Folklore, de Charles Duttine

Enseignant en lettres et en philosophie, Charles Duttine revisite mythes et légendes sous forme de nouvelles : de petites histoires d’hier et d’aujourd’hui, d’hier et de demain.

J’ai eu le sentiment d’être tour à tour actrice, puis spectatrice dans ce recueil de grande poésie. L’auteur, qui distribue des rôles dramatiques, nous invite à nous poser des questions sur la vie, et ça fait du bien ! Son écriture est légère, facile ; ce qui est surprenant lorsque l’on découvre le résumé. Un résumé trop ronflant à mon goût. Peut-être même poussiéreux, comme beaucoup de livres sur la philosophie que l’on garde dans un coin de la bibliothèque. Ces ouvrages à l’écriture intellectuelle et non accessible pour les lecteurs non avertis sont souvent ennuyeux. Mais comme par magie, l’intérieur de Folklore publié chez la P’tite Hélène Éditions se révèle divin.

Personnellement, j’aurais trouvé plus judicieux de choisir pour titre « Rites », afin de décrire l’enseignement des mythes de l’Antiquité. Le mot « Folklore » marque la fête et ses réjouissances. Je pense qu’il y a un réel contraste entre le titre du livre et son contenu. Charles Duttine démystifie la mort en nous rappelant que nous avons tous un rôle dans la vie de celle-ci. Nous pouvons choisir notre mort ou la donner. Nous pouvons la penser et la souhaiter. Nous pouvons la vivre et en faire le deuil. Mais ne vous méprenez pas, ses mots ne sont pas pour autant neurasthéniques.

La couverture affiche un collage inspiré d’Arcimboldo : Le feu ou Érostrate. Son message n’est pas évident ; peut-être que l’image est mal choisie. Lorsque je pense au « feu », je pense à la nouvelle « Saturne », où le jeune homme est brûlé par sa passion. Je ne pense pas à Jean-Paul Sartre, le référent d’Érostrate choisi par l’écrivain. Néanmoins « Saturne » est sans aucun doute mon récit préféré, parce que même si le lecteur s’octroie la place du mort, nous ne sommes pas dans la tombe de l’oubli, mais dans la communication.

J’imaginais lire une fiction documentaire se passant au temps des Grecs. Que nenni ! Nous sommes au présent, dans le futur même : avec « Gysès », où l’histoire se déroule en 2118.  Un récit admirable, où l’auteur réussit à dépeindre nos plus grandes angoisses sur ce qui adviendra, et où l’anonymat est pire que la mort. Pourtant, ce qui surprend, ce n’est pas le choix du temps où les mythes sont racontés, mais le lieu. Tantôt nous nous trouvons avec les personnages au sein d’une Z.U.P., dans un rêve, dans un musée, et même, dans la maison de la radio sur les quais de Seine !

Pour conclure, j’ai dévoré toutes ces petites histoires avec le sentiment d’être restée sur ma faim. Peut-être bien que le format est trop court ou que les nouvelles de notre épistolier sont addictives. Les fictions interrogent, laissent une trace, elles peuvent résonner en nous, et nous faire pleurer.

Voyez-vous, Charles Duttine a tous les ingrédients pour nous écrire un bon roman !

La commande est passée !

 

 

Charles Dut­tine, Folk­lore, édi­tions La P’tite Hélène, 2018.

Quand on a que l’amour

La Saint-Valentin est une fête commerciale. Les couples se font des cadeaux, certains vont chez le fleuriste ou le bijoutier, d’autres dans une agence de voyages. Il y a les amoureux qui cherchent l’originalité, et ceux, qui comme Zazie « envoient tout valser », parce que « les bijoux dans le cou c’est beau, mais ce ne sont que des cailloux »,  et que c’est mieux de s’aimer « sans dépenser des sous »… (Ce n’est pas moi qui le dis mais la chanson !)

Petits cadeaux entre amis

Dans de nombreux pays, les tourtereaux choisissent ou non de célébrer ce jour. Le Japon, lui, fait de la résistance, mais cette coutume ne s’adresse pas qu’aux amants : les femmes ont l’obligation d’offrir des chocolats aux hommes avec qui elles entretiennent des relations professionnelles, amicales ou familiales. Ces chocolats sont appelés « Giri Choco ». En retour, le White Day (le 14 mars), les Nippons célèbrent la femme en leur offrant des sucreries, des gâteaux ou encore du linge blanc.

Aux États-Unis, on échange toujours des cartes, mais ce troc ne se fait pas selon la conception européenne selon laquelle la carte de la Saint-Valentin est envoyée à une personne dite « unique ». Même les petits américains en envoient à leur maîtresse d’école !

Les messagers

En France, il est plus rare de recevoir des billets doux. Pourtant, depuis les années 1950, un illustrateur tient une place importante dans le patrimoine français de l’imagerie populaire, et les amoureux de Raymond Peynet assureront à leur auteur une célébrité mondiale.

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Sachez qu’aujourd’hui c’est un milliard de cartes de vœux qui sont envoyées à travers le monde, le jour de la Saint-Valentin. Alors non, écrire des mots doux à l’ère du numérique n’est pas ringard, votre Valentin(e) pourra même trouver cela audacieux !

En Europe, ce n’est que depuis le XXe siècle que ce jour de fête est destiné aux amoureux. Au XVe siècle, la Saint-Valentin était davantage célébrée en Angleterre qu’en France.

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Traditionnellement, les jeunes gens transmettaient à leur Valentine des cartes poétiques qui pouvaient paraître mystérieuses, car elles étaient la plupart du temps anonymes. Les petits coquins ! Les premières missives de ce 14 février étaient réalisées à la main.

