La Vénus à la Fourrure, Sacher-Masoch : imaginaire d’une femme fatale.

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source : éditions Delcourt.

Lou Reed et la botte de cuir.

La préface explique l’œuvre originelle : cérémonie théâtrale autour du contrat qui met en mots les désirs avant leur réalisation, et retardement du plaisir promis. Lou Reed le chantait déjà du temps des Velvet Underground, cet amour étrange qui relie Wanda à Séverin, son amant. Il n’y avait qu’à embrasser cette botte de cuir. Ce que je présente aujourd’hui en est une adaptation pour le théâtre, par Christine Le Tailleur : quoi de mieux que l’univers des planches pour mettre en corps cette théâtralité du rapport masochiste ? Entre contrat posé et relation cadrée, le lien entre Wanda, maîtresse impitoyable et voluptueuse, et Séverin, amant romantique et en réelle détresse, y est exploré dans ses plus sombres recoins. Dans ce roman, tout est théâtre, mise en scène, jeux d’interdits et de suggestions.

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source : Zone Critique. Film éponyme par Roman Polanski.

La reprise théâtrale du motif masochiste.

La première scène s’ouvre sur l’Ami, langoureux dans son rêve de la déesse Vénus. Statue étrangement recouverte de fourrure, elle est synonyme d’un extrême érotisme pour son rêveur. L’apparition de son ami Séverin brise l’effet onirique, en lui tendant son manuscrit : Confessions d’un suprasensuel. Le reste de la pièce présente majoritairement le contenu de ces confessions. La limite entre réel et fiction est très trouble, Sacher-Masoch s’étant lui-même inspiré de ses relations ambigües avec ses différentes maîtresses. Une œuvre de vie, en somme. La mystérieuse Wanda tombe alors sur une image intrigante : celle d’une Vénus à la fourrure. Sa rencontre avec Séverin n’est pas expliquée : elle est sans doute le fait du hasard le plus fortuit. Ce trouble qui entoure leur rencontre n’aura que davantage de poids face à leur type de relation, à cheval entre les mondes, entre l’hallucination étranglée et la matérialité des choses. Wanda prétend alors être cette Vénus. Beaucoup d’ellipses temporelles dans cette pièce participent du trouble général, pour le plus grand plaisir du lecteur. Relation de l’entre-deux, elle montre un autre aspect des liens humains, libérés des catégories :

« La nature ne connaît pas la stabilité dans les relations entre hommes et femmes. Le mariage est un mensonge, une hypocrisie, la pire des impostures. Il faut abolir le mariage, démembrer la famille » (Wanda, p.28)

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source: Pinterest. Sacher-Masoch et sa maîtresse Fanny Pistor.

Deux conceptions opposées de la relation amoureuse.

Séverin est peureux, romantique, incertain, absolu : « je voudrais lui prendre la main mais je ne suis qu’un âne » (p.39). Wanda, sans concession, ne le veut que pour une année. Alors qu’elle célèbre la vacuité de la vie et tous les plaisirs terrestres, Séverin est en manque d’absolu, et il rêve cette femme comme il rêvait de sa tante. Tante qui le frappait jeune, tante à l’origine de son amour de la douleur. Sa tante portait cette fourrure, et il en garde un souvenir si intime qu’il demande à Wanda de porter une fourrure. Il s’affirme suprasensuel, et toute violence lui paraît délectable quand elle est de la main d’une femme, qu’il réclame tant. Ainsi, la relation amoureuse est engagée dans un angle rare en littérature : plus vif, moins romancé, leur lien est une réflexion et une déconstruction de l’amour traditionnel.

 » Et que préférez-vous ? L’épouse ou l’idéal ? » (Wanda, p.49)

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source : Fnac.

