« Sorcières » de Mona Chollet, vu par les médias & les lectrices

Lors d’un premier article, nous vous avions présenté Sorcières, la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet, entre mode culturelle et féminisme. Nous vous invitons à vous rendre sur l’excellent blog Mots silencieux pour découvrir une présentation et analyse détaillée de la thèse du livre, qui est facilement accessible sur Internet grâce aux médias et aux blogueurs comme nous allons le voir.

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Ainsi, lors de notre précédent article, nous avions insisté sur le fait que de sorcières, il n’y en avait point et que nous parlions simplement des femmes marginales, qui échappaient au contrôle des dogmes établis par notre société. En ça, elles devenaient sorcières : ces femmes étaient transgressives, hors de contrôle, elles semblaient dangereuses.

Ce livre a fait énormément de bruit depuis sa sortie. Mona Chollet court dans les librairies de France pour le présenter : ses séances de dédicaces sont à guichets fermés. Pour un livre qui n’est ni un roman, ni une BD, nous n’avions pas vu ça – nous ne dirons pas depuis Barthes – mais depuis longtemps. Pour expliquer ce succès, on va interroger les différentes observations que nous avons pu mener dans la vie de tous les jours, comme dans les médias et ensuite dans la blogosphère.

Au détour d’un café :

Je, en tant que chroniqueuse, vais me permettre de rapidement employer la première personne du singulier dans le but de faire part de quelques observations de la vie de touts les jours, car ce livre semble posséder quelque chose d’étrangement « rassembleur ». Ce livre, serait-il finalement sorcier en créant un sentiment de sororité ? Il faut savoir que je m’installe souvent dans des cafés pour travailler. La première fois, la jeune femme qui m’a interpelée au sujet de ce livre est allée aux USA et c’est là-bas qu’une résidente lui a appris ce qu’était une « sorcière » : le fait de rester proche et en communication avec les personnes qui nous ont été chères et dès lors disparues était la preuve d’une ouverture d’esprit digne d’une sorcière. Depuis la découverte de cette spiritualité consciente, elle se renseigne sur le sujet, et souhaitait se rendre à la prochaine conférence de Mona Chollet. À nouveau, une jeune femme en passe de faire sa thèse en médecine, m’annonce qu’elle est sur le point, elle aussi, de commencer ce livre. Elle est une « fan » de Mona Chollet. À l’inverse, dans ce cas de figure ce n’est pas le mot « sorcière » qui l’a intriguée (pas que). Une autre fois, une jeune femme de 34 ans venait tout juste de terminer le livre et était totalement enchantée par sa lecture. Célibataire, elle s’est retrouvée dans ce qui y est écrit. Pour ce premier échantillon, je dirais que ces femmes ont toutes en commun le fait d’être des intellectuelles (voyageuses, littéraires ou médecins), et c’est bien ce qui m’a le plus frappée. Intellectuel aussi, le professeur, qui, en se présentant le premier jour de classe, lâche « je suis en train de lire le dernier Chollet ».

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Le meilleur cadeau d’anniversaire de Noël pour les sorciers, et sorcières ! Par SoapsAndSpells.

L’introduction de Sorcières vise à montrer que la sorcière est à la mode et son mythe présent absolument partout dans la culture populaire depuis le début des années 2000 (je vous invite à lire le livre pour en savoir plus.) La sorcière est également le symbole de beaucoup de féministes, de militantes, dès les années 1970. Elle devient une image underground, alternative, dans les années 1980. Aujourd’hui à la mode, des engagées font donc la chasse aux imposteurs et certaines auraient tendance à mettre Mona Chollet dans cette case-là. Cependant, les articles qu’elle a publiés dans sa carrière – voir sa vertigineuse bibliographie – indiqueraient le contraire. Elle est également défendue dans le milieu universitaire. Mais il est légitime de se demander si elle n’est pas la dernière des sorcières non mainstream, puisque même lors de la première séance de dédicace du 14 septembre à La Petite Égypte (Paris), les déguisements de sorcière étaient de mise… Est-ce bien là le propos ? Car de sorcière mainstream, Mona Chollet n’en parle pas tant, comme nous l’avons dit. Ainsi, face au succès retentissant de son livre, ne risquerions-nous pas de basculer dans l’excès ? La société va t-elle se réapproprier ses propos pour faire consommer davantage les affictionado.a.s de ce thème, désormais plus nombreux.ses ?

