Ysambre Fauntographie : « Je me sens être une sorcière égarée dans le monde d’aujourd’hui. »

Ysambre est une photographe discrète. On ne connaît d’elle que ses photographies distillées sur la toile, qui font la part belle à la nature. Forêts, paysages brumeux, personnages fantastiques entraperçus, Ysambre capture des instants magiques, et on se plaît à croire que derrière chaque rocher, chaque tronc d’arbre, se cache un monde merveilleux invisible à l’œil nu. Voici son interview :

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~ Bonjour Ysambre ! Pouvez-vous vous présenter un peu à nos lecteurs ?

Bonjour ! Je ne m’appelle pas réellement « Ysambre », mais j’ai toujours préféré garder mon prénom secret. J’ai 26 ans, et j’habite un petit village de Chartreuse, niché entre forêts et montagne. Je fais de la photographie. Mais dans la vie, j’aime aussi : me promener, courir, la brume, les orages, le bruit de la pluie sur les vitres, le chocolat, les ronrons de mon chat, l’odeur de la fumée et celle de la terre mouillée, boire un thé assise en regardant les montagnes, regarder les étoiles, skier…

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~ Depuis quand photographiez-vous ? Qu’est-ce qui vous a attirée dans cette activité ?

Depuis… depuis quand, en fait ? À proprement parler, je travaille au reflex et affiche sur Internet ce que je fais depuis 2012. Mais pour autant, l’avant n’est pas dénué d’un rapport à la photographie assez proche puisque j’ai un père et son frère (mon oncle) photographes. J’ai grandi en côtoyant la chambre noire, les sténopés, les appareils farfelus qu’ils rachetaient en brocante, et je grattais les fins de pellicule pour faire des dessins développés sur papier photo ensuite.

Je n’ai jamais cessé d’être créative, m’essayant (de façon maladroite) dès 13 ou 14 ans aux auto-portraits, à la retouche numérique… À l’époque, je disposais du compact familial et de Photofiltre. Je cachais ce que je faisais à mes parents, je supprimais les fichiers dans la carte SD après transfert… Sur les anciens compacts, je touchais à tous les paramètres possibles : la balance des blancs, les ISO, etc. J’ai compris rapidement et seule, en tâtonnant, le principe de ces appareils.
Mon propre matériel a évolué au fil de mes besoins, compact, bridge… Quelquefois, j’empruntais leur reflex à des amies.

Je n’ai donc acquis que tard mon premier reflex et l’envie de partager mon travail, vers 20 ans. Mon univers était donc déjà très consistant et j’avais déjà plus que des bases en photographie ; apprendre le fonctionnement de tels appareils a été l’affaire de leçons sur des sites et blogs et beaucoup d’expérimentation.

J’avais envie de transmettre quelque chose : un message, ma vision du monde. Quelque chose avec un média qui transcende toutes mes activités parallèles, artistiques, les créations plastiques et textiles que je pouvais produire.
La photo se trouvait naturellement au point nodal de toutes mes passions, y compris la randonnée, et c’est donc devenu avec le plus grand des naturels le prolongement de mes yeux.

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~ Vous avez façonné un univers fantastique et païen. D’où vous vient tout cet imaginaire ?

De ce dont je me souviens, j’ai toujours eu un « univers intérieur » immense, mon entourage louait grandement mon imagination semblant sans bornes.

J’ai été marquée par mes souvenirs d’enfance liés à la nature, ainsi que du monde fantastique et légendaire dont je m’abreuvais éperdument à travers mes lectures.  Plus on sollicite l’imaginaire, plus on le développe. Étant de nature créative, solitaire et contemplative, j’ai toujours vécu un continuum dans la création (plastique, artistique…) qui a contribué à nourrir ma « forêt intérieure ». Ainsi, au fur et à mesure du temps et de mes goûts qui s’affirmaient, c’est cet univers tourné vers la nature qui s’est tissé.

Dire que « la nature est mon inspiration » est une platitude autant qu’une évidence. Les ambiances de chez moi, pentues et brumeuses, couronnées de sommets enneigés, sont également très inspirantes ; on leur prête volontiers le cadre de contes ou d’histoires fantastiques. J’aime y passer de longues heures en solitaire à grimper et explorer. Ainsi, de simples rencontres avec des souches d’arbres morts en forêt ou rochers m’évoquent instantanément des créatures, des sons, des images. Mes sens sont mobilisés en totalité, je trouve la beauté partout, dans un coussin de mousse, une racine, une lumière…

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~ Vos photographies racontent des histoires étranges dans les bois : personnages perdus, recroquevillés, nymphes entraperçues… Pouvez-vous nous en dire plus ?

À vrai dire, la photo est la langue que j’utilise pour divulguer plusieurs messages à la fois, ce n’est donc pas une seule et unique démarche qui vise à conter par l’image ce qui m’anime, mais plusieurs.

