Suspiria : le rêve sombre de Dario Argento

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Dans ce classique du Giallo, le film nous raconte l’histoire d’une jeune danseuse, Suzy, qui arrive dans une école reculée à Fribourg afin de devenir artiste de ballet, avant de découvrir que l’établissement est tenu par l’une des trois mères sorcières…

Avant d’entrer dans le vif du sujet, quelques mots sur le réalisateur Dario Argento. L’homme, toujours en activité, est connu pour son style onirique et expérimental, mais aussi pour avoir signé de nombreux classiques : Phenomena, Opera, Dracula ou encore Le syndrome de Stendhal. Sa mise en scène est dite sensorielle plutôt que rationnelle, comme le dit très bien Noodles :

Vise moins à produire du sens que de pures sensations illustrant ce que les personnages ressentent : des sensations de matières, de textures, où les objets paraissent plus luisants qu’en réalité (un rasoir brillant comme un diamant), des gants en cuir excessivement mis en valeur par un gros plan et un travail sur la couleur du cuir… (Article Dario Argento : génie du Giallo paru sur le site doc.cine.fr)

Sorti en 1977 en Italie, Suspiria n’avait rien à voir avec le cinéma de l’époque, par son avant-gardisme et sa mise en scène magistrale. Avant lui, il y avait des œuvres misant sur l’hystérie et les hurlements outre-Atlantique (notamment avec Massacre à la tronçonneuse ou L’Exorciste) et des adaptations coupables outre-Manche (les productions Amicus et Hammer), et en Italie, des polars colorés produits à chaîne : le Giallo.

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Copyright Les Films du Camelia.

Pour comprendre l’impact de Suspiria, il convient de revenir sur ce genre dominant et très populaire chez nous (et de manière durable grâce au label vidéo Néo Publishing). Il tire son origine d’une collection de romans policiers publiés par les éditions Mondalori de 1929 à 1960, reconnaissables par leurs couvertures colorées et leurs narrations mêlant gore, érotisme et whodunit. Ces récits étaient pour l’époque l’équivalent transalpin des pulp fictions anglophones, également de par le papier de mauvaise qualité de leurs éditions1. Ainsi, le Giallo était dans les années 1960 une forme du cinéma d’exploitation qui se caractérisait par une esthétique influencée par les modes du moment, puisque uniquement fait pour rapporter de l’argent. En termes de formes, cela donnait à voir des œuvres comme celles de Mario Bava (La Baie sanglante, ancêtre du slasher, Les Visages de la peur, entre autres œuvres dans des genres aussi différents que le gothisme ou le péplum), Sergio Martino (Torso, Rue de la violence) ou celles du poète du macabre Luigi Fulci (Le Temps du massacre), mais aucune n’avait jusqu’alors été en totale rupture avec le modèle d’origine. Ce sera le cas pour le film qui nous occupe.

La première raison est de ne pas être un film policier ni un film gore à proprement parler. Ici, nous suivons une jeune élève qui découvre une école de danse réputée et son internat – c’est alors que des morts surnaturelles surviennent. Au lieu de policiers et de tueurs fous, Argento préfère les jeunes filles innocentes et les sorcières. L’esthétique extrêmement travaillée dans ses couleurs vives et ses cadrages géométriques d’une grande précision vient nous rappeler l’origine du projet : créer une trilogie autour de trois sorcières,  »les trois mères », avec chaque film se situant dans une ville différente (Inferno sera situé a New-York et Mother of tears à Rome). Chaque film de la trilogie possède une esthétique onirique au montage lancinant et au travail proche du rêve, bien loin des cadres urbains du genre. De plus, la musique est clairement l’élément qui donne son rythme au montage, tout en ruptures et en répétitions (d’autant plus forte qu’elle est l’œuvre du mythique groupe Goblin), mais l’aspect visuel déborde de la simple quête d’efficacité. En effet, tout existe sous un contraste rouge et blanc, en contre-plongée jouant parfaitement de la géométrie glaçante des architectures (qu’il s’agisse de l’école ou d’une cour extérieur), afin de perdre le spectateur. Délibérément, Argento y parvient de mieux en mieux au fil du film, jusqu’à un paroxysme halluciné dont on ne doit rien dévoiler dans ces lignes.

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Copyright Les Films du Camelia.