Les Sorcières et les médias :

De même, face ce succès, et sans surprise, les médias ont eu un engouement sans faille pour le nouveau livre de leur collègue, puisqu’il se vend bien et fait également vendre la presse. Dans notre enquête, on a voulu savoir ce qui a subitement fasciné autant de personnes. Car elle n’a pas touché seulement les lecteurs de Federici, ou ceux qui se sont empressés d’acheter la réédition du Guide pratique du féminisme divinatoire (mai 2018) de Camille Ducellier ou encore Âme de sorcière (sorti il y a un an) d’Odile Chabrillac. Les nouveaux séduits ne se sont pas même tournés vers les lectures féministes récemment sorties aux éditions Cambourakis de la collection « Sorcière ». En témoignent les chiffres de vente qui n’ont rien à voir. Ainsi, quand je me demande « pourquoi elle ? Pourquoi ce livre ? », je ne reçois qu’une réponse : « elle est connue, elle bosse au Monde Diplomatique. » Serait-ce seulement ça ?

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Pin’s émaillé sorcière de l’espace par NovemberAndMay.

Il est vrai qu’on a été littéralement inondé par ce livre : l’analyse de Mona Chollet est demandée sur tous les plateaux, comme celui de Médiapart. Elle a permis à la toute nouvelle webradio La Poudre d’asseoir le sérieux de leur cycle sur les sorcières (pourtant difficile de rivaliser avec celui de France Culture !). Aussi, le nombre d’entretiens qu’elle a donné à la presse est considérable. Ici, ils ne sont sûrement pas exhaustifs. Celui de Libération se contente d’une interview retraçant très largement la trame du livre. Toute la Culture s’interroge, comme nous, sur cet engouement et cet effet de mode, soulignant qu’au 3 octobre, c’est-à-dire environ deux semaines après la sortie du livre, 12 000 exemplaires avaient déjà été vendus. La revue Ballast remarque bien qu’on parle de femmes et non de sorcières, à ce sujet Mona Chollet leur répond :

Je ne suis pas historienne et je ne pouvais pas prétendre faire l’histoire de la chasse aux sorcières. J’ai lu des travaux d’historiens et d’historiennes mais, effectivement, ce qui m’intéressait, c’était de dégager des grands types – qu’on peut dégager après coup – de femmes pourchassées à l’époque : les célibataires, les veuves, les femmes qui maîtrisaient leur procréation, les femmes âgées. En stigmatisant ces types, on a refaçonné ce que devaient être les femmes dans leur ensemble.

Cheek Magazine, quant à lui, inscrit bien ce livre dans le travail de Chollet et l’on peut, à la lumière de cette petite interview, voir que le succès de ce livre a d’abord pris dans les sphères intéressées par l’autrice. En effet, ses réseaux sociaux sont déjà largement alimentés par de telles problématiques et le livre Beauté fatale avait déjà commencé à étudier le terrain.

Pour aller plus loin, nous dirons que le succès de mythe de la sorcière nous viendrait des USA où, comme le disait ma première interlocutrice de café, ils ont redécouvert « la » sorcière. Mona Chollet l’explique comme une réaction face à leur société et politique :

Aux États-Unis c’est très clair par exemple, avec un gouvernement qui n’en a que faire de l’environnement et qui est dirigé par un prédateur sexuel.

Vice reste dans sa ligne éditoriale : ce n’est pas la première fois qu’il s’intéresse à des sujets tels que la wicca avec des titres « chocs ». Le magazine s’intéresse aussi au fait que Mona Chollet lie la sorcière avec la médecine : en voilà qui n’ont pas lu leur bibliographie !

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Figurine sorcière zombie sur une tête de mort en pâte polymère par Eugecrea.

Ce n’est qu’un aperçu de ce dont nous abreuve la toile, de manière plus ou moins pertinente. Mais quant à l’engouement autour du livre : un bon coup marketing d’une star de la presse ? Un ouvrage attendu par certains cercles féministes et universitaires ? Les pistes sont nombreuses, et malheureusement, malgré notre intérêt, nous n’avons pas la prétention d’y répondre. Mais après ce matraquage médiatique, après ces milliers de ventes, qu’en disent les principaux intéressés ? Les lecteurs, bien sûr ! Nous l’avons vu en introduction de cet article, le livre fait grand effet sur des gens comme vous et moi, croisés dans les cafés. Nous vous renvoyons vers notre premier article, qui aborde d’ailleurs les thèmes clés de ce livre, qui vous permettront d’être guidé.e par les avis de lectrice (car oui, dans nos recherches, nous ne sommes tombé.e.s que sur des femmes.)