D’une part, je suis très secrète, même pour mes proches les plus intimes, je n’ai pas souvent les mots justes pour décrire ce que je ressens, ce que j’éprouve. La photo est alors mon outil de parole par excellence. Les émotions les plus brutes y trouvent leur exutoire.
D’autres fois, je cherche à me raconter visuellement les histoires que je crois voir, crois entendre au travers des forêts, guidée par mes sens en éveil et cette rencontre avec « l’Autremonde ». J’ai ce besoin irrépressible de faire sortir de moi l’univers intérieur qui me hante et floue les contours du réel. J’incarne alors tout ce panthéon intérieur constitué de mille créatures et dieux de l’irréel, de la brume. J’essaye de transcender la réalité.
Quelques autres fois, je « conte » quelque chose en prenant appui sur une inspiration tels qu’un livre, ou une légende un peu plus connue de tous, parce qu’à la lecture ou à l’écoute, elle m’a particulièrement parlée. Les trolls, les huldres, les skogsraet…

Et puis, il y a les photos de rien du tout, les photos de la rencontre et de la contemplation, au détour d’un paysage grandiose, d’une marche, d’un coucher de soleil, d’une veille silencieuse, du monde du minuscule et des fleurs. En réalité, même si je ne les montre pas tant, ce sont celles-ci les plus nombreuses et qui traduisent avec le plus de sincérité l’émerveillement que j’éprouve vis à vis de la nature.

Je ne m’impose pas grand-chose, mais ces temps-ci j’essaye de créer des « séries » plus cohérentes et complètes. J’essaye de prendre du recul sur mon travail pour me convaincre qu’il peut être présenté en un ensemble cohérent comme en plus petites histoires fragmentées. C’est pourquoi on peut voir une certaine redondance de personnages ou de genres de photos : c’est en fait une démarche articulée, quelque chose de réfléchi.

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~ Forêts, symboles ésotériques ou païens, peut-on dire que vous êtes une « sorcière moderne » ?

Je me sens être une « sorcière » égarée dans le monde d’aujourd’hui. J’ai le sentiment d’être décalée par rapport aux autres dans la réalité, le quotidien, ne serait-ce que par mes occupations qui peuvent vraiment sembler bizarres. J’ai l’impression que chez moi, il y a deux sortes de personnes : ceux qui restent à la maison et cantonnent leurs loisirs « en bas » dans la vallée, et « ceux qui vont dans la nature», voyant la montagne comme un terrain de jeux et de sport. Et je ne fais partie d’aucune de ces catégories…

À force d’être si souvent à l’extérieur, ce qui témoigne d’un certain côté ours et farouche, mon entourage m’a très vite attribué le sobriquet de « trolle ». C’est resté longtemps, et encore aujourd’hui certaines personnes ne me connaissent que sous ce nom ! Ce n’est pas si éloigné de la sorcellerie, car on parle d’une créature obscure et sauvage qui n’appartient pas vraiment à la réalité.

J’ai toujours vécu proche de la nature, sondant en moi l’écho de ses cycles à travers la contemplation. Aujourd’hui j’y suis plus liée que jamais et y suis en complète résonance.
J’en possède une bonne connaissance, mais cela n’est aucunement tombé du ciel : j’ai étudié et travaillé pour connaître les noms et les usages de chaque plante, la structure de chaque caillou, les humeurs du ciel… La sorcellerie, c’est aussi une part de bon sens et de curiosité vis à vis de la nature.  De même que trouver aussi souvent des os comme la Loba, ou dénicher à coup sûr des champignons, n’est pas un don mystique mais une bonne part de déduction et d’observation… (j’ai une tendance à trouver énormément de « curiosités » : plumes, squelettes, nids, cristaux, etc.)
En revanche, j’accepte tout à fait qu’il existe un monde qui ne tienne pas du matériel mais qui coexiste en parallèle de nous, peu importe de quoi il est tissé et ce qui y rôde, ce qu’au fond j’ignore. C’est ce monde (« l’Autremonde ») que j’essaye parfois de figer au travers d’une brève photo, ce monde aux frontières de la brume et qui se réfugie au fond des forêts.

Je n’ai pas une pratique de la magie « matérielle » nécessitant des objets rituels et des mots. Je me contente d’apprécier les fluctuations intérieures et extérieures émanant d’émotions, d’énergies, d’aller à leur rencontre, de les laisser me traverser. En forêt, dans les grandioses futaies ombreuses, on ressent légion de présences indicibles et invisibles, et j’aime aller à leur rencontre. Je n’en attends rien de spécial, je « suis » juste en leur présence.
Mais je n’essaye pas de manipuler toutes ces fluctuations, énergies ou présences. Je n’ai pas de pratique institutionnalisée visant à formuler des sorts, suivre des rituels précis. Je fête les sabbats en suivant les évidences de mes envies plus qu’un mode d’emploi précis.

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~ On sent également une touche nordique : allusions aux vikings, runes, etc. La mythologie scandinave vous parle-t-elle ? Pourquoi ?