Bien entendu, les thèmes de la mort et de l’érotisme ne sont jamais loin chez le réalisateur, et cela se ressent par la manière dont il met les corps en valeur (notamment avec nombre de scènes en nuisette). Un plaisir gratuit ? Non, le réalisateur assume jusqu’au bout la dimension de conte de son long métrage, et surtout son aspect initiatique sur le passage de l’enfance à l’âge adulte. Quant à la sorcellerie, elle est également montrée d’une manière innovante. Émerge une figure d’autorité, la sorcière qui gère l’école. Les jeunes danseuses deviennent des proies fragiles. Le long métrage n’est pas seulement une œuvre expérimentale, c’est aussi une œuvre efficace. C’est là l’une des raisons de la pérennité de Suspiria sur l’ensemble du cinéma d’horreur : tout, du jeu de couleurs et de cadres, du le rythme et de la musique, rend le cauchemar terrifiant à la manière d’un rêve intime. On peut le découvrir à l’occasion de la sortie du remake, en date du 14 novembre, avec Dakota Johnson et Chloé Moretz, et réalisé par Luca Guadagnino (Call me by your name, The Bigger Splash).

Faites de beaux rêves, les enfants !


Mais ne nous délivrez pas du mal – Analyse

Affiche du film.

Aujourd’hui, vendredi 29 juin, bonne journée. J’ai fait punir Céline Crespin à ma place alors que c’était moi qui avais chahuté. Dimanche elle sera privée de sortie. À notre professeur, l’abbé Dupré, j’ai confessé deux pêchés d’impureté que je n’avais pas commis. Cela devient de plus en plus excitant. Lore et moi éprouvons maintenant un plaisir de plus en plus intense à faire le mal. Pêcher est devenu notre principal objectif. Comme d’autres, des crétins, passent leur vie sous le signe de la vertu, Lore et moi le passons sous le signe de Satan, notre seigneur et maître.

Mais ne nous délivrez pas du mal, long métrage de Joël Séria sorti en 1970, s’ouvre sur la rédaction par Anne (Jeanne Goupil) de cet extrait de son journal intime, qui introduit à merveille les personnages principaux ainsi que les thématiques du film. À la faveur de la nuit, dans le dortoir du pensionnat religieux de Sainte-Marie, la jeune fille, cachée sous ses draps, consigne en cachette son dernier méfait et décrit la jouissance grandissante qu’elle ressent au fur et à mesure qu’elle progresse, au côté de sa complice Lore (Catherine Wagener), sur la voie du vice et de Satan.

Les deux adolescentes, toutes deux issues de familles aisées et respectées (noble pour la première, bourgeoise pour la seconde), sont supposées partager leur existence entre l’étude assidue, austère et pieuse à Sainte-Marie, et une vie saine, faite de vertu et d’obéissance, chez leurs parents, établis dans quelque campagne non loin.

Pourtant, à l’insu de toutes et de tous, elles s’appliquent à semer la souffrance et la destruction autour d’elles chaque fois qu’elles en ont l’occasion, dédiant leurs excitants méfaits à Lucifer, auquel elles jureront solennellement allégeance au cours d’une messe noire réalisée à l’aide d’objets de cultes catholiques récupérés ça et là et subvertis. Elles éprouvent en outre l’une pour l’autre un amour profond et défendu, qu’elles sacraliseront en échangeant deux anneaux, quelques gouttes de leur sang et deux hosties consacrées souillées, lors de cette même messe noire, qui prend alors des allures de mariage satanique.

Photogramme du film Mais ne nous délivrez pas du mal.

Ainsi Anne et Lore se rebellent-elles contre l’ennui et la passivité auxquels voudraient les contraindre les figures d’autorité omniprésentes qui, au nom de Dieu et de la tradition, se relaient afin de soumettre à leur ordre chaque moment et chaque dimension de leur vie. Dans les marges du contrôle, elles organisent en cachette leur double vie palpitante, découvrant dans l’intimité tendre de leur relation lesbienne platonique le cadre privilégié d’une émancipation radicale et violente, qui en passera par l’impiété et la cruauté. Sans doute Les chants de Maldoror, qu’elles lisent en douce, auront su les inspirer, et notamment ce passage où Isidore Ducasse, alias Comte de Lautréamont, s’exclame :

Il y en a qui écrivent pour rechercher les applaudissements humains, au moyen de nobles qualités du cœur que l’imagination invente ou qu’ils peuvent avoir. Moi, je fais servir mon génie à peindre les délices de la cruauté ! Délices non passagères, artificielles ; mais, qui ont commencé avec l’homme, finiront avec lui1.

