé un roman original, une sorte de thriller aux accents de fin du monde, dans lequel les vampires seraient une version plus évoluée de l’Homme, plus résistante aux changements climatiques.

On est dans la deuxième moitié du XXIe siècle, Nina est une jeune femme paumée, étudiante londonienne, finançant ses études avec un petit job de serveuse et en se nourrissant de sang de temps en temps, au sexe même de ses amants d’un soir. Elle rencontre fortuitement un de ses semblables lors d’une conférence : Ashenti, diplomate à l’ONU, qui va lui apprendre que les vampires sont chassés par un ordre religieux, la Brigade Œcuménique, qui réunit les trois grands monothéismes. Attachée aux services d’Ashenti, elle fait la connaissance de ses comparses depuis des centaines d’années : Epone, qui travaille pour une vieille famille aristocratique de vampires, les Bathory, et possède une mémoire infaillible, Marcus, un cuisinier qui tient surtout du garde du corps et a le don de télékinésie, Fedora, étrange danseuse qui ne supporte pas sa nature vampirique, et Nemrod, le vampire énigmatique qui se transforme en panthère noire à volonté. Grâce à tout ce petit monde, et notamment à un certain Zéro, vampire débile échappé de l’Usine qui le tient captif depuis des dizaines d’années, Nina va en apprendre plus sur sa nature, sur ses ennemis, et devra se battre pour sa survie.

Le roman est construit selon le point de vue de six personnages : Zéro et Nina, qui sont surtout dans le temps présent du récit, et Epone, Nemrod, Fedora, et Ashenti, dont on découvre surtout des flashs backs concernant leurs vies antérieures, du temps de l’Ancolie, leur groupe activiste politique formé en XIXe siècle. On se retrouve alors régulièrement plongé dans le passé, du temps de Babylone, au XIXe en Russie, et on comprend peu à peu d’où vient le petit groupe de vampires et ce qui les lie. Le roman se lit surtout comme un thriller : Nina et ses acolytes doivent fuir s’ils ne veulent pas se faire tuer par la Brigade Œcuménique, avant de se décider finalement de se mettre en chasse des Trois, ceux qui dirigent la brigade. Quant à Zéro, on suit son récit maladroit, qui distille petit bout par petit bout des indices sur ce qui se trame et sur ce que sont les vampires.

Fabien Clavel livre un puzzle aux accents bit-lit et post-apo, qu’il faut lire patiemment du début à la fin pour comprendre de quoi il retourne et surtout, comprendre la nature vampirique. J’apprécie beaucoup son écriture efficace et moderne. Le construction de ses romans est toujours un peu déroutante puisqu’ils contiennent des récits enchâssés et divers flashs backs qui, a priori, semblent gratuits, alors qu’ils donnent des indices sur le récit principal. L’auteur revisite avec Homo Vampiris le mythe du vampire de façon très scientifique et terre à terre, ce qui les rend plus humain et surtout, moins extraordinaires. Mon avis ? A lire, pour tous les amateurs de vampires !

 

Homo Vampiris, Fabien Clavel, éd. Mnémos, coll. Hélios, 2014.

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Véronique Jeantet, créatrice de bijoux d’art

Véronique Jeantet est une créatrice de bijoux à la personnalité discrète. Elle s’efface élégamment derrière ses bijoux, riches de pierres, de métaux et de perles. L’esthétique de ses créations a des côtés baroques et ethniques, un véritable mélange des genres et des inspirations. Elle créé aussi des bien des petites pièces délicates à porter tous les jours que des colliers imposants, qui ornent avec ravissement les cous graciles des modèles qui prêtent leur image.  Je vous propose de découvrir la femme derrière l’atelier à travers cette interview.

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Photo : Yasmine Bennis – Modèle : Louise Ebel – MUA : Eden Tonda

~ Bonjour Véronique ! Pouvez-vous vous présenter un peu ?

Bonjour ! Voilà un exercice un peu compliqué. Je pourrais simplement vous dire que je suis une créatrice de bijoux autodidacte,  comme beaucoup d’autres créateurs de bijoux d’ailleurs… Ou bien plus certainement que j’ai été l’heureuse victime d’un parcours incohérent et accidenté où le bijou s’est imposé de façon assez improbable…

~ Quand est née votre passion pour la création de bijoux ? Qu’est-ce qui vous a attirée ?