Tout simplement parce que je fais de la reconstitution historique dans le cadre d’un de mes autres loisirs, par intérêt culturel. Et parfois, je viens photographier sur les camps. Les légendes et le folklore, la pensée insaisissable du mode de vie que j’essaye de comprendre à travers l’archéologie, tout cela me parle, et ainsi les allusions reviennent souvent.
Je trouve la beauté dans l’esthétique de la vie quotidienne que l’on s’efforce de recréer, dans les matériaux bruts que nous transformons en répliques d’objets.

Les mises en scène sont plus rares, mais j’ai crée en 2015 une série sur le sujet, « Saga ». C’était un récit photographique, du « storytelling ». J’avais envie de recréer une ambiance viking… mais dans les Alpes. Les paysages peuvent parfois être très similaires. En prenant des lieux un peu « mythiques » de randonnée, j’avais pour ambition de les redéfinir avec mon regard.
C’était vraiment une épopée à part entière, car je randonnais avec le matériel de combat ; au total cela représentait entre 12 et 13kg de matériel  (armes, bouclier, vivres, matériel photo…) et ma plus grande randonnée a été une journée dans les Cerces, face au Galibier où j’ai vraiment fini sur les rotules.

Avec mon regard actuel sur la reconstitution, je m’aperçois avoir fait beaucoup d’erreurs de cohérence et d’interprétation, mais ce n’était pas non plus le but de faire des photos de reconstitution « parfaite », pure et dure. Pour ça, il y a les camps avec les copains (salut, si vous me lisez, vous me manquez !).

Issues elles aussi du monde nordique, j’aime aussi beaucoup les runes pour leur pouvoir du Mot. Je pense que le Son est une énergie forte que nous pouvons nous approprier et produire, le son quel qu’il soit, sans forcément de mots, mais avec une intention et une énergie derrière. Et les runes (l’ancien futhark) traduisent à merveille ces sons qui sont aussi une part de l’origine étymologique de quelques mots que nous connaissons en français (les descendants étymologiques sont encore bien plus nombreux en anglais et allemand, ce qui est fascinant !).
J’aime savoir que la survivance du Son a donné l’énergie de tout un vocabulaire, et que les noms qu’ils désignent sonnent tels ce qu’ils sont vraiment dans leur nature…

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~ Le théâtre principal de vos mises en scène est la nature (forêt, montagne, etc.). Souhaitez-vous faire passer un message écologique à travers votre regard photographique ?

Il m’apparaît évident que toutes mes photographies naturelles et paysagères traduisent le respect que j’éprouve vis à vis de mon environnement. Mais c’est un message silencieux, sans injonction derrière ; chacun est libre de vouloir respecter ces milieux.

Après je n’estime vraiment pas être une ambassadrice de l’écologie, il y a des artistes bien plus engagés et surtout plus doués pour transmettre le message comme quoi, a fortiori en montagne, la nature, les milieux, les espèces sont fragiles et vulnérables.

Cela dit, il m’est arrivé de faire quelques photos à message engagé : en 2014, une courte série mettant en scène un troll perdu dans le monde moderne, et un cliché « manifestation » en 2015 lors du massacre des bouquetins du Bargy. Autrement je ne prends pas position de manière affirmée ; je ne me retrouve pas trop dans le genre journalistique.

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~ Vous signez « Ysambre Fauntographie ». Est-ce que « faun » fait allusion à la nature, ou bien à l’être mythologique ?

Je dirais aux deux. « Ysambre » est un nom éminemment végétal issu du livre éponyme de Mickael Ivorra et Séverine Pineaux, et dont la « forêt empathique » me paraissait tout à fait appropriée pour définir mon univers naissant. C’était un nom choisi un peu en vitesse, pour me donner un pseudonyme au lieu de mon vrai nom sur des nus qu’une amie avait fait en 2012.

« Fauntography » est un clin d’œil, car je n’avais pas très envie d’accoler un pompeux « photography » à côté d’un nom illustrement inconnu et d’un CV dérisoire. (Ce qui est paradoxal, parce que comme ma famille fait de la photo, quand je donne mon nom dans un labo on me pose des questions dessus…). Les personnes abonnées à mes pages sur les réseaux sont surnommées les « faunlovvers », les amoureux du faune. Suivez-le, perdez-vous sur les sentiers des forêts…

« Fauntography » vient rééquilibrer la partie végétale du nom, comme on nomme de pair « la faune et la flore », ce qui compose finalement un écosystème – enfin, entre autres. Les noms latins, issus de la classification binomiale, ont été parfois utilisés pour donner des titres aux photos, au début, pour donner l’impression que le visiteur ou l’abonné (le faunlovver) visite une forêt.

C’est également une référence à cette créature mythologique que j’affectionne particulièrement pour toute cette animalité qu’elle nous renvoie et que l’être humain accepte difficilement. Il est souvent récurrent dans mon univers, ce personnage issu de Pan… car c’est aussi un morceau de moi.