Les Sorcières chez les blogueuses :

Avant de découvrir les divers avis, nous nous demandions si nous allions tomber sur des dilettantes déjà engagées par les thématiques abordées ou sur des curieuses qui se découvraient un esprit sorcier. Pour le bien de notre enquête, on ne s’est penché que sur les avis personnels, et non pas les analyses. Nous cherchions des ressentis de lecteurs, grâce à des blogueurs prêts à partager leur expérience personnelle de lecture, et non pas en tant que critiques ou chroniqueurs. Dans notre premier article introductif, on se demandait jusqu’où les lecteurs et lectrices allaient se sentir concerné.e.s par cet écrit, et s’il allait amener certain.e.s à s’exprimer à leur tour. Beaucoup de témoignages portent sur le fait que le livre leur a réellement parlé, Textualités le qualifie carrément de « coup de poing ».

Au point que certains passages sont véritablement des coups de poing dans le ventre, la somme des injustices faites aux femmes, et leur degré extrême de violence étant particulièrement frappants. Voir se confronter des événements de notre histoire lointaine et une actualité présente (les derniers remontant à 2018) est particulièrement éclairant, à défaut d’être reposant pour les nerfs…

Et beaucoup d’autres se sont retrouvées dans ces lignes : il y a donc eu un réel processus d’identification avec les propos tenus par Mona Chollet. C’est le cas de Yuiko Books :

En clair, un panorama large et complet de la perception des femmes par la société et surtout un exposé de comment sont perçues les femmes qui refusent de vivre selon les préceptes patriarcaux. Et je dois dire que je me suis beaucoup retrouvée dans ce texte. En tant que femme vivant seule et ne souhaitant pas d’enfants (bien que je n’aie que 24 ans) et allant à reculons à chaque rdv médical car je sais à quoi m’attendre à chaque fois, j’avais de quoi me sentir concernée par ce texte.
Je ne suis pas forcément totalement en accord avec ce qui a pu être dit, dans le sens où j’ai une opinion différente, avec d’autres nuances sur tel ou tel sujet, bien qu’elle soit rarement, voire jamais totalement contraire. Mais dans la globalité, j’ai trouvé que l’autrice avait vraiment bien traité le sujet et qu’elle a surtout réussi son objectif : me faire réfléchir.

Une identification qui passe aussi par le « moi aussi », pour le Bar aux Lettres. La reconnaissance de soi dans les lignes, en partie grâce au fait que l’auteure partage ses propres expériences. La thèse profonde livrée est sujette à réflexion, si ce n’est à des nuances, comme le souligne Yuiko Books ci-dessus.

En plus d’être très précis en science-sociales, l’ouvrage renferme également une part d’intime de Mona Chollet qui n’hésite pas à dire « je ». Mais c’est important, car trop souvent dans ces lignes on se dit « mais oui, mais moi aussi. Mais c’est vrai que ça je le pense ».
Alors, pourquoi ne pas le dire ?

Ainsi, en plus de vivre le livre comme une expérience personnelle, il faut reconnaître qu’il fait réfléchir chaque lecteur à l’aune de ses expériences personnelles. En plus, grâce au grand choix de figures exploitées, tout le monde à droit de se sentir concerné.e par les propos de Mona Chollet, comme le remarquent Les Liseuses :

On peut se reconnaitre dans telle ou telle catégorie – ou « anti-catégorie ». Et, si l’on est en couple, que l’on a des enfants, que l’on utilise teintures et chirurgie esthétiques, s’interroger sur nos raisons profondes qui nous poussent à agir ainsi. Pour changer, peut-être. Ou assumer, au moins, ce qui est déjà une libération énorme (l’exemple pris par l’auteur de ces femmes qui ont eu des enfants sans en avoir réellement envie, voire à regret, est à ce sujet éclairant).

Ainsi, les lectrices touchées s’identifient. Certaines découvrent même un subit intérêt pour les sorcières, jusque là inconscient. C’est le cas de Julie Juz :

Comme l’auteure, mes modèles de « sorcières » sont des personnages auxquels je pourrais être fière que l’on m’identifie : Willow dans Buffy, Hermione dans Harry Potter, les sœurs Sanderson dans Hocus Pocus – qui sont pas très sympas mais leur humour est plutôt pas mal, Sabrina l’Apprentie Sorcière, etc. Tous ces personnages sont forts, intelligents, elles utilisent à bon escient à la fois leur intelligence et leurs émotions, elles font le bien. Alors si être une sorcière, c’est être tout ça – sans les pouvoirs –, c’est probablement l’un des plus beaux compliments que je pourrais recevoir, finalement.

