The Wellcome Collection

Bien le bonjour, j’espère que vous ne vous êtes pas trop égaré dans l’autre côté du Chemin de Traverse depuis la dernière fois. Nous allons alors reprendre notre petit périple à travers la capitale anglaise, et poser nos bagages à notre prochain arrêt, présenté comme The free destination for the incurably curious  (qu’on peut traduire par « la destination gratuite pour le curieux invétéré »). Comment donc résister à une description aussi aguicheuse lorsqu’on est friand de lieux insolites ? Nous y courons, nous y volons !

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The Wellcome Collection est en réalité un lieu des plus surprenants, destiné à mettre en évidence les liens existants entre la médecine, les concepts de la vie et de la mort, ainsi que la place de l’être humain dans le monde.

Il est constitué de plusieurs galeries d’exposition, de collections permanentes et temporaires, d’une salle de lecture pédagogique et interactive ; le tout inclus dans une infrastructure à la fois classique et moderne. Pour cet article, je vais plutôt m’attarder sur la collection permanente d’Henry Wellcome avec son côté à fois curieux, mais intelligent. Les autres parties du bâtiment valent également le détour et à juste titre, mais je n’aurais pas assez d’un article pour les aborder. Vous pouvez, notamment, consulter l’intégralité du génome humain imprimé sur papier ou errer dans la salle de lecture, un incroyable espace ouvert où vous avez la liberté d’interagir avec les curiosités entreposées.

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Sir Henry Solomon Wellcome (1853-1936) est pharmacien, entrepreneur, philanthrope et surtout collectionneur féru de curiosités. Le premier produit commercialisé par notre gentilhomme est l’encre invisible (oui oui, le fameux jus de citron…).  En 1880, il fonde la compagnie pharmaceutique Burroughs Wellcome & Co. avec son partenaire Silas Burroughs et lance sur le marché, aux côtés de quelques autres téméraires, les tout premiers médicaments sous forme de comprimés. À l’époque, ces produits de soin sont commercialisés en poudre ou en décoction liquide. Lorsque son partenaire Silas décède en 1995, Henry Wellcome reprend les rênes de la firme qui connaît un succès sans précédent. L’homme voyage alors aux quatre coins du monde et amasse l’une des collections les plus impressionnantes d’objets liés à la médecine à travers les âges. Cette collection est aujourd’hui visible dans le bâtiment d’origine, construit selon les souhaits du concerné en 1932.

L’une des particularités de la Wellcome Collection reste son côté très pédagogique. Bien entendu, le visiteur curieux sera plus que comblé de se promener entre les nombreuses vitrines remplies d’objets plus intrigants les uns que les autres, mais l’agencement même de ces multiples artéfacts invite à la réflexion. Comme déjà mentionné auparavant, le but de cette collection permanente est de mettre en relation la médecine avec les concepts de vie et de mort, ainsi que la place de l’être humain au sein de notre planète. La médecine a, depuis la nuit des temps, été au service de l’homme dans le but de soigner les maux et donc, de prolonger son existence sur cette terre. Avant l’avènement de la médecine moderne et de sa codification, la frontière entre médecine et magie était bien plus estompée qu’elle ne l’est de nos jours. Le médecin était prêtre, shaman, sorcier, homme de sciences, homme de l’occulte. Nos ancêtres pratiquaient des rites païens permettant la guérison et s’en remettaient aux puissances divines pour garantir leur survie. En d’autres termes, l’homme a toujours été plus ou moins conscient de la fragilité de son existence au sein de l’univers, et a toujours eu cette notion de dualité entre vie et trépas, quelque soit son appréhension (présente ou absente selon les cultures) quant au passage vers l’au-delà.

L’agencement des différentes pièces de la collection retrace l’évolution, depuis les temps immémoriaux à l’époque contemporaine, de tous les outils fabriqués ou procédés mis en œuvre pour garantir une existence longue et prospère sur cette terre, ou du moins pour tenter de soulager les souffrances ou de pallier des handicaps dans le cas échéant. Et lorsque plus rien ne peut sauver le pauvre bougre, certaines techniques d’embaumement se chargent de préserver le corps de sa destinée funeste.

La collection est plus qu’immense, je n’ai donc rapporté qu’un petit échantillon de photographies. Ces images ne font pas vraiment honneur aux objets d’origine (qui dit vitrines en verre, dit reflets agaçants), mais j’ose espérer qu’elles vous donneront un petit aperçu des curiosités à observer.

