Blanche d’Alexandre Day et PoG

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Titre : Blanche
Date de parution : 25 novembre 2013
Illustrations d’Alexandre Day et texte de PoG.
Édition : Éditions Margot

Dans ce grand pays loin là-bas, les sorts font partie du quotidien.
Une enfant neige qui prend vie, ça ne gêne personne.
Le vieux est heureux. La vielle chantonne.

Résumé : Dans un village reculé de la steppe sibérienne, un vieux couple est bien malheureux de ne par avoir d’enfant. Un jour, le vieil homme propose à son épouse de modeler de petites matriochkas dans le manteau de neige blanche et pure qui recouvre les terres en cet hiver rigoureux. La vieille femme s’active et son époux décore la dernière des poupées de flocons avec deux pierres de lapis-lazuli en guise d’yeux. À cet instant précis, Blanche prend vie et fait le bonheur de ses vieux parents. Cependant, l’hiver n’est pas éternel et la belle saison finit par arriver tôt ou tard…

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Édition Margot, illustrations d’Alexandre Day, texte de PoG

Blanche est un tout petit conte en vers, une belle déclinaison russe de Blanche-Neige des frères Grimm, inspiré du conte L’enfant de neige d’Hélène-Adeline Guerber (H.A. Guerber, 1859-1929), une éminente historienne britannique versée dans les contes d’origine germanique. Les informations sur les travaux de cette chercheuse sont plutôt maigres, mais le conte en question se trouverait dans une anthologie appelée Contes et Légendes : 1re partie,  éditée en 1895 au New York Cincinnati Chicago American Book Company. Étrangement, le texte des contes est en français et les notes de l’anthologiste en anglais (si vous désirez consulter la version numérique, elle est disponible sur la plateforme du projet Gutenberg).

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Illustration d’Alexandre Day

L’intrigue du conte est universelle : un vieux couple sans enfant qui se voit finalement confier une petite fille par le biais de la magie. Une enfant malheureusement éphémère, qui ne pourra leur tenir compagnie tout au long de l’année… Le conte aborde avec délicatesse le thème du cycle de la vie, mais à contre-courant, si l’on peut s’exprimer ainsi. La morte saison (l’hiver) correspond à la naissance de Blanche, et la belle saison, généralement associée au renouveau (le printemps) marque la fin du bonheur des vieux parents. Toutefois, comme le tout forme un cycle, le vieux couple, armé de patience, attend le retour des premières neiges.

Le texte de PoG, extrêmement poétique et musical, se marie parfaitement avec l’univers graphique d’Alexandre Day.

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Illustration d’Alexandre Day

Toutefois, l’intérêt principal de Blanche réside sans doute dans la beauté des illustrations d’Alexandre Day. Le livre possède des dimensions tout à fait honorables de 38 x 27,4cm, permettant de profiter pleinement du talent de l’artiste sur des doubles pages gigantesques. Les illustrations monochromes et texturées nous donnent cette impression vaporeuse et onirique, comme si nous étions malgré nous emportés par le conte dans les steppes enneigées, et que nous étions capables de sentir l’épais manteau blanc et duveteux céder sous nos pas hésitants.  Le livre se referme sur quelques extraits du carnet d’Alexandre Day, où vous pourrez admirer certains dessins préparatoires.

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Illustration d’Alexandre Day

Blanche est une très belle surprise à offrir ou à s’offrir en cette époque de festivités. Je l’ai personnellement trouvé au pied de mon sapin et je ne peux que vous le recommander chaudement.

 

* * *

 

En savoir plus :

Alexandre Day

PoG

Editions Margot


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Le Nocturne de Malbertus : un conte de Noël halluciné

Malbertus… Le nom sonne, avec son préfixe à connotation négative, comme l’inquiétante Malpertuis de Jean Ray, comme un territoire du grand nord, un patronyme au suranné parfum moyenâgeux. Aux oreilles du lecteur averti et avant même d’aborder le texte, il contient la promesse d’une excursion fabuleuse, d’une nuit de folklore, d’une veillée des temps jadis…

Assurément, cette histoire est flamande ! Elle est en effet extraite des Contes d’Yperdamme [1], toponyme respirant le littoral le plus authentique. Il est pourtant fictif, un probable mot-valise joignant deux villes bien réelles : Ieper (« Ypres » en français) et Damme. La première est proche de la frontière française, de Lille et de Roubaix ; la seconde de la Zélande néerlandaise. C’est donc toute la côte belge qu’elles englobent par leur jonction, et qu’incarne dès lors symboliquement la cité toute littéraire d’Yperdamme.