Au sein de ces plages de liberté arrachées, elles inversent circonstanciellement les rapports de domination, prennent momentanément le pouvoir en imposant leur propre loi sadique à celles et ceux qu’elles prennent pour cibles. Les hommes, grands privilégiés de l’ordre patriarcal qui les oppresse, apparaissent logiquement comme leurs martyrs préférés. Anne joue avec les fantasmes de l’aumônier qui la confesse en lui rapportant les pratiques lesbiennes de deux religieuses ; elle libère les vaches d’un jeune fermier prénommé Émile, pendant que Lore le distrait en l’excitant et en se dérobant – non sans difficultés – à ses baisers libidineux ; elle empoisonne, avec l’aide de sa complice, l’oiseau préféré de son jardinier simple d’esprit, les deux jeunes filles ayant pour projet d’assassiner tous les volatiles un par un plutôt que tous en même temps, afin de maximiser la souffrance de leur victime ; elles se rendent en cachette chez Émile et brûlent le foin de sa ferme, alors qu’il est en train de souper avec ses parents ; elles tourmentent à nouveau le jardinier d’Anne en le jetant dans un étang et en engageant une course poursuite avec lui, au cours de laquelle elles suscitent sans cesse son désir et s’amusent à le frustrer. La liste de leurs méfaits est longue.

Les deux adolescentes finiront par tuer un inconnu en panne de voiture, rencontré sur le bord de la route, après l’avoir conduit chez Anne en vue de le séduire. Emporté par sa passion, celui-ci était devenu incontrôlable et cherchait à les violer. Se retrouvant alors dans l’incapacité de préserver plus longtemps le secret, Anne et Lore préfèrent prendre le pari de la mort que de voir cette double vie, la seule qui vaille vraiment la peine d’être vécue, envahie et détruite par cet ordre social qu’elles abhorrent. Dans son journal, Anne écrit :

Je n’ai pas voulu faire peur à Lore, mais l’enquête est sur le point d’aboutir. Ils vont découvrir le corps, ce n’est plus qu’une question de jours. Mais ils auront beau faire, ils ne nous sépareront pas. Nous sommes liées l’une à l’autre pour toujours.

Ainsi décident-elles de mettre fin à leurs jours au nez et à la barbe de l’inspecteur en charge de l’enquête et de nombreux membres de leur communauté, dont leurs parents, au cours d’un spectacle scolaire auquel elles participent. Après avoir déclamé trois poèmes réprouvés (« Complainte du pauvre jeune homme » de Jules Laforgues, « La mort des amants » et « Le voyage », VIII, de Charles Baudelaire) elles s’aspergent d’alcool et s’immolent. Le public applaudit avec enthousiasme, croyant d’abord à une performance spectaculaire, puis s’affole lorsqu’il comprend que le feu qui consume les robes blanches des jeunes filles est bien réel. Mais il est déjà trop tard pour réagir. Les flammes dévorent les deux corps enlacés et, fortifiées par ce combustible, s’élèvent jusqu’à la bande d’étoffe habillant le bord supérieur de la scène, qui s’embrase à son tour. Juste au-dessus, l’inscription Ad majorem Dei gloriam, « Tout pour la plus grande gloire de Dieu », ne perd rien pour attendre.

Leur suicide se donne comme un crachat insolent à la face de la communauté, un geste d’insoumission d’une extrême violence, flamboyant et fatal, par lequel elles privent définitivement l’autorité de la victoire totale qu’elle n’aurait pas tardé à obtenir.

Photogramme du film Mais ne nous délivrez pas du mal.

S’il a quelque chose de désespéré, cet acte n’est pas tout à fait nihiliste. En effet, le dernier extrait du journal d’Anne, cité un peu plus haut, et les trois poèmes que les adolescentes récitent avant de s’immoler, témoignent d’un espoir de libération post-mortem.

Poème 1 – Complainte du pauvre jeune homme2

Quand ce jeune homm’ rentra chez lui,
Quand ce jeune homm’ rentra chez lui ;
Il prit à deux mains son vieux crâne,
Qui de science était un puits !
Crâne,
Riche crâne,
Entends-tu la folie qui plane ?
Et qui demande le cordon,
Digue dondaine, digue dondaine,
Et qui demande le cordon,
Digue dondaine, digue dondon !

Quand ce jeune homm’ rentra chez lui,
Quand ce jeune homm’ rentra chez lui ;
Il entendit de tristes gammes,
Qu’un piano pleurait dans la nuit !
Gammes,
Vieilles gammes,
Ensemble, enfants, nous vous cherchâmes !
Son mari m’a fermé sa maison,
Digue dondaine, digue dondaine,
Son mari m’a fermé sa maison,
Digue dondaine, digue dondon !

Quand ce jeune homm’ rentra chez lui,
Quand ce jeune homm’ rentra chez lui ;
Il vit que sa charmante femme,
Avait déménagé sans lui !
Dame,
Notre-Dame,
Je n’aurai pas un mot de blâme !
Mais t’aurais pu m’laisser l’charbon [pour s’asphyxier],
Digue dondaine, digue dondaine,
Mais t’aurais pu m’laisser l’charbon,
Digue dondaine, digue dondon !