Commençons par le début, avec ces quelques artéfacts en pierre, sculptés à l’effigie d’organes humains. L’heureux propriétaire déposait la représentation de pierre en offrande à des divinités, afin que la partie du corps représentée soit guérie du mal en question. Les organes concernés pouvaient être divers et variés, mais on peut constater que certains problèmes de santé actuels remontent à la nuit des temps, notamment chez certains messieurs… Sachez que vous vous trouverez nez à nez avec bon nombre d’objets de ce goût qui vous feront doucement rire (ou crissez des dents, selon votre sensibilité) lors de votre petit périple entre les allées.

 

Ensuite, voici quelques modèles anciens de prothèses, essentiellement destinées aux amputés de guerre, une poignée d’yeux artificiels et un petit dentier d’époque prélevé chez un soldat.

 

Le visiteur pourra également retrouver quelques masques mortuaires, divers objets liés au memento mori comme des vanitas, des instruments destinés à des rites de guérison venant de contrées reculées (Afrique, Asie), des véritables sandales de fakir, ainsi que différents modèles et miniatures utilisés par les étudiants de médecine à l’époque. Parmi les objets de la collection se trouvent également des chaises de dentistes ou des tables de consultation, des plus austères aux plus angoissantes.

 

 

 

La collection compte également toute une section consacrée aux photographies et aux peintures anthropologiques qui expriment toute la curiosité que l’homme occidental fortuné avait pour les cultures « exotiques » au début du XXe siècle, et cette conscience duelle de « nous » et de l’« autre » en tant qu’individu appartenant à une certaine culture donnée.

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Chaque objet est accompagné d’une légende plutôt détaillée, avec toutes les informations indispensables pour piquer votre curiosité. De nombreux panneaux et tiroirs interactifs sont disséminés entre les différentes vitrines. Ils contiennent des informations supplémentaires, des moulages à toucher ou des feuillets et autres documents qui ne peuvent être exposés directement à lumière du jour. Pour les plus curieux ou les plus observateurs, sachez qu’une véritable canne utilisée par Charles Darwin se trouve au détour d’une vitrine de la collection.

Comme vous pouvez le constater, je ne peux que vous conseiller de vous rendre sur place pour découvrir et apprécier à sa juste valeur l’entièreté de la collection de Sir Henry Wellcome. En plus de la collection permanente, le bâtiment abrite plusieurs expositions temporaires et accueille fréquemment des évènements thématiques, des ateliers, des cours, etc. Sur ce, je vous laisse jusqu’à notre prochain périple au royaume de l’insolite.


Toutes les photos ont été prises par mes soins, sauf mention contraire.

Texte adapté et traduit à partir du site officiel The Wellcome Collection.

Adresse : 183 Euston Rd, Kings Cross, London NW1 2BE
Prix : Gratuit

Missives victoriennes : la tradition des cartes postales de la Saint-Valentin

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(c) The Graphic Fairies

À l’heure où le numérique domine et fait partie intégrante de notre quotidien, certains peuvent se demander où réside encore l’intérêt d’envoyer du courrier physique alors que la version dématérialisée est bien plus rapide et moins coûteuse. Peu importe l’occasion ou la période de l’année, le commun des mortels opte le plus souvent pour un courrier électronique et n’a plus l’habitude de coucher quelques lignes sur du papier, une mode un peu trop désuète pour nos contemporains, peut-être ? Je profite de l’arrivée tant attendue (ou non) de la Saint-Valentin – je ne débattrai pas de la signification sûrement propre à chacun de cette fête, là n’est pas la question – pour faire un bon dans le passé et me penche, avec un léger amusement, sur la manière dont nos ancêtres au Royaume-Uni se courtisaient à l’époque, au travers de missives tantôt délicates, tantôt enflammées, des fois quelques peu cocasses, mais toujours rédigées avec un certain soin et une certaine volonté de se démarquer de l’autre auprès de l’élu(e) de son cœur.

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(c) Late Victorian Valentine, private collection

L’envoi de billets doux à son aimé(e) à la date du 14 février remonte à plusieurs siècles, mais les concerné(e)s rédigeaient surtout des lettres, des poèmes de composition personnelle, rien de bien graphique ni de généralisé en soi. En outre-Manche, le coût du papier est assez élevé et il faudra attendre le début des années 1800 pour que ce produit, considéré « de luxe » et destiné à une certaine élite, soit enfin accessible au plus grand nombre. La démocratisation de son prix mène à la production de papier bon marché, et l’avènement de nouvelles techniques d’impression lors de l’ère industrielle permettent de concert le développement de l’industrie des cartes de la Saint-Valentin.

