The Wellcome Collection

Bien le bonjour, j’espère que vous ne vous êtes pas trop égaré dans l’autre côté du Chemin de Traverse depuis la dernière fois. Nous allons alors reprendre notre petit périple à travers la capitale anglaise, et poser nos bagages à notre prochain arrêt, présenté comme The free destination for the incurably curious  (qu’on peut traduire par « la destination gratuite pour le curieux invétéré »). Comment donc résister à une description aussi aguicheuse lorsqu’on est friand de lieux insolites ? Nous y courons, nous y volons !

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The Wellcome Collection est en réalité un lieu des plus surprenants, destiné à mettre en évidence les liens existants entre la médecine, les concepts de la vie et de la mort, ainsi que la place de l’être humain dans le monde.

Il est constitué de plusieurs galeries d’exposition, de collections permanentes et temporaires, d’une salle de lecture pédagogique et interactive ; le tout inclus dans une infrastructure à la fois classique et moderne. Pour cet article, je vais plutôt m’attarder sur la collection permanente d’Henry Wellcome avec son côté à fois curieux, mais intelligent. Les autres parties du bâtiment valent également le détour et à juste titre, mais je n’aurais pas assez d’un article pour les aborder. Vous pouvez, notamment, consulter l’intégralité du génome humain imprimé sur papier ou errer dans la salle de lecture, un incroyable espace ouvert où vous avez la liberté d’interagir avec les curiosités entreposées.

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Sir Henry Solomon Wellcome (1853-1936) est pharmacien, entrepreneur, philanthrope et surtout collectionneur féru de curiosités. Le premier produit commercialisé par notre gentilhomme est l’encre invisible (oui oui, le fameux jus de citron…).  En 1880, il fonde la compagnie pharmaceutique Burroughs Wellcome & Co. avec son partenaire Silas Burroughs et lance sur le marché, aux côtés de quelques autres téméraires, les tout premiers médicaments sous forme de comprimés. À l’époque, ces produits de soin sont commercialisés en poudre ou en décoction liquide. Lorsque son partenaire Silas décède en 1995, Henry Wellcome reprend les rênes de la firme qui connaît un succès sans précédent. L’homme voyage alors aux quatre coins du monde et amasse l’une des collections les plus impressionnantes d’objets liés à la médecine à travers les âges. Cette collection est aujourd’hui visible dans le bâtiment d’origine, construit selon les souhaits du concerné en 1932.

L’une des particularités de la Wellcome Collection reste son côté très pédagogique. Bien entendu, le visiteur curieux sera plus que comblé de se promener entre les nombreuses vitrines remplies d’objets plus intrigants les uns que les autres, mais l’agencement même de ces multiples artéfacts invite à la réflexion. Comme déjà mentionné auparavant, le but de cette collection permanente est de mettre en relation la médecine avec les concepts de vie et de mort, ainsi que la place de l’être humain au sein de notre planète. La médecine a, depuis la nuit des temps, été au service de l’homme dans le but de soigner les maux et donc, de prolonger son existence sur cette terre. Avant l’avènement de la médecine moderne et de sa codification, la frontière entre médecine et magie était bien plus estompée qu’elle ne l’est de nos jours. Le médecin était prêtre, shaman, sorcier, homme de sciences, homme de l’occulte. Nos ancêtres pratiquaient des rites païens permettant la guérison et s’en remettaient aux puissances divines pour garantir leur survie. En d’autres termes, l’homme a toujours été plus ou moins conscient de la fragilité de son existence au sein de l’univers, et a toujours eu cette notion de dualité entre vie et trépas, quelque soit son appréhension (présente ou absente selon les cultures) quant au passage vers l’au-delà.

L’agencement des différentes pièces de la collection retrace l’évolution, depuis les temps immémoriaux à l’époque contemporaine, de tous les outils fabriqués ou procédés mis en œuvre pour garantir une existence longue et prospère sur cette terre, ou du moins pour tenter de soulager les souffrances ou de pallier des handicaps dans le cas échéant. Et lorsque plus rien ne peut sauver le pauvre bougre, certaines techniques d’embaumement se chargent de préserver le corps de sa destinée funeste.

La collection est plus qu’immense, je n’ai donc rapporté qu’un petit échantillon de photographies. Ces images ne font pas vraiment honneur aux objets d’origine (qui dit vitrines en verre, dit reflets agaçants), mais j’ose espérer qu’elles vous donneront un petit aperçu des curiosités à observer.

Commençons par le début, avec ces quelques artéfacts en pierre, sculptés à l’effigie d’organes humains. L’heureux propriétaire déposait la représentation de pierre en offrande à des divinités, afin que la partie du corps représentée soit guérie du mal en question. Les organes concernés pouvaient être divers et variés, mais on peut constater que certains problèmes de santé actuels remontent à la nuit des temps, notamment chez certains messieurs… Sachez que vous vous trouverez nez à nez avec bon nombre d’objets de ce goût qui vous feront doucement rire (ou crissez des dents, selon votre sensibilité) lors de votre petit périple entre les allées.