Son inventeur est Eugène Demolder (1862-1919), un auteur de contes et de romans post-romantique, déjà injustement démodé de son vivant. Né dans l’aujourd’hui infâmeuse commune bruxelloise de Molenbeek-Saint-Jean (quartier alors plus bourgeois ; le père d’Eugène était le directeur des tramways), il fut néanmoins un représentant ardent des littératures dites « flamandes de langue française », soucieuses d’écrire en roman les folklore et tempérament germaniques.

On le connaît surtout aujourd’hui comme le cousin et le gendre du graveur Félicien Rops, un grand cosmopolite auquel il fabulait néanmoins de profondes attaches flamandes dans ses écrits critiques, récoltant au passage l’agacement de l’artiste [2]. Ce dernier ne lui en a pas (trop) tenu rigueur et lui accorda en 1895 la main de sa fille Claire (en second choix tout de même, pour remplacer Hugues Rebell rendu infréquentable par un scandale de mœurs — comme quoi certaines choses ne changent guère). « L’infâme Fély » semble du reste s’en être vengé par des gamineries, dont des en-têtes de lettres moquant l’embonpoint de Demolder à coup de « Cher Gros » — c’est peu dire que leurs réunions devaient être amusantes à observer !

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Eugène Demolder, caricaturé par Sacha Guitry en 1908. [Source : Le meilleur de Sacha Guitry.]

Le gros Demolder n’en était pas moins un écrivain très valable. Et s’il est probable que ce sont surtout ses notes d’audience publiées au Journal des Tribunaux (car le bonhomme était avant tout juriste, et littérateur seulement en dilettante) et son autobiographie Sous la robe qui plurent à ses contemporains déjà presque entrés dans le XXe siècle, la situation inverse se rencontre aujourd’hui, quand les lecteurs curieux dont nous sommes redécouvrent ses récits merveilleux désormais recouverts d’une attachante patine…

« Le Nocturne de Malbertus », sous-titré « Conte de Noël », réunit tout ce que nous aimons en littérature : la nuit, la mer, un passé aboli, un fou… En effet, quoi de plus sympathique en littérature qu’un fou ? Qu’il soit chapelier ou chevalier à la longue figure, il ne laissera jamais le lecteur indifférent. Et notre fou est de surcroît un sonneur de cloches à la retraite. Or y a-t-il, en vrai, une profession plus plaisante en littérature que celle de sonneur de cloches ? Nous n’en croyons rien et en tenons pour preuves le Quasimodo de Hugo et le Carhaix de Huysmans !

Malbertus le sonneur est au crépuscule de sa vie, quand s’ouvre le récit de Demolder. Alité, il boit du lait dans une chope à bière et délire tout haut, entretenant à lui seul un dialogue de sourd avec ses enfants. Ce sont donc deux histoires qui sont offertes en parallèle au lecteur : celle, prosaïque et quotidienne, de Guislain et Benedicta ; et l’autre, hallucinée, que conte le vieillard et qu’il est seul à voir.

Qu’on ajoute du bois dans le feu et Malbertus fantasme toute une kermesse : « — Ah ! ah ! clama le fou aux éclats du foyer. Des falots ! Des falots ! Est-ce déjà la kermesse ? Le temps est bien rapide ! Eh ! qu’on aille à la grosse cloche, à Gertrandt ! Qu’elle annonce la fête ! Sonnez fort quand le cortège passera sous le beffroi ! […] Ah ! Gertrandt ! Chante ! chante ! chante ! de ta voix sonore [p. 55-56] ! » Demolder mobilise alors tous les accessoires des carnavals flamands : tambours, oriflammes, géant de procession…

Mais voilà que la vision de Malbertus tourne au cauchemar. Alors qu’à l’extérieur, la tempête se lève et que de la grêle vient frapper les carreaux, le voilà qui revit la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648) et la prise de sa ville par l’armée espagnole : « — Les bourdons grondent, s’écria le vieux. Le tocsin sonne ! Voilà l’armée des Infants ! Garnissez les bastions ! Mais sonnez donc, pour étouffer les gueules de flammes des canons [p. 58] ! »

La tempête et les souvenirs violents se fondent alors en une métaphore filée durant la plus grande partie du récit, car sans cesse les sons qu’il perçoit de son lit arrachent Malbertus au présent.

Les canons ! Les canons ! hurla-t-il.
C’étaient deux fermes coups que le vent avait frappés à la porte [p. 59].