En 1837, le service postal anglais subit une grande réforme grâce à Rowand Hill, un fonctionnaire de la Poste, auteur de la publication « Post Office Reform; Its Importance and Practicability ». Les historiens le considèrent également comme le père du timbre-poste, et l’inventeur du système postal moderne tel que nous le connaissons de nos jours. Auparavant, le coût d’envoi d’un courrier se calculait au nombre de pages envoyées et non au poids. De plus, le destinataire devait payer les charges et non l’expéditeur. Il est donc facile de comprendre que l’utilisation du système postal était plutôt réservée à une classe nantie. Avec la démocratisation des prix et le port payé par l’expéditeur, l’envoi de courrier s’ouvre aux autres franges de la population et surtout à la classe populaire.

En 1840, la mise en place du Penny Post, un système postal uniformisé chargé de faire parvenir un courrier pour la modique somme d’un penny, reste l’élément déclencheur de cette ferveur de la carte de la Saint-Valentin.

Les archives témoignent de plus de 60 000 cartes envoyées en 1836, avant même l’instauration du Penny Post. Avec l’arrivée de ce nouveau système, la poste a dû recommander à ces utilisateurs d’expédier leurs missives au plus tard le 13 février au matin, afin de ne pas saturer le service de courrier et de colis.

Les cartes envoyées à l’époque peuvent se classer en deux grandes catégories : les cartes personnalisées et les cartes industrielles bon marché. Une classe un peu à part existe également, celle répondant au doux nom de vinegar valentines.

Les cartes personnalisées :

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(c) The Laura Seddon Collection, 1870

Ces cartes étaient généralement assemblées à la main et comportaient différents éléments, notamment du papier embossé, des rubans, des nœuds, de la dentelle, des lithographies, des graines, des morceaux de miroir, des bouts de coquillage, des fleurs en soie, des plantes séchées, tout ce qui était susceptible d’être trouvé dans une papeterie de l’époque. Elles étaient généralement très recherchées et ont posé les fondements de l’iconographie si typique de la Saint-Valentin par la présence récurrente de cœurs, de petits cupidons, de rubans, le tout accompagné d’un mot, d’une phrase unique ou de quelques vers. Elles pouvaient également contenir des éléments religieux en cas de demande en mariage.

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(c) The Laura Seddon Collection, 1850

Ces cartes étaient parfois l’œuvre de quelques particuliers, mais pouvaient également être sujettes à un tirage limité produit par des maisons de renommée comme Dobbs ou le parfumeur Eugène Rimmel (père de la marque actuelle de cosmétiques Rimmel London) et donc, s’acheter à prix coûtant. Comme le dit le vieil adage « Qui aime ne compte pas », certains prétendants étaient capables de dépenser l’équivalent d’un mois entier de salaire pour offrir à leur bien-aimée une carte témoignant de leur amour le plus fervent.

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(c) Minnesota Historical Society, 1890-1900

Une note amusante, certaines cartes faites main pouvaient être pliées d’une certaine manière pour contenir un autre message caché, mais la tradition voulait que la carte se suffise à elle-même, et aucune note manuscrite ne lui était ajoutée. Ainsi, l’illustration de la carte à l’aide du langage des fleurs était très souvent de mise pour transmettre les sentiments de l’expéditeur.

Les cartes industrielles :

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(c) V&A Collections, 1860

Ces cartes étaient généralement produites en masse et imprimées sur du papier bon marché plutôt fin. Les couleurs étaient soit ajoutées à la main à l’aide de pochoirs, soit par le biais d’une méthode de lithographie ou de gravure sur bois. Elles présentaient la même iconographie que les cartes assemblées à la main, mais étaient évidemment bien moins élaborées. Elles constituaient le plus gros des cartes expédiées grâce au Penny Post lors du jour fatidique des amoureux.

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(c) The Laura Seddon Collection, 1828

Si une partie de l’opinion publique actuelle tend à dénoncer l’aspect mercantile de la fête de l’amour, les victoriens étaient les premiers à embrasser cette coutume d’envoi en masse de cartes pour célébrer la Saint-Valentin, pour la simple raison qu’elle était enfin devenue accessible aux classes populaires et ne se retrouvait plus cantonnée aux hautes sphères de la société. Débattre de sociologie et de surconsommation n’est pas le but de cet article, mais imaginez-vous un peu que l’amour ne soit que réservé à une certaine élite ? Le point de vue de nos ancêtres était dès lors bien différent du nôtre. Ensuite, l’avènement de cette production a également donné naissance à une catégorie de cartes quelque peu plus légères, pour ne pas dire carrément vulgaires, que sont les vinegar valentines.