et My Lunatique :

C’est vrai, quand on pense au terme de sorcière, déjà c’est souvent péjoratif, et on imagine directement une vieille dame flippante qui vit seule au fond d’une forêt. Mona Chollet démonte ces stéréotypes un par un et l’illustre de manière très riche aussi bien à partir de théories ou documents historiographiques que par des épisodes de séries ou des films bons publics.
Je me suis toujours estimée hyper ouverte d’esprit mais en lisant cet essai j’ai réalisé à quel point je pouvais avoir un regard étriqué sur l’image sociétale de la femme. […] Ce genre de sujets, auxquels je n’avais jamais franchement réfléchi, me font maintenant cogiter et m’insurgent même. Pour moi, si un essai parvient à te faire réfléchir et réaliser des faits sociaux auxquels tu es confronté chaque jour, c’est qu’il a rempli son job.

En vrai j’ai toujours trouvé ça cool les sorcières, parce que quand on en parle, je pense direct à Maléfice ou à Morticia Addams et elles ont un charisme de dingue. Mais je dois dire qu’après cet essai, j’arrive à me faire une image de ce qu’est la sorcière moderne et j’adore. […] La sorcière moderne n’a pas peur d’arborer ses cheveux blancs et ne craint pas les jugements puérils si elle décide de ne pas avoir d’enfants ou d’être célibataire (ou les deux). Et puis il y a un côté purement filmique que j’ai grave envie de reproduire, genre faire des incantations en latin avec des cristaux et de la sauge dans ma chambre.

Le finalement chez Julie Juz montre donc le dépassement de la figure de la sorcière pleine de pustules, cachée dans sa forêt. Pour les lectrices, une nouvelle image de la sorcière se créé, et, en réalité, c’est à cette nouvelle image qu’elles s’identifient, comme certaines féministes avant elles.

Que dire ? Tous les thèmes sont abordés dans l’extrait ci-dessus : déconstruction du mythe de la sorcière, découverte de soi, identification, réflexion… Comme nous le disions précédemment, la sorcière est donc réactualisée : c’est une femme libre, une femme qui choisit sa vie. Mais elle reste poursuivie par son folklore : les lectrices portent des chapeaux pointus en séance de dédicace, et qui passent commande sur Etsy (voir première de couverture de Sorcières. La puissance invaincue des femmes, ainsi que les photographies en illustrations de cet article.) Sommes-nous le cercle vicieux de l’éveil des consciences et la récupération commerciale du thème de la sorcière ?

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Étagère sorcière « sortilèges et enchantements » sorcellerie par Ateliermandragore.

Pour certaines, la lutte continue.

Bien sûr, toutes les lectrices ne sont pas tombées sous le charme, et Les Chroniques Culturelles ne s’en cache pas, et a bien raison. On peut s’interroger : le livre séduirait-il moins les dilettantes aguerris que les curieux ?

Mais voilà, la figure de la sorcière me fascine depuis toujours, j’ai même envisagé d’en faire mon sujet de thèse et je sais que j’écrirai dessus, un jour : en fait, j’ai toujours pensé confusément que peut-être j’ai été une sorcière brûlée sur le bûcher dans une vie précédente, ou que j’ai eu une ancêtre qui l’a été […]. Impossible donc pour moi de m’abstenir de lire cet essai, dont on parle beaucoup, nonobstant ma méfiance envers l’auteure.

On retombe alors sur la même interrogation : sorcières féministes, ou sorcières tout court d’ailleurs, se méfient de ce livre, qui surferait sur la vague (et qui l’assumerait ?). La légitimité de cet avis est, comme nous l’avons vu, discuté par les universitaires. Cependant, toutes les féministes ne s’en méfient pas, comme Wild Sorceress, nom qui ne prête pas à confusion.

Je suis militante féministe depuis plus de dix ans et à côté de ça, je n’hésite pas à me décrire comme une sorcière, cet essai était donc fait pour moi.

Elle a beaucoup aimé l’écrit de Mona Chollet. Déjà bercée dans l’ésotérisme, elle a également élargit son point de vue, et s’est beaucoup interrogée suite à sa lecture, tout comme les curieuses l’ont fait. Ce livre peut donc apporter beaucoup aux sorcières féministes comme aux néophytes.

