Pascal Moguérou, illustrateur de féerie.

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Mais qui est donc ce Pascal Moguérou ? Pour le découvrir, je vous invite à pénétrer dans l’univers féerique de cet illustrateur breton dont j’adore le travail. C’est à Morlaix en Bretagne que naquit Moguérou en 1961. Depuis toujours, la nature environnante était une source d’évasion pour l’artiste qui, après divers métiers comme pêcheur de truites ou chasseur de champignons, se lança, alors âgé d’une trentaine d’années, dans la carrière d’illustrateur…

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Pascal Moguérou, par Sebastien Farrauto.

C’est à l’âge de treize ans qu’arriva le premier choc graphique de Pascal Moguérou, lorsqu’il aperçut, dans la vitrine d’une librairie, un livre retraçant la vie et l’œuvre d’un illustrateur américain, un certain Frank Frazetta (1928-2010). Cet artiste eut un rôle très influent dans le milieu de la science fiction et de la fantasy.

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Illustration de Frank Frazetta.

Moguérou publia son premier livre, Légendes et Contes de Bretagne, édité par Coop Breizh en 1994, une maison d’édition bretonne. Le dessinateur y illustre plusieurs légendes du folklore breton (relatées par Jakez Gaucher) comme la grotte des Korrigans, la charrette de l’Ankou, ou ma préférée : la légende de la ville d’Is.

La légende la cité d’Is

Il s’agit de l’histoire de la belle princesse Dahut qui causa la perte de la ville d’Is, construite dans la baie de Douarnenez…

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Dahut était une grande magicienne qui participait avec les bourgeois de la cité aux débauches les plus folles. Un jour, un étranger se mêla à la fête et en profita pour séduire la princesse. Au cours de la soirée, il lui demanda de subtiliser les clés de la cité, attachées autour du cou de son père, le roi Gradlon. Dahut finit par obtempérer et par remettre les clés à l’étranger qui, tout à coup, prit la forme d’un démon et ouvrit les vannes des écluses, submergeant alors la ville et ses habitants. Gradlon tenta de s’enfuir sur son cheval Morvarc’h et de sauver sa fille, mais le moine Gwennolé hurla au roi de la jeter dans la mer, à cause de sa trahison. Cependant, Dahut, fille de la fée Malgwen, n’est pas morte ce jour-là :

Certains marins peuvent l’apercevoir peignant ses longs cheveux d’or sur un rocher, au soleil de midi, quelque part dans l’océan… D’autres affirment entendre parfois des cloches dont le tintement semble provenir des profondeurs : ce doit être l’église de la ville d’Is qui appelle à prier pour les âmes des pauvres habitants de la cité disparue… [1]

Petite parenthèse, cette scène de la noyade de la princesse Dahut fut d’ailleurs illustrée par le peintre Evariste-Vital Luminais, La Fuite du roi Gradlon, vers 1884.

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Evariste-Vital Luminais (1822-1896), La Fuite du Roi Gradlon, vers 1884, huile sur toile, 2 x 3.11 m, dépôt de l’Etat de 1896, transfert de propriété de l’Etat à la Ville de Quimper en 2013, Musée des beaux-arts de Quimper.

Pascal Moguérou publia par la suite une dizaine d’ouvrages illustrés (L’heure des fées, Sombres féeries, Le grand livre des Korrigans, Le Fabuleux Abéféedaire farfelu, etc.), des livres qui tournent toujours autour des légendes bretonnes, où korrigans, fées et autres créatures cohabitent au sein d’une nature verdoyante, dans des situations toujours teintées d’humour et de poésie. Revenons ensemble sur quelques créatures du folklore breton…

Les Korrigans

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En Bretagne, le mot «Korrigan» désigne beaucoup de créatures, de le plus gentille à la plus malfaisante : le Korril vit dans les landes désolées, le Kornikaned au fond des vastes forêts, le Teuz vit dans la maison des hommes, le Tud-Gommon au bord des grèves… Toutes ces espèces de lutins sont des Korrigans, et il en existe tellement d’autres encore [2].

Généralement, ils élisent domicile dans des dolmens. Les Korrigans possèdent d’immenses richesses, certains racontent même qu’ils ont des talents d’alchimiste et réussissent à fabriquer de l’or. Ils se plaisent à tourmenter les humains en leur jouant des tours. Pourtant, ils peuvent parfois se montrer généreux envers certains humains en leur offrant de l’or. Peu actifs en hiver, on raconte qu’à l’arrivée des beaux jours, ils sortent de leurs cavernes souterraines et appellent les mortels à danser autour du feu la nuit tombée… Mais si l’on rejoint le cercle des korrigans, on risque de se retrouver piégé à tout jamais !

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Les Mari Morgans 

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Les Bretons parlent beaucoup des sirènes, mais il existe d’autres créatures marines telles que les Mari Morgans. À la différences des sirènes, elles ressemblent aux humains et ne possèdent pas un corps pisciforme. Les Mari Morgans, véritables sorcières de la mer, ensorcellent les pêcheurs sur les grèves au moyen d’artifices magiques, faisant des pauvres pêcheurs leurs serviteurs jusqu’à la mort…

La charrette de l’Ankou

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L’Ankou représente la personnification de la Mort en Bretagne. Lorsqu’on entend l’envoyé de la Mort (oberour ar maro en breton) traînant sa charrette tirée par deux chevaux, cela signifie que quelqu’un mourra sûrement dans le voisinage. L’Ankou se charge d’emmener les morts pour les conduire dans l’Autre Monde. Sorte de grand squelette coiffé d’un large chapeau de feutre, il porte une faux à la main dont la lame est montée à l’envers, vers l’extérieur. C’est en la lançant en avant qu’il coupe la vie. Mais il n’est pas fondamentalement mauvais, il lui arrive même d’aider les vivants en les prévenant de leur mort, afin qu’ils puissent mettre leurs affaires en ordre avant de partir.

Les fées 

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Il est vrai que cette terre de Bretagne fourmille de «Bugale an noz» (les enfants de la nuit), mais il faut être très discret et ne pas faire le moindre bruit si l’on veut espérer surprendre l’un d’eux par surprise. J’ai ressenti des choses, alors qu’en bon chasseur de champignons je passe des heures perdu au fond des bois en automne, comme des «présences» autour de moi, ou un véritable bien-être qui vous environne tout à coup ! J’ai souvent la visite de grandes libellules ou de souris dans mon atelier, on dit que ce sont les destriers des fées. Alors qui sait ?! … [3]

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Les fées habitent sous des protubérances rocheuses ou dans les profondeurs des bois, souvent près des cours d’eau, comme la mare aux fées de la forêt d’Huelgoat, ou la fontaine de Barenton dans la forêt de Brocéliande. Le respect porté aux fontaines, qui ne doivent jamais être souillées, est propre à la Bretagne. Les paysans bretons prennent toujours garde à ne pas abîmer les lieux supposés être habités par les fées tels que les ronds de fées, les chemins de fées ou encore les terrains où poussent une plante des fées, l’aubépine. Heureux sont ceux qui en de rares occasions peuvent les apercevoir le temps d’un instant.

Tel le « porte-parole » de ces créatures de légende, c’est en Bretagne que l’illustrateur continue son travail de passionné, en espérant les apercevoir au détour d’un sentier… Alors faites de même, et ouvrez l’œil !