Vinegar valentines :

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(c) The Laura Seddon Collection, 1840-1850

Le service postal de l’époque permettait d’envoyer du courrier à titre anonyme, et cette pratique a permis la production de cartes humoristiques impertinentes ou carrément insultantes appelées vinegar valentines. Ces cartes imprimées sur du papier peu couteux étaient le plus souvent destinées à dénoncer les prétendants insistants ou à venger l’amoureux éconduit. Elles étaient en général illustrées d’une caricature plutôt grossière et accompagnées de quelques lignes de vers ou de prose cynique. Si la coutume peut nous paraître totalement absurde de nos jours, elle a suscité un véritable engouement entre 1840 et 1880 chez les victoriens et leurs cousins américains, lorsque la tradition des cartes de la Saint-Valentin a été importée sur le nouveau continent.

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(c) The Laura Seddon Collection

La tradition du vinegar valentine a un aspect très carnavalesque et cathartique, car quiconque pouvait en être la cible ou l’expéditeur, toutes classes sociales confondues. Les auteurs anonymes s’en donnaient donc à cœur joie, et profitaient de l’occasion festive pour dénoncer les travers de leur cible, qu’elle soit l’objet de sentiments amoureux ou non. À l’époque, plusieurs imprimeries et papeteries s’étaient spécialisées dans la production de différentes collections thématiques de vinegar valentines, fabriquées selon le sujet de moquerie.

Les cartes retrouvées ici et là dans nos rayons de papeterie ou de supermarché lors de la Saint-Valentin peuvent paraître bien naïves comparées à leurs virulents ancêtres victoriens. Alors, si vous voulez vous démarquer de vos concurrents, ou si vous désirez régler vos différents de manière acerbe et raffinée, vous avez la possibilité de vous inspirer de cette coutume désuète, qui a déjà fait ses preuves maintes fois…

 


Références :

Beatie, S. “Victorian valentines.” The Victoria and Albert Museum Blog, 13 Feb. 2014. Web. 11 Feb. 2018.

Gilbert, S. “Victorian Valentine’s Day cards – in pictures.” The Guardian, 14 Feb. 2014. Web, 11 Feb. 2018.

Pollen, A. “The Valentine has fallen upon evil days’: Mocking Victorian valentines and the ambivalent laughter of the carnivalesque.” Early Popular Visual Culture, vol. 12, no. 2, 2014, pp. 127-173.

“Valentine’s Day in the Victorian Era.” 5 Minutes History, Web. 11 Feb. 2018.

“Victorian Valentine’s Day cards.” HistoryExtra, Web. 11 Feb. 2018.

Zarrelli, N. “The Rude, Cruel, and Insulting ‘Vinegar Valentines’ of the Victorian Era.” Atlas Obscura, 08 Feb. 2017. Web. 11 Feb. 2018.

Blanche d’Alexandre Day et PoG

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Titre : Blanche
Date de parution : 25 novembre 2013
Illustrations d’Alexandre Day et texte de PoG.
Édition : Éditions Margot

Dans ce grand pays loin là-bas, les sorts font partie du quotidien.
Une enfant neige qui prend vie, ça ne gêne personne.
Le vieux est heureux. La vielle chantonne.

Résumé : Dans un village reculé de la steppe sibérienne, un vieux couple est bien malheureux de ne par avoir d’enfant. Un jour, le vieil homme propose à son épouse de modeler de petites matriochkas dans le manteau de neige blanche et pure qui recouvre les terres en cet hiver rigoureux. La vieille femme s’active et son époux décore la dernière des poupées de flocons avec deux pierres de lapis-lazuli en guise d’yeux. À cet instant précis, Blanche prend vie et fait le bonheur de ses vieux parents. Cependant, l’hiver n’est pas éternel et la belle saison finit par arriver tôt ou tard…

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Édition Margot, illustrations d’Alexandre Day, texte de PoG

Blanche est un tout petit conte en vers, une belle déclinaison russe de Blanche-Neige des frères Grimm, inspiré du conte L’enfant de neige d’Hélène-Adeline Guerber (H.A. Guerber, 1859-1929), une éminente historienne britannique versée dans les contes d’origine germanique. Les informations sur les travaux de cette chercheuse sont plutôt maigres, mais le conte en question se trouverait dans une anthologie appelée Contes et Légendes : 1re partie,  éditée en 1895 au New York Cincinnati Chicago American Book Company. Étrangement, le texte des contes est en français et les notes de l’anthologiste en anglais (si vous désirez consulter la version numérique, elle est disponible sur la plateforme du projet Gutenberg).

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Illustration d’Alexandre Day

L’intrigue du conte est universelle : un vieux couple sans enfant qui se voit finalement confier une petite fille par le biais de la magie. Une enfant malheureusement éphémère, qui ne pourra leur tenir compagnie tout au long de l’année… Le conte aborde avec délicatesse le thème du cycle de la vie, mais à contre-courant, si l’on peut s’exprimer ainsi. La morte saison (l’hiver) correspond à la naissance de Blanche, et la belle saison, généralement associée au renouveau (le printemps) marque la fin du bonheur des vieux parents. Toutefois, comme le tout forme un cycle, le vieux couple, armé de patience, attend le retour des premières neiges.