Wanda refuse ses propositions au début, et elle finit par se prendre au jeu de la fourrure, et devient cette Vénus si particulière. L’esclavage volontaire de Séverin finit par arriver, et se dessine alors une relation très ambigüe et complexe. Le tout mêle une réflexion intense sur la place de la femme, enjolivée tout comme enlaidie par tous :

« Les femmes ne sont ni aussi bonnes que les font leurs admirateurs et leurs défenseurs, ni aussi mauvaises que les font leurs détracteurs. Le caractère de la femme n’est qu’un manque de caractère. La meilleure femme peut momentanément sombrer dans la boue, et la pire peut inopinément s’élever à de grandes et bonnes actions, confondant ainsi ses contempteurs. Toute femme, bonne ou mauvaise, est capable à chaque instant d’avoir les pensées, les actions et les sentiments les plus diaboliques comme les plus divins, les plus sordides comme les plus purs. La femme, malgré tous les progrès de la civilisation, est restée telle qu’elle est sortie des mains de la nature, elle est comme les bêtes sauvages, elle peut se montrer fidèle ou infidèle, bienveillante ou cruelle, selon les sentiments qui la dominent » (Wanda, pp.61-62)

En somme, cette version de l’histoire de Masoch a le don de transporter son lecteur (et encore mieux, son spectateur) dans tout le trouble qui est le propre de cette relation de domination. Elle propose une vision originale des relations humaines, libérée des contraintes et des catégories binaires — on n’est ni marié, ni seul pour toujours. Proposant une myriade d’entre-deux, cette sorte d’amour a le mérite d’explorer les bas instincts humains.

 

Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure, éd. Les solitaires intempestifs, 2008, interprétation par Christine Le Tailleur.

Ce dont rêvent les ombres, d’Hilda Alonso.

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Superbe couverture réalisée par Diane Özdamar.

Hilda Alonso est une auteure française qui a, depuis quelques années, fait son nid dans la littérature fantastique française. Elle a publié divers textes dans des anthologies et recueils, ainsi que quelques romans dont un graphique : Le Cabinet de Curiosités, réalisé en collaboration avec une artiste : Alexandra V. Bach. Depuis quelques temps elle s’adonne à l’illustration, et propose dorénavant ses recueils illustrés personnellement, en auto-édition. J’ai choisi de découvrir sa plume à travers son premier roman : Ce dont rêvent les ombres, publié aux éditions du Chat Noir.

Dans un monde médiéval fantasmé, l’auteure nous embarque dans une quête longue et dangereuse. La Chouette, autrement nommée Éponine, la sorcière du village, vit tranquillement dans les bois, jusqu’au jour où elle doit porter secours à une jeune femme épuisée et blessée. Cette dernière a aidé une fée en détresse, et reçu en remerciement un cadeau : un enfant, celui qu’elle n’arrivait pas à donner à son mari. Une fois rétablie, Ménéhould retourne au village, et sa grossesse nouvelle donne lieu à de nombreuses rumeurs. Une fille naît : Deirdre. Vive et intelligente, la petite fille est très liée à sa mère, mais une nuit, le malheur s’abat sur Ménéhould ; sa fille décédée, elle ne peut s’en détacher et, comme une bête furieuse, reste prostrée, sa fille tout contre elle. Au fil des jours, on en vient à chercher la Chouette, espérant que ses potions et sorts puissent aider la pleureuse. Se sentant connectée à la jeune femme, la guérisseuse décide de l’aider et demande au mari de fabriquer un coffre et de le fixer sur une charrette. Dedans ils y installent la mère et l’enfant enlacés, ne sachant presque plus qui des deux est en vie ou morte. Aidée par son ami Tanguy, un simple d’esprit, Éponine entreprend alors une quête qui la mènera au pays des dieux, mais aussi au fameux Sanctuaire, là où Ménéhould pourra trouver la paix. Pendant son voyage, elle rencontrera des loups, des elfes, mais aussi l’amour, en la personne de Bledri, un bien étrange homme…