Jeux, rencontres et superstitions

Mieux qu’une agence matrimoniale, au XIVe siècle, l’aristocratie anglaise avait l’habitude de former un couple, au hasard d’un jeu appelé le « Valentinage ». Charles d’Orléans a écrit des poèmes sur la fête de la Saint-Valentin, où il évoquait ce jeu de « cour d’amour ». Pendant le repas, il était coutume de désigner par tirage au sort un cavalier pour chaque dame. Il devait alors la servir pendant une année. Une pratique qui devait plaire aux ladies !

Ce moment était important, car la Saint-Valentin était réputée pour être le jour où l’on pouvait rencontrer sa ou son futur(e) époux (se). Une vieille croyance disait que si l’on se levait avec le soleil le 14 février et que l’on ornait sa coiffe de crocus jaunes, le premier homme qui passait votre porte serait l’homme dont vous porterez le nom. Faites attention à ne pas ne faire rentrer votre père les filles, sinon il vous faudra recommencer l’année suivante !

Et pour découvrir le visage de votre son amoureux, il vous suffit d’épingler cinq feuilles de laurier aux quatre coins de votre oreiller, et la dernière au milieu. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de faire de beaux rêves !

Saint-Valentin et le printemps

Cette fête annonce le printemps, et les oiseaux sont très présents dans la représentation de ce jour festif. La colombe, oiseau sacré dans la mythologie romaine, a également une signification forte dans la religion catholique : elle symbolise la fidélité.

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Source : Pinterest

Les calendriers anciens marquaient d’un symbole les jours. Ainsi le 14 février était représenté par un soleil ou un gaufrier dans la main de Saint-Valentin. Le gaufrier annonçait le Carnaval et ses réjouissances.

Dans les calendriers bâtons utilisés au XVIIe siècle, la Saint-Valentin était indiquée par un nœud d’amour.

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Source : Bnf

Saint Valentin et Cupidon

Cupidon est dans la mythologie romaine le dieu de l’amour. Fils de Vénus, la déesse de la beauté, il était représenté par un jeune homme avec un arc et des flèches. Au fil des siècles, les catholiques ont transformé l’amant de Psyché en un chérubin de l’amour sous la forme d’un bébé joufflu aux allures d’ange.

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Source : Etsy

Saint-Valentin, prêtre faiseur de miracles et l’empereur

N’étant pas d’accord sur son origine, les historiens se battent pour la tête de Valentin.

Sous le règne de Claude II le cruel, un prêtre de Terni célébrait des mariages dans la clandestinité. L’empereur, qui avait décidé d’empêcher les soldats de se marier, découvrit l’affaire et ne voyait pas d’un bon œil la réputation de ce prêtre, qui préférait prier un dieu unique plutôt que d’idolâtrer les dieux romains. Furieux, Claude II le conduit immédiatement vers le juge Asterius pour le faire condamner. Mais rien ne se passa comme prévu. Le religieux guérit miraculeusement la fille adoptive du juge, qui était aveugle. Ainsi, ce dernier se laissa déstabiliser dans ses convictions religieuses, et fit baptiser toute sa famille.

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Craignant la sédition dans Rome, l’empereur fit torturer et mettre à mort tous ceux qui avaient été convertis. Beaucoup de jeunes gens venaient visiter le prêtre Valentin jeté en prison. La légende raconte qu’il écrivit une lettre à la fille du gardien qu’il signa  « Avec l’amour de votre Valentin » avant d’être décapité le 14 février 268 sur la voie Flaminienne. Quelques années plus tard, en 273, l’évêque martyr Valentin perdit lui aussi la tête, sur l’ordre de Placide. Il y eut donc deux Saint-Valentin sous le règne de cet empereur tyrannique.

Un nouveau Saint-Valentin martyr romain fut également découvert en Belgique. Ses reliques sont conservées à Hamay et Armentières. Les Espagnoles fêtent aussi un Saint-Valentin martyr. Mais avec toutes ces têtes, on ne sait plus à quel saint se vouer !

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Saint Valentin s’agenouillant devant la Vierge, par David Teniers III.

50 nuances aux lupercales

Pour rester dans la légende, on dit aussi souvent que la Saint-Valentin a été créée pour remplacer une ancienne fête païenne qui était en vogue chez les Romains : les « Lupercales », en hommage à Lupercus, le dieu de la fécondité. Cette fête «orgiaque» avait pour mission de favoriser la reproduction, la création de nouveaux couples et parfois même de légitimer des couples plus ou moins clandestins.

Un prêtre sacrificateur tailladait le front des jeunes hommes pour que le sang versé soit mélangé à du lait. Ensuite, ces jeunes hommes couraient quasi nus dans toute la ville de Rome en fouettant au passage les femmes qui voulaient avoir un enfant, à l’aide des lanières de peau de bouc pour les rendre fécondes.

Au cours de ces Lupercales, les noms des jeunes femmes étaient tirés au sort par des hommes, et la suite des évènements n’était qu’immoralité sexuelle. Un peu sado-maso ces Romains !

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Fiestas Lupercales, Andrea Camassei.

 

Pour conclure, voyez-vous, une bonne Saint-Valentin se termine toujours dans un lit. Un 14 février romantique, c’est bien aussi. Alors n’oublions pas de nous dire des mots bleus.

Bonne Saint-Valentin !