Et Malbertus revit, grâce à la magie de la démence, et provoqué par les noirs cartels que la tempête jetait à la face de sa chaumine, le siège de sa cité. Il avait vingt ans, alors, et déjà il était carillonneur au beffroi. Ce fut une cruelle époque et le cœur de sainte Gertrude, patronne d’Yperdamme, saigna souvent au paradis. Malbertus assista à toute l’affaire, niché dans sa vieille tour [p. 60-61].

Au-delà de la couleur locale et du folklore, « Le Nocturne de Malbertus » traite donc, non sans compassion (qui transparaît dans les répliques des enfants du vieillard), du traumatisme et de la démence sénile. Et l’on en vient à se demander quelle part de sa folie il doit aux horreurs dont il peut témoigner, et quelle part lui a été assénée par le fracas des cloches qu’il a maniées toute sa vie : Gertrand la sainte, au bronze blessé et à la voix rauque, dont le nom évoque Gertrude la patronne d’Yperdamme, qui a été bénie par l’évêque de Bruges et envoie à chaque coup des malédictions aux ennemis de la cité ; Eilsberthe, au battant écussonné « plus mauvais qu’une langue de sorcière » ; Roelant, qu’il implore en vain de retourner à son sommier…

— Oh ! ma tête se brise, cria le père. Des cloches s’y battent ! Des cloches s’y battent ! Oh ! le bronze sur mon crâne ! Ah ! satanée ! […] Toutes les cloches de Flandre martèlent mon tympan [p. 56] !

Ah ! j’ai dans ma cervelle des profondeurs qui tremblent comme un fond de beffroi à l’heure du tocsin ! Je vois passer devant mon front des gueules de bourdon dont le branle vomit des volées d’airain ! J’ai des éclats de feu plein les yeux ! Toutes les cloches de Flandre me martèlent ! Cela résonne sur mon crâne comme sur une enclume ! […] Les damnées gouges ! Elles videront mes moelles [p. 74] !

Elles sont ourlées de livides bandes de flammes. Des monstres les chevauchent et me regardent avec des ironies d’enfer ! Mon pauvre corps tout nu sert de jouet à des diables ! Je suis porté sur leurs ailes vertes, où il y a des griffes de souris. […] Et des clochettes de carillon volent et vibrent à mes côtés comme des abeilles autour d’une ruche. Elles sont méchantes ! Méchantes [p. 75] !

La fascination pour les cloches touche bien sûr nombre de fantastiqueurs héritiers du Romantisme, mais Demolder l’a contractée en ligne directe. Il fait en effet référence à une célèbre eau-forte de son beau-père, au moment où le cauchemar de Malbertus atteint son paroxysme : « Ils veulent m’empêcher de sonner et je serai pendu ici, dans les poutres ! […] Ah ! je sens leurs mains sanglantes sur mes épaules ! Je sens leur corde à mon cou ! Ils étrangleront le sonneur [p. 73] ! »

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Félicien Rops, « Et il fit pendre au battant de la cloche, celui qui avait sonné l’alarme », ill. pour Charles De Coster, La légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandres et ailleurs, Paris, éd. Librairie Internationale, [1867] 1869.

Cette image, que Rops conçut avec la licence artistique qui le caractérise, plut tant à l’ami qui la lui avait commandée que celui-ci ajouta un passage supplémentaire à sa Légende pour lui conférer un équivalent littéraire :

Puis il [= l’empereur Charles] regarda Roelandt, la belle cloche, fit pendre à son battant celui qui avait sonné l’alarme pour appeler la ville à défendre son droit. Il n’eut point pitié de Roelandt, la langue de sa mère, la langue par laquelle elle parlait à la Flandre ; Roelandt, la fière cloche, qui disait d’elle-même :

Als men my slaet dan is ‘t brandt
Als men my luyt dan is ‘t storm in Vlaenderlandt.
[Quand je tinte, c’est qu’il brûle,
Quand je sonne, c’est qu’il y a tempête au pays de Flandre.] [3]

(Ce n’est pas sans bonnes raisons que nous rapprochons ce texte du « Nocturne de Malbertus ». La Légende d’Ulenspiegel constitue en effet l’œuvre manifeste et fondatrice des Lettres belges, et est un modèle évident de Demolder. Notons du reste que, quoique son orthographe varie légèrement, la cloche citée par De Coster préfigure la troisième qu’invoque par son nom Malbertus (Roelant). Elles ont certainement le même modèle, la très célèbre « Klokke Roeland » (ou Cloche Roland) du beffroi de Gand. Datant du XIVe siècle et citée dans de nombreuses chansons populaires, il est dit que Charles Quint la fit casser lorsqu’il prit la ville, la rendant dissonante pour punir les Gantois de leur révolte. Demolder reprend à son compte cette histoire et dote la cloche chérie de Malbertus, Gertrand, de ce même handicap.)

