Interview de Nihil : « Je cherche à créer des archétypes d’humains neutres et non identifiables. »

Nihil est un artiste français qui vit depuis quelques années en Norvège, à Oslo. Passionné avant tout d’écriture, il en est venu finalement à l’image, et ce sont ses créations visuelles qui l’ont fait connaître. Un univers sombre, torturé, où l’homme n’est plus qu’un corps asexué, réceptacle  de visions supérieures… Un livre est sorti de ses révélations, Ventre, mélange d’images et de textes, accompagné de la musique du groupe In Slaughter Natives.

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Saint-Cyanide – modèle : Had3sia.

~ Bonjour Nihil ! Pourquoi avoir choisi ce pseudonyme ? Pouvez-vous vous présenter un peu ?

Bonjour, je suis photographe et artiste digital, je viens de Paris et je vis à Oslo depuis quatre ans. J’ai choisi mon nom d’artiste à mes débuts sur internet. À l’époque, tout le monde utilisait un pseudonyme sur les forums ou les groupes de discussion. J’ai choisi le mien pour indiquer une absence d’identité (Nihil veut dire « rien » en latin). J’aurais pu choisir « Anonyme », le principe est le même. Pendant longtemps, mon nom d’artiste n’était indiqué nulle part sur mon site et mes images n’avaient pas de titre, juste des matricules aléatoires. Je souhaitais me mettre en retrait derrière ma création. Quand j’ai commencé à exposer, j’ai dû revenir à une identification plus traditionnelle.

~ Comment est née votre passion de l’image ? Et pourquoi la photomanipulation ?

Toute forme de créativité me convient. J’ai choisi l’image parce que c’est simple et reposant, contrairement à l’écriture, ma passion d’origine. J’ai commencé la photo pour me détendre entre deux séances d’écriture et j’en ai profité pour illustrer le roman en cours à l’époque, Ventre. Retravailler les photos numériquement me permet de transformer la réalité, plutôt que la sublimer, et de transposer mes personnages dans un univers onirique ou mythologique qui me convient mieux. La réalité m’ennuie.

~ Vous indiquez dans votre biographie être inspiré par l’art médiéval et religieux, et on ressent effectivement un aspect spirituel dans votre travail. Est-ce un moteur primordial pour la création d’une œuvre ?

Pas nécessairement, je pense que je pourrais m’exprimer sur d’autres thèmes et d’autres ambiances, c’est d’ailleurs ce que je commence progressivement à faire. Mais la spiritualité et l’étude des religions tiennent une place importante dans ma vie et jusqu’à il y a peu, je ne voyais guère d’intérêt à traiter d’autres thèmes.

~ Comment concevez-vous vos images ? Partent-elles de visions spécifiques ?

Parfois, pas toujours. J’ai souvent des visions qui me tombent dessus sans prévenir pendant que je fume une clope dehors ou que je suis dans la douche. Dans ce cas, je fais des croquis et je travaille sur l’image dans cette direction. Dans d’autres cas, j’improvise et je laisse l’intuition me guider tout au long du processus sans vraiment savoir où je vais. À ce jour, je n’ai pas constaté que ces deux méthodes donnaient des résultats significativement différents. Les deux façons de faire me conviennent.

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Spellbinder – photographe/modèle : Adriana Michima.

~ Votre univers est très sombre : corps déshumanisés, couleurs foncées, paysages désolés… Pourquoi ?

Ce serait difficile de répondre sans verser dans la psychologie. Et j’en serais incapable même si je le voulais, je n’ai pas encore trouvé d’explication particulière. Dans mes premiers textes, alors que j’avais onze ans, il était question de combats et de mises à mort, de rivières de sang dans les rues… C’est simplement la personne que je suis, je me suis construit de cette manière.

~ Les attributs sexuels de vos personnages sont effacés, pourquoi ces modifications ?

Je cherche à créer des archétypes d’humains neutres et non identifiables. Des coquilles de chair, des androïdes interchangeables. C’est pour évoquer l’Humain, pas un humain en particulier. Je m’efforce d’effacer ce qui distingue un individu d’un autre : cheveux, attributs sexuels, parfois même les traits du visage. On peut relier cet aspect avec le thème de l’anonymat que j’ai évoqué plus haut. Tout cela fait partie de mon incessant questionnement sur l’identité et l’individualité.

