Jos Van de Ven : « J’espère que mes peintures ouvrent une fenêtre »

Le château de Bogard, dans les Côtes d’Armor, abrite entre ses murs l’atelier de Jos Van de Ven, un artiste-peintre hollandais dont le travail a été salué par divers prix et distinctions, notamment une médaille d’or au salon Art en Capital au Grand Palais de Paris. C’est notamment ici, dans ce château classé monument historique, que plus de trois cents élèves ont déjà pu profiter de son enseignement, mais c’est avant tout son lieu privilégié de création, là où les couleurs prennent vie sous ses coups de pinceaux assurés.

Au premier coup d’œil aux tableaux de Jos Van de Ven, on reconnaît la technique et la précision des grands maîtres hollandais du XVIIe siècle. Mais à mieux y regarder, ses toiles recèlent de nombreuses surprises, tels des objets en lévitation au milieu d’une nature morte de style classique, qui intriguent et éveillent la curiosité. Jos Van de Ven a répondu à nos questions, acceptant de soulever le voile sur les mystères de sa peinture.

light weight
Poids léger (70 x 70 cm – 2016)

~ Qu’est-ce qui vous a mis sur le chemin de la peinture ?

Dans la maison de mes parents, dans le sud des Pays-Bas, il y avait deux portraits de mes arrières-grands-parents dans le style de Rembrandt. Je les regardais beaucoup. Ce fut mon premier contact avec la peinture. C’est tout naturellement que j’ai voulu essayer à mon tour. Au début, j’étais surtout influencé par les impressionnistes français. J’ai remporté mon premier prix pour une de mes peintures alors que j’avais 19 ans et que j’étais engagé dans les Marines. Par la suite je ne me suis jamais éloigné très longtemps de mes pinceaux, mais c’est seulement vers 50 ans et après m’être beaucoup cherché que j’ai décidé de m’y consacrer pleinement.

jos van de ven peintre
Jos Van de Ven dans son atelier au château de Bogard, dans les Côtes d’Armor.

~ Vos tableaux flirtent souvent avec le surréalisme, d’où vient cette tendance ?

Free spirit
Esprit libre (55 x 46 cm – 2012)

Quand j’avais 23 ans, j’ai rencontré Salvador Dalí et à partir de là, j’ai commencé à m’intéresser au surréalisme qui a ensuite toujours influencé mes tableaux. Même les plus classiques contiennent une touche de surréalisme pour interpeller l’observateur.

J’ai aussi étudié la philosophie, ce qui m’a amené à me poser beaucoup de questions sur ma pratique artistique : pourquoi est-ce que j’avais envie de peindre ? Qu’est-ce que je voulais peindre ? Et surtout, qu’est-ce que je voulais dire ainsi ? Ce sont des questions que beaucoup d’artistes se posent, que ce soient des peintres, des écrivains, des acteurs ou des musiciens.

J’ai compris qu’en peignant, je pouvais dire et montrer beaucoup plus de choses qu’avec des mots. J’ai réalisé qu’une grande partie de la vie est faite de mystère. Nous ne savons pas tout. Nous en savons un peu sur le monde matériel dans lequel nous avons tendance à nous enliser, mais ce n’est pas tout ce qu’il y a. Avec la peinture, j’ai appris que la fantaisie et l’imagination n’avaient en fait aucune limite. Nous pouvons créer n’importe quel monde ou univers, en fonction de nos envies. Lorsque j’ai réalisé cela, j’ai commencé à manifester une volonté de non-conformisme. Je ne voulais plus adhérer à tout ce que je voyais, à tout ce que j’entendais. Nous vivons dans un monde libre, même si certains peuvent croire le contraire, dans lequel nous pouvons penser tout ce que nous voulons. A partir de ce moment, j’ai commencé à chercher une façon de peindre mais aussi des sujets de peinture qui pourraient montrer une limite entre réalité et fiction.

Dalí utilisait ses rêves et des paysages imaginaires pour montrer qu’il y a d’autres réalités. De mon côté je représente souvent des objets en lévitation. C’est ma façon d’être en désaccord avec l’univers physique et de montrer que la vie ne devrait pas être prise trop au sérieux.

 

 

~ Pourquoi vous être alors orienté vers les techniques très classiques des maîtres hollandais du XVIIe siècle ?

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Fille à la perle revisité  (46 x 55 cm – 2014)

Après m’être fait ces réflexions, j’ai cherché le moyen d’exprimer tout ce que je voulais dire avec mon art et j’ai commencé à étudier les techniques des maîtres hollandais du XVIIe siècle sous la tutelle du peintre hollandais Cornelis Le Mair. Je voulais savoir comment utiliser correctement les matériaux, les pigments, les pinceaux, les médiums… avant de faire quoi que ce soit d’autre, quitte à me diriger ensuite vers un autre style. C’était très important pour moi de maîtriser parfaitement les techniques dans un premier temps. Ensuite je pourrais être libre et aborder tous les sujets que je voudrais.

