Reliures Sélune, le livre au service des mots

Amoureuse des livres, Suzie a obtenu un CAP en reliure d’art suivi d’un Brevet des Métiers d’Art en 2015. En 2016, elle a décidé d’installer son atelier à l’entrée de la forêt de Saint-Sever dans le Calvados, et y travaille depuis au calme. Suzie détient là un savoir-faire ancien, mais la modernité surgit aussi dans son métier puisqu’elle relie également des livres contemporains : des particuliers qui veulent s’offrir ou offrir un objet banal, devenu précieux. Elle a gentiment répondu à mes questions sur son métier.

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~ Vous êtes relieuse professionnelle depuis 3 ans, qu’est-ce qui vous a poussée à faire ce métier ?

Les livres m’ont toujours fascinée, davantage pour leur aspect que pour leur contenu. Lorsque j’étais petite, je m’amusais à prendre le plus beau livre (souvent le plus vieux) des étagères que je voyais chez mes parents ou mes grand-parents pour m’installer quelque part et faire semblant de le lire. J’adorais tenir les beaux livres entre mes mains, les feuilleter, me plonger dans ce qu’ils contenaient, comme les héroïnes de mes films préférés. À ce moment-là, je n’avais jamais entendu parler du métier de relieur… J’ai suivi une tout autre voie jusqu’à mes vingt ans, où je me suis tournée pour la première fois vers un métier du livre, celui de bibliothécaire. Après un stage dans ce milieu, je me suis rendu compte que ce que j’aimais le plus n’était pas d’accueillir, d’animer ou de conseiller les lecteurs, mais plutôt d’être au calme dans les ateliers à rafistoler les livres abimés ou les préparer pour la consultation. J’ai pris connaissance du métier de relieur à ce moment-là. Je doutais encore de pouvoir en vivre, mais la reliure et l’histoire du livre me passionnaient et j’ai décidé de tenter le coup en entamant une formation (CAP en un an) à Lisieux, qui s’est poursuivie par un BMA sur deux ans. Mes diplômes en poche et des idées plein la tête, j’ai pu ouvrir mon atelier rapidement et me lancer dans l’aventure.

~ Le métier de relieur est très ancien, vous indiquez d’ailleurs pratiquer la restauration de reliures des XVIIe et XVIIIe siècles. Qu’est-ce qui différencie une reliure du XVIIIe du XIXe ? Une reliure ancienne d’une moderne ?

Pendant longtemps, le métier de relieur comprenait également les métiers annexes : la dorure sur cuir, la marbrure des papiers, la restauration des livres, etc. Certains relieurs exercent encore aujourd’hui à la fois le métier de relieur-doreur et de restaurateur (s’ils ont suivi une formation spécifique pour cela, la restauration des livres n’étant plus enseignée au CAP Reliure, ni au BMA). Mais il existe beaucoup moins d’ateliers de reliure pratiquant la restauration. Les relieurs évoluent assez généralement vers la reliure d’art créative, en jouant avec les structures et matières à la fois traditionnelles et contemporaines pour obtenir un résultat artistique. Pour ma part, je fais de la reliure créative (tout en conservant au maximum la structure et l’aspect traditionnels auxquels je suis attachée) et restaure également les reliures cuir des XVIIe et XVIIIe siècles, pour lesquelles j’ai suivi plusieurs formations complémentaires. Pour être restaurateur ou créer des pastiches, il faut avoir quelques connaissances en histoire du livre et de sa structure en fonction des différentes époques, afin de rester le plus cohérent possible.

Les principales différences entre les reliures des XVIIe-XVIIIe siècles et celles du XIXe siècle résident à la fois dans leur structure interne que dans leur aspect extérieur : les supports de couture (traditionnellement sur simples ou doubles ficelles de chanvre aux XVIIe-XVIIIe, plus souvent sur rubans au XIXe), la forme du dos et des coiffes, la matière de « couvrure » (cuir plus épais aux XVIIe-XVIIIe, toile/percaline avec décor à la plaque ou cuir plus fin au XIXe), le papier du corps d’ouvrage (à base de pâte chiffon aux XVIIe-XVIIIe, pâte bois plus cassante au XIXe), etc. Il existe certaines « belles » reliures industrielles vendues dans le commerce aujourd’hui, dont les cahiers sont cousus, mais dont les rubans ne sont pas « passés en carton » au moment du montage (étape manuelle rendant la structure solide). Le bloc texte et la couverture cartonnée sur les reliures modernes (industrielles) sont le plus souvent solidarisés par un simple contre-collage de la première page de garde, ce qui est bien entendu beaucoup moins solide et durable.