Heureusement, le vieux sonneur finit par s’apaiser. C’est d’abord une rumeur venant du bourg, où l’on prie dans la cathédrale, qui se meut aux yeux du vieillard en un véritable alléluia céleste, mené par une cohorte de chérubins chanteurs et danseurs en robes violette et blanche. Ensuite, des lueurs de lanternes sur la plage le convainquent qu’il a la chance de vivre encore une Nativité, et son vieux cœur s’écrie, oublieux de ses complaintes récentes :

Noël ! Noël ! […] Ces lumières viennent à la messe de minuit. Dans tous les coins de la ville, il s’en allume. Elles arrivent aussi de la campagne, au loin. […] Les orgues chantent. Je vois le tabernacle d’or entouré de chandelles. […] Le doyen a mis sa plus belle chasuble, qui rayonne à travers l’encens. Et devant le chœur, voilà un Jésus en cire, dans de la paille d’or. Oh ! le nid divin [p. 78-79] !

Enfin, c’est la Vierge à l’Enfant elle-même qui est transportée en chair et en os au pied du lit de Malbertus, dans cette cuisine étroite et enfumée, où flotte une odeur de fèves et de lard qui monte « comme le parfum d’un encensoir vers le crucifix de cuivre ». Miracle ou délire ? Nous laissons le lecteur le découvrir. De toute manière, cela n’importe pas tant le tableau est joli… Ce conte paraît-il authentique ? Certainement pas. Mais il est assurément doté d’une force d’évocation toute romantique, et peu ont son pareil pour mettre en images le merveilleux chrétien de jadis.

Certaines rappellent Hugo (dont ces gargouilles hérissant le beffroi qui sont tour à tour rouges, désaltérées par des éclats de sang, et « plus blanches que des mains de fées » sous une couverture de neige), d’autres mobilisant diables, monstres et sorcières préfigurent la prose d’un Ghelderode. Le trait est certes parfois trop accusé, et d’aucuns pourraient protester que Demolder abuse des lieux communs lorsqu’il brosse le tableau d’une Flandre chérie mais qu’il fantasme à coup sûr. Le conte dans son ensemble n’en manque pas moins de charme et ne mérite assurément pas l’oubli dans lequel il est aujourd’hui tombé. Nous ne pouvons dès lors qu’inviter chacune et chacun, lors d’un prochain soir de veillée, à découvrir et à faire découvrir ce récit méconnu d’Eugène Demolder, que le lecteur trouvera aisément aux côtés d’autres nouvelles dans la bibliothèque numérique Gallica.


Notes & Références :

  1. Eugène Demolder, Les Contes d’Yperdamme, Bruxelles, éd. Paul Lacomblez, 1891.
  2. Voir par exemple cet extrait d’une lettre de Rops à Albert Mockel : « Pouvez confirmer qu’aime la mer et aime Knocke, et puis vaguement cousin Demolder ; suis donc flamand tant qu’on voudra. » Pour plus d’informations sur les relations unissant Eugène Demolder à Félicien Rops, lire Julien Noël (sous la dir. de Pascal Durand), Le réseau Rops : esquisse d’une formalisation des relations littéraires belges de Félicien Rops avant et après son installation à Paris, mémoire de maîtrise, Université de Liège, 2014, p. 97-100.
  3. Charles De Coster, La légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandres et ailleurs, Paris, éd. Librairie Internationale, [1867] 1869, p. 44.

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Ceux qui célèbrent Yule

En cette fin d’année, avec la durée des jours se réduisant et nos villes qui se parent de lumières, nous sentons déjà « l’esprit de Noël » arriver à grand pas. En comme chaque année, il est temps de se pencher sur un sujet ayant trait à ces fêtes et au folklore qui les entoure pour les rédacteurs de Faunerie.

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Photo par Elsa Noel-Guesnon.