J’ai toujours été très réceptive à l’art en général, et particulièrement intéressée par les civilisations anciennes tout autant que par les arts ethniques, la bibliothèque familiale étant plutôt généreuse en la matière. Cependant, la rencontre avec le bijou s’est faite par le plus grand des hasards, lors d’une expérience professionnelle dans le milieu de ce que l’on nomme aujourd’hui la Haute Fantaisie. Les premières pièces sont venues un peu plus tardivement, mais avec la particularité qu’elles furent immédiatement des pièces imposantes, mes premiers chokers.
Il est difficile d’en expliquer le processus… Tout a été très instinctif, une sorte de pulsion dans un moment de vie compliqué, et j’ai immédiatement été fascinée par cette capacité à créer aussi facilement et simplement du beau, ce dernier faisant parfois bien défaut à mon environnement. Les couleurs, les matières, les formes m’invitaient, m’incitaient même à créer un nouvel univers, dans une liberté qui m’est apparue alors totale. Devenu un moyen d’expression très intime, le bijou revêt également à mes yeux une valeur réparatrice.
Et cette fonction rituelle dont il se voit pourvu chez certaines ethnies a eu un impact important dans ma façon d’appréhender la féminité, le bijou s’imposant dans mon univers comme un objet cérémonial essentiel dans un parcours initiatique, vers une féminité affirmée, forte, mystique.

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Photo : Sophie Thouvenin – Modèle : Kiki Béguin

~ Vos bijoux sont d’inspiration ethnique, est-ce que certains styles vous inspirent plus que d’autres ?

J’ai en effet un goût très prononcé pour les bijoux ethniques, en particulier les ornements issus des cultures d’Afrique noire, d’Océanie ou amérindiennes, pour leur aspect plus brut, l’utilisation de matières naturelles et les techniques artisanales qui sont les leurs, tout autant que pour leur valeur rituelle, même si je demeure une grande amatrice de bijoux en argent berbères ou d’Asie.
L’art d’ornementer le corps a aussi grandement influencé mon travail, qu’il s’agisse d’accumulation de bijoux, de vêtements, de tatouages ou tout autre type de modification corporelle telle la scarification.

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Photo : Alexandra Banti – Modèles (de gauche à droite) : Lady Héroïne et Hana Bolkonski

~ Vous semblez aussi très intéressée par le XIXe, à cela on peut ajouter qu’à cette époque l’Orient avait le vent en poupe chez les artistes, et tout ce qui était japonais, méditerranéen et arabe avait du succès en décoration, accessoires, et en bijoux ! Vous reconnaissez-vous dans cette esthétique ?

Complètement. J’ai été très jeune subjuguée par ce qui a été pour moi le premier contact avec un métissage culturel, un métissage qui deviendra ensuite partie intégrante de ma création.
Le mouvement orientaliste a particulièrement influencé mes goûts, mes envies, mes découvertes artistiques et la construction de mon univers, cet intérêt pour les mondes arabes et méditerranéens ayant été initié par un héritage culturel familial.

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Photo : Solène Ballesta – Modèle : Daphné Huynh – Masque métal : Pascal Jaques – MUA : Yanis Zaghia

~ Vos bijoux peuvent avoir un aspect imposant, je pense notamment aux chokers. Voyez-vous le bijou comme une parure en lui-même ?

En effet, le bijou est pour moi une parure, un ornement, et certainement pas un accessoire. Il rayonne, s’impose et se suffit à lui-même. Si j’osais, je dirais même qu’il se nourrit des énergies, des émotions de la personne qui l’arbore, qu’il en accentue la ou les personnalité(s) et parfois même qu’il met en relief des facettes de soi qui, sans son entremise, demeureraient invisibles aux yeux d’autrui.

Photo : Sommeil Paradoxal – Modèle : Keiko.

~ Pour qui créez-vous ? Quelle serait la cliente idéale ?

Voilà la méprise la plus importante à laquelle je suis confrontée de façon récurrente et il semble d’ailleurs que ma qualité de « créatrice » m’y enferme définitivement. Je ne créé pas pour autrui. Mes pièces les plus importantes, celles auxquelles je suis le plus attachée et qui sont, de fait, le fondement de mes « collections », ont été créées sous l’impulsion d’une dynamique très intime. Elles se nourrissent de mon histoire, de mes douleurs, de mes joies, de mes peurs. Elles sont la traduction d’un moi idéalisé tout autant que la concrétisation de mes paradoxes, de mon instabilité.
Mes pièces les plus emblématiques sont les chokers (nom tiré du verbe anglais « to choke », soit étrangler) : sous leur aspect luxuriant et ostentatoire, ces corsets de cou faits de matières nobles et colorées n’en sont pas moins, à l’origine, l’expression d’une douleur que je me suis employée à rendre supportable par le biais d’une approche esthétique. J’ai plus tardivement compris qu’ils participaient d’un cheminement quasi initiatique vers une forme de féminité, s’imposant comme les éléments d’un culte qui pourrait lui être dédié. J’évoque ici une féminité en pleine possession de ses pouvoirs, qu’il s’agisse de femmes guerrières, de prêtresses…
En dépit de leur caractère très intimiste, ou bien peut-être finalement en raison de ce dernier, les femmes qui les portent en ma présence, je pense notamment aux amies et modèles, semblent véritablement s’emparer de leur essence au point que le bijou et elles paraissent se fondre en une entité à la personnalité propre et parfois différente de celle qu’on leur (re)connaît. Le phénomène est véritablement fascinant.
Donc, pour répondre à votre question, et bien que la création soit une dynamique intime, ces bijoux touchent des femmes en quête ou bien en pleine possession de leur féminité.