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Notes:

[1] GAUCHER Jakez, MOGUEROU Pascal (ill.),  Légendes et Contes de Bretagne, Spézet, Coop Breizh, 1994, p. 21-22.

[2] https://5respublika.com/fr/culture/pascal-moguerou-qui-dessine-les-fees.html

[3] Ibid.

 

Bibliographie:

DENIEUL Patrick, JEZEQUEL Patrick, MOGUEROU Pascal (ill.), Les Mari Morgans et autres légendes de la mer, Rennes, Avis de Tempête, 1999.

GAUCHER Jakez, MOGUEROU Pascal (ill.),  Légendes et Contes de Bretagne, Spézet, Coop Breizh, 1994, p. 21-22.

JEZEQUEL Patrick, MOGUEROU Pascal (ill.), Les Korrigans et autres « Bugale an Noz », Morlaix, Avis de Tempête, 1996.

MOGUEROU Pascal, Le Fabuleux Abéféédaire farfelu, Editions du Lombard, Bruxelles, 2012.

MOGUEROU Pascal, Merveilles et Légendes de Korrigans,  Au Bord des Continents, 2014.

Webographie:

https://5respublika.com/fr/culture/pascal-moguerou-qui-dessine-les-fees.html

https://www.pascal-moguerou.com

 

Ysambre Fauntographie : « Je me sens être une sorcière égarée dans le monde d’aujourd’hui. »

Ysambre est une photographe discrète. On ne connaît d’elle que ses photographies distillées sur la toile, qui font la part belle à la nature. Forêts, paysages brumeux, personnages fantastiques entraperçus, Ysambre capture des instants magiques, et on se plaît à croire que derrière chaque rocher, chaque tronc d’arbre, se cache un monde merveilleux invisible à l’œil nu. Voici son interview :

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~ Bonjour Ysambre ! Pouvez-vous vous présenter un peu à nos lecteurs ?

Bonjour ! Je ne m’appelle pas réellement « Ysambre », mais j’ai toujours préféré garder mon prénom secret. J’ai 26 ans, et j’habite un petit village de Chartreuse, niché entre forêts et montagne. Je fais de la photographie. Mais dans la vie, j’aime aussi : me promener, courir, la brume, les orages, le bruit de la pluie sur les vitres, le chocolat, les ronrons de mon chat, l’odeur de la fumée et celle de la terre mouillée, boire un thé assise en regardant les montagnes, regarder les étoiles, skier…

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~ Depuis quand photographiez-vous ? Qu’est-ce qui vous a attirée dans cette activité ?

Depuis… depuis quand, en fait ? À proprement parler, je travaille au reflex et affiche sur Internet ce que je fais depuis 2012. Mais pour autant, l’avant n’est pas dénué d’un rapport à la photographie assez proche puisque j’ai un père et son frère (mon oncle) photographes. J’ai grandi en côtoyant la chambre noire, les sténopés, les appareils farfelus qu’ils rachetaient en brocante, et je grattais les fins de pellicule pour faire des dessins développés sur papier photo ensuite.

Je n’ai jamais cessé d’être créative, m’essayant (de façon maladroite) dès 13 ou 14 ans aux auto-portraits, à la retouche numérique… À l’époque, je disposais du compact familial et de Photofiltre. Je cachais ce que je faisais à mes parents, je supprimais les fichiers dans la carte SD après transfert… Sur les anciens compacts, je touchais à tous les paramètres possibles : la balance des blancs, les ISO, etc. J’ai compris rapidement et seule, en tâtonnant, le principe de ces appareils.
Mon propre matériel a évolué au fil de mes besoins, compact, bridge… Quelquefois, j’empruntais leur reflex à des amies.

Je n’ai donc acquis que tard mon premier reflex et l’envie de partager mon travail, vers 20 ans. Mon univers était donc déjà très consistant et j’avais déjà plus que des bases en photographie ; apprendre le fonctionnement de tels appareils a été l’affaire de leçons sur des sites et blogs et beaucoup d’expérimentation.

J’avais envie de transmettre quelque chose : un message, ma vision du monde. Quelque chose avec un média qui transcende toutes mes activités parallèles, artistiques, les créations plastiques et textiles que je pouvais produire.
La photo se trouvait naturellement au point nodal de toutes mes passions, y compris la randonnée, et c’est donc devenu avec le plus grand des naturels le prolongement de mes yeux.

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~ Vous avez façonné un univers fantastique et païen. D’où vous vient tout cet imaginaire ?

De ce dont je me souviens, j’ai toujours eu un « univers intérieur » immense, mon entourage louait grandement mon imagination semblant sans bornes.

J’ai été marquée par mes souvenirs d’enfance liés à la nature, ainsi que du monde fantastique et légendaire dont je m’abreuvais éperdument à travers mes lectures.  Plus on sollicite l’imaginaire, plus on le développe. Étant de nature créative, solitaire et contemplative, j’ai toujours vécu un continuum dans la création (plastique, artistique…) qui a contribué à nourrir ma « forêt intérieure ». Ainsi, au fur et à mesure du temps et de mes goûts qui s’affirmaient, c’est cet univers tourné vers la nature qui s’est tissé.

Dire que « la nature est mon inspiration » est une platitude autant qu’une évidence. Les ambiances de chez moi, pentues et brumeuses, couronnées de sommets enneigés, sont également très inspirantes ; on leur prête volontiers le cadre de contes ou d’histoires fantastiques. J’aime y passer de longues heures en solitaire à grimper et explorer. Ainsi, de simples rencontres avec des souches d’arbres morts en forêt ou rochers m’évoquent instantanément des créatures, des sons, des images. Mes sens sont mobilisés en totalité, je trouve la beauté partout, dans un coussin de mousse, une racine, une lumière…

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~ Vos photographies racontent des histoires étranges dans les bois : personnages perdus, recroquevillés, nymphes entraperçues… Pouvez-vous nous en dire plus ?

À vrai dire, la photo est la langue que j’utilise pour divulguer plusieurs messages à la fois, ce n’est donc pas une seule et unique démarche qui vise à conter par l’image ce qui m’anime, mais plusieurs.

D’une part, je suis très secrète, même pour mes proches les plus intimes, je n’ai pas souvent les mots justes pour décrire ce que je ressens, ce que j’éprouve. La photo est alors mon outil de parole par excellence. Les émotions les plus brutes y trouvent leur exutoire.
D’autres fois, je cherche à me raconter visuellement les histoires que je crois voir, crois entendre au travers des forêts, guidée par mes sens en éveil et cette rencontre avec « l’Autremonde ». J’ai ce besoin irrépressible de faire sortir de moi l’univers intérieur qui me hante et floue les contours du réel. J’incarne alors tout ce panthéon intérieur constitué de mille créatures et dieux de l’irréel, de la brume. J’essaye de transcender la réalité.
Quelques autres fois, je « conte » quelque chose en prenant appui sur une inspiration tels qu’un livre, ou une légende un peu plus connue de tous, parce qu’à la lecture ou à l’écoute, elle m’a particulièrement parlée. Les trolls, les huldres, les skogsraet…

Et puis, il y a les photos de rien du tout, les photos de la rencontre et de la contemplation, au détour d’un paysage grandiose, d’une marche, d’un coucher de soleil, d’une veille silencieuse, du monde du minuscule et des fleurs. En réalité, même si je ne les montre pas tant, ce sont celles-ci les plus nombreuses et qui traduisent avec le plus de sincérité l’émerveillement que j’éprouve vis à vis de la nature.