Personnellement, j’ai choisi à travers cet article de mettre en valeur une pratique ancienne et, qui, vous allez, le voir, n’est pas pour autant désuète et conserve tout son sens. Il est donc ici question de Yule, célébration du solstice d’hiver, du triomphe de la lumière sur le période sombre.  Je n’ai que peu de connaissances sur le paganisme en général et mon objectif n’est donc pas de vous donner une pléthore d’informations, mais plutôt de laisser la parole à ceux qui célèbrent ce solstice afin de recueillir leurs ressentis. Et dans le but de mettre en exergue les différentes facettes de cette tradition ainsi que d’en extraire les grands principes, j’ai donc entrepris de questionner ceux qui s’en portent les garants. Au fil de mes recherches, j’ai rencontré des gens extraordinaires, avec un très bel esprit, et tous ont accepté de participer à mon modeste projet. Ce qui m’a à ce propos touchée, c’est que la plupart des personnes que j’ai contactés était des blogueuses, et je suivais depuis un certain temps leurs sites. Certaines sont venues de leur plein gré me parler de leur vision de la célébration du solstice. Et de manière générale, l’aspect qui parait commun à toutes, c’est l’envie de se réunir, de profiter de l’ambiance bien spécifique qu’apporte l’hiver. Généralement, Yule est fêtée indépendamment de Noël, comme un hommage rendu à la Nature.

Exposition : Harry Potter – A History of Magic

Vous êtes-vous remis de notre dernière escapade dans cet hôpital victorien niché au sommet d’une église ? Bien bien, reprenons notre périple sur le territoire anglais qui mène cette fois-ci dans l’une des bibliothèques les plus impressionnantes du royaume, la British Library. Cette noble institution ne constitue pas le sujet principal de cet article (j’y consacrerai un autre billet, si vous êtes intéressés), mais je me permets tout de même de vous y envoyer pour une expérience hors du commun. En effet, au moment où je rédige ces lignes, une exposition bien particulière a aménagé ses quartiers au cœur de ce bâtiment illustre, pour le plus grand bonheur des dénommés Potterheads. Je pense que vous avez très facilement deviné le sujet de ce reportage.

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Harry Potter – A History of Magic fait partie de ses expositions attendues au tournant en cette fin d’année. Contrairement à l’exposition itinérante Harry Potter : The Exhibition et à The Making of Harry Potter – Studio Tour London, toutes deux axées sur l’adaptation cinématographique des romans, l’exposition de la British Library propose une toute autre formule pour le moins singulière, mise en place à l’occasion des vingt ans de la publication de Harry Potter et la Pierre Philosophale (Harry Potter and the Philosopher’s Stone).

Tout cela ne nous rajeunit absolument pas… Mais je digresse, venons-en aux faits.

Après quelques péripéties logistiques pour retrouver le chemin menant à la British Library, je me suis enfin rendue sur les lieux en question. Cet article est illustré à l’aide d’images officielles du site Pottermore, car les photographies sont malheureusement interdites pendant la visite.

Harry Potter – A History of Magic prend le pari audacieux de proposer un parcours consacré aux différentes disciplines enseignées à Poudlard et plus précisément, d’effectuer une comparaison entre l’univers imaginaire de J.K. Rowling et les éléments historiques ou folkloriques dont l’auteur a pu s’inspirer pour créer le monde magique d’Harry Potter.

L’exposition est donc découpée selon huit matières : Potions (Potions), Alchimie (Alchemy), Botanique (Herbology), Astronomie (Astronomy), Sortilèges ou Enchantements (Charms), Divination (Divination), Défense contre les Forces du Mal (Defense Against Dark Arts) et Soins aux Créatures Magiques (Care of Magical Creatures).

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The entrance to the British Library’s exhibition, Harry Potter: A History of Magic © JKR/Pottermore Ltd.™ Warner Bros.

Les organisateurs ont décidé d’illustrer chaque discipline avec des grimoires, des artefacts et autres écrits ou objets historiques qui ont pu servir de base et d’inspiration à l’élaboration du l’univers d’Harry Potter. Chaque élément est bien évidemment suivi d’une légende détaillée afin que les visiteurs puissent comprendre à quel point la magie et l’occultisme ont été présents dans notre monde – et le sont encore dans certaines civilisations, sous des formes très diverses.

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The Astronomy-themed room at the British Library’s exhibition, Harry Potter: A History of Magic © JKR/Pottermore Ltd.™ Warner Bros.
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The Potions-themed room at the British Library’s exhibition, Harry Potter: A History of Magic © JKR/Pottermore Ltd.™ Warner Bros.