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~ Enfin, quels sont vos projets à venir (ou en cours) ?

Très prochainement, le 23 juin, j’exposerai au festival de L’Art-Bre aux Balmes, près de Romans, dans la Drôme des Collines.

Le plus gros projet de cette année réside dans une exposition qui aura lieu à Crolles, en novembre prochain. Ce sera un récit initiatique composé de neuf tableaux et de sculptures : les masques que j’ai créés.

J’aimerais faire plus de livres, et j’hésite à proposer un financement participatif pour en éditer un sur le chamanisme.

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[APPEL À TEXTES] Résultat du concours du Grimoire numérique n°3

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Le Cauchemar, Johann Heinrich Füssli.

Bonjour à tous !

Pour cette troisième édition du Grimoire du Faune, ce n’est pas moins de 106 textes que j’ai reçus ! On peut donc dire que cet AT a été un franc succès. Comme indiqué dans le précédent Grimoire, la sélection a été plus sévère, et l’on même dire drastique, puisque j’ai retenu une quinzaine de textes en tout. Vous retrouverez dans ce nouveau recueil poèmes et nouvelles sur le thème Spectre, dont voici les titres et les auteurs :

Le Jardin des Allongés, Danny Goujon ;
Tyrolienne, Amélie Sudrot-Duval ;
La Llorona, Laurence Remy ;
De la gestion du risque spectral, Damien Lallemand ;
Les abattoirs du couchant, Fabrice Schurmans ;
Phanette, Nolwenn Pamart ;
Simple d’esprit, Patrick Boutin ;
Les eaux troublantes, Charles Duttine ;
Fantôme, Nathalie Boucheré ;
Fatras, Saint-Érec ;
Fantôme de nuit, Anne Escaffit ;
Boucan, Pierre Le Corre ;
Disparition, Marie Léauté ;
Le Trophée, Gabrielle DuBasqui ;
La ballade d’Emily Crane, Emmanuelle Laboureyras.

Le recueil devrait sortir début juillet.

Britannia : Rome à la conquête de la Grande-Bretagne.

Britannia

Après Netflix, qui produit des séries de qualité, voici qu’Amazon s’est mis lui-aussi, depuis quelques temps, à la production de diverses séries en VOD. Et nous sommes servis ! Je vais vous parler de Britannia, série qui a débuté en janvier de cette année, et qui compte quelques acteurs bien connus à son casting, tels que David Maurissey (Aulus Plautius), Kelly Reilly (Kerra), ou encore Zoë Wanamaker (Reine Antedia). Britannia a reçu un accueille mitigé, comme le sera cette critique.

En l’an 43 après J.-C., l’armée romaine, dirigée par le général Aulus Plautius, revient conquérir la Grande-Bretagne, des années après que les troupes de Jules César ont été repoussées grâce, notamment, à la magie des druides. Or, cette fois, Rome est prête, et représentée par un général ambitieux et rusé, qui ne croit ni aux superstitions ni aux esprits.
Deux clans s’affrontent régulièrement et vont faire le jeu d’Aulus Plautius : les Regni, dirigés par la froide reine Antedia, et les Canti, régis par Pellenor et par la suite par sa fille, Kerra, au caractère bien trempé. Le général romain use tour à tour de ruses pour s’accaparer les faveurs de tel ou tel clan, et réussit à raviver les haines. Mais la froide logique guerrière n’est pas le seul argument d’attaque : Aulus Plautius n’hésite pas à s’allier avec les druides afin d’obtenir ce qu’il désire.
Ces druides sont à part, ils communiquent avec les esprits et les dieux, et sont à l’origine de nombreuses peurs et superstitions, ainsi que d’un grand pouvoir : ils nomment les rois. La communauté druidique est dirigée par Veran, un personnage ambigu, qui ne sert que les intérêts des dieux. Au fur et à mesure, on apprend qu’il est à la recherche d’un enfant, objet d’une prophétie annonçant la défaite romaine. Cet enfant n’est autre que Cait, une jeune fille à la recherche de son père suite à la mise à sac de son village par les romains, et prise sous l’aile de l’ancien druide Divis…

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crédit : Sky.
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crédit : Sky.