Grâce à ce savoir-faire, j’ai pu expérimenter quantité d’approches et de matériels différents. J’ai réalisé que ces techniques traditionnelles étaient presque perdues à cette époque car les écoles d’art ne les enseignaient plus, alors qu’elles sont fondamentales ! Pendant une période, j’ai fait beaucoup de copies de Vermeer, Rembrandt ou De Vinci. Ce fut une excellente école et une période pleine de découvertes.

lichtspel.R - 2013 - 89 x 116 cm
Symphonie 1 (130 x 97 cm – 2015)

~ Qu’avez vous principalement appris en étudiant ces techniques ?

J’ai appris l’importance de la précision du geste, l’expression de la matière, l’harmonie des couleurs, mais surtout l’utilisation de la lumière naturelle. Dans son atelier, côté nord de sa maison à Amsterdam, Rembrandt éclairait ses sujets avec la lumière naturelle d’une immense fenêtre qui possédait une dizaine de petits volets. Selon la source et la quantité de lumière nécessaire, il ouvrait certains volets et laissait les autres fermés. Vermeer utilisait aussi la lumière naturelle. C’est aussi ce que je fais en utilisant une seule fenêtre, côté nord de mon atelier, qui laisse entrer une lumière douce et uniforme.

Un des buts principaux pour un artiste est probablement de faire en sorte que sa peinture prenne vie, qu’elle puisse communiquer. Et pour moi, cette vie se crée avec la lumière. Mais c’est un vrai défi de créer de la lumière avec seulement un peu de peinture…
Mon travail est un jeu entre la lumière et les ombres.

Airy leaf
Envolé (46 x 55 cm – 2015)

~ Vous avez peint des paysages, des portraits, mais les natures mortes sont finalement devenues votre domaine de prédilection. Pourquoi ?

Je n’aime pas trop le terme français de nature morte. Je lui préfère son équivalent anglais : still life, vie silencieuse. Il n’y a peut-être pas de mouvement dans mes tableaux, mais ils sont vivants. Les objets que je peins sont justement un prétexte pour montrer que la vie est partout, pas seulement dans l’homme et la nature.

rhapsodie en orange
Rhapsodie en orange (80 x 65 cm – 2017)

J’admire beaucoup Willem Kalf et le grand raffinement de ses natures mortes. On ne sait pas grand chose de lui, mais les quelques œuvres qu’il a laissées sont au-dessus de tout. Beaucoup de peintres, à cette époque, étaient sollicités pour peindre des natures mortes pour la bourgeoisie hollandaise, qui voulait montrer toutes les richesses qu’elle possédait. Les techniques d’expression de la matière viennent de cette période. Les artistes ont appris à peindre le verre, l’ivoire, l’argent, le cuivre, l’étain, etc. Ce n’était pas facile et finalement, cela devint un but artistique en lui-même. Willem Kalf l’a atteint avec brio, mais son plus grand plaisir était de toute évidence de peindre l’ordinaire, une approche que j’aime aussi.

Personne n'est parfait
Personne n’est parfait (50 x 50 cm – 2015)

Dans mes peintures, les objets ont souvent des défauts. Ils ne sont pas parfaits. La perfection n’est pas intéressante à peindre, c’est la fin du jeu. La perfection n’est pas le but, car quand on aspire à une peinture techniquement parfaite, elle devient souvent imparfaite artistiquement parlant, dans sa communication. Trop de technique peut détruire l’esprit de l’œuvre. Une de mes peintures représente trois poivrons : un rouge, un jaune, et un bleu. Son titre est Personne n’est parfait.

J’espère que mes peintures ouvrent une fenêtre pour ceux qui veulent regarder au-delà des apparences.

~ Votre façon de peindre n’a cessé d’évoluer tout au long de votre vie, pensez-vous avoir finalement atteint ce que vous recherchiez ?

Mon travail évolue toujours, même maintenant. Récemment encore j’utilisais des objets plus sophistiqués pour donner de l’élégance et de l’harmonie à mes peintures, mais à présent je me concentre sur des sujets et des compositions plus sobres, avec beaucoup de blanc. Mon but est de sublimer l’essentiel. Je le poursuis toujours.

Etude en blanc
Etude en blanc (60 x 60 cm – 2017)

 

 

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En savoir plus :

Site Internet 

Wikipédia

Galerie DDG (Paris)

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