Je ne m’impose pas grand-chose, mais ces temps-ci j’essaye de créer des « séries » plus cohérentes et complètes. J’essaye de prendre du recul sur mon travail pour me convaincre qu’il peut être présenté en un ensemble cohérent comme en plus petites histoires fragmentées. C’est pourquoi on peut voir une certaine redondance de personnages ou de genres de photos : c’est en fait une démarche articulée, quelque chose de réfléchi.

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~ Forêts, symboles ésotériques ou païens, peut-on dire que vous êtes une « sorcière moderne » ?

Je me sens être une « sorcière » égarée dans le monde d’aujourd’hui. J’ai le sentiment d’être décalée par rapport aux autres dans la réalité, le quotidien, ne serait-ce que par mes occupations qui peuvent vraiment sembler bizarres. J’ai l’impression que chez moi, il y a deux sortes de personnes : ceux qui restent à la maison et cantonnent leurs loisirs « en bas » dans la vallée, et « ceux qui vont dans la nature», voyant la montagne comme un terrain de jeux et de sport. Et je ne fais partie d’aucune de ces catégories…

À force d’être si souvent à l’extérieur, ce qui témoigne d’un certain côté ours et farouche, mon entourage m’a très vite attribué le sobriquet de « trolle ». C’est resté longtemps, et encore aujourd’hui certaines personnes ne me connaissent que sous ce nom ! Ce n’est pas si éloigné de la sorcellerie, car on parle d’une créature obscure et sauvage qui n’appartient pas vraiment à la réalité.

J’ai toujours vécu proche de la nature, sondant en moi l’écho de ses cycles à travers la contemplation. Aujourd’hui j’y suis plus liée que jamais et y suis en complète résonance.
J’en possède une bonne connaissance, mais cela n’est aucunement tombé du ciel : j’ai étudié et travaillé pour connaître les noms et les usages de chaque plante, la structure de chaque caillou, les humeurs du ciel… La sorcellerie, c’est aussi une part de bon sens et de curiosité vis à vis de la nature.  De même que trouver aussi souvent des os comme la Loba, ou dénicher à coup sûr des champignons, n’est pas un don mystique mais une bonne part de déduction et d’observation… (j’ai une tendance à trouver énormément de « curiosités » : plumes, squelettes, nids, cristaux, etc.)
En revanche, j’accepte tout à fait qu’il existe un monde qui ne tienne pas du matériel mais qui coexiste en parallèle de nous, peu importe de quoi il est tissé et ce qui y rôde, ce qu’au fond j’ignore. C’est ce monde (« l’Autremonde ») que j’essaye parfois de figer au travers d’une brève photo, ce monde aux frontières de la brume et qui se réfugie au fond des forêts.

Je n’ai pas une pratique de la magie « matérielle » nécessitant des objets rituels et des mots. Je me contente d’apprécier les fluctuations intérieures et extérieures émanant d’émotions, d’énergies, d’aller à leur rencontre, de les laisser me traverser. En forêt, dans les grandioses futaies ombreuses, on ressent légion de présences indicibles et invisibles, et j’aime aller à leur rencontre. Je n’en attends rien de spécial, je « suis » juste en leur présence.
Mais je n’essaye pas de manipuler toutes ces fluctuations, énergies ou présences. Je n’ai pas de pratique institutionnalisée visant à formuler des sorts, suivre des rituels précis. Je fête les sabbats en suivant les évidences de mes envies plus qu’un mode d’emploi précis.

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~ On sent également une touche nordique : allusions aux vikings, runes, etc. La mythologie scandinave vous parle-t-elle ? Pourquoi ?

Tout simplement parce que je fais de la reconstitution historique dans le cadre d’un de mes autres loisirs, par intérêt culturel. Et parfois, je viens photographier sur les camps. Les légendes et le folklore, la pensée insaisissable du mode de vie que j’essaye de comprendre à travers l’archéologie, tout cela me parle, et ainsi les allusions reviennent souvent.
Je trouve la beauté dans l’esthétique de la vie quotidienne que l’on s’efforce de recréer, dans les matériaux bruts que nous transformons en répliques d’objets.

Les mises en scène sont plus rares, mais j’ai crée en 2015 une série sur le sujet, « Saga ». C’était un récit photographique, du « storytelling ». J’avais envie de recréer une ambiance viking… mais dans les Alpes. Les paysages peuvent parfois être très similaires. En prenant des lieux un peu « mythiques » de randonnée, j’avais pour ambition de les redéfinir avec mon regard.
C’était vraiment une épopée à part entière, car je randonnais avec le matériel de combat ; au total cela représentait entre 12 et 13kg de matériel  (armes, bouclier, vivres, matériel photo…) et ma plus grande randonnée a été une journée dans les Cerces, face au Galibier où j’ai vraiment fini sur les rotules.

Avec mon regard actuel sur la reconstitution, je m’aperçois avoir fait beaucoup d’erreurs de cohérence et d’interprétation, mais ce n’était pas non plus le but de faire des photos de reconstitution « parfaite », pure et dure. Pour ça, il y a les camps avec les copains (salut, si vous me lisez, vous me manquez !).

Issues elles aussi du monde nordique, j’aime aussi beaucoup les runes pour leur pouvoir du Mot. Je pense que le Son est une énergie forte que nous pouvons nous approprier et produire, le son quel qu’il soit, sans forcément de mots, mais avec une intention et une énergie derrière. Et les runes (l’ancien futhark) traduisent à merveille ces sons qui sont aussi une part de l’origine étymologique de quelques mots que nous connaissons en français (les descendants étymologiques sont encore bien plus nombreux en anglais et allemand, ce qui est fascinant !).
J’aime savoir que la survivance du Son a donné l’énergie de tout un vocabulaire, et que les noms qu’ils désignent sonnent tels ce qu’ils sont vraiment dans leur nature…

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~ Le théâtre principal de vos mises en scène est la nature (forêt, montagne, etc.). Souhaitez-vous faire passer un message écologique à travers votre regard photographique ?

Il m’apparaît évident que toutes mes photographies naturelles et paysagères traduisent le respect que j’éprouve vis à vis de mon environnement. Mais c’est un message silencieux, sans injonction derrière ; chacun est libre de vouloir respecter ces milieux.

Après je n’estime vraiment pas être une ambassadrice de l’écologie, il y a des artistes bien plus engagés et surtout plus doués pour transmettre le message comme quoi, a fortiori en montagne, la nature, les milieux, les espèces sont fragiles et vulnérables.

Cela dit, il m’est arrivé de faire quelques photos à message engagé : en 2014, une courte série mettant en scène un troll perdu dans le monde moderne, et un cliché « manifestation » en 2015 lors du massacre des bouquetins du Bargy. Autrement je ne prends pas position de manière affirmée ; je ne me retrouve pas trop dans le genre journalistique.

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~ Vous signez « Ysambre Fauntographie ». Est-ce que « faun » fait allusion à la nature, ou bien à l’être mythologique ?