~ Vous avez sorti récemment un livre, Ventre, rétrospective de vos travaux visuels comme écrits, avec une bande son réalisée par le groupe de musique In Slaughter Natives. Pouvez-vous nous en parler davantage ?

J’ai la chance d’être en contact avec le label de musique ambient Cyclic Law, pour qui j’ai réalisé des pochettes de CDs. Avoir un livre à mon nom dans ma bibliothèque était un rêve d’enfant et Cyclic Law avait la structure pour publier ce livre, qui regroupe des images et des textes issus du roman Ventre. In Slaughter Natives fait partie du label et je leur ai demandé de m’accompagner dans l’aventure parce que c’est un de mes groupes préférés depuis très longtemps, leur musique a accompagné et probablement influencé des années de création. Je pense que leur univers et le mien se complètent parfaitement et je suis honoré qu’ils aient accepté de composer des morceaux pour accompagner les textes et les images de Ventre.

~ Vous parlez de saints et de martyrs dans votre biographie, qu’est-ce qui vous fascine autant chez ces figures chrétiennes ?

Ce sont des personnages déshumanisés, transfigurés par leur vision de Dieu et changés en légendes, en exemples vivants. Regardez les statues de la cathédrale de Chartres : aucune expression, des visages neutres, éteints. Ce ne sont plus des hommes et des femmes, mais des archétypes mythologiques. La figure du martyr ajoute une dimension : on peut atteindre la transcendance par la souffrance, de la même manière que les yogis peuvent atteindre la libération par la maîtrise parfaite de leur vaisseau corporel.

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Car ce qui est en haut est aussi en bas.

~ L’ensemble de votre œuvre mène à penser que vous êtes un « esprit torturé ». Pouvez-vous infirmer cette impression ? Si oui, l’acte de créer serait-elle un exutoire ?

Je n’infirme rien ! Je suis assez sensible et j’ai longtemps souffert. Depuis quelques années, je me sens relativement en paix, mais toute ma culture, ma manière d’interagir avec le monde, sont marquées par des années de rejet, d’exclusion, de dépression et de solitude. La création n’est plus un exutoire depuis longtemps, elle est devenue mécanique pour moi, constitutive de mon identité et de mon mode de vie. Je ne pourrais pas plus m’en passer que je ne me passerais de manger. Mais à l’origine, c’était un exutoire effectivement, ou plutôt une manière de créer une réalité alternative où je pouvais m’échapper.

~ Enfin, quels sont vos projets pour cette fin d’année ?

J’expose avec des amis dans un festival d’art alternatif à Berlin en décembre, et je travaille sur une nouvelle édition remaniée et augmentée de mon livre Ventre à paraitre l’année prochaine.

 
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White Noise – modèle : Psyché Ophiucus.
   
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Interview d’Aurore Lune

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Labradorites

Avant Noël, je vous propose de découvrir une créatrice de bijoux adepte du « Wire Wrapping » (de wire, « fil » ou « câble », et to wrap, « enrouler »), technique particulière d’enroulage de fils (cuivre, argent, laiton…) permettant de garder la pierre intacte.

Faits ou assemblés à la main avec soin dans des formes et des couleurs toujours renouvelées, les œuvres d’art miniatures d’Aurore Lune se portent autour du cou, au poignet, aux doigts et aux oreilles…

Attention, cette interview pourrait bien vous donner des idées cadeaux ! (1 € par vente reversé à une association caritative)

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Collier Wire Wrap de style traditionnel, labradorite

~ Aurore Lune, comment est né votre intérêt pour les pierres et la technique du « Wire Wrapping » ?

J’ai reçu ma première pierre à huit ans. C’était un œil-de-tigre dont les reflets me fascinaient. Ensuite, vers vingt ans, j’ai commencé à m’intéresser aux minéraux. J’achetais dans des boutiques vosgiennes ou alsaciennes des pierres que je gardais toujours sur moi, dans une poche intérieure. Je regrettais de ne pouvoir les arborer autrement, c’est pourquoi j’ai commencé à m’intéresser à des bijoux « tout faits » comme ceux que l’on trouve dans les enseignes spécialisées ou encore les grandes surfaces.

Quand j’ai découvert que l’on pouvait mettre des pierres roulées ou plates en bijoux avec des fils sans les percer ni les coller, tout en gardant un bijou soigné et unique, j’ai aussitôt expérimenté plusieurs techniques. J’ai finalement adopté un style plus épuré que le traditionnel « Wire Wrapping » nécessitant énormément de fils et dont je n’apprécie pas entièrement l’esthétique.