 


Références :

http://www.kutchuk.com/

https://bricolage-debrouille-tutos.blogspot.fr

http://www.ideemiam.com

http://www.teteamodeler.com

http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Valentin

http://uhem-mesut.com/medu/fr0012.php

http://onpartageenfrancais.blogspot.fr

www.beekoz.fr

 

Egon Schiele, la force expressive.

Tout un art

L’’expressionnisme se développe entre 1900 et 1925, particulièrement en Allemagne et dans les pays germaniques, et rejette la représentation insouciante de la réalité du mouvement impressionniste. La peinture angoissée d’’Edvard Munch et la touche passionnée de Van Gogh en annonçaient le mouvement. À Vienne, des artistes se regroupent, s’’opposent aux organismes académiques officiels pour choquer les religieux et la bourgeoisie. La ville devient un riche centre d’expérimentation dans tous les domaines artistiques, et donne ainsi naissance au dessin industriel.
Face au malaise économique et social d’une société qui court à la guerre de 1914, l’art exprime l’agitation des citoyens et une extériorisation des névroses individuelles. Les peintres exposent la misère et suggèrent le drame par la déformation et l’’agrandissement de certains éléments anatomiques. Des accords colorés violents et les tons salis composent les toiles au support souvent apparent.

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Egon Schiele – Femme assise à la jambe gauche repliée, 1917.

Le pouvoir nazi interrompt brutalement l’expressionnisme allemand jugé « dégénéré », et de nombreux peintres partent pour les États-Unis. Attiré par le style plat et linéaire de Gustave Klimt (considéré comme le « messie » de ce mouvement), Egon Schiele se joint à la « Wiener Werkstäte », une association d’artistes de la Sécession viennoise.
Tous partagent leurs expériences, et progressivement, le jeune créatif adopte l’utilisation des ornements du maître pour remplacer l’espace, et sublimer le déclin d’une époque.

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Egon Schiele – Voiliers dans une eau mouvante, 1907.

De Klimt à Schiele

Les débuts. Enfance et académie.

L’’artiste est né le 12 juin 1890 à Tulln, dans le sud de l’’Autriche. Après une succession de drames familiaux, sa sœur Gertrud naît en 1893 et devient la petite favorite du peintre. Les premiers dessins d’’Egon sont consacrés aux trains, passion héritée de son père, président du comité d’’entreprise des chemins de fer dans sa ville.

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Egon Schiele – Étude du train.

Élève médiocre, il n’’a d’’intérêt et d’’enthousiasme que pour l’’étude du dessin. Il obtient cependant son admission précoce à l’’académie des Beaux-Arts de Vienne, l’’année précédant la disparation de son père (en 1906), grâce aux soutiens de son professeur Ludwing Karl Strauch, du peintre Max Kahrer, du chef de choeœur Wolfang Pauker, en dépit des réticences de son tuteur Leopold Czihaczek.
En 1911, il écrit à ce dernier une lettre qui affiche déjà son ambition spectaculaire :

[…..] Les artistes vivront éternellement. Je sais qu’’il n’’existe pas d’’art moderne, mais seulement un art, qui est éternel.

Si quelqu’’un demande qu’’on lui explique une œœuvre d’’art, ce n’est pas la peine de répondre à son vœu : il est trop borné pour comprendre. Je peins la lumière qui émane de tous les corps. L’œ’œuvre d’art érotique, elle aussi, a un caractère sacré ! J’’irai si loin qu’’on sera saisi d’’effroi devant chacune de mes œœuvres d’’art « vivant ».

Le véritable amateur d’’art doit avoir l’’ambition de pouvoir détenir en sa possession aussi bien l’œ’œuvre d’’art la plus ancienne, que la plus moderne. Une unique œœuvre d’’art « vivant » suffit à assurer l’’immortalité à un artiste. Les artistes sont si riches, qu’’ils doivent se donner sans trêve ni relâche. L’’art ne saurait être utilitaire. Mes tableaux devront être placés dans des édifices semblables à des temples.

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Egon Schiele – Autoportrait avec physalis.
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Egon Schiele – Autoportrait aux avant-bras dressés, 1914.

Il apparaît aussi dans ses œuvres son caractère égocentrique. L’’autoportrait (environ une centaine de toiles et dessins) obtient la place la plus importante dans son ouvrage.

La Mode

Le jeune dandy au fait de la mode, en totale contradiction avec son reflet d’’artiste bourru, présente dans son œœuvre l’’expression d’une émotion exacerbée. Très jeune, il manifeste son goût pour l’’élégance. Dès lors, il use d’’inventions pour camoufler les vieux habits et chapeaux de son tuteur, dont la doublure était déchirée, le tissu usé, flottant autour de ses maigres membres.

[……] C’est pourquoi les dimanches et dans les occasions spéciales, je portais des cols « faits main ». C’est-à-dire, des cols que j’avais moi-même confectionné à l’aide de papier.

Extrait : Lettre à Arthur Roessler, critique d’art.

Il est dit qu’’il se soumettait aux exercices de l’’Académie avec la plus mauvaise volonté du monde, mais son tempérament lui donnait assez d’’audace pour trouver des collaborateurs.
C’’est après 1909 et grâce à Joseph Hoffmann, le co-fondateur de la «Wiener Werkstäte », que Schiele peut dessiner des vêtements, mais aussi des cartes postales et des vitraux pour le Palais Stoclet à Bruxelles. Une trace de ces travaux est conservée dans ses carnets d’esquisses.

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Egon Schiele – Fille debout en robe bleue et bas verts, 1913.