Lors, ce jeune homme aux tels ennuis,
Lors, ce jeune homme aux tels ennuis ;
Alla décrocher une lame,
Qu’on lui avait fait cadeau avec l’étui !
Lame,
Fine Lame,
Soyez plus droite que la femme !
Et vous, mon Dieu, pardon ! pardon !
Digue dondaine, digue dondaine,
Et vous, mon Dieu, pardon ! pardon !
Digue dondaine, digue dondon !

Quand les croq’morts vinrent chez lui,
Quand les croq’morts vinrent chez lui ;
Ils virent qu’ c’était un’ belle âme,
Comme on en fait plus aujourd’hui !
Âme,
Dors, belle âme !
Quand on est mort c’est pour de bon,
Digue dondaine, digue dondaine,
Quand on est mort c’est pour de bon,
Digue dondaine, digue dondon !

Ce premier poème pose que, peu importe la manière dont on a vécu, nous sommes toutes et tous égaux face à la mort. À la fin, celle-ci abolit une fois pour toutes notre existence terrestre : « Quand on est mort c’est pour de bon ». Ainsi, de ce point de vue, il est indifférent de cultiver son intelligence ou de végéter dans sa bêtise, ou encore de courir après la vertu ou de s’adonner au vice. Face à la faucheuse, impartiale et implacable, tous nos efforts se révèlent vains et risibles, salués par autant de « Digue dondaine, digue dondainde, / […] / Digue dondaine, digue dondon ! » moqueurs. D’autant, sous-entend le poète, que l’intelligence rend fou et suicidaire (strophe 1) et que la vertu n’apporte pas le bonheur (le jeune homme à la « belle âme » met fin à ses jours) et n’est au fond qu’un paraître hypocrite (dans la strophe 2, on comprend que le jeune homme rentre chez lui après avoir été chassé de chez sa maîtresse par le mari de cette dernière).

Mais ces vers ne disent rien de ce qui advient après la mort. Est-elle un passage vers autre chose (et si oui, vers quoi ?) ou bien une impasse absolue ? La question est ouverte et le deuxième poème s’y engouffre.

Poème 2 – La mort des amants3

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;

Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

Ce deuxième poème répond au premier, nous décrivant la mort simultanée de deux personnes liées par un amour profond, qui se donne comme un jumelage de « cœurs » et d’« esprits », semblable à celui qui unit Anne et Lore. Il n’est pas exclu que cette mort simultanée soit plus précisément un suicide. En effet, « l’éclair unique » que les amants échangent pourrait désigner l’unisson visuel et acoustique de deux coups de feu. Ce qui est certain, c’est qu’ Anne et Lore témoignent, à travers leur immolation, d’une interprétation aussi littérale que personnelle des vers : « Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux / Qui réfléchiront leurs doubles lumières ». Ces « adieux » se révèlent n’être que des au revoir : « un Ange » viendra raviver les esprits (« les miroirs ternis ») et les cœurs (« les flammes mortes ») jumelés des amants, permettant ainsi à leurs existences et à leur amour de transcender les bornes de la finitude. Pour les deux adolescentes, cet « Ange » s’identifie bien sûr à Lucifer, l’ange déchu qu’elles révèrent et au nom duquel elles ont renié Dieu et le Christ. Ainsi convaincues que leur amour leur survivra, Anne et Lore sont prêtes à suivre leur psychopompe n’importe où, comme le montre le dernier poème. Car là où il les conduira, elles seront ensemble d’une manière ou d’une autre. Et c’est au fond tout ce qui compte.

Poème 3 – Le voyage, VIII4

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !

Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !

Cette plongée « Au fond de l’Inconnu », cette exploration du « nouveau » annoncée par le poème, apparaît dans ces quelques vers bien plus excitante qu’inquiétante. Il faut dire qu’elle se donne comme la solution définitive à l’ennui terrestre, ce même ennui qu’Anne et Lore subissent et qu’elles ne supportent plus. Parce qu’elles meurent d’ennui, elles veulent mourir tout court. Pour les deux jeunes filles, l’idée de troquer une vie prévisible, déjà toute tracée par la communauté, contre une après-vie pleine de mystères et de découvertes, apparaît extrêmement séduisante.

À l’issue de cette triple récitation, les voici donc affermies dans leur résolution. D’un geste assuré, elles vident chacune le contenu d’une bouteille de gnôle sur leurs robes blanches et y mettent le feu, se suicidant ensemble pour se libérer ensemble. Si elles ont vu juste, Lucifer ne tardera pas à venir chercher leurs âmes, à jamais enlacées.

Claire Tabouret, La grande camisole, huile sur toile 2014.