Parmi les artefacts le plus intéressants, vous aurez par exemple la chance d’observer un véritable bézoard, semblable à celui qu’Harry a utilisé pour sauver Ron d’un empoisonnement certain. La véritable stèle ornant la tombe de Nicolas Flamel peut être admirée dans une vitrine (les conditions de sa découverte sont pour le moins cocasses). Le parchemin contenant toutes les instructions pour la fabrication d’une pierre philosophale peut également être consulté par les visiteurs. Étant donné que M. Flamel n’est plus de ce monde, je doute que la fabrication de cette pierre ait été un succès retentissant… Vous pourrez également examiner un véritable balai de sorcière, ainsi qu’un chaudron d’époque. Bon nombre de manuscrits et de traités de magie, de botanique, de médecine – on oublie souvent à quel point les frontières étaient ténues entre ces domaines avant l’avènement des sciences modernes – s’offrent aux regards ébahis des visiteurs. La plupart des écrits proviennent de la British Library, alors que les autres objets ont été parfois empruntés à d’autres musées, comme le British Museum (pour sa sirène japonaise) ou le Museum of Witchcraft and Magic.

A côté des reliques historiques, l’exposition comprend également des activités ludiques, très certainement destinées à un public plus jeune. Les plus curieux seront invités à concocter leur propre potion sélectionnée au hasard dans un grimoire. J’ai personnellement raté mon élixir de beauté, mais réussi ma potion pour éloigner les cauchemars, ce n’est pas un mal… Vous pourrez également vous faire tirer les cartes pour entrevoir votre avenir. Selon la prédiction, je suis une personne qui subira les conséquences de ses actions, à force d’ignorer les avertissements. Je vous assure qu’en général, je prends toujours en considération toutes les mises en garde… Soit. Ensuite, vous serez libres de consulter une carte stellaire qui vous enseignera tout sur les différentes constellations, ou d’écouter un chapitre des livres audio dans un des pots à mandragore tout droit issu de la serre du Professeur Chourave. Ces petits interludes dans une exposition qui est, disons-le, tout de même destinée à un public adulte féru d’histoire et de folklore, sont très rafraîchissants et sont rendus possibles par l’utilisation d’une technologique de pointe.

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The Divination-themed room at the British Library’s exhibition, Harry Potter: A History of Magic © JKR/Pottermore Ltd.™ Warner Bros.

Les organisateurs ont également intégré des éléments qui sont pour la plupart responsables de la longue attente à certains endroits du parcours. En effet, le public aura désormais la possibilité de voir de ses propres yeux le premier synopsis de la série envoyée à l’éditeur Bloomsbury, mais également la toute première critique du livre rendue par la fille de l’éditeur à l’époque. Cette petite note écrite de la main d’une enfant de huit ans a totalement changé la donne quant à l’avenir du livre Harry Potter. Plusieurs chapitres dactylographiés et annotés sont également exposés, avec les premiers jets manuscrits de l’auteur, les notes sur la conception des personnages, la répartition des matières enseignées par chaque professeur, ainsi que les croquis de l’architecture de Poudlard et de ses alentours.

Finalement, le public pourra admirer la beauté de l’univers graphique tout à fait unique de Jim Kay, chargé des illustrations dans l’édition originale des romans Harry Potter. Les croquis préparatoires, ainsi que les illustrations finales sont accrochés dans toutes les salles consacrées à une matière spécifique, chacune des pièces étant décorées avec soin pour une ambiance de circonstance.

Dans la toute dernière salle, vous pourrez admirer une maquette du décor utilisé pour la pièce de théâtre jouée en ce moment même dans le West End : Harry Potter et L’Enfant Maudit (Harry Potter and the Cursed Child), ainsi que le scénario dactylographié et annoté par J.K. Rowling du film Les Animaux Fantastiques (Fantastic Beasts and Where To Find Them).

Détailler point par point la totalité de ce que j’ai pu voir dans cette exposition serait aussi compliqué qu’inutile. Je vous invite plutôt à venir sur place ou à acheter le(s) catalogue(s) de l’exposition si ce voyage se révèle trop onéreux ou compliqué.

 

Le catalogue pour enfants est une version « allégée » de l’édition pour adultes, avec une couverture souple et une formule plus ludique. C’est l’édition que j’ai personnellement achetée, car je la trouvais tout aussi bien illustrée que la version reliée et plus facile à transporter. Si vous désirez une édition avec une quantité très dense d’informations, choisissez le catalogue pour adultes.

 

Bande-annonce de l’exposition :

Premières images de l’exposition (Time Out London) :

Quelques recommandations pratiques pour le bon déroulement de votre visite :

– L’exposition peut être réalisée en 1h ou 1h30, les entrées se font par groupe selon une certaine plage horaire.