L’’art Klimt

Inspiré par cet art raffiné, Egon Schiele reprend, dans Esprits aquatiques I de 1907,  le motif des personnages féminins, glissant à l’’horizontal dans Serpents d’eau II. Mais la première rencontre personnelle entre les deux talents date probablement de 1910. Schiele propose alors un  échange de dessins, pensant naïvement qu’’il aurait bien offert plusieurs de ses images contre un seul Klimt. Pour autant, le maître lui répond : « Pourquoi diable voulez-vous faire un échange de dessins ? Vous dessinez bien mieux que moi…. » Et il accepte volontiers l’’étonnante proposition. Il lui achète encore plusieurs autres dessins, ce qui rend Schiele tout aussi heureux que fier de l’’échange.
Klimt meurt le 6 février 1918. Parvenu alors au sommet d’’une gloire longtemps attendue, Egon Schiele organise alors lui-même, la 49ème exposition de la Sécession Viennoise pour lui rendre hommage.

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Gustave Klimt – Serpents d’eau II, 1904-17.
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Egon Schiele – Esprits aquatiques I, 1907.

Portraits et nudité

Observateur et maniaque, il utilise le miroir pour s’’auto-représenter. Peu après sa période Klimt, la tension se dessine dans ses autoportraits mélancoliques, qui se rapprochent de l’’hystérie.

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Egon Schiele – autoportrait.

Préoccupé par le problème de l’’alter-ego et de la double personnalité, il est dans l’’Histoire le premier peintre à afficher sa nudité. Comme l’’utilisait son ami Kokoschka, le dessin se caractérise par une ligne nerveuse et anguleuse, qui fait se détacher le sujet de son fond. Parfois, il alourdit la composition, en ajoutant un encadrement blanc pour y cerner le corps.
Les dessins de Schiele sont construits de contours, recevant leur caractère plastique par la couleur qu’’il disposait de mémoire, sans modèle. D’’une façon totalement anti-académique et subjective, il invente des angles et des perspectives. Il décale généralement ses corps par rapport au centre et ne les place que rarement de face ou au milieu du tableau.

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Egon Schiele – Femme avec un homoncule, 1910.

[……] Souvent, il dessinait assis sur un tabouret bas, planche à dessin et feuille posées sur les genoux ou le pied droit posé sur un tabouret bas, debout devant son modèle. Sans prendre aucun appui, il posait alors son crayon à la verticale sur la feuille et commençait à dessiner, tirant en quelque sorte les lignes avec son épaule. S’il faisait une erreur, ce qui était extrêmement rare, il jetait sa feuille.

Heinrich Benesch.

Ne reculant devant aucun tabou, il emploie des modèles professionnels, considérés comme des prostituées dans ce changement de siècle et cette société aux morales puritaines et bigotes. Ces corps exhibés qui révèlent un regard « clinique » ou un « examen du nu », sont livrés et offerts au spectateur. La nudité totale, agressive, dérange alors.
En 1912, l’’affaire de Neulengbach lui valut de passer quelque temps en prison, pour avoir répandu des dessins immoraux. Pour se défendre, il affirme le caractère sacré de l’’art érotique.

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Egon Schiele – L’acte sexuel.

[……] Je peins la lumière qui vient de tous les corps.

La sacralisation de ses œœuvres n’a pu l’’empêcher d’’être arrêté, accusé de détournement et de viol d’’une mineure. Accusations qui n’ont pas été retenues au cours du procès de Sankt Polten.

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Egon Schiele – Nu aux bas verts.

Muses et femmes de sa vie.

En 1915, un flirt anodin se transforme en un penchant plus sérieux pour Edith, fille de bonne famille. Il se sépare alors de sa maîtresse Wally pour épouser Edith Harms, qui devient le sujet presque obsédant de ses toiles, dessins et aquarelles.
Wally Neuzil, modèle de prédilection de la plupart de ses dessins érotiques, apparaît également dans quelques-unes de ses œœuvres majeures. Aspirant à une vie plus bourgeoise, il décide de se marier. Egon envoie à son amie une curieuse proposition de ménage à trois, et lui fait la promesse de partir avec elle en voyage d’’agrément d’un mois, une fois par an. Mais jalouse, Edith exige une prise de position. Après une séparation forcée, Wally s’’engage dans la Croix-Rouge et meurt de la scarlatine en Dalmatie, en 1917. Elle ne reverra jamais l’’artiste. Le mariage de Schiele avec Edith Harms a lieu à la hâte le 17 juin 1915, quelques jours seulement avant sa mobilisation.

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Egon Schiele – La mort et la jeune fille.

Dans le tableau La mort et la jeune fille, il fait ses adieux définitifs, exprimant son deuil sincère, c’est-à-dire la perte de Wally. L’’enlacement désespéré révèle le caractère inéluctable d’’une relation amoureuse sans lendemain. Le tissu froissé et les reflets verdâtres sur sa blancheur l’apparente à un drap mortuaire. Il joue avec la tension gestuelle, une main semble déjà repousser Wally, la pupille fixe. Les amants s’’unissent de désespoir, conscients de l’inévitable.

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Egon Schiele – Wally.
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Egon Schiele – Edith.

De la maternité à la mort. La guerre au milieu.