Je dirais aux deux. « Ysambre » est un nom éminemment végétal issu du livre éponyme de Mickael Ivorra et Séverine Pineaux, et dont la « forêt empathique » me paraissait tout à fait appropriée pour définir mon univers naissant. C’était un nom choisi un peu en vitesse, pour me donner un pseudonyme au lieu de mon vrai nom sur des nus qu’une amie avait fait en 2012.

« Fauntography » est un clin d’œil, car je n’avais pas très envie d’accoler un pompeux « photography » à côté d’un nom illustrement inconnu et d’un CV dérisoire. (Ce qui est paradoxal, parce que comme ma famille fait de la photo, quand je donne mon nom dans un labo on me pose des questions dessus…). Les personnes abonnées à mes pages sur les réseaux sont surnommées les « faunlovvers », les amoureux du faune. Suivez-le, perdez-vous sur les sentiers des forêts…

« Fauntography » vient rééquilibrer la partie végétale du nom, comme on nomme de pair « la faune et la flore », ce qui compose finalement un écosystème – enfin, entre autres. Les noms latins, issus de la classification binomiale, ont été parfois utilisés pour donner des titres aux photos, au début, pour donner l’impression que le visiteur ou l’abonné (le faunlovver) visite une forêt.

C’est également une référence à cette créature mythologique que j’affectionne particulièrement pour toute cette animalité qu’elle nous renvoie et que l’être humain accepte difficilement. Il est souvent récurrent dans mon univers, ce personnage issu de Pan… car c’est aussi un morceau de moi.

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~ Enfin, quels sont vos projets à venir (ou en cours) ?

Très prochainement, le 23 juin, j’exposerai au festival de L’Art-Bre aux Balmes, près de Romans, dans la Drôme des Collines.

Le plus gros projet de cette année réside dans une exposition qui aura lieu à Crolles, en novembre prochain. Ce sera un récit initiatique composé de neuf tableaux et de sculptures : les masques que j’ai créés.

J’aimerais faire plus de livres, et j’hésite à proposer un financement participatif pour en éditer un sur le chamanisme.

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Folklore, de Charles Duttine

Enseignant en lettres et en philosophie, Charles Duttine revisite mythes et légendes sous forme de nouvelles : de petites histoires d’hier et d’aujourd’hui, d’hier et de demain.

J’ai eu le sentiment d’être tour à tour actrice, puis spectatrice dans ce recueil de grande poésie. L’auteur, qui distribue des rôles dramatiques, nous invite à nous poser des questions sur la vie, et ça fait du bien ! Son écriture est légère, facile ; ce qui est surprenant lorsque l’on découvre le résumé. Un résumé trop ronflant à mon goût. Peut-être même poussiéreux, comme beaucoup de livres sur la philosophie que l’on garde dans un coin de la bibliothèque. Ces ouvrages à l’écriture intellectuelle et non accessible pour les lecteurs non avertis sont souvent ennuyeux. Mais comme par magie, l’intérieur de Folklore publié chez la P’tite Hélène Éditions se révèle divin.

Personnellement, j’aurais trouvé plus judicieux de choisir pour titre « Rites », afin de décrire l’enseignement des mythes de l’Antiquité. Le mot « Folklore » marque la fête et ses réjouissances. Je pense qu’il y a un réel contraste entre le titre du livre et son contenu. Charles Duttine démystifie la mort en nous rappelant que nous avons tous un rôle dans la vie de celle-ci. Nous pouvons choisir notre mort ou la donner. Nous pouvons la penser et la souhaiter. Nous pouvons la vivre et en faire le deuil. Mais ne vous méprenez pas, ses mots ne sont pas pour autant neurasthéniques.

La couverture affiche un collage inspiré d’Arcimboldo : Le feu ou Érostrate. Son message n’est pas évident ; peut-être que l’image est mal choisie. Lorsque je pense au « feu », je pense à la nouvelle « Saturne », où le jeune homme est brûlé par sa passion. Je ne pense pas à Jean-Paul Sartre, le référent d’Érostrate choisi par l’écrivain. Néanmoins « Saturne » est sans aucun doute mon récit préféré, parce que même si le lecteur s’octroie la place du mort, nous ne sommes pas dans la tombe de l’oubli, mais dans la communication.

J’imaginais lire une fiction documentaire se passant au temps des Grecs. Que nenni ! Nous sommes au présent, dans le futur même : avec « Gysès », où l’histoire se déroule en 2118.  Un récit admirable, où l’auteur réussit à dépeindre nos plus grandes angoisses sur ce qui adviendra, et où l’anonymat est pire que la mort. Pourtant, ce qui surprend, ce n’est pas le choix du temps où les mythes sont racontés, mais le lieu. Tantôt nous nous trouvons avec les personnages au sein d’une Z.U.P., dans un rêve, dans un musée, et même, dans la maison de la radio sur les quais de Seine !

Pour conclure, j’ai dévoré toutes ces petites histoires avec le sentiment d’être restée sur ma faim. Peut-être bien que le format est trop court ou que les nouvelles de notre épistolier sont addictives. Les fictions interrogent, laissent une trace, elles peuvent résonner en nous, et nous faire pleurer.

Voyez-vous, Charles Duttine a tous les ingrédients pour nous écrire un bon roman !

La commande est passée !

 

 

Charles Dut­tine, Folk­lore, édi­tions La P’tite Hélène, 2018.

Theodor Kittelsen, l’illustrateur préféré des norvégiens.

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Kittelsen, Fattigmannen (Le mendiant), 1894-1896. Illustration pour Svartedauen (La Peste noire), Kristiania, publiée en 1900, Oslo, Nasjonalmuseet, The Fine Art Collections.

Certains auront peut être reconnu cette illustration que le musicien norvégien Varg Vikernes, du projet musical solo Burzum, a utilisé pour une de ses pochettes d’album de black métal. Mais cette image inquiétante est avant tout l’œuvre de l’artiste Theodor Kittelsen (1857-1914), originaire également de Norvège, figure désormais incontournable de la culture scandinave.

Né à Kragerø en 1857, dans une ville de marins, Kittelsen n’était pas voué à une carrière d’artiste. Issu d’une famille marchande, son père Johannes Kittelsen le destinait plutôt à la profession d’horloger.
Après une formation à Arendal en tant qu’apprenti, Kittelsen sut finalement imposer ses choix à sa famille et partit donc à Kristiania (actuelle Oslo) pour étudier dans l’Académie de dessin en 1874, alors âgé de 16 ans seulement.

Meilleur dessinateur que peintre, il intégra tout de même l’Académie des beaux-arts de Munich en 1876, et se rendit bien vite compte qu’il ne pouvait rivaliser avec ses camarades. Cependant, son travail n’en est pas moins de grande qualité, et par ses dessins, nous découvrons son monde intérieur peuplé de trolls et autres monstres : Kittelsen est avant tout un dessinateur populaire plus qu’un peintre, et malgré les difficultés qu’il a rencontrées au cours de son existence, ses illustrations sont désormais passées à la postérité.

En 1880, Kittelsen retourna en Norvège après ses études, mais il effectuera divers voyages, notamment en France et en Allemagne, deux pays importants grâce aux artistes nordiques qui y séjournaient longuement afin de parfaire leur éducation et leur culture artistiques.