 

Ensuite, voici quelques modèles anciens de prothèses, essentiellement destinées aux amputés de guerre, une poignée d’yeux artificiels et un petit dentier d’époque prélevé chez un soldat.

 

Le visiteur pourra également retrouver quelques masques mortuaires, divers objets liés au memento mori comme des vanitas, des instruments destinés à des rites de guérison venant de contrées reculées (Afrique, Asie), des véritables sandales de fakir, ainsi que différents modèles et miniatures utilisés par les étudiants de médecine à l’époque. Parmi les objets de la collection se trouvent également des chaises de dentistes ou des tables de consultation, des plus austères aux plus angoissantes.

 

 

 

La collection compte également toute une section consacrée aux photographies et aux peintures anthropologiques qui expriment toute la curiosité que l’homme occidental fortuné avait pour les cultures « exotiques » au début du XXe siècle, et cette conscience duelle de « nous » et de l’« autre » en tant qu’individu appartenant à une certaine culture donnée.

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Chaque objet est accompagné d’une légende plutôt détaillée, avec toutes les informations indispensables pour piquer votre curiosité. De nombreux panneaux et tiroirs interactifs sont disséminés entre les différentes vitrines. Ils contiennent des informations supplémentaires, des moulages à toucher ou des feuillets et autres documents qui ne peuvent être exposés directement à lumière du jour. Pour les plus curieux ou les plus observateurs, sachez qu’une véritable canne utilisée par Charles Darwin se trouve au détour d’une vitrine de la collection.

Comme vous pouvez le constater, je ne peux que vous conseiller de vous rendre sur place pour découvrir et apprécier à sa juste valeur l’entièreté de la collection de Sir Henry Wellcome. En plus de la collection permanente, le bâtiment abrite plusieurs expositions temporaires et accueille fréquemment des évènements thématiques, des ateliers, des cours, etc. Sur ce, je vous laisse jusqu’à notre prochain périple au royaume de l’insolite.


Toutes les photos ont été prises par mes soins, sauf mention contraire.

Texte adapté et traduit à partir du site officiel The Wellcome Collection.

Adresse : 183 Euston Rd, Kings Cross, London NW1 2BE
Prix : Gratuit

Imaginaire d’une plante : la mandragore.

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Gravure de la « vraie plante » sur le site : Informations et Documents

La mandegloire, une plante réelle.

Déjà présentée dans le texte biblique auprès du roi Salomon, elle continue de jouir d’une aura particulière auprès de la communauté sorcière. Malgré tout ce qu’on a pu lui prêter comme capacités, il semble important de dire qu’elle reste une plante réelle ! Eh oui, pour quiconque possèderait l’âme jardinière et patiente, des graines se trouvent maintenant sur Internet. Plante solanacée, elle se distingue en deux catégories : officinarum, et autumnalis. On fait traditionnellement très peu de distinctions fondamentales entre les deux espèces. Il semble que la mandegloire ait joui de nombreuses vertus, qu’on a voulu lui conférer : fertilité, chance, mais aussi réalité psychotrope.

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Source : site Grand Patrimoine de Loire-Atlantique.

Une place particulière dans l’histoire médicale.

Sa réalité est attestée depuis l’aube des temps, et de nombreuses médecines anciennes s’y sont penchées. Mentionnée dans la Bible à plusieurs reprises, elle est cultivée dans certains jardins médiévaux à des fins médicinales. Hildegarde de Bingen, abbesse rhénane du XIIe siècle, en relevait déjà les spectaculaires usages : elle la voyait non seulement à l’image de l’Homme, par la forme de sa racine, mais aussi très utile dans sa froideur. Froide, elle l’est, au vu de la médecine humorale qui fonde son principe depuis l’Antiquité sur un système de correspondances générales entre l’Homme et la Nature, selon les pôles froid-chaud, et humide-sec. Ainsi, l’ardeur amoureuse, selon sainte Hildegarde, pourra être adoucie à l’aide de mandragore, reconnue comme plante « froide ». Effectivement, si l’on en croit ses capacités psychotropes à cause de sa nature alcaloïde, elle est pourvoyeuse d’illusions pour les sens humains, déroutés dans leur ardeur.

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Source : site Secrets de Plantes. Cette gravure montre combien l’on voulait distinguer la mandragore mâle de la mandragore femelle, selon où les tubercules étaient placés sur la racine mère…

Fruit de la semence, du gibet et du sol.

Si la mandragore est connue, c’est notamment pour son origine mystérieuse. Comme en attestent les gravures de cet article, elle possède naturellement une forme prononcée au niveau de la racine, et d’aucuns ont pu y voir une forme humanoïde. Il est notamment dit, dans le folklore, qu’elle pousse lors de la rencontre de la semence des pendus avec le sol. D’autres ont  pu dire qu’elle poussait déjà sous l’arbre du Bien et du Mal dans l’Eden (selon certains courants rabbiniques). Dans tous les cas, elle est associée au domaine de l’occulte et sa forme suscite bien des interprétations : sa racine pivotante, imposante, la dote d’une silhouette parfois humanoïde. Alors, selon les subtilités, on aura pu dire que la racine est tantôt femelle, tantôt mâle. Appelée « Satan’s apple » chez les anglais, elle est synonyme de « sorcière » en ancien allemand (alruna).