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L’atelier Reliures Sélune.

~ Quels sont les livres les plus précieux que vous ayez eu à restaurer ?

Les livres anciens et rares peuvent être considérés comme précieux, tout comme les livres plus modernes ayant une valeur sentimentale pour leur propriétaire. Je me souviens, par exemple, même si ce n’était pas une restauration, d’une fanfiction en anglais qu’un client m’avait demandé de relier en deux énormes volumes, avec un décor différent en cuir repoussé sur chacun d’eux. Ils ont acquis une grande valeur, puisqu’ils ont été couverts en plein cuir et de façon traditionnelle « made in France » (aujourd’hui, ces livres ont traversé l’Atlantique), et j’en étais particulièrement fière, d’autant qu’il s’agissait de l’une de mes premières commandes. Plus récemment, j’ai restauré une encyclopédie illustrée de la Normandie en deux volumes demi-chagrin du XIXe siècle, de très belles reliures comprenant de nombreuses gravures originales de monuments qui n’existent plus aujourd’hui ou qui ont été modifiés. On est souvent tenté de feuilleter plus longtemps les documents que l’on restaure, au risque de prendre du retard dans les commandes. Une autre reliure que je considère comme précieuse à mes yeux a été un petit livre de cuisine qu’un client m’avait confié à restaurer, et dont le dos cuir avait été arraché et grignoté par un chien. C’était un livre du XVIIIe siècle sans valeur financière et tout à fait standard, mais son propriétaire y tenait beaucoup et a été particulièrement ému en le récupérant restauré, et ça m’a beaucoup touchée.

~ A contrario, est-ce qu’on vous demande souvent de relier des livres modernes ? Quels matériaux sont davantage utilisés ?

Oui, on me le demande assez régulièrement. Pour des livres à faible valeur, on peut dans leur structure effectuer un simple collage renforcé du dos après l’avoir arrondi. Mais on peut aussi reformer des cahiers à partir des feuilles volantes pour pouvoir les coudre et rendre l’ouvrage aussi solide et esthétique qu’une reliure traditionnelle. Les autres étapes et les matériaux sont les mêmes : des fils de couture en lin, des plats en carton avec des ficelles de chanvre passées à l’intérieur, de la colle de pâte (amidon) ou vinylique, et pour la couvrure, de la toile, du cuir ou du papier selon le choix du client.

~ Utilisez-vous encore du parchemin ?

Peu de personnes le savent, mais le véritable parchemin est bien d’origine animale. Ce n’est pas du papier, mais de la peau (très fine) d’animaux mort-nés, qui coûte très cher. J’utilise quelques fois le parchemin (vélin) pour renforcer les coins des livres (sous le cuir ou le papier de couvrure), comme cela se faisait assez souvent au XIXe siècle. Une fois sec, le parchemin est très dur et très résistant. Je l’utilise également pour réaliser des claies (des pièces venant renforcer la structure du dos) sur les reliures anciennes ou les pastiches. Le parchemin peut être utilisé pour couvrir certaines reliures contemporaines ou certaines reliures du XVIe siècle (reliures « hollandaises » notamment).

Heureusement, les relieurs n’utilisent plus de parchemin pour former les pages des livres, comme cela se faisait au Moyen Âge sur des reliures prestigieuses. Le coût serait astronomique et cela demanderait énormément de peaux pour faire un seul livre (on ne les tuent pas exprès, ces pauvres bêtes, mais quand même !). Aujourd’hui, nous pouvons le remplacer par un papier spécifique assez rigide, que quelques-uns appellent « parchemin végétal », et qui a un aspect proche du parchemin.

~ Ne vous sentez-vous pas comme l’une des dernières gardiennes d’un savoir ancien dans notre société de consommation vouée au tout jetable ?