NOR "'Jeg er saa sulten at det piber i Tarmene mine', sagde Skrubben", ENG The Ash Lad and the Wolf
Kittelsen, Askeladden og ulven (Askeladden et le loup), 1900. Huile sur toile, 45,5 x 68,5 cm, Oslo, Nasjonalmuseet, The Fine Art Collections.

Kittelsen, en illustrant le folklore nordique, s’inscrit dans la vaste mouvance fin-de-siècle qui consistait à faire revivre les sagas et les traditions passées. La Norvège, unie à la Suède en 1814 par le traité de Kiel, et ce après des siècles de domination danoise, a bien des raisons pour affirmer son identité culturelle afin de se détacher de son voisin, et nombreux sont les artistes à regarder en arrière pour raviver les mythes originaires qui font l’histoire de leur pays.

Peintres, dessinateurs, mais aussi écrivains, s’attachent alors à dépoussiérer leur culture populaire et, en réaction au réalisme et à la montée de l’industrialisation, ils exploitent leur imagination, leurs rêveries, en quête d’un monde onirique dans lequel la nature fait naître des créatures terrifiantes ou enchanteresses.
En Norvège, deux auteurs inspirés par les frères Grimm en Allemagne, et Andersen au Danemark, réécrivent les contes de leur patrie : Christian Asbjørnsen et Jørgen Moe œuvrent ensemble et publient leur ouvrage Norske folkeeventyr (Événements du folklore norvégien) pour la première fois en 1841.

Le travail de Kittelsen est surtout connu aujourd’hui pour avoir illustré les contes norrois qui connurent un grand succès à cette époque : à la demande de Christian Asbjørnsen en 1881, le livre de contes intitulé Eventyrbog for børn (Le livre d’aventures pour enfants) a été agrémenté par les créations de Theodor et de son ami Erik Werenskiold (1855-1938).
La diversité des ouvrages auxquels Kittelsen collabora le poussa à représenter trolls, sorcières, farfadets, lutins, nøkken (génie nordique des eaux, qui a été condamné à jouer éternellement sur son violon dans les torrents sauvages) et autres créatures fantastiques qui peuplent la mythologie scandinave.

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Kittelsen, Skogtroll (Le troll de la forêt), avant 1906. Dessin pour la couverture de Eventyr par Christian Asbjørnsen et Jørgen Moe, 1907, Oslo, Nasjonalmuseet, The Fine Art Collections.

Kittelsen connut un certain succès à partir des années 1890, et continua un travail dense d’illustrateur de contes nordiques, notamment avec sa collection pour Svartedauen (La Peste noire) qui fut publiée en 1900.

Dès 1905, sa santé se détériora. Il est nommé « Chevalier de l’Ordre Royal Norvégien de St. Olav » en 1908, mais malgré cela, il vécut toujours dans la pauvreté avec sa famille nombreuse. En 1911, il publia son autobiographie Folk og Trold (Peuple et trolls), suivie de Løgn og forbandet digt (Mensonges et poèmes maudits) en 1912.
Le 21 janvier 1914, Kittelsen mourut, laissant derrière lui une veuve et ses neuf enfants.

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Kittelsen, « Udenfor laa der en vældig Drage og sov » (« Par là-bas, il y avait un grand dragon endormi), 1900. Huile sur toile, 46 x 69 cm, Oslo, Nasjonalmuseet, The Fine Art Collections.

Toute sa vie, Kittelsen lutta pour faire connaître son art, et vécut dans la pauvreté. Sa reconnaissance fut tardive, et malgré son gain de popularité dans les années 1890, sa famille a toujours connu des difficultés financières.
Theodor n’était pas seulement illustrateur, mais également écrivain lui-même, et a produit fables, anecdotes, farces, parodies, etc. Sa plume satirique s’attaquait à la société bourgeoise contemporaine et aux classes dirigeantes. Il eut des difficultés pour trouver des éditeurs à ses créations, en dépit de sa participation à divers ouvrages de contes norrois. D’un tempérament passionné, triste et susceptible, ses échecs firent fait de lui un homme amer :

Il est souvent terriblement difficile d’être un artiste norvégien, parfois si difficile que cela en devient désespérant. Mais rien ne sert de s’attendrir sur son sort. On doit se ressaisir et persévérer. Si je n’étais pas épris de la nature, de chaque fleur dans chaque cours d’eau, je ne sais pas si je pourrais tenir. Mais la nature est une merveilleuse consolation.

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Kittelsen, Nøkken han sjunger paa Bøljen blaa (Le Nøkk chante la nuit sur la vague bleue), après 1900, Oslo, Nasjonalmuseet, The Fine Art Collections.
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Kittelsen, « Har du sittet mjukere, har du sett klarere, » spurte han. « Nei, aldri! » svarte hun (« T’aies tu déjà assise sur plus doux, assise sur plus blanc ? » a-t-il demandé. « non, jamais ! » a-t-elle répondu), 1907. Illustration pour Hvidebjørn kong Valemon (Le roi ours polaire), de P. Ch. Asbjørnsen, Kristiania et Copenhague, 1907, Oslo, Nasjonalmuseet, Billedkunstsamlingene.

Einar Økland (écrivain et poète norvégien né en 1940) voit dans ses images l’expression de la solitude de l’artiste, ainsi qu’une attirance, mais également une peur de la nature sauvage. Cet élément a d’ailleurs été rapporté par un peintre et ami de Kittelsen, Christian Skredsvig :

Les grandes forêts fourmillaient de personnages surnaturels. Incidemment, je ne crois pas que Kittelsen s’y soit jamais aventuré, car il avait peur de la nature. À l’origine, c’est probablement cette peur de l’immensité et du silence de la nature et de l’humanité qui a rendu son art étrangement mystique. Il n’est jamais allé plus loin que l’orée de la forêt pour rencontrer toutes ces créatures remarquables qui nous sont devenues si familières grâce à ses dessins.

Bien qu’ayant jouit d’un succès modéré de son vivant, les illustrations de Kittelsen sont aujourd’hui devenues mythiques et imprègnent la culture norvégienne. Il n’est donc pas rare de retrouver ses œuvres sur des pochettes d’album, comme nous l’avons déjà noté avec des groupes comme Burzum ou encore Satyricon.

Pour découvrir encore plus d’illustrations étranges et délicieuses du « Grand peintre des trolls » comme le surnommait Skredsvig, je vous conseille d’aller jeter un œil sur le site du Nasjionalmuseet d’Oslo :

http://samling.nasjonalmuseet.no/en/term/producer/Theodor%20Kittelsen

 


Bibliographie :

Borge E., Troll, Kittelsen, SFG Scandinavian Film Group : Oslo, 1998.

Join-Dieterle Catherine, « Angoisse et violence, la peinture nordique de 1885 à 1905 », Connaissance des arts, n°421, Paris, mars 1987.

José P., L’Univers Symboliste : décadence, symbolisme et art nouveau, Paris, Somogy, 1991.

Malmanger M., One hundred years of Norwegian painting: with illustrations from selected works, Nasjonalgallerie : Oslo, 1988.

Histoire du Premier Mai.

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John Collier, Queen Guinevere’s Maying, 1900.

Une nuit pour vivre l’harmonie ?