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Scène d’arrachage des mandragores dans un des films de la saga Harry Potter.

La cueillette aux mille épreuves.

La cueillette de la mandragore est très ritualisée. En effet, de par sa forme humanoïde, elle a toujours inspiré la crainte à l’Homme. On dit son cri terrible, et ce ne sont pas les cours d’herboristerie d’Harry Potter qui diront le contraire… Cri perçant, sans doute, et c’est bien pour cela qu’on impliquait un chien (noir, s’entend) pour aller la cueillir : mieux valait la mort de l’innocent animal plutôt que du prêtre officiant. En réalité, les facteurs idéaux auraient voulu d’un samedi soir, avec un chien noir, et une vierge sacrifiant ses cheveux. L’officiant aurait prononcé diverses incantations pour pacifier la plante maléfique, puis le chien aurait tiré la corde fermement attachée à la racine, suite à quoi l’animal serait promis à une mort certaine. Ce cérémonial complexe est excellemment décrit dans le chapitre III de l’ouvrage de Gustave Le Rouge, mis en bibliographie plus bas. L’iconographie est riche autour de cet imaginaire de la cueillette, et elle peut parfois révéler d’amusantes variations…

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Cueillette illustrée dans le Tacuinum Sanitatis.

La plante aux mille vertus.

Parce qu’elle est une plante curieuse, rare, elle est vite prisée par la population. On en dit des merveilles et des horreurs : maléfique pour certains, elle est au contraire source de prospérité pour d’autres, qui ne pourraient s’en passer dans leur porte-monnaie… Il est aussi dit qu’elle fait partie des vingt-cinq plantes dans le bois sacré de la déesse Hécate. Liée au même titre à Aphrodite et Circé, elle est donc par essence (et par croyance) la plante de sorcière et de la séductrice, presque par excellence. Toutefois, elle est aussi plante de sorcière dans la réalité : retrouvée dans de nombreux petits pots d’onguent, elle atteste d’un usage concret de son pouvoir alcaloïde. L’onguent de vol est une véritable curiosité historique, et l’on a pu retrouver en effet de petits pots çà et là dans quelques vieilles bâtisses françaises. Historiquement, on la lie à d’autres solanacées ou toxiques telles que la belladone, la jusquiame ou l’hellébore. Toutes toxiques, elles ont pourtant été plus ou moins dosées pour produire un effet hallucinogène, attesté, et donner ainsi la sensation de voler… D’où les récits de sabbat. La composition de cet onguent est dite variable, mais on retrouve souvent ces plantes toxiques, notamment la mandragore… Quand un nourrisson non-baptisé n’est pas indiqué pour l’usage !

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Une jolie version de la mandragore illustrée par la magique Victoria Francés, à cheval entre l’illustratrice et la parfaite sorcière…

Alors, à vous de voir si vous voulez la nourrir de lait ou tenter l’expérience du portefeuille, mais cela reste une plante très jolie. (Si vous avez l’âme jardinière, tentez le semis entre février et avril !)

 

 


Bibliographie :

Michèle Biliminoff, Enquête sur les plantes magiques, éd. Ouest-France, coll. « Mémoires », 2003.

Dictionnaire historique de la magie et des sciences occultes, éd. Lgf, coll. « La pochotèque », 2006.

Sandra Kynes, La Magie des plantes, éd. Danae, 2017.

Erika Lais, Petit Grimoire des plantes de sorcière, éd. Rustica, 2017.

Erika Lais, Grimoire des plantes de sorcière, éd. Rustica, 2016.

Gustave Le Rouge, La Mandragore magique, éd. Terre de Brume, 2015 (pour l’édition du texte).

Silja, Le Grand livre des rituels magiques avec les plantes, éd. Contre-dires, 2009.

Interview de Nicolas Ruann : la beauté et le morbide.

Nicolas Ruann est un photographe de Saint-Nazaire. Depuis huit ans, il compose ses séries photographiques avec un soin maniaque, dans un esprit tourmenté, entre vie et mort. Habitué des expositions et des parutions internet ou papier, son court-métrage Onium a été sélectionné pour la 22ème édition du festival du film LGBT de Paris « Chéries-Chéris » en 2016, ou encore le « Erotic & Bizarre art ​film festival » (EBAFF) à Elche (Alicante) en Espagne en 2017. Je vous laisse découvrir son univers à travers ses mots et ses photos.

Les orifices du cercle © Nicolas Ruann
Les orifices du cercle.

~ Bonjour Nicolas ! On peut lire dans la biographie de votre site que vous vous adonnez à la photographie depuis huit ans. Quel a été le déclencheur ?