– Les week-ends sont souvent déjà complets, planifiez votre venue bien à l’avance.

– De nombreux événements consacrés à la magie, la sorcellerie, l’histoire, et surtout à l’univers d’Harry Potter sont également organisés dans le cadre de cette exposition. N’hésitez pas à consulter le site officiel.

– Armez-vous d’une massue de patience, certains visiteurs se permettent de lire chaque ligne des écriteaux ou des notes de l’auteur et sont à l’origine de bouchons intempestifs le long du parcours.

Lieu :
PACCAR Gallery
The British Library
96 Euston Road
London
NW1 2DB
United Kingdom

Dates : du 20 octobre 2017 au 28 février 2018.

Prix : 16£ (adulte), 8£ (étudiant et enfant moins de 18 ans)


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Le Cabinet Mirifique du Professeur Nicéphore Onésime Berlupin.

Corwin Ravencroft est un semi-elfe habitant près de la forêt de Brocéliande, qui vend toutes sortes d’objets magiques, ramassés au gré de ses voyages. De l’amulette aux œufs de dragon, Corwin dispose de ses curiosités dans son atelier, reconverti en musée de l’étrange. Il propose ses objets à la vente sur internet, ou divers marchés dont Cidre & Dragon. Pour nous, il a bien voulu parler de son Cabinet Mirifique, legs de son père, le Professeur Nicéphore Onésime Berlupin.

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Guillaume, alias Corwin Ravencroft. Crédit image : Galaxy Geek.

~ Bonjour Corwin ! Peux-tu te présenter un peu ? D’où vient Nicéphore Onésime Berlupin, le personnage de ton cabinet de curiosités ?

Bonjour, je m’appelle Corwin Ravencroft ! Je suis un semi-elfe, fils adoptif du Pr Berlupin. En vérité, je m’appelle Guillaume. J’ai 32 ans et je suis en invalidité. Ce bon vieux Nicéphore est né de ma passion pour l’imaginaire et l’étrange.

~ Tu as inventé toute une histoire autour de ce personnage que tu incarnes. Qu’est-ce qui te plaît dans ce jeu de rôle ?

J’aime surtout l’idée de faire passer pour réel ce qui tient de l’imaginaire pour beaucoup. De faire croire un peu, de faire rêver beaucoup, de rendre les gens curieux, qu’ils veuillent en savoir plus par eux-même.

~ Pourquoi l’idée du cabinet de curiosités ?

À la base, ce sont des amis, organisateurs du festival Cidre et Dragon, qui m’avaient contacté avec l’idée de faire un genre de Muséum. J’ai été emballé, ils m’ont laissé toutes latitudes. Ça a donné quelques tables présentant des œufs de dragons pour la première édition, et beaucoup plus d’objets étranges et de place pour la seconde édition. Puis le Muséum a été abandonné, et je l’ai repris à mon compte en lui donnant le nom de Cabinet Mirifique. J’ai créé l’illustre Pr Berlupin, et depuis qu’il est sorti de l’ombre, je suis tombé sur un entrepôt où sont stockées toutes ses trouvailles. Ça prend beaucoup de temps de tout décoder, tout archiver. Et le Cabinet est la meilleure façon d’amener tout ce savoir à l’attention du monde !

~ Le Cabinet mirifique renferme toutes sortes de créations étranges : des boîtes, des fioles, des champignons magiques, des baguettes, des montres à goussets, vieux carnets, etc. Tous sont des objets du quotidien que tu chines, que tu transformes, et auxquels tu façonnes des histoires. Peux-tu nous en raconter quelques-unes ? Des objets qui t’ont particulièrement plu ?

Quelquefois, j’ai l’histoire et il me reste à trouver l’objet, d’autres fois, j’ai un objet et je dois trouver l’histoire qui correspond. Il y en a tellement, mais il y en a quelques-unes qui me viennent en tête. Le chapelet de Frank Stingler, un pilote de la Luftwaffe qui raccompagna un B-17 américain en très mauvais état jusqu’aux côtes anglaises pour lui éviter d’être descendu par la DCA allemande. Après la guerre, les deux pilotes se rencontrèrent et devinrent les meilleurs amis du monde. Il y a aussi un objet en rapport avec Tarrare, un homme atteint d’une faim insatiable qui le poussa à manger les pires choses pour ne pas mourir de faim, et que la médecine ne réussit jamais à expliquer. Il y en a quelques centaines…

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Crédit image : Grégory Chassain.