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Labradorite

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Labradorite

~ Comment choisissez-vous vos matériaux : fils et pierres ? Dans vos choix artistiques, sont-ce les couleurs, les formes ou les propriétés des pierres qui vous attirent ?

Je m’efforce au maximum de choisir des fils allemands ou européens, en cuivre plaqué argent par exemple.

Pour les pierres, je choisis chacune en fonction de ce qu’elle m’évoque et de la façon dont elle me « parle ». Ce n’est quasiment jamais un hasard. Je me fournis aussi en boutiques locales où je passe beaucoup de temps à manipuler les pierres, afin de trouver celles qui me touchent le plus, celles qui auront un dessin, un certain éclat… C’est un rapport très intime aux pierres que j’entretiens. Pour les propriétés des minéraux, je regarde souvent après que la création soit achevée et je vois si cela correspond à mon ressenti. C’est donc le mélange de forme, de couleur et de « vibration » qui guide mes choix.

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Labradorite blanche, parfois appelée pierre de lune arc-en-ciel

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~ Quelles sont vos pierres et motifs préférés ? Cela influence-t-il vos créations ?

J’ai énormément de labradorites car elles ont des reflets incroyables.

J’aime la labradorite blanche qui m’évoque le Royaume Elfique, ou alors le grenat à la teinte rouge sang, pierre de séduction et de la Femme assumée. Habiter sur ces Terres Magiques d’Alsace m’aide à être en osmose avec le royaume féerique qui me berce depuis l’enfance. Saviez-vous que l’illustrateur du Seigneur des Anneaux s’est inspiré d’un château se trouvant à deux pas de chez moi ? Cela vous donne une idée de la magie qui se dégage des lieux de la région.

Je suis très attachée à la nature et aux formes délicates, les arabesques, j’ai toujours aimé les meubles anciens, les patines anciennes, les peintures à la main, tout ce qui est fait avec patience et soin, et cela m’inspire énormément. J’ai un peu de mal avec la modernité et son côté « trop facile et accessible ». Je préfère les créations qui demandent du temps et du savoir-faire.

~ Vous faites aussi des bijoux qui ne relèvent pas de la technique du « Wire Wrapping », pourquoi ?

En fait, il faut se détacher du côté questionnement dans ce que je fais, car je fonctionne à l’instinct et selon l’inspiration du moment… J’ai même porté un Petit Poney miniature de mon enfance en collier à une période de ma vie.

Je fais « comme ça vient », il n’y a pas de fil directeur, pas de trame, cela peut sembler déroutant mais c’est ainsi que je crée. Quand quelque chose me plaît, j’en fais un bijou, une parure, une décoration, quelque chose qui exprime ce que l’on est, ce que l’on ressent, ce que l’on aime.

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Pierre fantaisie

~ Racontez-nous en détail la fabrication d’un de vos bijoux : par quoi commencez-vous ? Qu’est-ce qui vous guide lors de la fabrication ? Vous imposez-vous des contraintes ? 

Lorsque je veux créer un bijou, je me pose devant « mon meuble à créations ». J’ouvre les portes et je regarde dans les boîtes si une pierre m’attire. J’en sélectionne parfois plusieurs et me munis également de fils, de pinces, de perles, d’apprêts décoratifs… J’allume parfois une bougie en demandant le soutien des Anges si je manque de confiance en moi.

Il arrive parfois que je commence un « serti » et que je mette une autre pierre dedans. C’est une démarche très inspirée, très spontanée, il n’y a pas de croquis, de calcul, la création prend vie comme elle le veut. Je me laisse guider sans me freiner, portée par l’Inspiration, l’inspiration brute, celle qui vient d’on ne sait où. Je serais malheureuse dans un carcan de règles et de contraintes de création, même si je songe de plus en plus à faire un carnet de croquis afin de gagner un peu de temps et d’avoir une base d’idées créatrices.

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Jaspe rouge

~ Vous arrive-t-il de reproduire une création ?

Cela est peut-être arrivé 4 ou 5 fois en trois ans, mais je préfère les créations uniques. Je travaille à l’instinct et le fait de « forcer » une certaine forme me fait travailler dans le déplaisir. Étant mon propre patron, je suis libérée du carcan de l’obligation et je peux faire ce que j’aime et uniquement ce que j’aime. C’est un énorme plaisir.