Ce résumé est certes long, mais il reprend les principales intrigues de cette première saison. J’ai beaucoup apprécié l’ambiance de Britannia : l’atmosphère surnaturelle très prégnante à cause des druides, les paysages verts et embrumés de la Grande-Bretagne, etc. Cette atmosphère entre en contradiction avec les plans sur le camp romain, très ordonné, et la sévérité d’Aulus Plautius, personnage magnétique très bien joué par l’acteur. Le fait que la série mette l’accent sur le druidisme est assez original et bien fait : les druides ont des faciès effrayants — on est loin de la longue barbe de Panoramix —, et la réalisation joue habilement de l’ambiguïté entre le surnaturel et le réel. Ajoutons que la beauté incendiaire et le tempérament rebelle de Kerra ne peuvent qu’hypnotiser un peu plus le spectateur. À la Game of Thrones, Britannia offre un panel d’intrigues politiques, de ruses de toutes sortes, et de femmes vénéneuses (je pense à Amena, la femme du frère de Kerra).
Cette saison est aussi une quête initiatrice pour Cait. La jeune fille se retrouve toute seule suite à la destruction de son village lors de la « cérémonie du nom » (cérémonie annonçant l’entrée dans l’âge adulte pour les jeunes en âge de procréer) et n’a pu se choisir son nom de femme. Errant entre le monde de l’enfance et celui des adultes, Cait est un être entre-deux, promis à de grandes choses selon une prophétie édictée par les druides. Accompagnée de Divis, qui lui enseigne quelques rudiments druidiques, elle part à la recherche de son père, prisonnier des romains. Élément central de la série, on suit son évolution au fur et à mesure des neuf épisodes : la recherche d’une place importante dans le cœur de son père, et la recherche d’elle-même. En effet, elle va devoir apprendre à se faire confiance…

Britannia offre une plongée dans le monde celtique plutôt réussie, mais qui a goût de trop peu : en effet, on en apprend peu sur les coutumes des celtes dans la vie de tous les jours… Pour citer ses bémols, j’ai trouvé tout de même le scenario assez « fouilli » : les intérêts des uns et des autres se croisent et parfois on a du mal à suivre. J’ai été assez mitigée quant au peu de résistance des celtes face aux romains, et interloquée par le dernier épisode et la fin du personnage de Kerra. De plus, il faut bien avouer que l’intrigue s’étire diablement, les épisodes contiennent pas mal de temps contemplatif.

Malgré tout, je conseille cette série à tous les amoureux de fantastique et des mystères celtiques !

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crédit : Sky.

Les peintures éclatantes d’Igor & Marina.

Igor et Marine forment un couple depuis une vingtaine d’années. Mais ils ne sont pas un couple banal : ils sont avant tout peintres, et leurs toiles sont comme les fruits de leur union. D’origine russe mais vivant aux États-Unis, Igor et Marina sont représentés par plusieurs galeries américaines, ont réalisé diverses expositions à travers le monde, et ont plusieurs publications à leur actif. La dernière n’est rien de moins qu’une monographie représentant leurs meilleurs travaux, éditée par SKIRA Italie. Ils ont bien voulu répondre à mes questions et je vous propose donc de découvrir leur univers.

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Black Hen.

~ Can you introduce yourself a little bit? (Pouvez-vous vous présenter un peu ?)

We are husband-and-wife artistic team, working together on the same canvas, both graduated as interior architects from Leningrad’s Mukhina Academy of Art & Design in 1985. After graduation we were working in The Leningrad Art Foundation, French Institute and Alliance Francaise in Saint Petersburg as architects, designers and artists. Since 1997 we live and work in the USA.
Our work is represented by the art galleries in New York, Chicago, San Francisco. We have had more then 25 personal shows in galleries, museums, universities around the globe. Our paintings are in numerous corporate and private art collections worldwide. We are frequent participants of the Art Expos, such as Art Basel Miami, New York Armory, Art Chicago, SOFA, Art Hamptons, Art Singapore, Fine Art Asia to name a few.
We have a numerous press publications around the world.

Mari et femme, nous formons un duo d’artistes ; nous travaillons ensemble sur les mêmes toiles. Nous avons tous les deux obtenu un diplôme d’architecte d’intérieur à l’académie d’Art & Design Mukhina de Leningrad, en 1985. Après le diplôme, nous avons travaillé à la fondation pour l’Art de Leningrad, ainsi qu’à l’Institut français et à l’Alliance française de St Petersbourg comme architectes, designers et artistes.
Depuis 1997, nous vivons et travaillons aux États-Unis. On peut voir nos œuvres dans les galeries d’art de New York, Chicago et San Francisco. Nous avons donné plus de 25 expositions dans des galeries, musées et universités dans le monde entier. Nos peintures sont disséminées dans de nombreuses collections privées ou d’entreprises partout dans le monde. Nous participons régulièrement à des expositions artistiques, comme Art Basel Miami, NY Armory, Art Chicago, SOFA, Art Hamptons, Art Singapour, Fine Art Asia, pour n’en citer qu’une petite partie. De nombreuses revues ont publié nos œuvres un peu partout.

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Walkers III.

~ Why did you choose painting as a means of expression? (Pourquoi avez-vous choisi la peinture comme moyen d’expression ?)

We wouldn’t say that we choose painting, it’s seems that painting have chosen us. Both of us started to paint very early as children. And though in our careers we try different medias and various art related fields, we ended up as full time painters. Now it feels like painting gives us the best opportunity to express everything that is important and dear to us.