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Photo : Samuel Guerrier – Modèle : Andréa L. – Casque et sculpture : Pascal Jacques – MUA : Benoît Agache – Robe : Frédérique Boussole

~ Confectionnez-vous vos séries limitées comme des histoires ? Comment mettez-vous en place une collection ?

Une collection n’est que le prolongement d’une pièce majeure, d’un choker donc. Tout se fait autour de lui, pour lui. Là encore, rien n’est vraiment conscientisé, planifié, ni même esquissé : la création se fait instinctivement et de façon pulsionnelle, elle est conditionnée par les images qui s’entrechoquent dans mon esprit – couleurs, formes, souvenirs de lectures ou images de films – et se consolide dans l’émotion du moment, heureuse comme douloureuse, tout comme dans l’envie de matière, particulière à chaque expérience.
Une fois la pièce centrale existante, la collection se réalise d’elle-même, plus ou moins rapidement. Nombre de mes collections s’alimentent au fil des mois, des années mêmes.
Ces collections sont récurrentes, de même que le sont les personnages importants d’une histoire. Ce positionnement est aussi un moyen de ne pas répondre à la pression constante que l’on ressent en tant que créateur, artiste, de la part d’une société qui nous invite incessamment à nous « renouveler », à créer sans relâche des consommables.

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Photo : Alyz – Modèle : Amma Amarylis Lhotellier – MUA : Stéphane Dussart

~ Vous utilisez des matériaux bruts, bronze, bois, pierres semi-précieuses, est-ce que l’aspect naturel est important pour vous ?

En réalité, cet aspect naturel est essentiel. Pour qui s’y intéresse, les pierres revêtent bien des significations, nombre de civilisations leur accordent des pouvoirs de protection, de guérison, d’aide à l’introspection. Pour ma part, je suis particulièrement attirée par les pierres de protection, celles qui repoussent les mauvaises énergies.
Les matières naturelles dans leur ensemble représentent le lien que j’entretiens avec la nature, je les investis d’émotions, de pouvoirs et mes bijoux s’en nourrissent et se construisent comme des talismans, et parfois des objets participent à des rituels intimes, des rituels de passage dans une quête personnelle.

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Photo : Paul Von Borax – Modèles (de gauche à droite) : Rachel Ochocola et Charline Muse – MUA : FoxyChrys – Coiffure : Floriane Seguin

~ Réalisez-vous vous-mêmes les éléments qui façonnent vos bijoux ? Combien de temps mettez-vous à la réalisation d’une collection ?

Non, c’est impossible lorsqu’on travaille seule. Il me faudrait pour cela revêtir tour à tour l’habit du lapidaire, du sculpteur de métal et j’en passe, ou bien tout simplement avoir un atelier et les personnes compétentes pour ce faire. Or mon souhait a toujours été d’évoluer seule car, au risque de me répéter, il s’agit d’une relation très intime que j’entretiens avec le bijou. J’assume d’ailleurs pleinement le choix simple d’assembler les matières autour de techniques telles que le tissage, au lieu de les façonner.
J’ai néanmoins quelques regrets à ce sujet, notamment pour ce qui relève du travail sur le métal. Comme beaucoup d’entre nous, du fait de cumuler les activités, je souffre cruellement du manque de temps. J’espère malgré tout remédier assez rapidement à ce regret et pourvoir, d’ailleurs, m’octroyer la possibilité d’expérimenter de nouvelles techniques qui me tiennent à cœur et me permettraient de m’exprimer avec encore moins d’entraves.

~ Vos créations sont souvent utilisées lors de shootings photos. Est-ce que parfois vous créez spécialement pour ces séances ?

Cela m’est arrivé en effet, à mes débuts. L’expérience fut d’ailleurs des plus intéressantes. J’ai cependant été obligée de revoir mes priorités, le temps consacré à la création me faisant cruellement défaut.