Outre la réflexion, ce livre ouvre un réel droit à la parole. Après un article et une analyse en béton armé et très intéressante, La Tournée de Livres ose, elle aussi, à son tour prendre la parole. Elle s’exprime au sujet du non-désir d’enfant auquel Mona Chollet a consacré tout un chapitre. Un chapitre qui dit « je » comme ses lectrices après elle. Sorcières. La puissance invaincue du féminin réussirait-il un effet #metoo : exprime-toi.

Bon, je vais faire effondrer la petite pyramide de réflexion et de compréhension qui s’est bâtie dans votre cerveau : si je ne veux pas de gosses, c’est parce que je fais partie des méchantes pas belles qui n’aiment pas les enfants. (Je vous vois déjà décrocher le téléphone pour contacter l’asile le plus proche.) J’ai mes raisons et je n’ai pas à me justifier. Paradoxalement, je m’entends bien avec les enfants (sauf ceux qui me reprochent de ne pas être une « vraie » adulte et essaient d’en profiter). Et c’est peut-être justement parce que, comme certains me le font remarquer, je ne suis pas une adulte au sens où on l’entend. Ça doit en rassurer certains, je pense… Il y a aussi le fait que je ne me sens pas psychologiquement capable de m’en occuper, mais on n’est pas là pour faire une psychanalyse.

Ça fait du bien de le dire, non ? Avec un blog dont le titre parle lui aussi de lui-même, La Sorcière Enquête, avec beaucoup d’humour, livre son ressenti (mais pas que) sur le sujet. Elle s’est reconnue totalement dans l’image de la sorcière proposée par Mona Chollet : une femme libre, à part, qui (en plus !) ne veut pas d’enfants (pour le moment ?).

Ma vie pose plus de problèmes aux autres qu’à  moi-même : c’est à cause du regard des gens que je peux me sentir mal de temps en temps. C’est un cercle vicieux. Je savais que je n’étais pas la seule à avoir ce genre de ressentis, mais grâce à ce livre, je me sens un peu libérée d’un poids. Il m’a permis de déculpabiliser sur ce sujet et d’avoir envie de l’assumer.

Un livre rassembleur… Avec les autres et avec soi-même.

Cet article va s’achever sur un dernier témoignage, touchant. Parler depuis le Silence, un nom très poétique pour un blog tout en sensibilité. Tout d’abord, elle nous parle de ce fameux aspect rassembleur que comporte ce livre, comme un pouvoir étrange qu’il aurait sur les gens.

Je lisais ce livre dans le train et son titre a attiré l’attention de mon voisin qui a commencé à me poser des questions dessus. Il était curieux, plutôt intéressé et puis il m’a demandé : « Et vous, vous vous définissez comme sorcière ?. »

Oui, elle se considère comme sorcière, et depuis longtemps, mais c’est en elle, jamais elle ne l’avait dit à haute voix, encore moins en public. Elle est intriguée et fascinée par toutes ces jeunes de 25 ou 30 ans qui osent s’exposer, se dire sorcières. À juste titre, là n’est pas la question, mais pouvoir l’assumer, c’est ça, la nouvelle liberté.

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Planche ouija par 3dGeekWares.

Conclusion :

Sorcières de Mona Chollet est donc un livre qui délie les langues et qui fait couler beaucoup d’encre. Un livre qui permet aux féministes et aux sorcières d’aujourd’hui de se reconnaître, de parler, de s’assumer. Ces femmes, parfois bercées par les sorcières des années 2000, se rendent compte que le féminisme n’est pas une guerre déjà gagnée comme on le pensait alors. (Il n’y a qu’à voir toutes les artistes frileuses sur ce terme qui ont participé, en 2008, à l’exposition @Elles au Centre Pompidou, et qui auraient peut-être osé assumer ce titre aujourd’hui.) Une lutte qui revient sur le devant de la scène, et sur laquelle surfe, certes, Mona Chollet. Il convient en revanche de rappeler qu’elle en est une des activistes depuis de nombreuses années. Elle a le goût d’une lutte dont les jeunes ont peut-être moins conscience – jeunes qui se sont parfois lancées dans cette aventure de sorcellerie, finalement si sérieuse, comme si cela coulait de source. Un livre pour commencer, pour se questionner, un voyage initiatique qui fonctionne. Et si c’était cela la clé du succès littéraire ?

Interview d’Aurore Lune

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Labradorites

Avant Noël, je vous propose de découvrir une créatrice de bijoux adepte du « Wire Wrapping » (de wire, « fil » ou « câble », et to wrap, « enrouler »), technique particulière d’enroulage de fils (cuivre, argent, laiton…) permettant de garder la pierre intacte.