~ Tu es un artiste à part entière, on peut apercevoir ici et là des petites sculptures faites à partir d’éléments recyclés (je pense notamment à la statuette de Dagon faite à partie d’une Vierge Marie), tu fais de la pyrogravure, tu peins, y’a-t-il quelque chose que tu ne fais pas ?!

Artiste à part entière, je ne crois pas… Peut-être artisan et encore, je n’ai pas de savoir-faire particulier. J’ai toujours l’impression que ce que je fais n’est pas original et que tout le monde pourrait le faire s’ils essayaient. C’est juste que j’aime créer des choses et donc j’utilise les techniques possibles. Ça me permet de découvrir plein de choses. J’essaie de toucher à tout mais je suis encore très limité par mes moyens et par le temps… Pour la statuette de Dagon, je n’avais que la Vierge sous la main qui faisait la bonne taille, et j’avoue que j’ai trouvé ça plutôt jouissif de l’enfouir à l’intérieur de Dagon ^^.

~ Ton univers est très fantastique avec une touche de steampunk, quelles sont tes inspirations artistiques et littéraires ?

Je lis énormément, je regarde aussi beaucoup de films et de séries. J’ai une grosse faim d’histoires de toutes sortes, mais principalement d’imaginaire. Je m’intéresse beaucoup aux légendes, aux mythologies et au fantastique. À notre époque, tout cela fait partie de l’imaginaire, mais dans le passé, on croyait vraiment à tout cela : aux vampires, aux monstres, aux lutins, et j’aime croire encore, rajouter du merveilleux dans notre triste vie humaine. Niveau littérature, même si ça n’a rien à voir, j’essaie d’amener un peu le même ton. Je suis un grand fan de Terry Pratchett et de Neil Gaiman. Niveau séries, j’aime beaucoup les séries comme Sleepy Hollow, Grimm et Salem. Et dernièrement, je m’inspire énormément de Warehouse 13, ça me permet de découvrir des événements historiques pas forcément très connus, des mystères non résolus, des personnalités étranges, etc.

 

~ Tu vis à la campagne, pas loin de Brocéliande. Est-ce un vrai choix de vie ? Qu’est-ce que la nature t’apporte ?

Je rêvais de Brocéliande, de légendes, de lutins, et après un gros changement dans ma vie, à savoir ma transplantation pulmonaire, je me suis rendu compte qu’il n’y aurait pas de meilleur endroit qu’une forêt -magique de surcroît- pour à la fois apprivoiser mes nouveaux poumons et laisser libre cours à mon imagination. Mais je ne vais pas assez voir la forêt à mon goût, mon imagination et mon besoin de créer prennent trop de place dans ma vie…

~ Quelle créature fantastique aimerais-tu être (question jocker) ?

La question ne se pose pas puisque je suis déjà un lutin ^^. Un korrigan ou un leprechaun, je ne sais pas encore. Mais je suis également un mutant, bien que mon superpouvoir ne soit pas très ragoûtant… alors tout comme un consultant est, d’après Mr Magorium, un consul mutant, je suis peut-être un lutin mutant, donc un lutant ?

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Crédit image : Massden.

~ Une question plus personnelle : tu as la mucoviscidose, as dû subir un tas d’opérations, bref, tu n’as pas la vie facile ! Penses-tu que ta maladie t’a quelque part aidé à réaliser ton Cabinet Mirifique ?

C’est ma maladie qui m’a donné cet amour de l’imaginaire. Au collège, pendant que les autres garçons jouaient au foot, je lisais du Jules Verne, du Wells. Au lycée, j’ai découvert Tolkien et ça a changé ma vie. Et en même temps, cet imaginaire a rendu ma maladie plus douce. A chaque hospit, je me regardais tous les Ghiblis, j’emmenais autant de livres que de jours que j’y passais. Et depuis ma transplantation, je n’ai plus d’autres buts que de créer.

~ Enfin, quels sont tes projets à venir ?

Pour l’instant, je travaille sur des visites guidées contées pour quand j’expose. Le Cabinet Mirifique sera aux Utopiales début novembre. J’essaie aussi de développer l’histoire de Berlupin, la découverte de certains artefacts dans de petites nouvelles. J’aimerais aussi me lancer dans la vidéo en créant une chaîne Youtube. J’ai aussi un projet de livre, sur une communauté de lutins qui s’appellerait les Urbins. Et une boutique en ligne à faire décoller ! Tellement de projets et pas assez de temps et surtout d’énergie… Même greffé, la muco reste fatigante. Mais ça viendra !

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Crédit image : Sophie Poulet Alligand.

 

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