Bonjour Fanny. C’est toujours très compliqué d’exprimer la naissance d’une envie ou d’un désir. Il n’y a pas réellement d’explications, ni de suite logique. C’est une période assez floue. Je ne sais plus vraiment mais l’envie était là et finalement, c’est ce qu’il y a de plus important : l’envie.

WASTE II © Nicolas Ruann
WASTE II.

~ Vos photographies ont une esthétique très raffinée, à la croisée de l’abstrait et du figuratif détaillé. D’où vous vient cette veine artistique?

De manière générale, lorsque l’on créé, on ne se pose pas vraiment la question de savoir si ce que l’on fait, ou ce que l’on va faire, sera du figuratif ou de l’abstrait. C’est vraiment quelque chose de très viscéral et d’intimement lié à nos états d’âme. Un voyage vers l’inconnu avec une forme d’autisme et des retrouvailles face à son « moi ». Ensuite, pour répondre précisément à la question du choix esthétique de mes photographies, je ne saurais pas concrètement vous l’expliquer. Il y a peut-être une récurrence dans certaines de mes compositions, un penchant visuel chirurgical comme la série photographique « TRAUMA ». Ma fascination pour les images d’opérations au bloc opératoire ne s’est jamais éteinte…

INCESTA © Nicolas Ruann
INCESTA.

~ Votre univers est d’une poésie très noire : la mort est très présente, est-ce une obsession ?

Il est vrai que mes premières photographies avaient une certaine noirceur, mais sans jamais vouloir cultiver cette atmosphère. Il fallait que ces images vomissent de mon intérieur à cette époque là. C’était important pour avancer… Et puis on prend du recul, on mûrit et on vieillit aussi. Il est sûr que je n’aborde plus certains thèmes de la même manière qu’il y a huit ans. J’essaye de tendre mon travail vers la lumière, même si parfois, certains démons reviennent avec fracas…

La mort a toujours été une crainte, presque une obsession. Cette peur de s’éteindre demain et manquer d’accomplir toutes ses envies, ses souhaits… Cette fatalité de la vie a été compliquée à accepter vraiment. Finalement, mon obsession pour la mort est paradoxalement liée à la vie, l’envie de vivre en tout cas…

Person_ II © Nicolas Ruann
PERSON II

~ On peut lier cette obsession aux mythes d’Eros et Thanatos, on observe d’ailleurs une fixation sur la nudité et la sexualité. Comment l’expliquez- vous ?

Là encore, c’est une question d’émotions et de ressentis. La sexualité est un thème que je traite souvent de façon abrupte et sans aucun filtre. Quand vous énoncez Eros et Thanatos, je pense à certains écrits de Sigmund Freud, dont Trois essais sur la théorie sexuelle. Il confronte notamment pulsion de vie et pulsion de mort. Le sexe peut être quelque chose de très beau, de très spirituel et, a contrario, un acte douloureux, frustrant et anéantissant. Dans certaines de mes photographies, la sexualité est rattachée à une certaine violence physique et mentale. Un combat de corps qui mène inexorablement à un soulagement mortifère. Après l’orgasme, on parle souvent de « petite mort », ce moment de vide après l’accomplissement. Nous ne sommes jamais tout à fait nous-mêmes quand on « baise ». Ce détachement de soi lors de l’acte me fascine assez…

TRAUMA I © Nicolas Ruann
TRAUMA I.

~ Vos séries comme ORIGINS et WASTE mettent le corps en opposition avec des éléments organiques, des déchets. Quel message souhaitez-vous transmettre ?

La série photographique « WASTE » est un travail que j’ai beaucoup de mal à appréhender depuis sa création. Pour le coup, à l’inverse d’autres travaux, ces photos se sont faites en très peu de temps, presque instantanément. Il y a sans doute un rapport à la terre et à nos origines…

Baise à la fois © Nicolas Ruann
Baise à la fois.

~ En général, vos séries sont intellectuelles : définissez-vous toujours scrupuleusement vos projets avant de les construire photographiquement ?

Oui, c’est quelque chose que l’on me reproche assez fréquemment d’ailleurs. J’ai ce besoin presque obsessionnel de tout contrôler jusque dans les moindres détails. Parfois, la conception d’une série photographique peut durer un mois comme plusieurs années. Je prends vraiment le temps de la réflexion et d’explorer toutes les possibilités quand je traite d’un sujet. L’instantanéité de mon travail se fait surtout au début, lors de la réalisation des croquis, et puis évidemment à certains moments de la suite du processus. L’acte de création est quelque chose en soi de tellement fascinant et peut vous envoyer parfois loin, très loin, dans d’autres sphères…

THE WOMB OF LOVE © Nicolas Ruann
The womb of love.

~ Vous avez réalisé un court-métrage, ONIUM, qui reprend les topoï de votre travail : mort, sexualité, onirisme. Il met notamment en scène un travesti. Est-ce que les revendications LGBT vous tiennent à cœur ?