Fasciné par la stylisation de personnages expressifs, il s’’intéresse de près aux manifestations physiques des malades mentaux, aux convulsions et aux corps à l’’état de décomposition. Egon Schiele a vu et peint des visages humains aux lueurs pâles, souriant douloureusement, qui ressemblent à des visages de vampires à qui leur répugnante nourriture fait défaut. Les émotions sont intenses. Le critique Arthur Roessler, poursuit en mai 1912 à son honneur :

[..…] Il a vu et peint des yeux froids comme des pierres précieuses, qui rayonnent du pâle reflet de la décomposition, et il a peint la mort sous la peau. Avec une grande candeur, il voyait des mains tordues, déformées, des mains décharnées aux ongles jaunes… Mais on se trompe en pensant qu’il peint toutes ces choses par perversité.

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Egon Schiele – La mère morte, 1910.

En conflit relationnel avec sa mère, il fait naître une série de tableaux entre 1910 –et 1911, et dont les seuls titres donnent matière à réflexion. Il peint dans des tonalités pessimistes La mère morte et Femme enceinte et la mort.

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Egon Schiele – Femme enceinte et la mort, 1911.

Avec la toile La famille, il aborde une nouvelle fois, en 1918, le thème de la maternité et d’’une vie nouvelle. Cette œœuvre importante illustre à la fois la situation biographique et l’’évolution du peintre. La mélancolie ne se lit pas seulement dans les regards de la femme et de l’’homme, dont les sourcils levés désignent une fatalité. A-t’-il pressenti, malgré l’’espoir d’’une prochaine naissance,  qu’’il ne connaîtrait jamais cette joie ? La même année, le 28 octobre 1918, la femme de Schiele, enceinte de six mois, meurt de la grippe espagnole.
Mobilisé à Prague quelques jours après son mariage, il tient un journal de guerre détaillé, livrant des descriptions de son environnement. Il n’’est pas envoyé sur le front après ses classes. Employé comme secrétaire, il est affecté à Vienne en 1917, après d’’interminables démarches officielles.  Il est ensuite affecté à Mulaling en Autriche du sud, où il sert d’’interprète pour des officiers russes prisonniers de guerre.

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Egon Schiele – La famille, 1918.

Le 4 août 1914, il écrit à sa sœur : « Ce qui était avant 1914, appartient déjà à un autre monde. » On retient aussi de sa poésie une grande sensibilité. « Toute chose est mort-vivante ».
Ce n’’est que dans les paysages plus tardifs, comme Quatre arbres de 1917, que sa froide palette se réchauffe. Et désormais, le fond est traversé de lumière. Les paysages et villes de Schiele, dénués d’industrialisation, ne peuvent témoigner de la technique moderne.

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Egon Schiele – Quatre arbres, 1917.
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Egon Schiele – Paysage à Krumau, 1916.

La grippe espagnole se répand dans tout Vienne et fait des millions de victimes en Europe. Edith tombe malade. Schiele suivra sa femme, trois jours plus tard seulement, le 31 octobre 1918.

Son œuvre marque une des pages les plus dramatiques de l’’art européen du début du XXe siècle.

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Egon Schiele – Femme assise.

 

 

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Sources :

Les mouvements dans la peinture, aux éditions Larousse.
Schiele de Reinhard Steiner, aux éditions Taschen
Petite encyclopédie de la peinture de Stefano Zuffi, aux éditions Solar
Wikipédia
Pinterest

 


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Portrait au Positif

Baptiste Riera, auteur photographe et amateur  de techniques anciennes nous présente aujourd’hui Cendre noire, son laboratoire d’images au collodion humide. Le procédé  fut disputé dans les années 1850, opposant les deux grandes figures de l’époque du domaine de l’expérimentation scientifique et photographique. Malgré eux, l’anglais Frederick Scott Archer et le pionner français Le Gray n’en tireront aucun profit.

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~ Bonjour Baptiste, comment est née votre passion pour la technique du collodion humide ?

Salut Aurélie, ayant fait un peu d’argentique, je suis un jour tombé par hasard sur l’image d’un ambrotype. J’ai tout de suite cherché à savoir ce que c’était, car cette esthétique me plaisait beaucoup. J’ai ensuite prospecté pour apprendre cette technique et découvert qu’il existait des stages pour particuliers un peu partout en France. J’ai donc réalisé une formation de 2 jours chez Julien Felix qui pratique depuis plusieurs années. C’était une expérience fabuleuse !

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~ Le collodion, qui se présente comme un vernis, doit être préparé à l’avance pour lui laisser le temps de se clarifier. La patience est-elle le meilleur des atouts pour réussir ses images ?

En fait, il existe des recettes qui peuvent être utilisées après quelques heures. Le collodion évolue dans le temps et sur plusieurs mois, car les sels présents dans la solution se dégradent peu à peu.
Je dirais que la patience est un atout, au vu des nombreux échecs que l’on peut rencontrer au début. Il arrive parfois qu’une des chimies soit défaillante. Il faut alors rechercher laquelle ou lesquelles posent problème, cela peut être très long. Avec de l’expérience il est plus facile de trouver des indices pour voir ce qui s’est passé, car elles peuvent être aussi des erreurs de manipulations.
Je pense que l’atout majeur dans ce travail est la conscienciosité, qui évite beaucoup de problèmes en aval.

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~ La préparation se fabrique avec des sels de Potassium, de l’eau déminéralisée, de l’alcool 90° et de l’éther. Comment avez-vous appris cette manipulation délicate ? Pouvez-vous nous expliquer brièvement les étapes de ce travail de chimiste ?

Ayant appris par le biais du stage, j’ai tout eu dans les mains dès le début, mais je continue d’apprendre constamment grâce à certains ouvrages et surtout aux témoignages de passionnés qui échangent sur internet.
Le travail de chimie se résume  à des dissolutions. Cela s’apparente plus, à mon niveau, à suivre une recette de cuisine ! Après, on peut pousser la recherche théorique très loin, apprendre l’action chimique ou physique réelle de chaque composant.
C’est un travail que j’envisage de faire par la suite, grâce à des manuels de l’époque où les photographes étaient tout d’abord des scientifiques.