Pour beaucoup de personnes, l’idéal d’une vie humaine serait d’être en harmonie avec les rythmes de la nature, ses saisons ; autant dans le domaine physique que mental. Dans l’époque qui est la nôtre, cet idéal est plus que jamais perceptible, véhiculé sans nul doute par des préoccupations écologiques montantes. Cette conception idéale a pris au fil des siècles des visages différents et s’est développée dans divers domaines, et parfois même de manière inconsciente, les hommes ont adopté un mode de vie harmonieux avec le monde, en perpétuant certaines coutumes calendaires ou en l’exaltant en littérature. L’histoire de l’humanité, depuis les Celtes particulièrement, regorge de coutumes en harmonie avec une phase calendaire bien précise : le printemps. Elle est une saison particulière, marquée par une idée générale de renouveau, de fraîcheur et de verdure. Davantage mise en avant que les autres saisons, on la célèbre pour son imaginaire également très marqué autour de l’amour. Nous aurons l’occasion de se faire croiser coutumes et littérature, dans la perspective du mois singulier qu’est le mois de mai, domaine privilégié de féérie et de fertilité notamment.

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Site : A Year and a Day. Exemple d’un mât de mai.

Héritage celtique de Beltane et sainte Walpurga.

Le poids des saisons, et du culte qui leur a été attribué, était conséquent chez les Celtes, et l’on ne pouvait imaginer le déroulé d’une année sans en célébrer les grands passages. Les solstices, les équinoxes faisaient partie de ces célébrations, au même titre que les grandes lunaisons et les étapes majeures de la vie humaine. L’héritage celtique est marqué par une vision particulière de l’année : vécue comme cyclique, elle est avant tout séparée en deux grandes parties distinctes. La première partie débute au Samhuinn, le 31 octobre, et se poursuit jusqu’à Belteine, le Premier Mai : il s’agit de la partie dite « sombre » de l’année. Son versant opposé commence à Belteine pour se terminer au Samhuinn : le mois de mai figure déjà comme un mois d’ouverture vers autre chose ; une moitié « lumineuse ». L’année des Celtes est évidemment découpée en parties plus subtiles, mais le caractère largement binaire de ce découpage est évident. Comme le mentionne l’ouvrage de Guyonvarc’h sur les fêtes celtiques à la page 110 :

« La fête du Premier Mai, quelle qu’en soit la dénomination, est une fête de changement de rythme de vie »[1].

Le premier mai est effectivement une date clef dans beaucoup de cultures, depuis les Celtes, mais plus largement en Europe. En effet, sous l’influence un peu plus appuyée du christianisme, du côté allemand, la nuit du premier mai a pu être fêtée en l’honneur de sainte Walpurga[2] : le nom sera récupéré et la fameuse nuit du 30 avril jusqu’au premier mai sera baptisée la nuit de Walpurgis, avec tous les échos culturels qu’elle a pu avoir postérieurement.

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source : hemtrevligt.se. Probablement un tissage représentant la sainte.

Une nuit de féérie et de sorcellerie.

Cette nuit, pour ne pas dire la journée entière du premier mai dès l’aube, est réellement caractérisée par une atmosphère particulière. Féerie, sorcellerie… Ce que l’on a pu en raconter diffère, mais l’idée d’ouverture sur un autre monde est prégnante. La nuit de Walpurgis bénéficie encore d’un fort écho culturel dans la mesure où notre imaginaire semble toujours tissé de sorcières au sabbat et de fées de sortie. Il est intéressant de voir que l’association positive de la sorcellerie et de la nuit de Walpurgis n’a pas toujours été positive : en effet, au contraire, on a pu historiquement définir cette nuit-là comme un moment idéal de lutte contre la sorcière[3]. Les feux, traditionnels pour ce jour, sont caractéristiques[4], et ont été alternativement dressés pour combattre, ou exalter la sorcellerie. Cette inconsciente association de la nuit du premier mai avec l’émergence d’êtres surnaturels, ou avec l’ouverture sur un autre monde, est difficile à retracer, dans la mesure où de  nombreuses cultures se croisent.

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source : Blog d’Elisandre – Œuvre au noir. Une représentation « classique » de l’imaginaire de la nuit de Walpurgis.

Perméabilité des mondes.

Néanmoins, il apparaît que la culture celtique a vécu ce passage d’une moitié à l’autre de l’année selon une plus grande perméabilité aussi des mondes entre eux. Effectivement, autant au Samhuinn qu’à Belteine, de nombreux historiens et coutumes relatent la croyance suivante : le voile entre les mondes allant en s’amoindrissant, les passages clefs de l’année en sont des portes idéales. Autant les fées que les revenants seraient alors à même de revenir habiter le monde des humains pour une nuit. Le lien entre la nuit du premier mai est vite tissé avec le monde des fées, davantage susceptibles de revenir : il s’agit d’ailleurs de la raison pour laquelle la rosée du premier mai est dite magique, puisque les fées y auront apposé leur présence. Cet imaginaire de la rosée à l’aube du premier de mai est issu de réelles coutumes ancestrales, plutôt celtiques ; lesquelles consistaient par exemple, dès l’aube, à arpenter de grandes plaines, un tissu imbibé à une corde traînant au sol, afin de récolter la précieuse rosée[5]. Dans tous les cas, ce matin de mai constituerait non pas un début de printemps tel que nous l’entendons strictement aujourd’hui[6], mais plus largement, le début d’une moitié lumineuse de l’année, marquée à l’orée par une célébration de l’amour et du renouveau de la nature, dans une certaine allégresse.

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Joseph Tomanek, Nymphs dancing to Pan’s flute, 1920.

Le temps des dictons populaires et de l’agriculture.

Le mois de mai semble toujours avoir gardé une place de préférence dans l’âme populaire, qui s’en ressent au niveau des dictons par exemple ou dans le monde agricole. En effet, les dictons, véritables fragments du peuple, illustrent assez bien les idées préconçues que l’on a pu garder au sujet de mai. Ainsi, deux thèmes se dégagent des différents dictons au sujet du mois de mai : l’amour et l’agriculture. En effet, si le mois de mai a toujours été conçu comme une période de fertilité, elle l’est dans différents domaines : humain comme plus généralement naturel.

L’amour.

L’amour, principale considération lors de cette période, est vécu sous une relative ambiguïté : si le cadre pourrait laisser songer à la formation de nouveaux couples, comme nous le verrons avec certains rites, le mariage, en revanche, est déconseillé, au point d’être symbole de malheur. Le dicton suivant l’illustre parfaitement : « Si comme le peuple dit vray / La mauvaise s’epouse en may »[7]. Effectivement, si nous nous mettons à considérer cette période de l’année comme propice à l’action des fées, au sein de l’imaginaire, il ne s’agirait pas de se marier par mégarde à une des leurs[8]… La littérature médiévale regorge d’ailleurs de mariages entre fées et humains, à la lisière toujours de la félicité totale et de la ruine. L’usage recommanderait donc, à travers les dictons qui persistent, de ne pas outrepasser de simples plaisances amoureuses durant cette période. La fertilité est une des idées principales du mois de mai, et forge donc une solide figure de l’harmonie, si l’on respecte ce principe à ce moment donné de l’année. Alors, à travers quelques dictons, il apparaît que la préoccupation de l’harmonie est centrale : effectivement, la période est propice à la floraison, puisque « Mai ne va jamais sans fleurs »[9]. Il y aurait donc un moment particulier pour la floraison, et si la nature devait déroger à cette harmonie prédite, le mois de mai serait vécu sous le mode du trouble (notez précédemment l’adverbe jamais) : « Mai fleuri, an réjoui »[10].