Je condamne fermement toutes formes d’oppression, quelles qu’elles soient. Quand on atteint à la liberté d’un être humain et à son bien-être, cela me touche profondément. Il y a ce proverbe d’une très grande justesse qui dit que la liberté s’arrête là où commence celle des autres. Après, je suis très en retrait par rapport à un certain communautarisme, cela peut être néfaste et dangereux…

En ce qui concerne le court métrage ONIUM, sa réalisation ne s’est pas faite à partir d’une démarche revendicatrice. En tout cas, ce n’était pas mon choix premier en le réalisant. On est vraiment dans quelque chose qui est hors du temps, deux êtres qui se rencontrent comme deux cellules… Laissons finalement cette neutralité à ONIUM.

Affiche d’ONIUM.

~ Quelle est votre vision de la photographie contemporaine ?

Cette question est intéressante mais à prendre avec beaucoup de recul. Et pour le moment, je n’en ai pas assez. Cela serait prétentieux d’émettre un constat, ou plutôt une vision sur la photographie contemporaine. Et finalement, qu’est-ce que la photographie contemporaine ? Il existe tellement d’artistes talentueux qui utilisent le medium de l’image avec des démarches à chaque fois différentes et si inspirantes… Je pense notamment à Julien Dumas, Ruben Brulat avec sa série « Immaculate and Primates », ou encore le photographe cubain Erik Ravelo.

TRAUMA IV © Nicolas Ruann
TRAUMA IV.

~ Y’a-t-il des artistes que vous admirez ?

J’avoue que je n’aime pas le mot « admirer », puisqu’il sous-entend d’une certaine manière une forme d’infériorisation d’humain à humain. Après, il y a des artistes de très grand talent, des êtres qui vous bouleversent au quotidien par leur art. Je pense notamment – puisque je l’ai vu récemment – au film Juste la fin du monde de Xavier Dolan. C’est un réalisateur que j’affectionne beaucoup. Il est criant de vérité et ses œuvres sont un hymne à la vie. C’est assez fabuleux de pouvoir produire ce qu’il fait… Après, j’ai une grande fascination pour Albert Jacquard, essayiste et chercheur. C’était un homme très engagé humainement.

PERSON_ I© Nicolas Ruann
PERSON I.

~ Enfin, quels sont vos projets futurs ?

Je m’avance rarement sur mes projets, mais je peux vous parler du prochain puisqu’il est en cours de finalisation. C’est une nouvelle série de vingt et une photographies intitulée BODY MEMORIES (Don’t be childish). Sa mise en ligne sur mon site internet se fera entre fin février et début mars 2018.

Merci à vous pour cet entretien.

BODY MEMORIES © Nicolas Ruann
BODY MEMORIES.

 

Bande-annonce du court-métrage ONIUM :

 


En savoir plus :

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Chaîne Viméo

Quand on a que l’amour

La Saint-Valentin est une fête commerciale. Les couples se font des cadeaux, certains vont chez le fleuriste ou le bijoutier, d’autres dans une agence de voyages. Il y a les amoureux qui cherchent l’originalité, et ceux, qui comme Zazie « envoient tout valser », parce que « les bijoux dans le cou c’est beau, mais ce ne sont que des cailloux »,  et que c’est mieux de s’aimer « sans dépenser des sous »… (Ce n’est pas moi qui le dis mais la chanson !)

Petits cadeaux entre amis

Dans de nombreux pays, les tourtereaux choisissent ou non de célébrer ce jour. Le Japon, lui, fait de la résistance, mais cette coutume ne s’adresse pas qu’aux amants : les femmes ont l’obligation d’offrir des chocolats aux hommes avec qui elles entretiennent des relations professionnelles, amicales ou familiales. Ces chocolats sont appelés « Giri Choco ». En retour, le White Day (le 14 mars), les Nippons célèbrent la femme en leur offrant des sucreries, des gâteaux ou encore du linge blanc.

Aux États-Unis, on échange toujours des cartes, mais ce troc ne se fait pas selon la conception européenne selon laquelle la carte de la Saint-Valentin est envoyée à une personne dite « unique ». Même les petits américains en envoient à leur maîtresse d’école !

Les messagers

En France, il est plus rare de recevoir des billets doux. Pourtant, depuis les années 1950, un illustrateur tient une place importante dans le patrimoine français de l’imagerie populaire, et les amoureux de Raymond Peynet assureront à leur auteur une célébrité mondiale.

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Sachez qu’aujourd’hui c’est un milliard de cartes de vœux qui sont envoyées à travers le monde, le jour de la Saint-Valentin. Alors non, écrire des mots doux à l’ère du numérique n’est pas ringard, votre Valentin(e) pourra même trouver cela audacieux !

En Europe, ce n’est que depuis le XXe siècle que ce jour de fête est destiné aux amoureux. Au XVe siècle, la Saint-Valentin était davantage célébrée en Angleterre qu’en France.

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Traditionnellement, les jeunes gens transmettaient à leur Valentine des cartes poétiques qui pouvaient paraître mystérieuses, car elles étaient la plupart du temps anonymes. Les petits coquins ! Les premières missives de ce 14 février étaient réalisées à la main.