~ L’ambrotypie est-elle bien la technique de ce vieux procédé photographique ? Quel matériel utilisez-vous pour développer votre travail ?

L’ambrotypie est le nom de la technique qui s’applique dès lors que la solution de collodion est couchée sur du verre (ou autre matériau transparent). Elle produit alors un ambrotype. Il existe les ferrotypes, qui eux, ont comme support une plaque de métal laquée de noir, mais les produits restent sensiblement les mêmes. Cette technique a la particularité de nécessiter que toutes les étapes soient réalisées à la suite. Ainsi, la couche de collodion restée humide peut continuer à être sensible aux différentes solutions qui lui sont appliquées. Cela implique d’avoir un espace isolé de la lumière lors de sa mise en œuvre.
Au début, les photographes travaillaient dans leurs studios, souvent aménagés d’une véranda afin de profiter un maximum de la lumière naturelle.  Leurs chambres photographiques s’apparentaient plus à des meubles et dont la facilité de déplacement était limitée. Puis des chambres photographiques « de voyage » sont apparues, elles étaient pliables et désolidarisables de leurs pieds. Les photographes ont pu, dès lors, commencer à réaliser des prises de vue extérieures, mais tout en transportant à chaque fois l’intégralité du matériel chimique ainsi que leurs laboratoires… les « laboratoires mobiles ».

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Source

~ N’est-il pas encombrant de se déplacer avec un laboratoire portable ?

Peu de choses ont changé depuis le début de cette technique. Les nouveaux matériaux comme les plastiques, ou l’aluminium, permettent d’alléger un peu la totalité de la charge de matériel à transporter (qui reste de plusieurs dizaines de kilos). Mais tout le matériel reste très encombrant… Certains construisent le laboratoire directement dans un camion ou une voiture, ce qui règle pas mal de problèmes.
L’un des premiers à avoir véhiculé son laboratoire fut Roger Fenton, qui a construit une roulotte photographique et qui fut le premier photographe de guerre.

~ Est-il agréable de composer avec le verre ?

Oui, c’est très agréable. Certains utilisent du plexiglas pour des qualités reconnues mais je préfère garder le verre, qui pour moi est indissociable de l’ambrotypie. C’est un matériau noble, fragile, qui accentue la nature unique des ambrotypes.

TEST NEGATIF

~ Après avoir donné au support son bain pour arrêter la réaction chimique, comment séchez-vous la plaque ?

Je laisse les plaques sécher naturellement, posées inclinées contre une surface verticale pour ne pas que la poussière se dépose sur la gélatine encore humide.
Les faire sécher à la chaleur peut abîmer l’image. De plus, avec un système de soufflerie, cela projetterait beaucoup de poussières qui se colleraient sur la surface sensible.

~ La magie de l’image peut parfois révéler des petites pollutions, témoins chimiques. Charmantes ou disgracieuses, gardez-vous toutes vos productions ?

Non, bien que j’essaye d’éviter ces pollutions au maximum. Ce sont plutôt les erreurs de calibrages du temps d’exposition qui me font principalement recycler mes plaques.

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~ La technique du collodion est une esthétique longue à maîtriser. Vous êtes-vous parfois découragé ?

Oui, il m’est parfois arrivé d’avoir l’idée d’abandonner, mais cela passe très vite dès qu’une nouvelle image apparaît dans le bain de fixateur…

~ Cette passion qui demande du temps et de l’argent fait-elle concurrence au numérique ? 

Je ne pense pas, pour moi le numérique entre dans une autre philosophie de production, plus « industrielle », du fait de sa reproductibilité infinie et peu coûteuse. La photo argentique est artisanale.

~ Vos élégants portraits sont très expressifs et chic. Leur attraction est troublante. Comment préparez-vous vos modèles ?

À vrai dire, je n’ai pas encore trop travaillé sur cet aspect. Jusque-là, je me suis contenté de faire un petit brief sur le déroulement de la prise de vue. Je donne quelques indications de postures et je laisse faire le modèle car j’ai une sorte d’appréhension et de stress de rater ma plaque. Je commence seulement à me détacher du côté technique lors de la mise en œuvre, grâce à une meilleure aisance dans ma préparation et manipulations. Je pense que le modèle doit être à l’aise (ce qui peut être difficile dans les conditions de cette technique).
L’interaction entre le photographe et son modèle me semble jouer pour beaucoup. C’est pour ça que j’aimerais réaliser systématiquement un petit travail préparatoire avec la personne, pour qu’elle se sente impliquée dans le projet et plus sereine au moment de la réalisation.

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~ Très populaires aux États-Unis entre le XIXe et le milieu du XXe siècle, les foires aux « monstres », où étaient exposés des humains aux drôles de maladies ou mutations génétiques, ont sans aucun doute inspiré la série FREAKS. Pourquoi avoir choisi ce thème ?

C’est grâce à Nathalie Manissier, comédienne, que j’ai pu avoir l’opportunité de travailler avec la troupe du « Théâtre de Lune » dont elle fait partie.
Ils avaient le projet de travailler sur le roman de Tod Robbins Spurs et son adaptation cinématographique Freaks de Tod Browning au théâtre. Il y a eu de leur côté un énorme travail de costume pour chaque personnage. Nous trouvions que l’esthétique du collodion se prêtait bien à l’univers lugubre et glauque de Freaks.