Je pense que beaucoup d’artisans ont un peu ce sentiment aujourd’hui. En particulier ceux qui recherchent précisément à conserver le savoir-faire traditionnel, celui qui est utilisé depuis des siècles et qui a fait ses preuves. Beaucoup d’artisans font le choix de s’adapter à notre époque contemporaine en proposant une approche plus artistique et plus créative pour rechercher de nouveaux clients, parfois au détriment de la qualité ou de la durabilité. J’espère que les gens s’intéresseront encore aux techniques traditionnelles d’ici trois siècles, et sauront encore ce qu’est (ou était) un vrai livre.

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Reliure libre, création de Reliures Sélune.

~ Pour vous, qui du livre ou de la liseuse survivra à l’apocalypse ?

Le livre relié, bien entendu ! Il n’a même pas besoin d’électricité. Il est livré sans fil et autonome, 100% naturel et biodégradable, il ne fait pas mal aux yeux, épouse la morphologie de votre main et sent bon (enfin, la plupart du temps).

On me demande souvent si les tablettes ont fait du tort au livre… Je crois que le livre relié n’a pas de souci à se faire, contrairement aux livres industriels. Les fervents lecteurs qui achètent un livre uniquement pour le contenu privilégieront peut-être les liseuses aux livres industriels, puisque ceux-ci n’ont que peu d’avantages. Mais les bibliophiles resteront toujours amateurs du beau livre en tant qu’objet, autant que de leur contenu (peut-être même davantage). En définitive, les liseuses sont plutôt positives pour les relieurs.

 

 


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Interview de Nihil : « Je cherche à créer des archétypes d’humains neutres et non identifiables. »

Nihil est un artiste français qui vit depuis quelques années en Norvège, à Oslo. Passionné avant tout d’écriture, il en est venu finalement à l’image, et ce sont ses créations visuelles qui l’ont fait connaître. Un univers sombre, torturé, où l’homme n’est plus qu’un corps asexué, réceptacle  de visions supérieures… Un livre est sorti de ses révélations, Ventre, mélange d’images et de textes, accompagné de la musique du groupe In Slaughter Natives.

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Saint-Cyanide – modèle : Had3sia.

~ Bonjour Nihil ! Pourquoi avoir choisi ce pseudonyme ? Pouvez-vous vous présenter un peu ?

Bonjour, je suis photographe et artiste digital, je viens de Paris et je vis à Oslo depuis quatre ans. J’ai choisi mon nom d’artiste à mes débuts sur internet. À l’époque, tout le monde utilisait un pseudonyme sur les forums ou les groupes de discussion. J’ai choisi le mien pour indiquer une absence d’identité (Nihil veut dire « rien » en latin). J’aurais pu choisir « Anonyme », le principe est le même. Pendant longtemps, mon nom d’artiste n’était indiqué nulle part sur mon site et mes images n’avaient pas de titre, juste des matricules aléatoires. Je souhaitais me mettre en retrait derrière ma création. Quand j’ai commencé à exposer, j’ai dû revenir à une identification plus traditionnelle.

~ Comment est née votre passion de l’image ? Et pourquoi la photomanipulation ?

Toute forme de créativité me convient. J’ai choisi l’image parce que c’est simple et reposant, contrairement à l’écriture, ma passion d’origine. J’ai commencé la photo pour me détendre entre deux séances d’écriture et j’en ai profité pour illustrer le roman en cours à l’époque, Ventre. Retravailler les photos numériquement me permet de transformer la réalité, plutôt que la sublimer, et de transposer mes personnages dans un univers onirique ou mythologique qui me convient mieux. La réalité m’ennuie.

~ Vous indiquez dans votre biographie être inspiré par l’art médiéval et religieux, et on ressent effectivement un aspect spirituel dans votre travail. Est-ce un moteur primordial pour la création d’une œuvre ?

Pas nécessairement, je pense que je pourrais m’exprimer sur d’autres thèmes et d’autres ambiances, c’est d’ailleurs ce que je commence progressivement à faire. Mais la spiritualité et l’étude des religions tiennent une place importante dans ma vie et jusqu’à il y a peu, je ne voyais guère d’intérêt à traiter d’autres thèmes.

~ Comment concevez-vous vos images ? Partent-elles de visions spécifiques ?