Au risque de trop vous en dire, je vais arrêter le résumé ici ! J’ai beaucoup apprécié ce roman, la plume de l’auteure ensorcelante, poétique et pointue, ce qui rend la lecture plus lente que celle d’un page turner à l’écriture blanche. J’ai également dû sortir mon dictionnaire, et ça n’arrive pas souvent ! Le côté savant et dense pourrait en rebuter certains, mais ce serait passer à côté d’un bijou stylistique et ce serait dommage. Je vous conseille donc de prendre votre temps pour le lire, afin de vous imprégner de l’ambiance fantastique.
Outre la forme, le fond est aussi intéressant. La quête d’Éponine mêle diverses mythologies, notamment celtique et latine ; s’ajoutent un peu d’ésotérisme et de mysticisme et vous avez là un beau mélange magique et spirituel ! Au fur et à mesure du voyage, la sorcière rencontre loups, kistunes, elfes, ou encore une sirène. L’auteure nous offre un panorama de créatures merveilleuses et de paysages — dont forêts et glaciers — à couper le souffle. Plus qu’un voyage pour amener Ménéhould au Sanctuaire, c’est une initiation : Éponine y apprend l’amour, le fonctionnement du monde, la nature de la magie, ou encore la destinée de chaque âme. La rencontre avec les dieux ne laisse pas indemne.

Je reprocherais cependant au roman une intrigue un peu décousue. En effet, on ne comprend pas vraiment pourquoi Éponine se sent obligée de s’occuper de Ménéhould, ni son abnégation, ni le sens du sacrifice aussi exacerbé des autres créatures. À propos de ces créatures, l’auteure en importe tellement dans le récit qu’on a du mal à se rappeler qui est qui, et surtout à voir leur utilité dans l’intrigue. Le livre forme un ensemble de tableaux à la fois charmants et noirs, relié par le mince fil conducteur du voyage de la sorcière et de ses amis. J’ai été assez perturbée par le dernier tiers du roman : l’atmosphère change énormément et plein de nouveaux personnages font leur entrée. Ce brusque changement a quelque peu réfréné ma lecture, sans compter le tout dernier chapitre, qui m’a interloquée. J’ai eu le sentiment d’un essoufflement à la fin du récit…

Malgré ces quelques points négatifs, ce roman mérite qu’on s’y attarde ! La plume et l’univers riche d’Hilda Alonso font rêver, et je pense me procurer prochainement ses recueils de nouvelles de sorcellerie (on ne se refait pas) !

Ce dont rêvent les ombres, Hilda Alsonso, éd. du Chat Noir, coll. « Griffe Sombre », 2016.

 

Oreiller d’herbes, Nastume Sôseki, 1906.

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De l’écart avec le monde des hommes naît la poésie.

Un ouvrage si fin qu’il pourrait passer inaperçu. Un narrateur dès le début part du principe qu’il est partout difficile de vivre dans le monde des hommes, et que de cet écart, naît l’attitude poétique. Il réfléchit sur cette question en marchant, et le lecteur est amené à assister à cette cogitation très subtile. Les mots ne se bousculent jamais, mais expriment une vérité absolue pour quiconque a l’âme d’un artiste bousculé. Curieuse découverte faite au détour d’une étagère de bibliothèque. Le narrateur évolue au gré de la compagnie de différents personnages, en entendant cette histoire de la « Belle de Nagara »…

Une relation flottante.

Il parvient à rencontrer une jeune femme, et commence une relation étrange et flottante. Érotisme latent au détour d’un panneau japonais, ou spectacle des fleurs, les images sont très fortes. Le narrateur est peintre, peintre frustré. Il tente d’exercer son art quotidiennement devant cet étang aux histoires de femmes noyées… Apparition fantomatique voulant, le récit adopte une délicieuse saveur trouble, entre l’onirisme et la terre sous une « lune vague » (expression reprenant le titre du fabuleux film Les contes de la lune vague après la pluie). Les fleurs abondent et ornent les pages de leurs couleurs :

« Il est vraiment superbe d’errer sans aucun but par une belle nuit de printemps. Mon principe serait plutôt de laisser venir le charme comme il vient et de le laisser partir quand il part. » (page 135)

Une quête de soi, entre l’art et les fleurs de cerisier.