 

 


Notes :

1 Isidore Ducasse ou Comte de Lautréamont, Les chants de Maldoror, « Les classiques de poche, Le livre de poche », Librairie générale française, 2001, chant premier, §4, p. 86.

2 Jules Laforgues, Les complaintes, Léon Vanier, Paris, 1885, pp. 108-109.

3 Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, dans Œuvres complètes, tome 1, Calmann-Lévy, Paris, 1908, p.339.

4 Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, dans Ibid., p. 351.

Mary Shelley (2018) – Réflexions autour du film

Mary Shelley est un film réalisé par Haifaa Al-Mansour. Sorti en août 2018, il retrace le parcours de Mary allant de ses rencontres littéraires en passant par ses déboires amoureux jusqu’à « l’accouchement » de son roman bien connu, Frankenstein ou le Prométhée moderne  (1818). Je propose un retour fait d’analyses diverses.

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Copyright Pyramide Distribution, Stars Tom Sturridge, Film Mary Shelley.

Mary semble s’ennuyer dans une vie monotone, aidant à la librairie de son père, le très réputé William Godwin. Son passe-temps favori ? Se réfugier dans la lecture, à la lumière du soleil baignant le cimetière du village. « Aimer lire, c’est tout avoir à sa portée. » On est d’ailleurs très vite happés par le décor à la fois romantique et gothique de l’ambiance qui se dégage du film.

Mary est interprétée par l’actrice Elle Fanning, que j’ai pu découvrir pour la première fois dans le rôle de Jessie dans The Neon Demon (2016). Sa jeunesse et son physique font bien écho à l’image que le réalisateur semble vouloir donner d’une jeune fille idéaliste qui ne veut plus se contenter d’être une lectrice passive. En effet, Mary aussi aspire à écrire. Et c’est aussi ce qu’elle fait lorsqu’elle part s’évader dans le cimetière.

Mis à part la thématique littéraire, on peut relever le côté militant de Mary qui est déterminée à lutter pour le droit des femmes. Surtout au cœur de la société britannique du XVIIIe siècle, qui semble mettre en avant l’image d’une femme d’intérieur passant son temps à se préparer pour les bals de la prochaine saison, tout en espérant rencontrer son promis… Le personnage de Mary change la donne, et son père l’encourage à sa manière lorsqu’il commente ses premiers écrits : « find your own voice ».

De façon parallèle à son périple littéraire, Mary rencontrera Percy Shelley, interprété par Douglas Booth. Ces deux personnages vont entretenir une relation tumultueuse – car en dehors mariage conventionnel selon les normes sociétales de l’époque –, cela était inadmissible.

C’est en rencontrant l’amour que Mary se confrontera à plusieurs états émotionnels et ceci exacerbera sa propre sensibilité artistique. Et l’on ne peut pas parler d’amour interdit sans parler de liberté. Percy apprend à Mary que si elle ne s’engage pas avec lui, elle manquerait une grande opportunité car « une vie sans amour, ne vaut pas la peine d’être vécue. » 

Ton erreur, c’est d’attendre une occasion. Les gens devraient aimer et vivre comme ils l’entendent.

Copyright © 2018 PROKINO Filmverleih GmbH, Stars Douglas Booth, Film Mary Shelley

Mais une passion basée sur une liberté absolue qui fait fi des normes, des mœurs et de la société, peut-elle vraiment perdurer dans le temps ? Après les premières années d’émoi, d’où puisera-t-elle sa légitimité?

Au fil de leur histoire, qui n’a d’idylle que le nom, Mary sera dévastée, blessée et aussi transportée. Pour plusieurs raisons que je ne développerai pas ici. Tout au long du film, son évolution psychologique et ses différents états émotionnels vont se trouver imbriqués et impliqués dans le processus créatif de son œuvre. En effet, elle met au monde sur papier Frankenstein, au même titre que toutes ses peurs, ses fantasmes, sa vision de la vie, allant du rôle de mère à la question de la mort.

Frankenstein, c’est cette créature qui se compose de morceaux de chair humaine mais qui ne tient à la vie que par quelques miraculeuses décharges électriques. Il fait donc écho au processus de création qui, au même moment qu’il « donne naissance », fait état de mort de ce qu’on a voulu transmettre et partager. On peut aussi penser le mythe de Frankenstein comme une réflexion sur la société dite « moderne » qui célèbre la science comme moteur pour améliorer, prolonger et découvrir plus amplement, la condition humaine. (c.f. Galvanism process). À défaut d’être à l’origine de la création, l’Homme se veut un être un perpétuel artisan du vivant…

Copyright Pyramide Distribution, Stars Tom Sturridge

Frankenstein peut être compris en somme comme une métaphore des lambeaux d’humanité qui subsistent grâce à la magie de l’amour. Mais comme l’énonce Mary, on ne peut aimer sans assumer ses choix et la responsabilité qui incombent à l’amour :

Les idéaux et l’amour nous donnent du courage mais ils ne nous préparent pas aux sacrifices nécessaires à toute histoire d’amour. (…) Il vient un temps où l’on doit se séparer des choses qu’on aime.