Le texte de PoG, extrêmement poétique et musical, se marie parfaitement avec l’univers graphique d’Alexandre Day.

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Illustration d’Alexandre Day

Toutefois, l’intérêt principal de Blanche réside sans doute dans la beauté des illustrations d’Alexandre Day. Le livre possède des dimensions tout à fait honorables de 38 x 27,4cm, permettant de profiter pleinement du talent de l’artiste sur des doubles pages gigantesques. Les illustrations monochromes et texturées nous donnent cette impression vaporeuse et onirique, comme si nous étions malgré nous emportés par le conte dans les steppes enneigées, et que nous étions capables de sentir l’épais manteau blanc et duveteux céder sous nos pas hésitants.  Le livre se referme sur quelques extraits du carnet d’Alexandre Day, où vous pourrez admirer certains dessins préparatoires.

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Illustration d’Alexandre Day

Blanche est une très belle surprise à offrir ou à s’offrir en cette époque de festivités. Je l’ai personnellement trouvé au pied de mon sapin et je ne peux que vous le recommander chaudement.

 


En savoir plus :

Alexandre Day

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Editions Margot

Exposition : Harry Potter – A History of Magic

Vous êtes-vous remis de notre dernière escapade dans cet hôpital victorien niché au sommet d’une église ? Bien bien, reprenons notre périple sur le territoire anglais qui mène cette fois-ci dans l’une des bibliothèques les plus impressionnantes du royaume, la British Library. Cette noble institution ne constitue pas le sujet principal de cet article (j’y consacrerai un autre billet, si vous êtes intéressés), mais je me permets tout de même de vous y envoyer pour une expérience hors du commun. En effet, au moment où je rédige ces lignes, une exposition bien particulière a aménagé ses quartiers au cœur de ce bâtiment illustre, pour le plus grand bonheur des dénommés Potterheads. Je pense que vous avez très facilement deviné le sujet de ce reportage.

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Harry Potter – A History of Magic fait partie de ses expositions attendues au tournant en cette fin d’année. Contrairement à l’exposition itinérante Harry Potter : The Exhibition et à The Making of Harry Potter – Studio Tour London, toutes deux axées sur l’adaptation cinématographique des romans, l’exposition de la British Library propose une toute autre formule pour le moins singulière, mise en place à l’occasion des vingt ans de la publication de Harry Potter et la Pierre Philosophale (Harry Potter and the Philosopher’s Stone).

Tout cela ne nous rajeunit absolument pas… Mais je digresse, venons-en aux faits.

Après quelques péripéties logistiques pour retrouver le chemin menant à la British Library, je me suis enfin rendue sur les lieux en question. Cet article est illustré à l’aide d’images officielles du site Pottermore, car les photographies sont malheureusement interdites pendant la visite.

Harry Potter – A History of Magic prend le pari audacieux de proposer un parcours consacré aux différentes disciplines enseignées à Poudlard et plus précisément, d’effectuer une comparaison entre l’univers imaginaire de J.K. Rowling et les éléments historiques ou folkloriques dont l’auteur a pu s’inspirer pour créer le monde magique d’Harry Potter.

L’exposition est donc découpée selon huit matières : Potions (Potions), Alchimie (Alchemy), Botanique (Herbology), Astronomie (Astronomy), Sortilèges ou Enchantements (Charms), Divination (Divination), Défense contre les Forces du Mal (Defense Against Dark Arts) et Soins aux Créatures Magiques (Care of Magical Creatures).

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The entrance to the British Library’s exhibition, Harry Potter: A History of Magic © JKR/Pottermore Ltd.™ Warner Bros.

Les organisateurs ont décidé d’illustrer chaque discipline avec des grimoires, des artefacts et autres écrits ou objets historiques qui ont pu servir de base et d’inspiration à l’élaboration du l’univers d’Harry Potter. Chaque élément est bien évidemment suivi d’une légende détaillée afin que les visiteurs puissent comprendre à quel point la magie et l’occultisme ont été présents dans notre monde – et le sont encore dans certaines civilisations, sous des formes très diverses.

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The Astronomy-themed room at the British Library’s exhibition, Harry Potter: A History of Magic © JKR/Pottermore Ltd.™ Warner Bros.
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The Potions-themed room at the British Library’s exhibition, Harry Potter: A History of Magic © JKR/Pottermore Ltd.™ Warner Bros.