Il nous semble que ce n’est pas tant nous qui avons choisi la peinture que l’inverse. Nous avons tous les deux commencé à peindre très jeunes, pendant l’enfance. Et, bien qu’au cours de notre carrière nous ayons essayé différentes formes d’expression, nous avons fini par nous concentrer sur la peinture. Dorénavant, il nous apparaît que la peinture constitue le meilleur moyen pour nous d’exprimer tout ce qui est le plus important et cher à nos yeux.

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Cardboard Woman.

~ I read that you have been together for 20 years, when did you decide to paint together, and why? (J’ai lu que vous êtes ensemble depuis 20 ans, quand avez-vous décidé de peintre ensemble, et pourquoi ?)

Surprisingly, we started to collaborate only after moving to the United States.
One day, while working at the studio on his abstract painting, Igor realized that something was missing and asked Marina to paint a miniature portrait in the center of the canvas. That painting became very popular and the idea of a collaboration opened a new chapter in our work and life.
Perhaps it might have been possible for one or the other of us to go through this entire creative path by ourselves. However, for the moment, we need to make use of the separate talents and separate but related interests of each other. And each time we see the result of our collective work we decide that the whole process, with all its aches and pains, is worth it.

Étrangement, nous n’avons commencé à collaborer qu’après notre arrivée aux USA. Un jour, alors qu’il travaillait au studio sur une  peinture abstraite, Igor a pris conscience qu’il manquait quelque chose et a demandé à Marina de peindre un portrait miniature au centre de la toile. Ce tableau a eu beaucoup de succès, et l’idée d’une collaboration a ouvert un nouveau chapitre dans notre travail et dans notre vie.
Peut-être qu’il nous aurait été possible, à l’un ou à l’autre, de passer toutes ces étapes créatives par nous-mêmes. Cependant, pour le moment, nous avons intérêt à profiter de nos talents respectifs et de nos intérêts différents, mais liés. À la fin, lorsqu’on voit le résultat de notre travail collectif, on conclut que le processus entier, avec toutes les difficultés et efforts qu’il implique, vaut le coup.

to each his own dreams and to mine
To Each his Own Dreams and to Mine.

~ You wrote that your work is a «synthesis of Western post-renaissance art with the Russian tradition », and we can easily sense it – I think about your gallery « Renaissance that never was », and more generally about your portraits, the lights and the colors that remind me of the religious art such as the icons – , can you explain this? (Vous avez écrit que votre travail est une « synthèse entre l’art occidental post-renaissance et l’art russe », et nous pouvons le sentir – je pense à votre galerie d’images « Renaissance never was », et plus généralement à vos portraits, les lumières et couleurs me rappellent l’art religieux comme les icônes –, pouvez-vous l’expliquer ?)

Over the years we developed a strong interest in history and culture of different countries. Bookshelves in our studio are fully packed with volumes about Renaissance Art, Russian Icons, Avant-garde and Modernism.
Our color palette directly related to Italian frescoes as well as to traditional Russian religious art, when artists used natural pigments and even semiprecious stones to create their unique spectrum of oil or egg tempera paint. If you had a chance to spend some time looking at best examples of Russian icons (by Andrei Rublev or Dionysius or others) you would be amazed how much they could express by very limited means. The whole chapter of religious story might be fit in a small painting, the whole ray of human emotions could be expressed by very simple image. We feel that we still have a lot to learn from them.

Au fil des années, nous avons connu un intérêt croissant pour l’Histoire et la culture de différents pays. Les étagères de notre studio sont pleines de livres sur la Renaissance, les icônes russes, les avant-gardes et le modernisme.
Notre palette de couleurs est directement liée aux fresques italiennes de même qu’à l’art religieux russe traditionnel, où les artistes utilisent des pigments naturels et même des pierres semi-précieuses pour créer leur palette d’huile ou de peinture a tempera (procédé à base de coquille d’œuf). Si vous avez le temps de jeter un oeil aux icônes russes de Rublev ou Dyonisus, vous serez émerveillé par l’ampleur des émotions qu’ils peuvent provoquer avec des moyens limités. Nous pensons que nous avons encore beaucoup à apprendre d’eux.

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Masquerade is Over.

~ Your work is full of strange portraits, nudes, and characters that seem pulled out of dreams. Does reality inspire you, or do you only find inspiration in your inner visions? (Votre travail est plein d’étranges portraits, de nus, et de personnages qui semblent tirés des rêves. Est-ce que la réalité vous inspire, ou est-ce que vous ne trouvez l’inspiration que dans vos visions intérieures ?)

Coming from the realistic school of art, having been later fascinated by abstractionism, we returned to figurative, but magical realism.
In today’s world, which falls on us from TV screens and Internet, we build our own kingdom where good always triumphs over evil, where miracles happen, and where fantasy is just as real as life. We feel that being an active participant in everyday events, each of us needs sometimes a quiet moment just to remain himself; a dreamer, visionary, and creator-human being.