Copyright Pyramide Distribution, Stars Tom Sturridge, Film Mary Shelley

Mary rencontra au cours de son aventure littéraire d’autres écrivains passionnés dont Lord Byron et Polidori, respectivement interprétés par les acteurs Tom Sturridge et Ben Hardy. Ce sera des discussions plus ou moins enflammées autour de la poésie dans le manoir de Lord Byron arrosées de rouge qui alimenteront les pensées de Mary. La poésie peut-elle permettre de réformer la société ? Peut-on comprendre la littérature comme réceptacle des passions, peurs et fantasmes des individus composant une société ?

Du tableau de Henry Fuseli, Le Cauchemar (1781) en passant par la nouvelle Le Vampire (1819) de Polidori, elle s’imprégnera de toute une atmosphère qui lui servira d’inspiration fantastique.  Elle considèrera d’ailleurs un bon livre comme :

Toute œuvre importante qui glace le sang et qui accélère les battements de votre cœur.

Le Cauchemar (1781), Henri Fuseli.

Suite à un concours de circonstances et de choix délibérés, Mary et Polidori se verront confrontés à un problème de plagiat au vu de la publication de leurs écrits respectifs par Percy et Lord Byron. Comme l’énonce Polidori :

Les vampires ? Ce sont ceux qui exploitent la vulnérabilité des autres.

Un bel exemple de vampirisme social qui fait que l’on voudrait s’accaparer des richesses des autres et de ce qu’ils ont. Par jalousie, par manque, par désir ou bien par incapacité de pouvoir produire de même ou mieux ? C’est d’ailleurs le cas, à mon sens, d’un éditeur qui refusera de publier le texte initial de Mary à son nom, parce que c’était une femme. Évidemment, pour une femme, écrire, publier et parler de monstruosités, voire de la mort, c’est peu vendeur… Le public se fiche de la vérité, il faut qu’une femme réponde à des attentes, comme souvent, des récits uniformisés et parfumés à l’eau de rose, s’il-vous-plaît. Mary a, encore une fois, une réplique juste :

Remettez-vous en cause la capacité d’une femme à écrire, à expérimenter la perte, la mort et la trahison ? Voilà ce dont il s’agit. Vous le sauriez si vous aviez jugé l’œuvre plutôt que ma personne. Simplement parce que je suis une femme ? Je suis en âge d’enfanter, et aussi en âge d’écrire.

Après un long chemin semé d’embuches, Mary verra finalement son œuvre publiée.

Quant à son histoire avec Percy, elle y mettra fin pour son propre bien.

– Nous pourrions livrer un message d’espoir et d’amour ? (Percy)

– Quel message ? Regarde autour de nous, regarde le bazar que nous avons fait, regarde ce que je suis devenue ! (Mary)

– Ne laissons pas les monstres que nous avons créés nous dévorer. (Percy)

Pour ensuite,  le retrouver, dans des circonstances plus favorables.

Si je n’avais pas vécu le désespoir, je n’aurais pas appris à y faire face, mes choix ont fait de moi ce que je suis et je ne regrette rien.

Pour clore cet article, je dirais que ce film est une immersion agréable tantôt sombre, tantôt romancée qui nous plonge au cœur des questions qui tournent autour des passions et dévorations humaines. Le tout est enrobé de belles musiques et d’une ambiance #SoBritish qui ne me donne qu’une envie : aller me servir un bon thé à l’anglaise !

Les mauvais esprits (De Fleur, 2018)

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Résumé :

Jackson et Angela ont monté une escroquerie en se faisant passer pour des chasseurs de fantômes et en vivent plutôt bien. Un jour qu’ils sont chargés d’enquêter sur une vieille maison hantée, de véritables terreurs surnaturelles occupent la maison, et même un mal bien plus grand encore…

Critique :