Jeux, rencontres et superstitions

Mieux qu’une agence matrimoniale, au XIVe siècle, l’aristocratie anglaise avait l’habitude de former un couple, au hasard d’un jeu appelé le « Valentinage ». Charles d’Orléans a écrit des poèmes sur la fête de la Saint-Valentin, où il évoquait ce jeu de « cour d’amour ». Pendant le repas, il était coutume de désigner par tirage au sort un cavalier pour chaque dame. Il devait alors la servir pendant une année. Une pratique qui devait plaire aux ladies !

Ce moment était important, car la Saint-Valentin était réputée pour être le jour où l’on pouvait rencontrer sa ou son futur(e) époux (se). Une vieille croyance disait que si l’on se levait avec le soleil le 14 février et que l’on ornait sa coiffe de crocus jaunes, le premier homme qui passait votre porte serait l’homme dont vous porterez le nom. Faites attention à ne pas ne faire rentrer votre père les filles, sinon il vous faudra recommencer l’année suivante !

Et pour découvrir le visage de votre son amoureux, il vous suffit d’épingler cinq feuilles de laurier aux quatre coins de votre oreiller, et la dernière au milieu. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de faire de beaux rêves !

Saint-Valentin et le printemps

Cette fête annonce le printemps, et les oiseaux sont très présents dans la représentation de ce jour festif. La colombe, oiseau sacré dans la mythologie romaine, a également une signification forte dans la religion catholique : elle symbolise la fidélité.

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Source : Pinterest

Les calendriers anciens marquaient d’un symbole les jours. Ainsi le 14 février était représenté par un soleil ou un gaufrier dans la main de Saint-Valentin. Le gaufrier annonçait le Carnaval et ses réjouissances.

Dans les calendriers bâtons utilisés au XVIIe siècle, la Saint-Valentin était indiquée par un nœud d’amour.

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Source : Bnf

Saint Valentin et Cupidon

Cupidon est dans la mythologie romaine le dieu de l’amour. Fils de Vénus, la déesse de la beauté, il était représenté par un jeune homme avec un arc et des flèches. Au fil des siècles, les catholiques ont transformé l’amant de Psyché en un chérubin de l’amour sous la forme d’un bébé joufflu aux allures d’ange.

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Source : Etsy

Saint-Valentin, prêtre faiseur de miracles et l’empereur

N’étant pas d’accord sur son origine, les historiens se battent pour la tête de Valentin.

Sous le règne de Claude II le cruel, un prêtre de Terni célébrait des mariages dans la clandestinité. L’empereur, qui avait décidé d’empêcher les soldats de se marier, découvrit l’affaire et ne voyait pas d’un bon œil la réputation de ce prêtre, qui préférait prier un dieu unique plutôt que d’idolâtrer les dieux romains. Furieux, Claude II le conduit immédiatement vers le juge Asterius pour le faire condamner. Mais rien ne se passa comme prévu. Le religieux guérit miraculeusement la fille adoptive du juge, qui était aveugle. Ainsi, ce dernier se laissa déstabiliser dans ses convictions religieuses, et fit baptiser toute sa famille.

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Craignant la sédition dans Rome, l’empereur fit torturer et mettre à mort tous ceux qui avaient été convertis. Beaucoup de jeunes gens venaient visiter le prêtre Valentin jeté en prison. La légende raconte qu’il écrivit une lettre à la fille du gardien qu’il signa  « Avec l’amour de votre Valentin » avant d’être décapité le 14 février 268 sur la voie Flaminienne. Quelques années plus tard, en 273, l’évêque martyr Valentin perdit lui aussi la tête, sur l’ordre de Placide. Il y eut donc deux Saint-Valentin sous le règne de cet empereur tyrannique.

Un nouveau Saint-Valentin martyr romain fut également découvert en Belgique. Ses reliques sont conservées à Hamay et Armentières. Les Espagnoles fêtent aussi un Saint-Valentin martyr. Mais avec toutes ces têtes, on ne sait plus à quel saint se vouer !

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Saint Valentin s’agenouillant devant la Vierge, par David Teniers III.

50 nuances aux lupercales

Pour rester dans la légende, on dit aussi souvent que la Saint-Valentin a été créée pour remplacer une ancienne fête païenne qui était en vogue chez les Romains : les « Lupercales », en hommage à Lupercus, le dieu de la fécondité. Cette fête «orgiaque» avait pour mission de favoriser la reproduction, la création de nouveaux couples et parfois même de légitimer des couples plus ou moins clandestins.

Un prêtre sacrificateur tailladait le front des jeunes hommes pour que le sang versé soit mélangé à du lait. Ensuite, ces jeunes hommes couraient quasi nus dans toute la ville de Rome en fouettant au passage les femmes qui voulaient avoir un enfant, à l’aide des lanières de peau de bouc pour les rendre fécondes.