Parfois, pas toujours. J’ai souvent des visions qui me tombent dessus sans prévenir pendant que je fume une clope dehors ou que je suis dans la douche. Dans ce cas, je fais des croquis et je travaille sur l’image dans cette direction. Dans d’autres cas, j’improvise et je laisse l’intuition me guider tout au long du processus sans vraiment savoir où je vais. À ce jour, je n’ai pas constaté que ces deux méthodes donnaient des résultats significativement différents. Les deux façons de faire me conviennent.

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Spellbinder – photographe/modèle : Adriana Michima.

~ Votre univers est très sombre : corps déshumanisés, couleurs foncées, paysages désolés… Pourquoi ?

Ce serait difficile de répondre sans verser dans la psychologie. Et j’en serais incapable même si je le voulais, je n’ai pas encore trouvé d’explication particulière. Dans mes premiers textes, alors que j’avais onze ans, il était question de combats et de mises à mort, de rivières de sang dans les rues… C’est simplement la personne que je suis, je me suis construit de cette manière.

~ Les attributs sexuels de vos personnages sont effacés, pourquoi ces modifications ?

Je cherche à créer des archétypes d’humains neutres et non identifiables. Des coquilles de chair, des androïdes interchangeables. C’est pour évoquer l’Humain, pas un humain en particulier. Je m’efforce d’effacer ce qui distingue un individu d’un autre : cheveux, attributs sexuels, parfois même les traits du visage. On peut relier cet aspect avec le thème de l’anonymat que j’ai évoqué plus haut. Tout cela fait partie de mon incessant questionnement sur l’identité et l’individualité.

~ Vous avez sorti récemment un livre, Ventre, rétrospective de vos travaux visuels comme écrits, avec une bande son réalisée par le groupe de musique In Slaughter Natives. Pouvez-vous nous en parler davantage ?

J’ai la chance d’être en contact avec le label de musique ambient Cyclic Law, pour qui j’ai réalisé des pochettes de CDs. Avoir un livre à mon nom dans ma bibliothèque était un rêve d’enfant et Cyclic Law avait la structure pour publier ce livre, qui regroupe des images et des textes issus du roman Ventre. In Slaughter Natives fait partie du label et je leur ai demandé de m’accompagner dans l’aventure parce que c’est un de mes groupes préférés depuis très longtemps, leur musique a accompagné et probablement influencé des années de création. Je pense que leur univers et le mien se complètent parfaitement et je suis honoré qu’ils aient accepté de composer des morceaux pour accompagner les textes et les images de Ventre.

~ Vous parlez de saints et de martyrs dans votre biographie, qu’est-ce qui vous fascine autant chez ces figures chrétiennes ?

Ce sont des personnages déshumanisés, transfigurés par leur vision de Dieu et changés en légendes, en exemples vivants. Regardez les statues de la cathédrale de Chartres : aucune expression, des visages neutres, éteints. Ce ne sont plus des hommes et des femmes, mais des archétypes mythologiques. La figure du martyr ajoute une dimension : on peut atteindre la transcendance par la souffrance, de la même manière que les yogis peuvent atteindre la libération par la maîtrise parfaite de leur vaisseau corporel.

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Car ce qui est en haut est aussi en bas.

~ L’ensemble de votre œuvre mène à penser que vous êtes un « esprit torturé ». Pouvez-vous infirmer cette impression ? Si oui, l’acte de créer serait-elle un exutoire ?

Je n’infirme rien ! Je suis assez sensible et j’ai longtemps souffert. Depuis quelques années, je me sens relativement en paix, mais toute ma culture, ma manière d’interagir avec le monde, sont marquées par des années de rejet, d’exclusion, de dépression et de solitude. La création n’est plus un exutoire depuis longtemps, elle est devenue mécanique pour moi, constitutive de mon identité et de mon mode de vie. Je ne pourrais pas plus m’en passer que je ne me passerais de manger. Mais à l’origine, c’était un exutoire effectivement, ou plutôt une manière de créer une réalité alternative où je pouvais m’échapper.

~ Enfin, quels sont vos projets pour cette fin d’année ?

J’expose avec des amis dans un festival d’art alternatif à Berlin en décembre, et je travaille sur une nouvelle édition remaniée et augmentée de mon livre Ventre à paraitre l’année prochaine.

 
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White Noise – modèle : Psyché Ophiucus.
   