Ayant fait nos classes dans le style réaliste, puis plus tard fascinés par l’abstrait, nous sommes retournés au figuratif, et plus précisément au réalisme magique.
Dans le monde actuel, que nous imposent télés et internet, nous fondons notre propre royaume où le bien triomphe toujours du mal, où les miracles existent, et où la fantasy est tout aussi réelle que la vie. Nous avons l’impression que pour faire partie du monde d’aujourd’hui, chacun d’entre nous a parfois besoin d’un instant de calme pour rester lui-même ; pour être un rêveur, un visionnaire, un être humain démiurge.

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Night at the Theater.

~ Do you have some kind of rituals to seek ideas? And to paint? (Avez-vous des genres de rituels pour chercher des idées ? Et pour peindre ?)

The two of us have absolutely different characters! And, if drinking a lot of strong turkish coffee and listening to good jazz helps Igor to concentrated on his work, Marina prefers to have some quiet time for meditation and reflection, also some green tea as a stimulant.
As of ideas – we sometimes quote on one of our favorite Russian poets Anna Akhmatova, which could be translated very roughly like:

“If you would only knew
That rubbish from which,
Without feeling any shame,
My poetry is growing…”

It means that we never know what will be the next inspiration, could be Renaissance Fresco or the crumbled walls of the old house ready for demolition.

Nous avons vraiment des caractères différents ! Si consommer sans modération du café turc et écouter du jazz aide Igor à se concentrer, Marina préfère être tranquille pour méditer ou réfléchir, et elle préfère le thé vert pour se stimuler.
Pour ce qui est des idées, on cite parfois un de nos poètes russes préférés, Anna Akhmatova, dont la traduction donnerait quelque chose comme :

“Ah, si seulement vous saviez
Sur quel terreau de saletés,
Sans vergogne aucune
Je fais pousser ma poésie.”

En gros, je veux dire par là qu’on n’a aucune idée de ce que peut être notre prochaine inspiration. Ça pourrait aussi bien être une fresque Renaissance qu’un mur en ruines d’une maison en voie de démolition.

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Cats are Coming.

~ Can you tell me what a day in Igor and Marina’s life looks like? (Pouvez-vous me raconter à quoi ressemble une journée dans la vie d’Igor et Marina ?)

The very beginning of our day looks pretty normal: breakfast at home and a short trip to the studio. But here comes our creative process! We work together on the same canvas. And signing our paintings by both names. We share the same art studio. Our space divides in two by a brick wall. Just in case. Each of us has own space. And we do not allow each other to come to each other space while working! Locked. Years of marriage taught us some wisdom. Well, Igor paints his part of a painting first, then Marina paints her part. Later we meet and see what we got. Sometimes, when we see the result, we do not know whether to cry or to laugh!

Notre début de journée est tout à fait normal : petit déjeuner à la maison et un déplacement rapide vers le studio. Mais c’est là que se joue le processus créatif ! Nous travaillons ensemble sur la même toile. Et signions de nos deux noms. Nous partageons le même studio. Notre espaces est divisé en deux par un mur de briques. Au cas où, chacun a son espace. Et pas le droit de rendre visite à l’autre pendant le boulot ! Nous sommes enfermés. Des années de mariage nous ont appris la sagesse. Bon, Igor commence à peindre en premier, puis Marina continue. Enfin, on se réunit et juge ce qu’on a. Parfois, on ne sait pas trop si on doit rire ou pleurer !

three margaritas
Three Margaritas.

~ A book was published by SKIRA editions, in 2016, about your most important paintings. How does it feel? (Un livre a été publié aux éditions SKIRA, en 2016, réunissant vos plus importantes peintures. Qu’est-ce que ça fait ?)

It felt very special when for the first time we hold this book in our hands, it gave us new prospective, new fresh look at our own art. This monograph, wonderfully published by SKIRA, Italy summarized 12 years of our work, combining together most important paintings. Now we are busy creating new artworks for a second edition.

C’était un moment vraiment spécial lorsqu’on a eu ce livre entre nos mains. Ça nous a donné de nouvelles possibilités, un regard nouveau sur notre propre art. Cette monographie, pour laquelle SKIRA a fait une merveille d’impression, résume 12 ans de travail, réunissant nos plus importantes peintures. Maintenant, nous oeuvrons à de nouvelles illustrations pour une deuxième édition.

la sylphide
La Sylphide.

~ To conclude this interview, what are your future projects? (Pour conclure, quels sont vos projets futurs ?)

Currently we are making progress in preparations for personal shows in the art galleries in Chicago and California. Just finished two large and important canvases. As always we are in search in new ideas and best techniques to bring them to life!

Actuellement, nous sommes occupés par les préparatifs de shows personnels dans des galeries à Chigago et en Californie. On vient de boucler deux importants et grands tableaux. Comme toujours, nous recherchons de nouvelles idées et les meilleures techniques pour leur donner vie !

copper queen
Copper Queen.