Parmi les artefacts le plus intéressants, vous aurez par exemple la chance d’observer un véritable bézoard, semblable à celui qu’Harry a utilisé pour sauver Ron d’un empoisonnement certain. La véritable stèle ornant la tombe de Nicolas Flamel peut être admirée dans une vitrine (les conditions de sa découverte sont pour le moins cocasses). Le parchemin contenant toutes les instructions pour la fabrication d’une pierre philosophale peut également être consulté par les visiteurs. Étant donné que M. Flamel n’est plus de ce monde, je doute que la fabrication de cette pierre ait été un succès retentissant… Vous pourrez également examiner un véritable balai de sorcière, ainsi qu’un chaudron d’époque. Bon nombre de manuscrits et de traités de magie, de botanique, de médecine – on oublie souvent à quel point les frontières étaient ténues entre ces domaines avant l’avènement des sciences modernes – s’offrent aux regards ébahis des visiteurs. La plupart des écrits proviennent de la British Library, alors que les autres objets ont été parfois empruntés à d’autres musées, comme le British Museum (pour sa sirène japonaise) ou le Museum of Witchcraft and Magic.

A côté des reliques historiques, l’exposition comprend également des activités ludiques, très certainement destinées à un public plus jeune. Les plus curieux seront invités à concocter leur propre potion sélectionnée au hasard dans un grimoire. J’ai personnellement raté mon élixir de beauté, mais réussi ma potion pour éloigner les cauchemars, ce n’est pas un mal… Vous pourrez également vous faire tirer les cartes pour entrevoir votre avenir. Selon la prédiction, je suis une personne qui subira les conséquences de ses actions, à force d’ignorer les avertissements. Je vous assure qu’en général, je prends toujours en considération toutes les mises en garde… Soit. Ensuite, vous serez libres de consulter une carte stellaire qui vous enseignera tout sur les différentes constellations, ou d’écouter un chapitre des livres audio dans un des pots à mandragore tout droit issu de la serre du Professeur Chourave. Ces petits interludes dans une exposition qui est, disons-le, tout de même destinée à un public adulte féru d’histoire et de folklore, sont très rafraîchissants et sont rendus possibles par l’utilisation d’une technologique de pointe.

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The Divination-themed room at the British Library’s exhibition, Harry Potter: A History of Magic © JKR/Pottermore Ltd.™ Warner Bros.

Les organisateurs ont également intégré des éléments qui sont pour la plupart responsables de la longue attente à certains endroits du parcours. En effet, le public aura désormais la possibilité de voir de ses propres yeux le premier synopsis de la série envoyée à l’éditeur Bloomsbury, mais également la toute première critique du livre rendue par la fille de l’éditeur à l’époque. Cette petite note écrite de la main d’une enfant de huit ans a totalement changé la donne quant à l’avenir du livre Harry Potter. Plusieurs chapitres dactylographiés et annotés sont également exposés, avec les premiers jets manuscrits de l’auteur, les notes sur la conception des personnages, la répartition des matières enseignées par chaque professeur, ainsi que les croquis de l’architecture de Poudlard et de ses alentours.

Finalement, le public pourra admirer la beauté de l’univers graphique tout à fait unique de Jim Kay, chargé des illustrations dans l’édition originale des romans Harry Potter. Les croquis préparatoires, ainsi que les illustrations finales sont accrochés dans toutes les salles consacrées à une matière spécifique, chacune des pièces étant décorées avec soin pour une ambiance de circonstance.

Dans la toute dernière salle, vous pourrez admirer une maquette du décor utilisé pour la pièce de théâtre jouée en ce moment même dans le West End : Harry Potter et L’Enfant Maudit (Harry Potter and the Cursed Child), ainsi que le scénario dactylographié et annoté par J.K. Rowling du film Les Animaux Fantastiques (Fantastic Beasts and Where To Find Them).

Détailler point par point la totalité de ce que j’ai pu voir dans cette exposition serait aussi compliqué qu’inutile. Je vous invite plutôt à venir sur place ou à acheter le(s) catalogue(s) de l’exposition si ce voyage se révèle trop onéreux ou compliqué.

 

Le catalogue pour enfants est une version « allégée » de l’édition pour adultes, avec une couverture souple et une formule plus ludique. C’est l’édition que j’ai personnellement achetée, car je la trouvais tout aussi bien illustrée que la version reliée et plus facile à transporter. Si vous désirez une édition avec une quantité très dense d’informations, choisissez le catalogue pour adultes.

 

Bande-annonce de l’exposition :

Premières images de l’exposition (Time Out London) :

Quelques recommandations pratiques pour le bon déroulement de votre visite :

– L’exposition peut être réalisée en 1h ou 1h30, les entrées se font par groupe selon une certaine plage horaire.