Au début en quête de lui-même et de nouvelles idées pour un art parfait, il finit par ne peindre aucune toile. Progressivement, son regard change, pour délivrer au lecteur des pensées d’une piquante philosophie. Difficile est la relation au frère humain, mais plus riche en est l’attitude poétique… Ce court livre est une excellente leçon à prendre, que ce soit au détour des pensées vagues du narrateur ou au détour de l’odeur des fleurs japonaises. Le printemps métaphorise l’éveil même du conteur (appelons le narrateur ainsi), tout comme le nôtre. Roman de contemplation gratuite, il est aussi à mon sens une forme raffinée de conte philosophique, loin du fracas urbain.

En somme, ce fut une découverte surprenante et très apaisante.

 

Oreiller d’herbes, Natsume Sôseki, traduit par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, éd. Payot et Rivages, 1989.

Découvrir les sabbats païens, aux éditions Danaé.

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Site : Tumblr. La roue de l’année pour l’hémisphère Nord.

Une collection colorée et concise

Elle fait du bruit dans la communauté païenne : collection colorée arrêtée au nombre de huit ouvrages, elle trône, complète, sur plus d’une étagère magique maintenant. Je vous parlerai aujourd’hui brièvement de la collection de livres sur les huit fêtes païennes, parue aux éditions Danaé. Traduction d’ouvrages en langue étrangère, elle ne fait pourtant pas défaut à l’esprit général de la collection. Elle se veut claire, concise et variée. Explorons alors un peu ce que ces livres proposent…

 

Dissection de ces ouvrages

1 – Introduction à la collection :

Elle replace en son contexte chaque livre, puisque chacun fait partie de cette série des « Célébrations païennes ». Ainsi, l’introduction explique brièvement la roue de l’année, chère aux païens. Proposant l’ouverture sur le livre, elle délivre un message intéressant  — si ce n’est un pari — : quel que soit l’horizon dans lequel le lecteur s’inscrit, il y trouvera au moins une chose utile ! Précédant l’ouvrage se trouve aussi une roue de l’année, divisée en sabbats, et relativisée par la notion d’hémisphère ! Eh oui, le solstice d’été n’est pas forcément en juin ailleurs…

2 – Les anciennes & nouvelles voies :

site babelioJe regroupe ici deux éléments qui sont distinctement divisés dans ces livres-là. Cependant, il paraît judicieux de les réunir, car ils traitent tous deux des us et coutumes, modernes comme d’autrefois. Les histoires et traditions des « anciennes voies » sont assez bien documentées, et les ouvrages n’hésitent pas à aborder différentes coutumes. La recherche est réelle derrière, et les noms ne sont pas lancés au gré des lignes. C’est sans doute la partie la plus digne d’intérêt pour quiconque voudrait se renseigner sur l’histoire des célébrations des solstices et des équinoxes. La partie suivante, sur les « Nouvelles voies », n’est pas moins remplie, et nous en apprenons beaucoup sur les traditions renouvelées, ou les adaptations des célébrations à notre époque… L’ouvrage sur Beltane, par exemple, recense quelques endroits du monde où est célébré le 1er mai. Bonnes adresses et  notions clefs sont au rendez-vous. Cette partie-là est aussi l’occasion pour l’auteur de présenter quelques premières idées pour une célébration, qu’elle soit simpliste ou plus élaborée. Une promenade le jour du printemps peut suffire !

3 – Charmes et divination :

Une partie un peu plus ésotérique que la précédente, qui pouvait faire cas de quelques pratiques traditionnelles à cheval entre les coutumes affirmées ou négligemment jetées sur l’épaule, et l’usage magique. Avis donc aux plus avancés d’entre nous, qui ne se contenteront peut-être pas d’une simple balade de printemps. Divination par les fleurs au printemps ou magie des seuils à Samhain, beaucoup d’idées sont données, adaptables toujours. La simple curiosité peut aussi tout à fait pousser le lecteur à explorer ces nombreux charmes. Pas de rituels complexes ici, mais de simples suggestions, qu’elles soient de l’ordre du tarot ou d’une bougie.