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Les Nouvelles aventures de Sabrina, la teen série se satanise

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Vous connaissez sans doute la série quelque peu niaise Sabrina l’apprentie sorcière. Parue entre 1996 et 2000 sur la chaîne ABC, cette série mettait en scène le personnage de Sabrina, joué par Melissa Joan Hart, adolescente vivant avec ses deux tantes et un chat parlant (un sorcier voué à vivre dans la peau d’un chat pendant un siècle), et qui apprend à ses 16 ans qu’elle est une sorcière. Destinée au jeune public et bardée d’effets spéciaux ridicules, cette adaptation gentillette n’avait rien des comics dont Sabrina est issue. En effet, on retrouve en premier lieu la jeune sorcière dans l’univers d’Archie comics, éditeur américain qui propose notamment les aventures d’Archibald Andrews, personnage de la série… Riverdale. Dès 1971, Sabrina obtient sa propre série de comics intitulée Sabrina l’apprentie sorcière (Sabrina the Teenage Witch). Comme Riverdale, Netflix s’empare de la sorcière et propose un reboot beaucoup plus mature : Les Nouvelles aventures de Sabrina (Chilling Adventures of Sabrina). C’est l’actrice Kiernan Shipka qui incarne le rôle, et que l’on a déjà pu voir toute jeune dans Mad Men.

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Couverture de Chilling Adventures of Sabrina #2 (Avril 2015), par Robert Hack.

La série démarre quelques jours avant le seizième anniversaire de Sabrina Spellman. Cette adolescente vit à Greendale chez ses deux tantes Hilda et Zelda, et son cousin Ambrose. L’étrange famille forme une entreprise de croquemorts, et personne ne soupçonne leurs pouvoirs. Sabrina mène sa vie tranquillement : elle va au lycée, a des amis et un petit-copain, Harvey, tous mortels. Mais il y a une ombre au tableau : la nuit de ses 16 ans, elle devra signer le livre du diable et devenir un membre à part entière de l’Église de la Nuit, le coven de Greendale. La jeune fille n’est pas sûre de vouloir se faire baptiser, car cela veut dire renoncer à sa vie de mortelle, et intégrer l’école de magie dans laquelle trois élèves, trois étranges sœurs, règnent en maître. Il faut ajouter que Sabrina est une sang-mêlée : mi-mortelle, mi-sorcière. Et ça complique bien des choses…

Les Nouvelles aventures de Sabrina est une série convaincante, et, il faut le préciser, interdite aux moins de 16 ans sur Netflix ! En effet, loin de l’univers rose et sucré de la série de la fin des années 1990, cette adaptation tire sur l’horrifique. Les sorcières ne sont pas des gentilles femmes un peu fofolles, mais des créatures qui ont donné leur âme à Satan et tuent sans scrupules. Elles se réunissent en coven, disent des formules magiques en latin, prient Satan et mangent de la chair humaine. Pas de manichéisme ici, tout est en nuances de gris (ou de Grey, hahaha, hum). L’ambiance est clairement sombre, et l’héroïne lutte contre l’obscurité durant toute cette première saison.

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Allociné – Copyright Courtesy of Netflix.

J’ai apprécié, en vrac, la photographie, les décors gothiques comme la mine, la forêt brumeuse et le manoir des Spellman, les intérieurs sixties, vestiges des comics des années 1960, l’irrévérence de certaines scènes comme la mort d’Hilda, la classe de Miranda Otto (Zelda) et la modernité de la série. Modernité car la série est nettement féministe : Sabrina est le rôle principal, et se bat contre les injustices (les brutes de son lycée qui harcèlent une de ses amies, le Festin des festins, etc), les sorcières ont beaucoup de pouvoir et son davantage présentes que les hommes (qui peuvent également être des sorciers) et ce sont elles qui règlent les problèmes (le Grand Prêtre Blackwood se montre bien incapable), ainsi que l’orientation genrée et sexuelle de certains personnages qui apporte une visibilité à la communauté LGBTQ bienvenue, et ce sans être lourdingue.

J’apporte toutefois un bémol : j’aurais aimé que la série creuse davantage le background et montre davantage ce qu’il se passe à l’école de magie. Sans compter les tergiversations de Sabrina qui peuvent taper sur les nerfs et le jeu de l’actrice, un peu trop retenu. Les épisodes durant une heure, il aurait été facile d’incorporer davantage de matière au scénario. À voir dans la prochaine saison !