Cette production anglo-islandaise déçoit, sans pour autant être sans intérêt. Le film se présente comme une énième histoire d’une équipe de tournage d’émission sur le surnaturel, avec des enquêteurs cyniques se retrouvant face à des événements qui mettent à mal leurs convictions, mais il est plus malin que cela. Tout d’abord, le métrage offre un scénario plus subtil que la majorité des films de ce genre grâce à des personnages forts. D’un coté, une médium manipulée par un frère aussi mégalo qu’aimant, ayant peur d’être aussi folle que sa mère, de l’autre, une mère aimant son fils supposé responsable de plusieurs infanticides. À partir de là, le traitement du récit dévie heureusement du schéma habituel : une équipe cynique entre puis découvre une entité surnaturelle qui les tue et fin, pour offrir un second degré fort en termes de construction de personnages. D’autant que l’atmosphère elle-même est inclassable pour le spectateur européen. La composante islandaise est à prendre en compte, car c’est un cinéma sans gros moyens, jouant beaucoup sur des trucages de plateau et des effets de mise en scène davantage sur des effets spéciaux. Ainsi par le passé, ce pays nous a offert les cultes Dark Floors et ses monstres (réalisé par le leader du groupe de hardrock Lordi) ou la saga Dead Snow et ses nazis zombies, avec un goût tout particulier pour les pitchs sortant de l’ordinaire. Cette approche se ressent dans le soin porté aux décors ainsi qu’aux extérieurs, notamment les forêts, à l’opposé de l’école anglaise plus en intérieurs et en détails, mais nous y reviendrons.

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Ici, la production y propose un usage de ses derniers dénotant dans le genre exploré, traditionnellement plutôt en lieux clos et vieilles maisons (voir le navrant Épisode 50, ou les plus recommandables Le dernier exorcisme produit par Eli Roth et Troll Hunter, jouant eux aussi sur les codes du faux documentaire fantastique), de plus, ici, l’une des bonnes idées est d’alterner les séquences filmées comme un documentaire et celles plus classiques, voire proposant une alternance des codes tout à fait appréciable. Avec bonheur lorsque les éléments de la narration classique induisent en erreur et alimentent les retournements de situation. Avec tiédeur lorsque cela amène des éléments aussi rapidement exploités qu’oubliables, comme une vague histoire de gangster ou des personnages dont même le nom n’est pas dit. Cependant, le moment fort est son dernier tiers où le procédé fait merveille : les victimes et les coupables ne sont pas ceux qu’on croit, les horreurs ne sont pas de la nature anticipée. L’aspect anglais ajoute à l’ensemble une rigueur old school dans la mise en scène, donnant à plusieurs séquences un véritable charme. Pour les spectateurs attentifs et patients, le film déploie dans certaines séquences un soin aux moindres détails des décors et des costumes, rendant les atmosphères et illustrant des blackgrounds efficacement (surtout lors de l’arc autour de la famille dévastée par la mort d’une mère), sans besoin de surverbaliser. D’ailleurs, c’est un autre point fort : le scenario ne se perd jamais dans des dialogues inutiles ou trop littéraires, pas non plus de pseudo explications à l’aspect surnaturel.

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Au point que les personnages en présence sont tous conscients de la mis en scène, tantôt acteurs tantôt spectateurs du procédé. Beaucoup de bonnes choses donc, simplement gâchées par un défaut de structure narrative. En effet, la construction en trois actes est ici défaillante. La première partie apporte une psychologie aux personnages, avec une grande efficacité, alors que la seconde passe trop de temps à explorer basiquement des schémas trop connus. La médium accepte sans vraie raison d’aller dans la maison pour une mission de plus, sinon que de rendre possible la suite du film, et à partir de ce point, si les événements et les révélations fonctionnent à plein, l’empathie n’est plus tout à fait présente. D’autant moins qu’une histoire d’amour dispensable et n’apportant rien en terme d’incidence sur les événements vient un peu alourdir un dernier tiers de grande qualité. Le filmage est lui aussi en dents de scie : pour un plan malin, une série de plans et un montage rappelant le pire dans le genre. La qualité de la production rend le tout digeste et même sympathique, sans pour autant le rendre inoubliable. Un premier pas vers la production islandaise cela dit qui gagnerait à être plus connue sur nos terres, rien de plus et c’est déjà ça. Et en plus, Florence Pugh est excellente dans le rôle principal.

Down the Dark Hall (Cortès, 2018)

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Down the Dark Hall suit l’histoire de Kit Gordy, une adolescente rebelle, qui devient de plus en plus difficile à gérer pour sa mère. Elle est envoyée à Blackwood, un mystérieux pensionnat. Elle y fait la rencontre de l’étrange directrice Madame Duret et des quatre seules autres élèves du pensionnat, des jeunes filles au passé également trouble. Mais en se promenant dans les couloirs de l’établissement, Kit va vite se rendre compte que quelque chose d’étrange se passe à Blackwood. Entre une pièce interdite d’accès, une élève qui perd le contrôle de son corps et des apparitions mystérieuses, Blackwood semble hanté par une force démoniaque.