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~ Ces étranges créatures torturées s’illustrent comme un spectacle. Aimerez-vous travailler aux côtés de compagnies théâtrales et/ou vous associer au monde du cirque ?

Le théâtre est vraiment génial pour mon travail, il regorge d’univers différents, de décors, de costumes… De plus les comédiens ont tendance à bien jouer le jeu  devant l’objectif, c’est un réel plaisir !

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~ « Ivresse » est une poésie mélancolique figée dans une luxure en mémoire des Maisons Closes. Je perçois dans plusieurs des images de cette collection chargée d’érotisme, une ambiance latine pouvant exprimer le mythe d’androgyne et une sensibilité à la sculpture. Est-ce que je me trompe ?

« Ivresse » est une création mise en scène par Lisa Robert et Charlotte Piechon. Je crois que tu as bien saisi l’univers, les personnages de la pièce ne semblent pas inscrits dans un genre bien défini, ils se sont inspirés entre autre des mouvements « Queer » et « gender fluid ».  On y trouve une perpétuelle tension, un jeu d’attirance et de répulsion entre les personnages. C’est fascinant !
La série de photos peut faire penser à certaines figures des sculptures antiques, oui.

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~ Ce tirage a retenu mon attention car il pourrait sortir d’un conte. L’enfance est-elle une inspiration ?

Pas spécialement, mais elle pourrait l’être dans mes futurs projets. J’ai tenté dans cette série d’inclure une part de narration, en rapport à l’identité définie de chacun des personnages de la pièce.
D’ailleurs je me suis souvenu récemment d’une série de petits contes pour enfants que mes parents m’achetaient étant gamin et qui m’ont marqué, « Les belles histoires ». Chacun était illustré brillamment par un illustrateur différent. Les images de la revue pouvaient se passer du texte pour raconter l’histoire.
C’est peut-être ce vers quoi je voudrais diriger mon travail: l’image narrative. Je trouve ça génial d’imaginer  un récit rien que par l’ image !
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~ Comment numérisez vous vos œuvres ?

Vu que je travaille au format maximal de 18 par 24cm, un simple scanner me suffit pour numériser mes plaques.
J’ai pour projet de travailler par la suite avec la technique négative du collodion pour pouvoir reproduire mes images sur papier avec ou sans agrandissement. Du coup la numérisation pourrait devenir un peu plus compliquée, je vais sûrement devoir ressortir mon vieil appareil numérique…

~ Quels sont vos projets ? Où pouvons-nous voir et acheter vos créations ?

J’installe mon atelier plusieurs mois à la Taverne Gutenberg de Lyon à partir du mois d’août. C’est une association et un lieu de création très actif accueillant plusieurs artistes résidents et passagers. Ce sera pour moi l’occasion d’approfondir ma technique et théorie et mettre en place des projets et peut-être des collaborations avec mes co-résidents !
Le lieu est ouvert au public et j’installerai mes réalisations dans mon espace de travail au fur et à mesure.

~ Pourquoi Cendre Noire ? Quelle en est la signification ?

Une sorte de faux jeu de mots qui se rapproche de « chambre noire », aussi pour la couleur cendrée de l’argent et le noir profond et charbonneux du bitume de Judée, qui est un pigment utilisé pour noircir les épreuves.
Cela peut aussi avoir une connotation à l’alchimie, et à l’ésotérisme que mon logo retranscrit.

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~ Une petite question amusante pour terminer. Si on vous donnait la possibilité de rencontrer d’illustres disparus, qui choisiriez-vous et que feriez-vous avec chacun d’entre eux ?

Boire des canettes avec Lemmy 🙂

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~ Merci pour ce partage passionnant.

Merci à toi !

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Les poupées qui disent non de Sara Amaktine

Le Pop-surréalisme ou l’art de dévoiler le beau d’une laideur baroque est la spécialité de l’artiste Sara Amaktine. Ses créations et photographies décalées au caractère étrange ont séduit le webzine Faunerie. De l’inspiration à la réalisation, nous avons mené l’enquête sur son surprenant travail.

Les petites filles modèles

~ Bonjour Sara, les scènes de vos poupées à l’esthétique troublante sont chargées d’allégories. Utilisez-vous des motifs récurrents pour vos images ? Tous ces détails font penser aux contes de notre enfance. La littérature est-elle le sujet principal de vos œuvres ?

J’ai appris à lire très tôt ; la littérature a toujours fait partie de ma vie. Petite, je dévorais à peu près tout ce que j’avais sous la main. Vers l’âge de 10 ans, j’ai découvert Arsène Lupin et de là est née ma fascination pour le XIXe siècle, les figures de dandies et le goût pour le fantastique. Cela ne m’a jamais vraiment quitté car des années plus tard, je consacrais mes années de recherche à la fac à la littérature fin-de-siècle/1900. Cette époque me captive car elle regorgeait de personnages qui possédaient quelque chose de rare aujourd’hui : le panache. C’est un trait de caractère qu’on retrouve dans mes personnages.

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Le Petit Prince

~  Votre souffle créatif fait se côtoyer la comtesse de Ségur au monde féerique de Disney.  Les petites filles modèles ont ici des rêves hantés à l’innocence révolue. Est-ce une critique de notre société ?