Pour conclure, mon avis reste très positif : une héroïne badass, de la sorcellerie, une atmosphère sombre et envoûtante, un livre occulte à signer de son sang, un chat-gobelin (autrement appelé familier), tout cela ne peut que plaire à la sorcière ou au sorcier en vous !

 

Francky S., un photographe entre ombre et lumière.

Francky S. est un passionné de photographie habitant la région parisienne. Amoureux de peinture et de matériel photographique ancien, il livre des images comme sorties du passé, empreintes de douceur, à l’esthétique travaillée. Fasciné par les courbes féminines, il les met en valeur dans leur nudité ou encore habillées de belles robes, avec toujours dans l’idée de capter un regard, une atmosphère rêveuse. Il souhaite éditer un livre, fruit de ses nombreuses séances, et pour cela, a organisé un crowdfunding dont il va nous parler à travers cette interview.

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~ Bonjour Francky, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, je m’appelle Franck Sauerbeck, j’ai 43 ans et je suis auteur photographe mais également informaticien de métier. Je vis et travaille sur Paris.

~ Vous indiquez dans votre biographie que vous vous êtes intéressé à la photographie en 2013. Quel a été l’élément déclencheur ?

Le déclencheur a été la rencontre avec ma femme Sabine, il y a donc maintenant six ans. Elle avait tout le temps un appareil photo avec elle. Elle prenait beaucoup de photos : nos enfants, les fleurs, tout ce qui se présentait à elle.
Un jour je lui ai emprunté son petit compact et j’ai commencé à la prendre, elle, en photo. Elle était modèle et moi son photographe. On s’est pris au jeu, et au même moment nous avons découvert ensemble l’urbex par des amis communs.
Je suis tombé tout de suite sous le charme du mélange entre les lieux à l’abandon et les modèles, les lumières, les ambiances, tout y était, on se sentait comme des explorateurs modernes. J’ai eu un vrai coup de foudre pour la photographie à ce moment-là, et cela ne m’a jamais quitté. Par la suite, j’ai pris confiance, et grâce aux réseaux sociaux, j’ai commencé à photographier d’autres femmes.

~ Pourquoi avoir choisi la photographie comme moyen d’expression ?

Ma famille a toujours évolué dans le domaine de la photographie, mon père et mes oncles étaient photographes, mon grand-père maternel dessinait et peignait beaucoup. J’ai donc grandi dans cet univers, mais c’est vraiment la rencontre avec ma femme qui a été décisive sur ce moyen d’expression.

~ Vos clichés ont un aspect très pictural. Est-ce que la peinture est une de vos inspirations ?

Oui absolument, plus que la photographie en tant que telle, c’est la peinture qui m’inspire, mais étant très mauvais en dessin, j’ai choisi l’appareil photo.
Je travaille dans un musée, je pense que c’est cet environnement que je ne connaissais pas au départ qui m’a, au fur et à mesure, donner cette sensibilité à la peinture, plus mes souvenirs d’enfance. Tout ceci m’a fait évoluer et aimer l’art en général.

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~ Quels sont vos autres sources d’inspiration ? Avez-vous des mentors en photographie ?

Encore une fois, je regarde très peu les travaux des photographes, pas par snobisme mais parce que je suis beaucoup plus ému par les peintres. Je m’inspire énormément de peintres comme Ingres, William Bourguereau, Gustave Moreau, Delacroix, et tant d’autres. J’adore me perdre dans les couloirs du Louvre pendant mes pauses du midi, par exemple !

~ Vous n’utilisez pas que le numérique, mais aussi l’argentique, le cyanotype, ou la gomme bichromatée. Pourquoi cet attrait de l’ancien ?

J’aime toutes les techniques photographiques dans leur ensemble, qu’elles soient numériques ou argentiques. J’estime qu’elles ne sont pas incompatibles entre elles, bien au contraire, c’est ce mélange qui est intéressant et qui ouvre des voies de créativité illimitée.

~ Avez-vous une préférence particulière en matière de matériel photographique ?