– Les week-ends sont souvent déjà complets, planifiez votre venue bien à l’avance.

– De nombreux événements consacrés à la magie, la sorcellerie, l’histoire, et surtout à l’univers d’Harry Potter sont également organisés dans le cadre de cette exposition. N’hésitez pas à consulter le site officiel.

– Armez-vous d’une massue de patience, certains visiteurs se permettent de lire chaque ligne des écriteaux ou des notes de l’auteur et sont à l’origine de bouchons intempestifs le long du parcours.

Lieu :
PACCAR Gallery
The British Library
96 Euston Road
London
NW1 2DB
United Kingdom

Dates : du 20 octobre 2017 au 28 février 2018.

Prix : 16£ (adulte), 8£ (étudiant et enfant moins de 18 ans)

The Old Operating Theatre Museum

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Allons bon, croyez-vous que nous nous étions reposés sur nos lauriers pendant cette petite pause estivale ? Que diantre, non ! Votre serviteur faunesque n’est jamais vraiment en vacances dans une ville fourmillant de mille curiosités comme Londres. Vous êtes-vous bien reposé ? Bien bien, car aujourd’hui, je vous emmène… à l’hôpital. Vous m’avez bien entendue. Pas que je m’inquiète pour votre santé, rassurez-vous (bien que je le pourrais, avec beaucoup de bienveillance). Tout près de la gare London Bridge, dans St Thomas Street, se trouve une des unités de l’hôpital du même nom (ou presque) Guy’s and St Thomas Hospital (cette unité appartient aujourd’hui à Guy’s Hospital, pour être plus précise). Je ne vous pousse pas directement vers l’entrée du bâtiment, mais je vous invite à voir de l’autre côté du trottoir, un peu plus loin dans la même rue. Actuellement cachée par un bon nombre d’échafaudages peu seyants pour cause de rénovation, se dresse St Thomas Church, l’unique vestige de l’ancien grand St Thomas Hospital, premier du nom. Le musée en question se situe dans la mansarde de l’établissement chargé de dispenser les soins de santé à l’époque victorienne. Aujourd’hui, il a été rebaptisé The Old Operating Theatre Museum & Herb Garret. Pour y accéder, il faut gravir un très long escalier en colimaçon, aux marches terriblement raides et escarpées (ceux qui ont le vertige ou autres claustrophobes passeront leur chemin, pas d’ascenseur, malheureusement). Respirez un bon coup, nous allons monter doucement. Une fois arrivé en haut, prenez une bouffée d’air, vous allez pénétrer dans un lieu vieux de plus de trois siècles, une véritable plongée dans le temps sous les combles de l’église.

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St Thomas Church, dédiée à saint Thomas Beckett et plus tard à l’apôtre St Thomas lors de la Réforme, fut très probablement, à l’origine, la chapelle d’un hôpital médiéval. Cependant, personne ne sait à quel moment elle a été érigée à l’emplacement actuel. L’établissement a été agrandi au début du XVIIe siècle, mais a très vite été laissé à l’abandon, à un tel point que selon certains rapports datés de 1697, plus aucun fidèle n’osait s’aventurer en ces lieux à cause de leur état de délabrement très avancé. L’église a été reconstruite entre 1668 et 1702 dans un style plus néoclassique avec la mansarde que nous lui connaissons actuellement. Cet édifice, considéré comme superflu par rapport à la Southwark Cathedral, a été converti au XIXe siècle en salle capitulaire de ladite cathédrale. La mansarde, déjà utilisée à la époque pour le séchage et le stockage des herbes médicinales par St Thomas Hospital, a été en partie transformée en bloc opératoire séparé de l’aile réservée aux femmes. Avant 1822, les femmes étaient opérées à même la salle commune de soins, et cette configuration était bien inconfortable pour la plupart des patientes. En 1862, lorsque St Thomas Hospital fut déménagé à Lambeth où il se situe de nos jours, l’accès à l’herboristerie et la salle d’opération fut condamné et se retrouva réduit à une ouverture dans le mur septentrional de la chambre située au premier étage de la tour du clocher. Quiconque voulait pénétrer dans la mansarde devait se munir de courage et d’une bonne échelle. En 1956, Raymond Russell, chargé d’enquêter sur l’histoire de l’hôpital, décida d’aller fureter dans la mansarde et tomba sur une véritable capsule temporelle dans un excellent état de conservation, et ce, en dépit d’un siècle de poussière accumulée ci et là. Cette découverte relève alors de l’extraordinaire puisqu’à ce jour, aucune salle d’opération datant du XIXe siècle n’a été retrouvée en Europe, hormis celle-là (1).