Au cours de ces Lupercales, les noms des jeunes femmes étaient tirés au sort par des hommes, et la suite des évènements n’était qu’immoralité sexuelle. Un peu sado-maso ces Romains !

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Fiestas Lupercales, Andrea Camassei.

 

Pour conclure, voyez-vous, une bonne Saint-Valentin se termine toujours dans un lit. Un 14 février romantique, c’est bien aussi. Alors n’oublions pas de nous dire des mots bleus.

Bonne Saint-Valentin !

 


Références :

http://www.kutchuk.com/

https://bricolage-debrouille-tutos.blogspot.fr

http://www.ideemiam.com

http://www.teteamodeler.com

http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Valentin

http://uhem-mesut.com/medu/fr0012.php

http://onpartageenfrancais.blogspot.fr

www.beekoz.fr

 

Missives victoriennes : la tradition des cartes postales de la Saint-Valentin

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(c) The Graphic Fairies

À l’heure où le numérique domine et fait partie intégrante de notre quotidien, certains peuvent se demander où réside encore l’intérêt d’envoyer du courrier physique alors que la version dématérialisée est bien plus rapide et moins coûteuse. Peu importe l’occasion ou la période de l’année, le commun des mortels opte le plus souvent pour un courrier électronique et n’a plus l’habitude de coucher quelques lignes sur du papier, une mode un peu trop désuète pour nos contemporains, peut-être ? Je profite de l’arrivée tant attendue (ou non) de la Saint-Valentin – je ne débattrai pas de la signification sûrement propre à chacun de cette fête, là n’est pas la question – pour faire un bon dans le passé et me penche, avec un léger amusement, sur la manière dont nos ancêtres au Royaume-Uni se courtisaient à l’époque, au travers de missives tantôt délicates, tantôt enflammées, des fois quelques peu cocasses, mais toujours rédigées avec un certain soin et une certaine volonté de se démarquer de l’autre auprès de l’élu(e) de son cœur.

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(c) Late Victorian Valentine, private collection

L’envoi de billets doux à son aimé(e) à la date du 14 février remonte à plusieurs siècles, mais les concerné(e)s rédigeaient surtout des lettres, des poèmes de composition personnelle, rien de bien graphique ni de généralisé en soi. En outre-Manche, le coût du papier est assez élevé et il faudra attendre le début des années 1800 pour que ce produit, considéré « de luxe » et destiné à une certaine élite, soit enfin accessible au plus grand nombre. La démocratisation de son prix mène à la production de papier bon marché, et l’avènement de nouvelles techniques d’impression lors de l’ère industrielle permettent de concert le développement de l’industrie des cartes de la Saint-Valentin.

En 1837, le service postal anglais subit une grande réforme grâce à Rowand Hill, un fonctionnaire de la Poste, auteur de la publication « Post Office Reform; Its Importance and Practicability ». Les historiens le considèrent également comme le père du timbre-poste, et l’inventeur du système postal moderne tel que nous le connaissons de nos jours. Auparavant, le coût d’envoi d’un courrier se calculait au nombre de pages envoyées et non au poids. De plus, le destinataire devait payer les charges et non l’expéditeur. Il est donc facile de comprendre que l’utilisation du système postal était plutôt réservée à une classe nantie. Avec la démocratisation des prix et le port payé par l’expéditeur, l’envoi de courrier s’ouvre aux autres franges de la population et surtout à la classe populaire.

En 1840, la mise en place du Penny Post, un système postal uniformisé chargé de faire parvenir un courrier pour la modique somme d’un penny, reste l’élément déclencheur de cette ferveur de la carte de la Saint-Valentin.

Les archives témoignent de plus de 60 000 cartes envoyées en 1836, avant même l’instauration du Penny Post. Avec l’arrivée de ce nouveau système, la poste a dû recommander à ces utilisateurs d’expédier leurs missives au plus tard le 13 février au matin, afin de ne pas saturer le service de courrier et de colis.

Les cartes envoyées à l’époque peuvent se classer en deux grandes catégories : les cartes personnalisées et les cartes industrielles bon marché. Une classe un peu à part existe également, celle répondant au doux nom de vinegar valentines.

Les cartes personnalisées :

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(c) The Laura Seddon Collection, 1870

Ces cartes étaient généralement assemblées à la main et comportaient différents éléments, notamment du papier embossé, des rubans, des nœuds, de la dentelle, des lithographies, des graines, des morceaux de miroir, des bouts de coquillage, des fleurs en soie, des plantes séchées, tout ce qui était susceptible d’être trouvé dans une papeterie de l’époque. Elles étaient généralement très recherchées et ont posé les fondements de l’iconographie si typique de la Saint-Valentin par la présence récurrente de cœurs, de petits cupidons, de rubans, le tout accompagné d’un mot, d’une phrase unique ou de quelques vers. Elles pouvaient également contenir des éléments religieux en cas de demande en mariage.