4 – Recettes & Bricolage :

amazon4La partie qui m’a sans doute le plus plu ! Elle propose des activités créatives et manuelles, adaptables pour être vécues avec des enfants — si l’on en a —, et qu’on souhaite les inclure dans ce rapport intime au cycle naturel. Masques, bâtons à clochettes et recettes de cuisine y abondent. Je crois que chacun peut y trouver son compte, qu’il soit plus manuel ou cuisinier. Les recettes peuvent être aussi celles d’huiles ou d’onguents magiques pour cette occasion, et là, le côté ésotérique reprend le dessus. Décoration, cuisine : c’est l’occasion de reprendre goût aux activités matérielles !

5 – Prières & Invocations :

Cette section-là est intéressante pour quiconque voudrait formuler une oraison particulière pour cette  période précise, destinée aux fées ou aux morts par exemple.  Partie plus courte que les autres en général, cela n’empêche point sa grande richesse, pour le lecteur curieux. Bien sûr, les oraisons proposées peuvent être ignorées, ou remaniées pour mieux correspondre à vos attentes. C’est la partie qui m’a sans doute le moins concernée. Cependant, elle peut donner de fières idées !

6 – Célébrations rituelles :

amazon3Ce segment propose des rituels plus complexes dans l’air du temps (ou du sabbat…).  Partie plus canonique sans nul doute, elle peut satisfaire un païen débutant qui voudrait avoir un cadre précis pour sa volonté de célébrer la date. Les rituels proposés sont complets et incluent souvent de grands principes wiccans, si ce n’est magiques en général — et c’est là où la plus grande rigidité de ce qui est proposé peut arrêter la « sorcière libre d’esprit ». Cependant, le cadre proposé inspire à chacun sa version de la célébration. En réalité, il appartient à chacun et chacune de doser son implication dans la lecture, et de voir ce qui lui siéra le plus ! Pour les plus libres d’esprit, je recommande les premières parties, plus souples, mais pour ceux et celles qui nécessiteraient un rituel pas à pas, cette partie est plus adaptée.

7 – Correspondances diverses & variées :

Précieuse partie qui concentre toutes les correspondances entre le sabbat en question et les pierres, les minéraux, les arcanes, les coutumes, etc. Pour les esprits les plus synthétiques, cette partie est parfaite ! Enfin, elle se clôt généralement sur des versions différentes du sabbat selon les pays.

Les points appréciés

J’ai pu apprécier leur clarté, et leur découpe astucieuse, comme je l’ai montré précédemment. Ils peuvent être utilisés pour la simple curiosité des us et coutumes d’autrefois, ou servir techniquement au païen en manque d’idées. Sans exposer une doctrine forcément rigide, l’ouvrage nous conduit doucement à renouer avec certaines pratiques, qu’elles soient manuelles comme la croix de Brighid lors d’Imbolc en février, ou plus spirituelles comme une magie des seuils. Attirée par cet aspect manuel, j’ai grandement apprécié les recettes de cuisine que l’on y trouve, souvent simples — pas forcément véganes. La première partie, plus historique, sur les « Anciennes voies », peut être une bonne base pour s’informer des réalités de la célébration, m’en étant moi-même servi pour un futur article sur le mois de mai… Dans tous les cas, ces petits ouvrages forment une collection complète et très richement fournie, autant par le texte que par les illustrations. De couverture souple, très fine, ils sauront se glisser dans le restant de vos étagères si cela a piqué votre curiosité, ou si Ostara approchant vous attire…

 

Collection « Célébrations Païennes » à retrouver sur le site des éditions Danaé.

 

Âme de sorcière, ou la magie du féminin, de Odile Chabrillac.

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Image provenant du site FNAC.