De plus, même si les formes et les possibilités ne sont pas illimitées et qu’un modèle peut revenir, la pierre, la couleur de fil ou un détail de bélière rendront forcément la création unique.

~ Une fois réalisées, gardez-vous certaines créations pour vous, par coup de cœur ?

C’est peut-être arrivé deux fois, mais j’ai du mal à porter mes propres bijoux. Même si j’ai régulièrement des coups de cœur pour les pierres que je travaille et le résultat final, je préfère acheter mes bijoux à des créatrices françaises.

~ Depuis combien de temps créez-vous vos propres bijoux ? Quel a été l’élément déclencheur qui vous a lancée dans cette voie ?

Vers 16 ans, j’ai senti le besoin d’apprendre à coudre parce que je ne trouvais pas ce que je voulais en boutique. C’est un peu pareil pour les bijoux. Je mélangeais des éléments ensemble afin d’avoir les bijoux dont je rêvais mais qui n’existaient pas tels que je les souhaitais (trop originaux ou trop chers).

C’est en 2014 que j’ai décidé de me lancer et d’essayer de créer mes propres bijoux parce que ceux que je convoitais étaient trop chers pour mon budget. J’aimais les colliers « Wire Wrap ». J’ai donc commandé du matériel et commencé à faire moi-même du « Wire Wrapping ».

~ Comment est née officiellement votre boutique en ligne ? Pourquoi avoir choisi ce nom et ce logo en forme de lune ?

J’ai eu plusieurs boutiques au fil du temps mais je pense avoir trouvé la plateforme de vente idéale.

Aurore – contrairement à ce que l’on peut penser – n’est pas mon prénom, mais l’aurore, le matin, la promesse d’un jour nouveau, la naissance de l’espoir, d’un nouveau départ, et cela englobe pour moi plein d’idées, plein de possibilités et de situations… La majuscule, c’est parce que son caractère sacré impose à mes yeux la majuscule, de même pour la Lune, qui est pour moi tellement inspirante et porteuse d’images diverses : mythologies, féminité, anciennes religions, cycles, vie, mort, renouveau perpétuel…

~ Peut-on vous commander une création particulière ?

En « temps normal » oui, mais actuellement je n’en prends plus parce que je n’ai plus le temps : ma vie familiale ne me le permet pas, ayant trois enfants dont deux en bas âge. Cela devrait cependant changer fin 2017 avec la scolarisation de mon avant-dernier né.

~ Vous avez déjà prêté vos bijoux pour des shootings photos, racontez-nous comment cet échange s’est fait ? Comment sont arrivées ces opportunités ?

J’ai pris contact la première fois avec Shalee photographie dont j’admirais le travail et elle a répondu positivement, ce qui m’a permis de prendre confiance en moi : les photos étaient au-delà de mes espérances. Par la suite, c’est la modèle Dame Akasha qui m’a contactée et nous avons collaboré sur plusieurs projets, je l’appelle ma Muse. Globalement, on me contacte et je fais selon mon planning ou selon la disponibilité de mes créations.

En ce qui concerne les bijoux, soit la modèle parcourt ma boutique et me présente sa sélection, soit je créée quelque chose selon le thème abordé. Mais actuellement, comme pour les demandes personnalisées, je n’ai pas le temps de m’y consacrer, à mon grand regret. J’espère bientôt pouvoir recommencer des collaborations.

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JESAHEL PHOTO, modèle : Dame Akasha

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Tails photographie, modèle : Kitty’s Paw

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Robe et bijoux d’Aurore Lune, photographe Honorine Nail-Juré, modèle : Dame Akasha

 

 

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Les Saintes d’Isaure Anska

Isaure Anska est une artiste photographe dont l’univers m’a tout de suite happée. Ses modèles sont magnifiés, les photographies pleines de grâce, évanescentes, comme sorties d’un rêve. Les décors sont toujours épurés ou naturels et les lumières contrastées, donnant un effet pictural aux images. La mystérieuse Isaure (quel prénom plein de grâce !) lève quelque peu le voile lors de cette interview…

~ Vous êtes bien mystérieuse Isaure Anska, peut-être consentiriez-vous à lever un peu le voile ? Qui êtes-vous ?

Je ne sais si Isaure Anska est si mystérieuse que cela. Peut-être est-ce l’image qu’elle donne et elle sourit, non d’un sourire moqueur, mais d’un sourire mystérieux et emprunt d’une immense curiosité lorsqu’autrui prend le temps de s’interroger sur elle… Alors c’est avec un immense plaisir qu’elle conçoit d’en raconter un  peu plus sur elle.