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(c) The Laura Seddon Collection, 1850

Ces cartes étaient parfois l’œuvre de quelques particuliers, mais pouvaient également être sujettes à un tirage limité produit par des maisons de renommée comme Dobbs ou le parfumeur Eugène Rimmel (père de la marque actuelle de cosmétiques Rimmel London) et donc, s’acheter à prix coûtant. Comme le dit le vieil adage « Qui aime ne compte pas », certains prétendants étaient capables de dépenser l’équivalent d’un mois entier de salaire pour offrir à leur bien-aimée une carte témoignant de leur amour le plus fervent.

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(c) Minnesota Historical Society, 1890-1900

Une note amusante, certaines cartes faites main pouvaient être pliées d’une certaine manière pour contenir un autre message caché, mais la tradition voulait que la carte se suffise à elle-même, et aucune note manuscrite ne lui était ajoutée. Ainsi, l’illustration de la carte à l’aide du langage des fleurs était très souvent de mise pour transmettre les sentiments de l’expéditeur.

Les cartes industrielles :

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(c) V&A Collections, 1860

Ces cartes étaient généralement produites en masse et imprimées sur du papier bon marché plutôt fin. Les couleurs étaient soit ajoutées à la main à l’aide de pochoirs, soit par le biais d’une méthode de lithographie ou de gravure sur bois. Elles présentaient la même iconographie que les cartes assemblées à la main, mais étaient évidemment bien moins élaborées. Elles constituaient le plus gros des cartes expédiées grâce au Penny Post lors du jour fatidique des amoureux.

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(c) The Laura Seddon Collection, 1828

Si une partie de l’opinion publique actuelle tend à dénoncer l’aspect mercantile de la fête de l’amour, les victoriens étaient les premiers à embrasser cette coutume d’envoi en masse de cartes pour célébrer la Saint-Valentin, pour la simple raison qu’elle était enfin devenue accessible aux classes populaires et ne se retrouvait plus cantonnée aux hautes sphères de la société. Débattre de sociologie et de surconsommation n’est pas le but de cet article, mais imaginez-vous un peu que l’amour ne soit que réservé à une certaine élite ? Le point de vue de nos ancêtres était dès lors bien différent du nôtre. Ensuite, l’avènement de cette production a également donné naissance à une catégorie de cartes quelque peu plus légères, pour ne pas dire carrément vulgaires, que sont les vinegar valentines.

Vinegar valentines :

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(c) The Laura Seddon Collection, 1840-1850

Le service postal de l’époque permettait d’envoyer du courrier à titre anonyme, et cette pratique a permis la production de cartes humoristiques impertinentes ou carrément insultantes appelées vinegar valentines. Ces cartes imprimées sur du papier peu couteux étaient le plus souvent destinées à dénoncer les prétendants insistants ou à venger l’amoureux éconduit. Elles étaient en général illustrées d’une caricature plutôt grossière et accompagnées de quelques lignes de vers ou de prose cynique. Si la coutume peut nous paraître totalement absurde de nos jours, elle a suscité un véritable engouement entre 1840 et 1880 chez les victoriens et leurs cousins américains, lorsque la tradition des cartes de la Saint-Valentin a été importée sur le nouveau continent.

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(c) The Laura Seddon Collection

La tradition du vinegar valentine a un aspect très carnavalesque et cathartique, car quiconque pouvait en être la cible ou l’expéditeur, toutes classes sociales confondues. Les auteurs anonymes s’en donnaient donc à cœur joie, et profitaient de l’occasion festive pour dénoncer les travers de leur cible, qu’elle soit l’objet de sentiments amoureux ou non. À l’époque, plusieurs imprimeries et papeteries s’étaient spécialisées dans la production de différentes collections thématiques de vinegar valentines, fabriquées selon le sujet de moquerie.

Les cartes retrouvées ici et là dans nos rayons de papeterie ou de supermarché lors de la Saint-Valentin peuvent paraître bien naïves comparées à leurs virulents ancêtres victoriens. Alors, si vous voulez vous démarquer de vos concurrents, ou si vous désirez régler vos différents de manière acerbe et raffinée, vous avez la possibilité de vous inspirer de cette coutume désuète, qui a déjà fait ses preuves maintes fois…

 


Références :

Beatie, S. “Victorian valentines.” The Victoria and Albert Museum Blog, 13 Feb. 2014. Web. 11 Feb. 2018.

Gilbert, S. “Victorian Valentine’s Day cards – in pictures.” The Guardian, 14 Feb. 2014. Web, 11 Feb. 2018.

Pollen, A. “The Valentine has fallen upon evil days’: Mocking Victorian valentines and the ambivalent laughter of the carnivalesque.” Early Popular Visual Culture, vol. 12, no. 2, 2014, pp. 127-173.

“Valentine’s Day in the Victorian Era.” 5 Minutes History, Web. 11 Feb. 2018.

“Victorian Valentine’s Day cards.” HistoryExtra, Web. 11 Feb. 2018.

Zarrelli, N. “The Rude, Cruel, and Insulting ‘Vinegar Valentines’ of the Victorian Era.” Atlas Obscura, 08 Feb. 2017. Web. 11 Feb. 2018.