L’implication personnelle d’Odile Chabrillac dès le début de l’ouvrage.

Si j’ai obtenu cet exemplaire de l’Âme de sorcière, il s’agit du fruit du hasard. Errance dans les méandres des suggestions que l’on me fait au jour le jour : voilà bien un curieux motif qui m’a fait tomber sur ce livre. Au premier abord peu attrayant, de couverture sobre, il cache une richesse infinie de contenu. Auteure d’abord reconnue pour des ouvrages concernant le bien-être, Odile (si tu me permets, de femme à femme, de t’appeler par ton joli prénom) exprime en profondeur sa féminité. Les premières pages attrapent le lecteur, ou la lectrice, avec joie, en renouvelant l’image tant décriée de « la » sorcière. Odile Chabrillac délivre pour commencer sa propre expérience : entre la peur et l’envie de se dire comme telle, dans une époque qui regarde la figure de la sorcière comme désuète et invalide, elle expose sa propre vie. Cheminement dès l’origine, ses « premiers pas » sont racontés avec une intimité touchante pour le lecteur.

Réfléchir en tant que femme sur la femme, avec une incroyable liberté de ton.

Les chapitres suivants n’ont pas vocation à retracer toute l’histoire de la sorcellerie, mais ils rétablissent certaines vérités, et dessinent quelques sillons historiques. Repères pour la femme moderne, ils le sont aussi pour toute personne s’intéressant de près ou de loin à cette histoire traumatique. Cet ouvrage n’est pas « féministe » pur et dur, mais il aide à renouer avec la notion de féminité. En posant les jalons d’une difficile histoire féminine, il aide également à rétablir une certaine conscience de soi. De femme à femme, Odile nous parle du corps féminin, de ses turpitudes tues et enterrées : douleurs, accouchement, nudité, joie, érotisme. Dans l’intimité de ses pages, le livre nous conforte dans l’idée que tout est permis, et il ne juge pas. Il laisse le lecteur être. Le corps est célébré dans sa simplicité, mais aussi sa complexité. Si cette précieuse découverte délivre une intéressante réflexion sur le corps féminin, elle n’est pas en reste concernant le domaine spirituel…

Redéfinition de la « sorcière », loin de l’ultra-féminisme, et des mauvais préconçus.

En effet, si Odile nous invite à explorer les méandres du corps féminin, elle n’oublie pas le titre de son ouvrage, et aide la femme moderne à renouer, si elle le veut, avec une approche plus sensible de la Nature. Elle délivre le mot de « sorcière » de son apparat négatif, et elle le vêtit de beauté, de sensibilité. À partir du chapitre 7 de son ouvrage, elle présente une manière intuitive de percevoir la Nature, et ce, en croisant différents domaines : approche écologiste, humaine par la guérison, et intellectuelle par l’intuition. Elle invite le lecteur, ou la lectrice, à s’accorder avec ce qu’il ou elle en pensera du livre. Avec une certaine douceur, elle met en lumière sa propre perception de la vie alentour, sans jamais prêcher une approche définitive, unique. Cette douceur, et cette ouverture, forment sans aucun doute une des qualités majeures de son adresse au lectorat. Yin et Yang, méridiens, chakras, sexualité ; elle n’ôte rien du poids de ces mots, et en parle. Ce livre est en somme une discussion entre elle et nous, et nous invite à revoir ce que nous négligeons souvent : le corps dans son entièreté, la sexualité abordée librement, l’intuitive connaissance de la Nature. Elle pose les jalons d’une réflexion et d’un mode de vie qui méritent, en tout cas, d’être considérés aujourd’hui. Je terminerai avec ses mots, au sujet de la fertilité de l’image de la sorcière, femme autonome et crainte:

« Là où il y a de la peur, il y a du pouvoir ».

Le lectorat féminin est donc amené à se libérer de la peur de vivre, tout simplement !

 

 

CHABRILLAC, Odile, Âme de sorcière ou la magie du féminin, Harmonie Solar, 2017.