Isaure Anska découvre la photographie en 2006, se définissant comme un personnage extérieur au monde réaliste qui est le monde actuel et qu’elle n’aime guère. Elle préférera ne montrer que ces propres visions. Elle débute son travail par des séries d’autoportraits dans lesquelles elle se met en scène, apportant, pour chacune d’elle, un univers théâtral et surréaliste, racontant une histoire, une époque, un jour, avec un sens obsessionnel de la rigueur pour une vision plus juste de ses rêves , de ses songes et peurs. Abandonnant un peu plus ses autoportraits mais tout en continuant à y puiser de nouvelles inspirations, dans la manière de les recréer sans cesse, et afin d’élargir ses visions photographiques, elle commence à travailler avec des modèles, filles ou garçons, tout en les intégrant continuellement  à l’intérieur de ses propres songes, ses propres visions.

~ Depuis quand êtes-vous passionnée de photographie et pourquoi ?

Passionnée je ne sais réellement depuis quand, on ne peut pas vraiment parler d’une passion, qui est venue pour ma part dès le début de ma compréhension du monde de l’image, mais plutôt d’un amour certain de ce monde, de son expression, qui s’est installé depuis l’enfance. Une fascination certaine et lointaine de ce que l’image représente, de comment  nous pouvons la façonner à volonté, la créer avec nos rêves, nos vies à chacun,  comment les images que nous avons au fond de nous peuvent se transformer en une certaine réalité, toutes ces questions ont constamment hanté mon esprit…

Le pourquoi du comment, je ne me suis jamais posée réellement la question, cela est venu comme une évidence, sans contrainte, sans condition. J’ai suivi cette voie qui comme une grâce du ciel m’ est apparue…

~ Êtes-vous professionnelle depuis longtemps ?

Je ne pense pas encore être professionnelle à ce jour et peut être ne le serai-je jamais. Je crois que je ne cherche pas à le devenir au bout du compte. J’ai appris au fil des années, toutes ces longues années de quête, de recherche depuis ma découverte du monde de l’image jusqu’à maintenant, à faire ce que j’avais envie de faire : essayer de montrer au sein de mon imagerie, dans une rigueur certaine et voulue, et dans un contexte très proche, les visions que je possède en moi.

Le but de devenir un jour professionnelle m’échappe de plus en plus, je préfère, à l’ instant où je vous parle, être encore et encore et sans limite dans mes recherches, dans la découverte, dans l’apprentissage, et rester dans l’émerveillement de ce que je vois tout autour de moi à chaque instant et à chaque jour qui passe, et prendre des fragments pour m’en inspirer dans la réalisation de mes photographies.

~ Vous faites beaucoup d’autoportraits, qu’est-ce que cela vous apporte ?

Il est vrai que l’autoportrait est un grand sujet au sein de mes images. Il y a maintenant six ans, voire plus, je ne compte plus réellement les années, que j’ai découvert le monde de l’image par ce procédé. L’autoportrait m’a beaucoup aidé à une certaine époque à savoir qui j’étais, à comprendre mon corps et son fonctionnement. Cela m’a également aidé à me libérer de beaucoup de choses, et puis bien plus tard, l’autoportrait a pris une toute autre dimension psychologique : le fait de me montrer sous diverses manières, de ne pas me montrer réellement, devenir un autre personnage, etc. C’est un pouvoir inépuisable de raconter sans contraintes ce que l’on a au fond de soi, de plus intime, et comme je sais exactement ce que je veux rendre en image, le procédé de l’autoportrait prend alors tout son sens.

C’est un état d’esprit très complexe, je le conçois parfaitement, et c’est aussi complexe de l’exprimer à l’écrit, de le faire comprendre à autrui. Mais je pense que lorsque l’on prend le temps de le voir et de l’analyser, certaines choses deviennent plus compréhensibles.

~ Il y a très peu de paysages dans votre travail, mais beaucoup de portraits et de silhouettes, pourquoi ?

Il est vrai le paysage ne fait pas partie de mon territoire photographique. Pour simplement répondre à cette question très intéressante au sein de mon travail photographique, je dirais que je ne sais pas rendre les dimensions lumineuses et mystérieuses, éléments  auxquels je tiens profondément et que j’essaye de  retranscrire dans mes autoportraits et portraits. Pour moi les visages et silhouettes sont importantes car ils permettent de faire évoluer mes histoires, il y a la possibilité de raconter même avec un seul et unique visage de nombreuses choses, même sans paysage.