 

 


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Ce dont rêvent les ombres, d’Hilda Alonso.

hilda
Superbe couverture réalisée par Diane Özdamar.

Hilda Alonso est une auteure française qui a, depuis quelques années, fait son nid dans la littérature fantastique française. Elle a publié divers textes dans des anthologies et recueils, ainsi que quelques romans dont un graphique : Le Cabinet de Curiosités, réalisé en collaboration avec une artiste : Alexandra V. Bach. Depuis quelques temps elle s’adonne à l’illustration, et propose dorénavant ses recueils illustrés personnellement, en auto-édition. J’ai choisi de découvrir sa plume à travers son premier roman : Ce dont rêvent les ombres, publié aux éditions du Chat Noir.

Dans un monde médiéval fantasmé, l’auteure nous embarque dans une quête longue et dangereuse. La Chouette, autrement nommée Éponine, la sorcière du village, vit tranquillement dans les bois, jusqu’au jour où elle doit porter secours à une jeune femme épuisée et blessée. Cette dernière a aidé une fée en détresse, et reçu en remerciement un cadeau : un enfant, celui qu’elle n’arrivait pas à donner à son mari. Une fois rétablie, Ménéhould retourne au village, et sa grossesse nouvelle donne lieu à de nombreuses rumeurs. Une fille naît : Deirdre. Vive et intelligente, la petite fille est très liée à sa mère, mais une nuit, le malheur s’abat sur Ménéhould ; sa fille décédée, elle ne peut s’en détacher et, comme une bête furieuse, reste prostrée, sa fille tout contre elle. Au fil des jours, on en vient à chercher la Chouette, espérant que ses potions et sorts puissent aider la pleureuse. Se sentant connectée à la jeune femme, la guérisseuse décide de l’aider et demande au mari de fabriquer un coffre et de le fixer sur une charrette. Dedans ils y installent la mère et l’enfant enlacés, ne sachant presque plus qui des deux est en vie ou morte. Aidée par son ami Tanguy, un simple d’esprit, Éponine entreprend alors une quête qui la mènera au pays des dieux, mais aussi au fameux Sanctuaire, là où Ménéhould pourra trouver la paix. Pendant son voyage, elle rencontrera des loups, des elfes, mais aussi l’amour, en la personne de Bledri, un bien étrange homme…

Au risque de trop vous en dire, je vais arrêter le résumé ici ! J’ai beaucoup apprécié ce roman, la plume de l’auteure ensorcelante, poétique et pointue, ce qui rend la lecture plus lente que celle d’un page turner à l’écriture blanche. J’ai également dû sortir mon dictionnaire, et ça n’arrive pas souvent ! Le côté savant et dense pourrait en rebuter certains, mais ce serait passer à côté d’un bijou stylistique et ce serait dommage. Je vous conseille donc de prendre votre temps pour le lire, afin de vous imprégner de l’ambiance fantastique.
Outre la forme, le fond est aussi intéressant. La quête d’Éponine mêle diverses mythologies, notamment celtique et latine ; s’ajoutent un peu d’ésotérisme et de mysticisme et vous avez là un beau mélange magique et spirituel ! Au fur et à mesure du voyage, la sorcière rencontre loups, kistunes, elfes, ou encore une sirène. L’auteure nous offre un panorama de créatures merveilleuses et de paysages — dont forêts et glaciers — à couper le souffle. Plus qu’un voyage pour amener Ménéhould au Sanctuaire, c’est une initiation : Éponine y apprend l’amour, le fonctionnement du monde, la nature de la magie, ou encore la destinée de chaque âme. La rencontre avec les dieux ne laisse pas indemne.

Je reprocherais cependant au roman une intrigue un peu décousue. En effet, on ne comprend pas vraiment pourquoi Éponine se sent obligée de s’occuper de Ménéhould, ni son abnégation, ni le sens du sacrifice aussi exacerbé des autres créatures. À propos de ces créatures, l’auteure en importe tellement dans le récit qu’on a du mal à se rappeler qui est qui, et surtout à voir leur utilité dans l’intrigue. Le livre forme un ensemble de tableaux à la fois charmants et noirs, relié par le mince fil conducteur du voyage de la sorcière et de ses amis. J’ai été assez perturbée par le dernier tiers du roman : l’atmosphère change énormément et plein de nouveaux personnages font leur entrée. Ce brusque changement a quelque peu réfréné ma lecture, sans compter le tout dernier chapitre, qui m’a interloquée. J’ai eu le sentiment d’un essoufflement à la fin du récit…

Malgré ces quelques points négatifs, ce roman mérite qu’on s’y attarde ! La plume et l’univers riche d’Hilda Alonso font rêver, et je pense me procurer prochainement ses recueils de nouvelles de sorcellerie (on ne se refait pas) !

Ce dont rêvent les ombres, Hilda Alsonso, éd. du Chat Noir, coll. « Griffe Sombre », 2016.