Ce premier petit interlude historique terminé, commençons notre visite.

Le musée s’ouvre sur l’Herb Garret, soit la partie « apothicaire » et « herboristerie », ou l’entrepôt de toutes les plantes médicinales utilisées à l’époque. Chaque fiole, panier, pot est libellé, vous aurez donc bien de la lecture.

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La particularité de ce musée est de présenter de véritables plantes, graines, épices et fruits séchés dans le mobilier d’époque, exactement comme si l’herboristerie était toujours en fonction au moment de votre visite. Il va sans dire que l’entièreté des échantillons doit être renouvelée à intervalle régulier pour garantir leur fraîcheur. Les fioles et autres récipients de conversation sont pour la plupart d’origine, ainsi que les outils chirurgicaux exposés dans les vitrines. Certains médicaments produits à l’époque ont été précieusement conservés pour le plus grand bonheur des curieux. Vous pourrez observer une sélection de remèdes contre quelques maladies victoriennes bien sympathiques, notamment le choléra ou la peste noire.

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Les plus assidus trouveront parmi les étagères plus que chargées certaines pépites terriblement curieuses, comme cette conserve de Chocolate Worm Cakes, des gâteaux au chocolat et surtout au vermifuge qu’on donnait le plus souvent aux enfants pour les débarrasser de leurs hôtes encombrants. Les conditions sanitaires de l’époque étaient telles qu’une bonne partie de la population souffrait de vers et d’autres parasites intestinaux.

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Une partie de l’exposition est consacrée à la gynécologie et à la chirurgie, ainsi qu’une autre à la pédiatrie. À travers les différents sections, le visiteur peut se rendre réellement compte des difficultés de la vie à l’époque victorienne. St Thomas Hospital accueillait surtout les indigents et autres parias, ainsi que les femmes de « petite vertu ». Rappelez-vous, l’hôpital se trouve à Southwark, connu à l’époque pour être le bas quartier de Londres (et lorsque les soins hospitaliers ne remettaient pas les patients sur pieds, vous vous doutez bien que ces pauvres âmes finissaient souvent dans des fosses communes comme à Cross Bones Graveyard, situé vraiment à quelques rues de l’hôpital). L’exposition comporte également une petite partie « cabinet de curiosités » et une section où sont exposées des coupes d’organes afin de montrer les différents dégâts engendrés par certaines maladies de l’époque (âmes et estomacs sensibles s’abstenir).

Une fois l’Herb Garrett traversée, on se retrouve enfin dans l’Operating Theatre. L’endroit est plutôt exigu et ressemble à un amphithéâtre aux dimensions modestes. Les étudiants de médecine pouvaient assister aux opérations depuis les gradins. Le bloc opératoire se trouve au dernier étage pour un accès optimal à la lumière du jour grâce au toit vitré. Chaque opération se devait d’être la plus brève possible, car rappelons-le, les anesthésiants ont été seulement introduits en 1847 et les produits antiseptiques vers les années 1860. De plus, le lieu n’était ni ventilé ni chauffé à l’époque (2). Profitez pour descendre dans le bloc et observer la table d’opération et les divers types de bandages utilisés pour panser les plaies.

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Pour ressortir du musée, il vous faudra faire le chemin inverse et retraverser l’Herb Garrett, puis redescendre l’infernal escalier de la tour du clocher. Comptez une bonne grosse heure pour faire le tour de la mansarde et passer en revue tous les incroyables vestiges d’une médecine d’antan avec un regard attentif et curieux. Faites bien attention à ne pas vous blesser en vous rendant au musée ou en ressortant, ce serait assez embêtant, même si l’hôpital ne se situe pas bien loin…

The Old Operating Theatre Museum accueille également de nombreux séminaires, des expositions temporaires, ainsi que des reconstitutions d’opération dans des conditions d’époque chaque samedi. Veuillez vous référer au site officiel.

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(1) Traduit et adapté de “History of the Museumˮ. The Old Operating Theatre and Herb Garret. Web. 16 Sept 2017.

(2) Traduit et adapté de “History of the Old St Thomas Hospitalˮ. The Old Operating Theatre and Herb Garret. Web. 16 Sept 2017.

*Toutes les photographies sont de moi, sauf mention contraire.

Horaire : Tous les jours de 10h30 à 17h00, mais à vérifier sur le compte twitter ou sur place.

Prix : 6,50£ adulte, 5£ tarif réduit, 3,50£ moins de 18 ans

Adresse :
Old Operating Theatre Museum and Herb Garret
9a St Thomas Street, London, SE1 9RY