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Julia Helen Jeffrey, Beltane. Carte VI « Les amoureux » dans le tarot qu’elle a réalisé.

Un mois des fleurs et de l’agriculture.

Il semble qu’il s’agit véritablement de ce que l’on pourrait appeler un « mois des fleurs »[11], et l’appellation est de rigueur lorsque l’on observe l’histoire des noms en botanique. Si le mois de mai est un « mois des fleurs » en général, certaines fleurs, plus que d’autres, sont davantage mises en avant, au point d’en porter partiellement le nom. Le surnom de l’aubépine n’est-il pas d’ailleurs « le bois de mai » [12]? L’étude particulière de l’association de l’aubépine à la féerie serait sans doute trop laborieuse, car un parallèle inédit et culturel est établi entre les deux. Nous rappellerons aussi l’emblématique muguet, encore ramassé le premier de mai[13]. Une partie de la botanique florale, nous l’aurons vue, est liée au mois de mai, mais plus généralement, l’agriculture s’y penche. Effectivement,  l’association entre le mois de mai et le travail n’est pas récente, et la Fête du Travail lors du premier jour de ce mois n’a rien d’innovant. Comme le dit Jean Markale dans son ouvrage sur les Celtes[14] : déjà en Irlande, Beltaine était l’occasion de fêter le dieu Bel, l’été, le feu. On marquait le début de la sortie des troupeaux avec la reprise du travail aux champs. Les pâturages étaient à l’honneur et l’activité reprenait à l’extérieur.

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source : 13 moons. Sculpture de plaque représentant le dieu solaire Bel ou Belenos.

Des échos dans le Moyen Âge français.

Un large nombre de coutumes ancestrales, aux origines parfois troubles, se retrouvent par exemple au Moyen Âge. Période charnière entre un passé païen subsistant sporadiquement et une chrétienté qui affirme progressivement son influence, il conserve des traces de rites plutôt anciens. Le lien aux fleurs est évident, tout comme l’est, nous l’aurons bien vu, celui avec la fertilité, voire à l’amour. Tout d’abord, lors du passage précédent, il a été vu que les fleurs ont un poids majeur dans l’image que l’on se fait du mois de mai. Alors, de nombreuses activités ou festivités y sont liées.

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source : Sisyphe. Une des couvertures pour le Jeu de la feuillée, Adam de la Halle.

Le jeu de la feuillée et Lancelot.

Ainsi, nous pouvons penser à la fabrication méthodique de couronnes de fleurs, ou d’habillement végétal[15] ; en littérature médiévale on peut retrouver le Jeu de la feuillée[16]. Par exemple, dans l’œuvre éponyme, Lancelot porte dans le livre VII une couronne de fleurs, cette fois-ci au mois d’août. Néanmoins, comme le rappelle Philippe Walter dans La mémoire du temps, l’imaginaire associé à mai fluctue au niveau des dates, et alors, beaucoup de rites ont pu être étendus d’avril à la Saint-Jean (21 juin, Litha pour les païens) au moins. En reprenant le propre relevé de Philippe Walter, nous pouvons également de nouveau citer un fragment de Lancelot (tome 2) :

« Une demoisele tote chenue qui chevauchoit molt cointement et estoit tote deslie, ses treces par ses espaules comme pucele et avoit en son chief I chapel de roses kar s’estoit encor la saint Jehan ».

Les fleurs, et plus généralement la végétation verdoyante, sont des attributs clairement présents au mois de mai, sans doute résumant dans l’imaginaire l’essence même du printemps, le frappant en son plein milieu[17].

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source : Pinterest. Représentation médiévale de la Fête du Feuillu. Dans le Livre d’Heures de Charles d’Angoulême (1490).

Fertilité et esmayage.

La fertilité au même titre constitue une trame majeure dans les idées associées au mois de mai. En effet, la sexualité apparaît sous de nombreux traits, et les jeux amoureux, plus ou moins explicites, sont de mise. En se basant sur l’astrologie, conjointe à l’imaginaire lié à chaque signe, le mois de mai est frappé par l’influence du Taureau, animal lié à la sexualité et la fertilité par excellence[18]. Plus modestement, des jeux amoureux ont pu avoir lieu, notamment regroupés autour de la pratique de l’esmayage. Dans ce temps de l’année tout auréolé de courtoisie, des hommes, de préférence jeunes, allaient récolter en forêt des « mais »[19] (branchages associés aux Rameaux chez Ovide dans Les Fastes). Selon l’arbre choisi, l’esmayeur signifiait une chose ou l’autre pour son esmayée. Ainsi, le mois de mai était déjà caractérisé par le poids de la jeunesse. L’arbre était replanté devant la demeure de la femme aimée, et elle devait en décoder la signification. Les jeux amoureux[20] se construisaient visiblement conjointement au propre débordement vital de la nature à ce moment-là. Les amours légères sont favorisées dans ce jour de liberté et de jeunesse : on peut alors élire un autre homme que son mari pour le temps d’un jour[21].

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source : Raconte-moi l’Histoire. Marge des Heures de J. de France avec de superbes enluminures.

Éléments conclusifs.

            Le peuple est pétri de cet imaginaire autour du mois de mai. L’héritage celtique favorisant Belteine comme une fête de feu, de fertilité et de retour à la nature, l’usage et l’évolution des coutumes selon les peuples auront voulu une conservation de certains rites, que nous pouvons qualifier de folkloriques. Les dictons gardent la trace d’une harmonie rêvée : on ne saurait rêver d’un mai sans fleurs. Pour entrer dans cette harmonie générale, on a pu soi-même se voir fleurir à nouveau, en célébrant le corps, la jeunesse, et les amours légères. En effet, quoi de mieux qu’un mois de floraison et de fertilité pour commencer le printemps ? Belteine est alors l’occasion de nombreuses coutumes : mât de mai, danse, récolte de plantes parfois ritualisée. Cette date du premier de mai, pour les Celtes déjà, marque alors une ouverture sur la moitié lumineuse de l’année, et la fermeture du  laborieux temps d’hiver. Aujourd’hui nous en conservons un imaginaire fort, sans doute non sans penser à la féerie. Quant à la Fête du Travail le premier mai en France, elle dérive probablement en partie de l’idée générale liée au mois de mai dans le domaine agricole, à savoir le retour des réels travaux aux champs. L’étude de quelques noms en botanique, ou de dictons, révèle ce que nous pouvons qualifier la matière de mai. Ce mois constituerait un moment propice pour tout ce qui concerne la reprise d’activité, l’amour entreprenant, tout en ne négligeant pas le large poids de l’image féerique, appuyée par le topos de la Walpurgisnacht. Cet idéal se retrouve en tant que matière d’ouverture dans la littérature médiévale. La culture influençant la littérature et vice versa, cette matière d’harmonie se retrouve dans des ouvrages dès le Moyen Âge à travers le motif notamment de la reverdie, qui ouvre un grand nombre d’œuvres. C’est par exemple le cas du très célèbre Roman de la rose.