Il s’agit de la nouvelle réalisation de Rodrigo Cortès (Buried, Red Lights), connu pour son goût des univers clos et des personnages luttant pour leur survie mentale puis physique. De telles thématiques ne pouvaient en toute logique que se fondre à merveille avec le gothique, qu’il soit ancien (le principe de la demeure qui dévoile son attrait fantastique peut le relier à des œuvres telles que La maison du diable de Robert Wise ou plus proche de nous, le très réussi Winchester des frères Sperring), nouveau (on pense bien entendu à Crimson Peak de Del Toro), mais à l’écran le résultat est mitigé. Non pas que la réalisation ne prenne pas toute la mesure des possibilités du lieu, l’exploitant afin d’en rendre parfaitement l’aspect massif, bourgeois et loin de toute modernité. Car le genre est d’ordinaire ancré dans une époque particulière, la fin du XIXe siècle (cela se vérifie de Frankenstein [Whale, 1932] à The Asphyx [Newbrook, 1972]) et surtout un cadre sentant bon l’architecture victorienne ou européenne, mais presque jamais américaine. Où plutôt, on peut y voir le signe d’une tendance toute récente.

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Non, le souci n’est pas non plus dans le casting qui marie jeunes gloires, avec en première ligne la toujours impeccable AnnaSophia Robb (Vu chez Burton dans Charlie et la chocolaterie), et de valeurs sûres avec une Uma Thurmann bluffante. À noter aussi la révélation de ce casting, l’excellente Victoria Moroles dans le rôle de Veronica Diez. Le souci n’est pas non plus à chercher du côté de la musique qui a la bonne idée, surtout si on le regarde en VOST, de jouer non seulement sur la répétition (on peut penser ici aux compositions des années 1970, surtout Dr Phibes où le personnage titre joué par Vincent Price joue sans cesse le même morceau d’orgue), mais surtout sur la musique écoutée par le personnage principal au fil de l’œuvre, reflétant ainsi son état d’esprit évolutif vers la folie puis vers la santé mentale, mais créant une dynamique particulière entre l’espace filmique sonore et celui du spectateur, avec le personnage comme prisme d’interprétation. Tout cela concourant à une technique au service d’un scénario lui aussi intéressant. D’abord, parce que les personnages des jeunes filles sont modernes dans un espace et un genre qui ne l’est pas, forcées de s’y intégrer (l’interdiction des téléphones portables et des écrans), ensuite par sa thématique ambitieuse : permettre à des génies de finir leurs grandes œuvres à travers leurs esprits (pour faire court et pas trop en dire). Si pour le personnage principale, la progression est forte, la construction plus large pose souci dès qu’on y regarde de plus près. En effet, le récit se divise en deux parties, la première qui correspondant au résumé ci-dessus, puis une seconde basculant plus clairement dans la folie et le spectaculaire (ce qui est nouveau dans le genre, car très théâtrale depuis toujours, mais mettons cela sur le compte d’une américanisation du style, notamment pour emboiter le pas au très décevant mais très lucratif It [2017, Muschetti]). Ce choix impose un challenge scénaristique complexe à gérer et malheureusement seulement à demi-réussi.

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Car de par sa nature théâtrale sinon littéraire (le gothique est liée à l’origine à des œuvres comme celles d’Oscar Wilde ou de Bram Stoker), c’est un genre qui tient son charme de sa construction dramatique. Autrement dit, il faut un nœud émotionnel fort et un dilemme prenant, c’est un drame exagéré en quelque sorte, or ici, cet aspect pâtit de l’écriture. D’abord par un trop brutal changement en son milieu, faisant disparaitre la plupart des personnages secondaires sans explication parfois après les avoir réduits à des utilités, concentrant toute sa narration sur le personnage principal et basculant dans le récit éculé du  »lieu dont on découvre l’histoire sanglante, où se trouve le mal ». Si le spectacle et la mise en scène restent des points forts, ces choix laissent penser à une volonté contrariée. D’abord parce qu’adapté du classique écrit par Lois Duncan et paru en 1974, faisant tout de même 270 pages en version américaine, réduit ici à 96 min, obligeant à des raccourcis et laissant de côté le style poétique de l’ouvrage. Ensuite parce que le cinéma d’horreur d’aujourd’hui, en Amérique du Nord surtout, est à la redécouverte d’anciens genres (le film de babysitter avec l’excellent The Babysitter [McG, 2017], le giallo avec le remake prochainement visible du monument d’Argento, Suspiria, entre autres) en les forçant à correspondre au penchant typiquement étatsunien de l’explication rationnelle à tout prix. Pourtant, néanmoins, dans son dernier acte, on peut sentir une volonté de s’en échapper (non pas de spoiler !). Soit dans son ensemble, une œuvre avec plus de qualités que de défauts, mais surtout une promesse tenue, malgré plusieurs compromis, commerciaux notamment.