J’aime travailler avec mon polaroid 600se et j’adore ma vieille chambre 4×5 graflex, mais mon sony a7 fait très bien le job aussi. Peu importe l’outil du moment qu’on aime l’utiliser et surtout ce n’est pas une fin en soi .
L’image finale, c’est ça le vrai challenge !
Par contre, une précision, je n’utilise pour mes travaux numériques que des logiciels libres (Gimp et Darktable) je voulais sortir du carcan des logiciels propriétaires, comme la suite Adobe.

~ Comment concevez-vous une séance ? Avez-vous déjà le tableau en tête ?

C’est très variable, quelquefois je ne fais qu’une image. Je décide de cette image en accord avec la modèle (c’est le cas de mon image Dream Forest ou de La vérité sortant du puits, par exemple), et d’autres fois rien n’est préparé, c’est vraiment au feeling et en fonction de ce que le lieu nous raconte.
J’aime l’imprévu et j’ai horreur des choses trop programmées. La photographie reste une activité artistique, l’incertitude du résultat doit exister et c’est normal.

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~ Vous allez sortir un livre grâce au crowdfunding, D’ombres et de lumières, pouvez-vous nous en parler ?

C’est mon bébé du moment, ce livre occupe tout mon esprit, j’y ai rassemblé ce que j’estime être mes plus beaux clichés. La sélection a été difficile, mais je pense, et j’espère, que le résultat va plaire. Le projet est en tout cas très bien parti .

~ Un dernier mot ?

C’est ma première interview, ce n’est jamais facile de parler de soi mais je remercie les éditions du Faune.

 


En savoir plus :

Soutenir le projet D’ombres et de lumières sur Ulule.

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La Société des S, de Susan Hubbard.

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La Société des S est le premier tome d’une trilogie de l’auteure américaine Susan Hubbard. Édité par L’école des loisirs, ce roman fantastique est à ranger au rayon jeunesse/ado. Et pourtant, être un « adulte » n’empêche en rien de se délecter de sa lecture !

Ari est une adolescente qui vit enfermée dans le manoir familial, entourée de milliers de livres. Son père, Raphaël Montero, un scientifique atteint d’une maladie de peau l’empêchant de sortir au grand jour, lui fait lui-même la classe. Ari ne connaît rien du monde extérieur, elle y met seulement les pieds lors de ses examens annuels. Solitaire et curieuse, c’est à ses 13 ans qu’elle finit par s’ouvrir aux autres, sous l’aile de Mme Garritt, la cuisinière. Cette dernière la présente à ses enfants et Ari va se lier d’amitié avec une de ses filles : Kathleen. Cependant, sortir de sa coquille a un prix : des secrets vont être révélés et son univers entier sera chamboulé. Son père est-il vraiment l’homme qu’il prétend ? Et Ari, qui est-elle vraiment ? De révélations en révélations, la jeune fille se rendra compte qu’elle et sa famille ne sont pas très humains…

Ce roman est une très belle découverte. Écrit du point de vue d’Ari, on suit son évolution durant sa treizième année. Adolescente très intelligente et renfermée au départ, elle s’ouvre petit à petit au monde et finit par traverser les États-Unis seule en stop à la recherche de sa mère, disparue depuis sa naissance. La découverte amoureuse, celle de l’identité de son père et d’elle-même, font de ce récit un roman initiatique : il y a un voyage physique mais aussi psychologique.

J’ai beaucoup apprécié le traitement du vampire. Eh oui ! Encore un roman de vampires. Mais ne partez pas ! Ici, ces créatures sont très cultivées et évitent de blesser les gens au détour d’une ruelle. Ces derniers restent plutôt entre eux et se font discrets, évoluant beaucoup dans les sphères scientifiques pour trouver des substituts au sang. Ce premier tome laisse d’ailleurs une grande part d’ombre sur l’origine des vampires. De même sur la nature d’Ari, mi-humaine mi-vampire, et dont la croissance s’arrête subitement en pleine adolescence. On ne lui donne alors plus d’âge. J’espère que les prochains tomes sont plus bavards sur ces aspects.

Je recommande chaudement cette lecture, qui ravira l’adulescent en vous ! La plume est élégante et instruite, et le personnage d’Ari attachant et profond. Lire un récit vampirique classé dans la catégorie jeunesse qui ne contient ni niaiseries ni clichés est à souligner !

 

La Société des S, Susan Hubbard, trad. Marion Danton, éd. L’école des loisirs, coll. « Médium + », 2011.