~ Nombre de vos autoportraits et portraits ont un aspect marial : voile blanc et couronne de fleurs, l’esthétique chrétienne vous inspire-t-elle ? Qu’est-ce qui vous inspire en général ?

Mes inspirations, comme vous l’avez si bien dit, viennent de l’imagerie Sainte : les icônes religieuses. J’ai toujours eu une fascination pour toutes ces images, avec ces visages implorant le ciel, ces mains jointes, ces corps abandonnés. Mais aussi tout l’esthétisme de celles-ci, la richesse, la lumière…

J’ai débuté il y a quelques mois tout un travail là-dessus. J’étais curieuse de savoir comme j’allais réussir à pourvoir interpréter les icônes religieuses par mes propres moyens et mes propres visions comme toujours.

De nombreuses inspirations viennent aussi de la peinture, notamment des peintres préraphaélites que j’affectionne et que je découvre un peu plus ces temps ci… Entre réalité, rêves, visions d’autres mondes poétiques, tout en gardant mes propres visions religieuses, qui ne possèdent pas, bien entendu, les traits d’une ferveur exemplaire. La vision d’une parfaite martyre de la vie fait partie aussi des mes inspirations, une sorte de Mater Dolorosa .

~ Y’a-t-il des artistes que vous admirez ?

Il y a beaucoup d’artistes que j’admire et qui ont contribué à ma progression, à mes recherches, à ma découverte de la photographie, et à qui je dois beaucoup dans la manière de faire mes images. Je pense notamment à Sarah Moon, j’ai une admiration inconditionnelle pour cette personne au talent incroyable, que j’ai eu l’immense chance de rencontrer il y a quelques années. J’affectionne aussi d’autres artistes comme Irina Ionesco, même si plus tard ses images ont été sources de polémiques diverses, j’aime son sens de l’esthétisme, ses diverses mises en scène toujours très recherchées et rigoureuses ; Julia Margaret Cameron, qui est toujours une source d’inspiration, notamment pour ma série sur les icônes religieuses ; il y a aussi Salgado pour ses paysages incroyables mêlant réalité et rêve, d’une lumière très rare ; et encore bien d’autres. Mais ceux cités ont été et sont encore fondamentaux pour moi, ils me permettent de progresser encore et encore.

~ Vous exprimez-vous via d’autres media ?

Peut-être un jour la vidéo, mais il me faudrait apprendre toute la rigueur et la technique de cette très belle matière, avec laquelle je pense apporter encore bien de nouvelles visions, et emprunter de nouveaux chemins au sein de mon travail.

Pour l’instant seul mon appareil photo est mon seul et unique complice, le regard intime de mes périples dans mon avancement.

~ Que souhaitez-vous transmettre à travers votre travail photographique ?

Je n’ai pas la prétention de pouvoir transmettre quoi que ce soit. Ce que je vais dire peut paraître bien mystique mais j’ose. Souvent des personnes qui sont devenues très chères à mon cœur m’ont dit que mes photographies éclairaient les cœurs de part leur poésie, qu’elles consolaient de la triste réalité de la vie en montrant de la beauté et de l’émotion, qu’elles permettaient l’évasion hors du réel… C’est peut-être alors ce qu’elles transmettent pour ceux qui veulent bien voir et comprendre tous les messages que j’essaye d’apporter au sein de mes photographies…

~ Que conseillerez-vous à quelqu’un qui veut se lancer dans la photographie ?

Parmi les nombreux conseils que je pourrais donner, c’est de regarder tous les jours autour de soi. La vie est une grande source d’inspiration, nombre de mes images ont été faites à partir des visions de l’extérieur.  Puis il faut voir des choses, apprendre, découvrir d’autres artistes, des peintres, des sculpteurs, et s’en servir dans le cheminement photographique.

Mais je pense à un conseil, plus particulièrement, qui m’ a été enseigné dès mes tous débuts : c’est la rigueur. La rigueur dans le travail photographique est fondamentale, sans celle-ci il est difficile de faire. Il faut accepter ses faiblesses et recommencer encore et encore, faire, refaire avec un certain acharnement. Au fil du temps le résultat sera présent.

 

 


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