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Photo : Martial Lenoir – Modèle : Andréa L. – MUA : Djenette Boo – Jupe : Ludovic Winterstan

~ Définiriez-vous cette passion plutôt comme un art ou comme de l’artisanat ?

Je ne me considère pas comme une artisane, n’étant pas dans une recherche technique ou de perfection du geste. Mon travail est instinctif, parfois hasardeux, et le bijou est le fruit d’une expérience souvent improbable et assurément très intime.

~ Quelles difficultés rencontrez-vous le plus souvent en tant que créatrice ?

Elles sont légion… Ma plus grande souffrance dans cette aventure est le problème de l’étiquette. Le bijou, lorsqu’il ne relève pas des qualifications codifiées « Haute Joaillerie » ou « Bijou d’artiste », est automatiquement classé dans la rubrique « Bijou Fantaisie » ou « Bijou de créateur », réduisant la création à une simple activité à but lucratif sans qu’aucune structuration artistique ni intellectuelle puisse lui être reconnue.
D’autre part, la majorité des gens ne font pas la différence entre une création intime et un bijou répondant aux besoins d’un marché, d’ailleurs saturé et qui, de fait, nous oblige à presque nous prostituer pour vendre notre travail.
Mon absence de parcours qualifié est également préjudiciable dans certains cas de figure et m’ôte parfois toute possibilité de reconnaissance artistique et ce qui en découle.
Je pourrais encore citer bien des difficultés qui, à plusieurs reprises, m’ont donné envie de tout abandonner. Néanmoins, j’ai eu la très grande chance d’avoir un parcours jalonné de belles rencontres, de personnes qui ont cru en l’originalité de mes pièces et qui m’ont soutenue par leur amitié, leur reconnaissance et les opportunités qu’elles m’ont offertes. Sans elles, les bijoux ne seraient certainement plus…
Et c’est sur cette jolie note que je préfère clore ma réponse !

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Photo : Leaulevlesara – Modèle : Rachel Ochocola

~ Enfin, quels conseils donneriez-vous à de jeunes créateurs ?

De cultiver leur folie, c’est la seule façon de survivre…

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Photo : Eric Keller – Modèle : Mizuko

 

 

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[APPEL À TEXTES] Résultat du concours du Grimoire numérique n°1

The Resurrection : The angel rolling away the stone from the sepulchre, William Blake, 1808.

Bonjour à tous !

Le 14 mai, je recevais les derniers textes pour ce premier appel à textes depuis deux ans. Cette fois-ci, on a choisi un thème : Résurrection. Les textes sélectionnés, poèmes ou nouvelles, seront publiés dans un recueil numérique disponible gratuitement à la lecture, et en avant-première aux tipeurs. Sur vingt textes reçus, 7 ont été sélectionnés, dont un seul poème malheureusement. Voici les noms des auteurs retenus :

L’esthète ou Conte raffiné sur l’inexorabilité du Déclin, par A. R. Morency ;
L’Apprentie sorcière, par Nolwenn Pamart ;
Blueberry, par Héloïse Maréchalle ;
Exuvie, par Marianne Desroziers ;
Miracle, par Élodie Cappon ;
Prélude – Chemin de la Résurrection, par Perrine Emmanuelle ;
Semper, par François Fischer.

S’ajoute à tout cela une nouvelle toute fraîche de mon cru : La Malédiction.

Le recueil devrait être disponible mi-juin, restez dans le coin pour sa sortie 😉 !


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Bocca Bacciata, Dante Gabriel Rossetti

Bocca Bacciata est une peinture (huile sur toile) réalisée par Dante Gabriel Rossetti en 1859, chef de file de la Confrérie Préraphaélite (Pre-Raphaelite Brotherhood), mouvement artistique anglais de la seconde moitié du XIXe siècle. Littéralement traduite par « La bouche qui a été embrassée » (« The mouth that has been kissed »), Bocca Bacciata doit son titre à quelques vers tirés d’un sonnet de Giovanni Boccaccio, écrivain italien du XIVe siècle :

Bocca baciata non perde ventura, anzi rinnova come fa la luna.
« The mouth has been kissed does not lose its savour, indeed it renews itself just like the moon does »
« La bouche qui a été embrassée ne perd pas sa saveur, ainsi comme la lune elle se renouvelle. » Traduction littérale.