 


Pour suggestion, cliquez sur cette phrase pour lire un article qui traite des Livres d’Heures au Moyen Âge et de la notion de temporalité.

Bibliographie :

[1] WALTER, P. (1989) La mémoire du temps. Honoré Champion. Page 488, il cite Le roux de Luicy, Le livre des proverbes français, Paris, 1859.

[2] Idem. À la page 487, il parle d’une période réelle de lune rousse, propice dans l’imaginaire à  la sortie des fées, ou de créatures dites « maias », une sorte de vierge noire. Dans tous les cas, la féerie est crainte lors de cette période.

[3] WATHELET, J-M. (1985) Dictons des bêtes, des plantes et des saisons. Page 172. Paris : BELIN. (coll. « Le français retrouvé »)

[4] Idem. Page 173. Un mois de mai sans fleurs serait vécu comme une véritable étrangeté.

[5] Au sujet de la fête romaine des Floralia, qui est venue entrer dans le feuilletage culturel : WALTER, P. (2011) Mythologie chrétienne : fêtes, rites et mythes du Moyen Age. Paris : IMAGO.  Et OVIDE (1990) Les fastes. Livre V : Mai (p.139). Belles Lettres. Philippe Walter appuie l’importance des revenants pour les romains lors des Floralia. Le mois de mai était le mois des ancêtres, et les mondes s’avouaient perméables entre eux.

[6] LAIS, E. (2013, 2016) Grimoire des plantes de sorcière. Rustica Editions. Page 31. L’auteure explique la cueillette ritualisée de l’aubépine lors du premier de mai. D’abord plante par excellence de fées, elle est associée à terme à la Vierge Marie par la couleur de ses fleurs, et au Christ par ses épines. Elle est la plante du couple par excellence.

[7] LAIS, E. (2013, 2016) Grimoire des plantes de sorcière. Rustica Editions. Page 126. Aussi surnommé le « lis dans la vallée », il est associé rapidement à la Vierge, mais ses clochettes rappellent les fées. Considéré comme porte-bonheur, il a sans doute été cueilli plus tôt que le mois de mai, car il annonçait l’arrivée d’Ostara, fête antérieure aux réjouissances de mai.

[8] MARKALE, J. (1999) Le nouveau dictionnaire de mythologie celtique. Pages 37-38. Pygmalion.

[9] LEROUX, F. ; GUYONVARC’H, J. (1995) Les fêtes celtiques. Chapitre III « Belteine ». Ed. France Ouest Université.

[10] MARQUIS, M. (2017) Beltane : rituels, recettes et histoire du 1er mai. Traduction par Marjorie Badinand. Editions Danaé. Dans cet ouvrage, l’auteure affirme que la première mention de la nuit de Walpurgis est faite en 1603 par Johann Cole dans le Calendarium Perpetuum. La fin de l’hiver aurait été marquée par la présence de la fête de sainte Walpurga, canonisée le premier mai 870. La nuit du premier mai devient la Walpurgisnacht allemande. On y allumait des feux de joie pour éloigner les personnes de mauvaise influence et les sorcières. En Suède, une période est similaire, il s’agit de la fête du Valborg.

[11] WALTER, P. (1989) La mémoire du temps. Chapitre 4 « La fête entre l’ordre et le plaisir. C) le sacre du printemps ». Honoré Champion. Dans cette partie de l’ouvrage, Philippe Walter explique que si Goethe a pu montrer un versant sombre de la nuit de Walpurgis, dans les époques antérieures, cette nuit du premier de mai ne souffrait pas de cette image négative de la sorcellerie.

[12] Idem. Pages 99 à 104 : au sujet de saint Patrick allumant un feu contre le roi, pour la Pâques chrétienne. Ed. France Ouest Université.

[13] Pour plus de rites en rapport avec la nature ce jour-là, je me base sur l’ouvrage de MARQUIS, M. (2017) Beltane : rituels, recettes et histoire du 1er mai. Traduction par Marjorie Badinand. Editions Danaé.

[14] MARQUIS, M. (2017) Beltane : rituels, recettes et histoire du 1er mai. Traduction par Marjorie Badinand. Éditions Danaé. A la page 25, Mélanie Marquis parle d’un texte médiéval irlandais, rédigé par Cormac, lors d’une époque indécise. Cormac, évêque de Cashel, écrit sur un festival similaire qui prenait place début mai, pour célébrer quant à lui l’arrivée précise de l’été, et la sortie du bétail.

[15] MARQUIS, M. (2017) Beltane : rituels, recettes et histoire du 1er mai. Traduction par Marjorie Badinand. Éditions Danaé. Dans la partie historique de cet ouvrage, l’auteure mentionne le lien à effectuer avec la figure éminente du Green Man, Jack in the green, ou Homme feuillu, particulièrement exaltée lors de cette période. Philippe Walter, dans Mythologie chrétienne, pages 131-133 parle quant à lui de la christianisation de la fée. Ainsi, il y a pu avoir au Moyen Âge des pèlerinages en l’honneur de la Vierge, proches de lieux d’eau, et au XIIIe siècle notamment, l’on pouvait honorer une statue de la Vierge en lui faisant une feuillée ou « loge de feuillage ».

[16] Voir la pièce éponyme par Adam de la Halle.

[17] Si l’on reprenait le calendrier celtique, aujourd’hui repris au même compte par les néo-païens, Beltane en effet marque l’exacte moitié entre Ostara (début du printemps) et Litha (Saint-Jean : début de l’été).

[18] MARQUIS, M. (2017) Beltane : rituels, recettes et histoire du 1er mai. Page 21. Traduction par Marjorie Badinand. Éditions Danaé. À la page 21, elle rappelle tout autant le dieu Bélénos, honoré par les celtes, qui est quant à lui associé aux fontaines jaillissantes (la symbolique sexuelle n’est pas loin), à la santé et à la vie en général.

[19] WALTER, P. (1989) La mémoire du temps. Page 260. Honoré Champion.

[20] MARQUIS, M. (2017) Beltane : rituels, recettes et histoire du 1er mai. Page 21. Traduction par Marjorie Badinand. Éditions Danaé. À la page 25, elle rappelle l’existence d’une « contre-reine de mai ». L’allégresse ne se situe plus dans l’honneur rendu à la femme aimée, mais dans la raillerie d’une personne choisie. Effectivement, elle place sa référence dans une vieille tradition écossaise : un gâteau d’avoine est placé dans des braises, et découpé en parts selon le nombre de participants. Une de ses parts est noircie. À l’aveugle, l’un des participants tirera donc nécessairement la part calcinée, et sera (gentiment) ridiculisé. Alors, on sacrera la « Cailleach Beal-Tine » (« La vieille dame de Beltaine »). Une série d’épreuves lui est assignée, comme le fait de sauter trois fois dans le feu, ou de se faire bombarder d’œufs. La liesse est tout de même présente.

[21] DE CRECY, M-C. (1997) Vocabulaire de la littérature du Moyen Âge. Page 109 « Fête de mai » ou « Kalenda Maya » faite de « manifestations diverses ». Minerve.  Elle cite un extrait du Roman de la Rose.