Ma grand-mère m’a fait découvrir la Comtesse de Ségur quand j’étais enfant ; j’ai un souvenir impérissable de ces œuvres. Je me souviens que petite déjà, les « petites filles modèles » telles qu’on les connaît m’agaçaient profondément. J’étais toujours du côté de la voleuse, de la menteuse, Sophie. L’injustice dont elle était victime et la morale très bigote me révoltaient ! De ce point de vue, les Disney m’intéressaient peu. Je leur préférais plutôt des dessins animés comme Batman, que je regardais en boucle… Aujourd’hui encore, ce héros me colle à la peau.
Peut-être que mes petites filles modèles sont une revanche sur cette « frustration »  occasionnée par mes lectures d’enfance… !

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Destin de chien

~  Vous émancipez vos poupées par un grimage des années 60. Un kitch à la caricature dérangeante. Ce décalage rétro oscille entre tristesse et ironie. Pourquoi ce choix ?

L’enfance est un terrain de jeu incroyable : l’imaginaire n’a pas de limite. Quoi de plus sérieux qu’un enfant qui construit son château de sable ? Mes poupées ont souvent une posture défiante, fière ou impartiale face à l’objectif. J’aime briser ce faux panache par l’humour et le second degré, qui viennent renverser la première lecture qu’on peut faire de mes images ; c’est pourquoi je qualifie souvent mon univers d’aigre-doux. En ce sens, Don Quichotte est une de mes figures de prédilection. Cette démarche est assez représentative des artistes pop-surréalistes, comme Mark Ryden ou Marion Peck, qui se plaisent à tordre le cou à nos références populaires.

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Space Invaders

~  Vos enfants particuliers émanent de la poésie de Tim Burton. Est-elle toujours présente lors de l’ébauche ?

Comme beaucoup d’artistes de ma génération, j’ai « biberonné » Tim Burton et il figure aujourd’hui encore parmi mes influences directes. J’aime aussi énormément le travail des studios d’animation Laïka.
Pour autant, mes inspirations sont très diverses, allant de Buster Keaton à Botero, en passant par la musique. Juliette par exemple a été une découverte incroyable, ses textes m’ont inspiré de nombreuses photos : « Garçon manqué » ou « Fantaisie héroïque » notamment correspondent absolument à mes personnages. En somme, le leitmotiv de mes héroïnes est aussi le mien : s’amuser très sérieusement.

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Garçon manqué
(inspiré de Juliette. Texte : « Oui je joue mon dernier jour de petite fille… Et pour mon anniversaire On me donnera demain un beau sabre de corsaire. Une boîte de Meccano Un vrai camion de pompiers, une tenue de Zorro Des soldats d’Napoléon Adieu les sales poupées, les jupes et les jupons ! La perpétuelle punition, la cruelle contrefaçon, L’erreur de fabrication ! »)

Comment procédez-vous lors de la création ? Quelles sont les étapes ? Faites-vous appel à des collaborateurs ?

Je ne sculpte pas moi-même mes poupées. J’apprends peu à peu à les modifier (ouverture de la bouche, des paupières…) mais ce n’est pas aujourd’hui ma démarche première. La sculpture est un métier qui nécessite de s’y consacrer à part entière.
Concernant les photos, je travaille généralement seule, dans mon atelier. Toutefois, j’ai la chance de collaborer régulièrement avec Julien Martinez, sculpteur et miniaturiste travaillant notamment avec Benjamin Lacombe, lorsque j’ai besoin d’accessoires, ou que j’ai envie d’un personnage particulier. Je suis très heureuse de bénéficier de ses talents.
De la même façon, je travaille depuis quelque temps avec mon ami Slimane Lalami sur des petites vidéos, mêlant stop motion et petites mises en scène. Ici encore, j’ai la chance d’avoir un collaborateur suffisamment patient pour passer des jours sur une vidéo de quelques secondes ! (Voir une vidéo ici)

~  Est-il plus difficile de réaliser une poupée plus traditionnelle ?

Paradoxalement, je n’ai jamais été amatrice de poupées étant plus jeune. Je les trouvais trop sages ou trop « filles ». Aujourd’hui encore, je préfère les moules atypiques, ceux plus difficiles à apprivoiser mais qui possèdent souvent un potentiel extraordinaire.

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Il paese dei balocchi

~ Quel est votre parcours artistique ?

Je collectionne les miniatures depuis l’âge de 6 ou 7 ans – je les utilise d’ailleurs toujours dans mes photos. Je me suis intéressée aux poupées contemporaines vers l’âge de 20 ans, tout à fait par hasard, et il m’a fallu quelque temps avant de les amadouer. C’est en découvrant les créations de Julien Martinez que j’ai eu un « flash » : elles me racontaient des histoires.

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Marcelle, réalisée par Julien Martinez

Concernant la photographie, étant autodidacte, ma démarche a été assez intuitive.
Il a fallu beaucoup de patience et de persévérance pour parvenir à un niveau convenable. De la même façon, la mise en scène, la couture, le maquillage, sont autant d’aspects exigeant de la rigueur et un entraînement régulier. Costume, décor, accessoires, chaque détail compte pour moi. J’ai tendance à travailler mes photographies comme des illustrations.

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The Nobodies

~  Vous exposez les petites filles modèles au bar « Les Furieux » (74, rue de la Roquette, métro Bastille) jusqu’au 29 avril. Amis Parisiens, ne manquez pas ce rendez-vous. Quels sont vos prochains projets ?

J’ai signé en début d’année avec une maison d’édition, Les Editions de Mai, pour une collection de 8 images au format carte postale. Je suis très curieuse de connaître l’accueil que réservera le grand public à mes poupées pas comme les autres !

~  Merci Sara pour vos réponses passionnantes.

Un grand merci à vous et à vos lecteurs !

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