Ces lignes ont été écrites au dos de la peinture, faisant le lien avec une inspiration majeure pour le peintre que sont les écrivains et artistes italiens du Moyen-Âge et de la Renaissance. D’ailleurs, ce tableau entame un nouveau chapitre pictural pour Rossetti, puisqu’il « quitte le sentiment monastique pour l’épicurisme » (« leaving monastic sentiment for Epicureanism », in Hunt, Pre-Raphaelitism, vol. 2, 111-112), c’est à dire qu’il met de côté la recherche spirituelle et célèbre le matériel, et ici, la chair. Les inspirations de ce nouveau tournant viennent de Titien et des peintres vénitiens du XVe siècle, et de ce fait, il élargit son éventail de modèles : préférant auparavant le type fin et gracile de Lizzie Siddal, son épouse et première muse représentée sur la célèbre toile Beata Beatrix, il choisit désormais de représenter des femmes plus rondes, à la sensualité exacerbée, gardant toutefois la chevelure rousse, dont la beauté a été réhabilitée grâce à lui.

La jeune femme représentée sur cette toile est Fanny Cornforth, une prostituée qui était l’amante et l’amie de Rossetti, qui l’a épaulé jusqu’à sa mort et posé pour lui de nombreuses fois. Elle était l’antithèse de Lizzie Siddal, étant d’une nature stable joviale, moins intellectuelle et surtout d’une beauté voluptueuse, contrairement à l’instabilité émotionnelle de Lizzie et son extrême minceur.
Fanny possédait de magnifiques cheveux roux que l’artiste a pris plaisir à peindre : ils sont flamboyants, épais, plein de reflets et encadrent le visage rond et pâle de la modèle. Le vert profond de la tenue met en valeur ce cuivre lumineux, et font ressortir les yeux de Fanny. Selon les confrères préraphaélites de Rossetti, dont le peintre Hunt et le poète Swinburne, Bocca Bacciata fait l’apologie du sexe. Ses contemporains ont d’ailleurs reconnu que Rossetti a sexualisé l’image par l’utilisation de la couleur : le roux est la couleur du péché, de la sexualité, et le vert a plusieurs signification, mais ici, il signifie sans doute l’infidélité.
Ce portrait rapproché est mis en valeur par le fond fleuri, annonçant la nouvelle ère picturale de Rossetti, plus décorative, esthétique au sens premier du terme, mais aussi amorale. Le regard grave et le cou colonnaire sont des marques du peintre : ses femmes peintes sont toujours méditatives, comme absentes et détentrices d’un secret sur le monde.

Passons aux détails fleuris : la fleur que tient Fanny et celles qui se trouvent dans le fond sont des soucis, symboles de la peine ou du chagrin. Peut-être parce qu’à cette époque, Rossetti trompait sa future épouse Lizzie Siddal avec Fanny ?  Les soucis sont d’ailleurs représentés sur le collier que porte la jeune femme, attirant le regard sur sa peau d’albâtre et évidemment son décolleté, révélé par le gilet nonchalamment ouvert qui dévoile un tissus léger, cachant la naissance de la poitrine de Fanny.
On peut observer une pomme au premier plan, qu’on peut facilement identifier comme le fruit défendu, le fruit de la discorde, origine du bannissement d’Adam et Eve du jardin d’Eden. Ça peut être un rappel de la vie de péché que mène Fanny : elle est une prostituée et est la maîtresse de Rossetti, situation dont le peintre semble avoir quelque peu honte.
Enfin, une rose blanche orne délicatement la chevelure de Fanny, qui est un symbole à l’opposé de la pomme, celui de l’innocence. Ce message va a priori à contre-courant du sens général observé. Néanmoins, peut-on avancer que Fanny n’était pas responsable du comportement de Rossetti ? Ni de son statut de prostituée ? Après tout, vivre seule au XIXe dans les rues de Londres quand on est une femme n’était pas facile, et la prostitution était souvent la seule solution pour survivre. Ajoutons que Fanny aimait profondément Rossetti, et que le rose blanche est aussi le symbole de l’amour naissant…

De toutes ces informations, nous pouvons retenir que Bocca Bacciata n’est pas qu’un portrait sensuel, il est aussi celui d’un amour interdit, construit sur la mauvaise réputation du modèle et sa relation interdite avec le peintre déjà engagé auprès d’une fiancée céleste : Lizzie Siddal, sa Béatrice, sa muse spirituelle.

 

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Sources :

Wikipédia : Bocca Bacciata
The Pre-Raphaelite Body : Fear and Desire in Painting, Poetry, and Criticism, J. B. BULLEN, éd. Clarendom Press, 1998, p. 104.
Rossettiarchive.org : Bocca Bacciata
Preraphalitesisterhood.com : Kirsty Stonell Walker on Fanny Cornforth & Bocca Bacciata


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