Faits ou assemblés à la main avec soin dans des formes et des couleurs toujours renouvelées, les œuvres d’art miniatures d’Aurore Lune se portent autour du cou, au poignet, aux doigts et aux oreilles…

Attention, cette interview pourrait bien vous donner des idées cadeaux ! (1 € par vente reversé à une association caritative)

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Collier Wire Wrap de style traditionnel, labradorite

~ Aurore Lune, comment est né votre intérêt pour les pierres et la technique du « Wire Wrapping » ?

J’ai reçu ma première pierre à huit ans. C’était un œil-de-tigre dont les reflets me fascinaient. Ensuite, vers vingt ans, j’ai commencé à m’intéresser aux minéraux. J’achetais dans des boutiques vosgiennes ou alsaciennes des pierres que je gardais toujours sur moi, dans une poche intérieure. Je regrettais de ne pouvoir les arborer autrement, c’est pourquoi j’ai commencé à m’intéresser à des bijoux « tout faits » comme ceux que l’on trouve dans les enseignes spécialisées ou encore les grandes surfaces.

Quand j’ai découvert que l’on pouvait mettre des pierres roulées ou plates en bijoux avec des fils sans les percer ni les coller, tout en gardant un bijou soigné et unique, j’ai aussitôt expérimenté plusieurs techniques. J’ai finalement adopté un style plus épuré que le traditionnel « Wire Wrapping » nécessitant énormément de fils et dont je n’apprécie pas entièrement l’esthétique.

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Labradorite

~ Comment choisissez-vous vos matériaux : fils et pierres ? Dans vos choix artistiques, sont-ce les couleurs, les formes ou les propriétés des pierres qui vous attirent ?

Je m’efforce au maximum de choisir des fils allemands ou européens, en cuivre plaqué argent par exemple.

Pour les pierres, je choisis chacune en fonction de ce qu’elle m’évoque et de la façon dont elle me « parle ». Ce n’est quasiment jamais un hasard. Je me fournis aussi en boutiques locales où je passe beaucoup de temps à manipuler les pierres, afin de trouver celles qui me touchent le plus, celles qui auront un dessin, un certain éclat… C’est un rapport très intime aux pierres que j’entretiens. Pour les propriétés des minéraux, je regarde souvent après que la création soit achevée et je vois si cela correspond à mon ressenti. C’est donc le mélange de forme, de couleur et de « vibration » qui guide mes choix.

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Labradorite blanche, parfois appelée pierre de lune arc-en-ciel
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~ Quelles sont vos pierres et motifs préférés ? Cela influence-t-il vos créations ?

J’ai énormément de labradorites car elles ont des reflets incroyables.

J’aime la labradorite blanche qui m’évoque le Royaume Elfique, ou alors le grenat à la teinte rouge sang, pierre de séduction et de la Femme assumée. Habiter sur ces Terres Magiques d’Alsace m’aide à être en osmose avec le royaume féerique qui me berce depuis l’enfance. Saviez-vous que l’illustrateur du Seigneur des Anneaux s’est inspiré d’un château se trouvant à deux pas de chez moi ? Cela vous donne une idée de la magie qui se dégage des lieux de la région.

Je suis très attachée à la nature et aux formes délicates, les arabesques, j’ai toujours aimé les meubles anciens, les patines anciennes, les peintures à la main, tout ce qui est fait avec patience et soin, et cela m’inspire énormément. J’ai un peu de mal avec la modernité et son côté « trop facile et accessible ». Je préfère les créations qui demandent du temps et du savoir-faire.

~ Vous faites aussi des bijoux qui ne relèvent pas de la technique du « Wire Wrapping », pourquoi ?

En fait, il faut se détacher du côté questionnement dans ce que je fais, car je fonctionne à l’instinct et selon l’inspiration du moment… J’ai même porté un Petit Poney miniature de mon enfance en collier à une période de ma vie.

Je fais « comme ça vient », il n’y a pas de fil directeur, pas de trame, cela peut sembler déroutant mais c’est ainsi que je crée. Quand quelque chose me plaît, j’en fais un bijou, une parure, une décoration, quelque chose qui exprime ce que l’on est, ce que l’on ressent, ce que l’on aime.

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Pierre fantaisie

~ Racontez-nous en détail la fabrication d’un de vos bijoux : par quoi commencez-vous ? Qu’est-ce qui vous guide lors de la fabrication ? Vous imposez-vous des contraintes ? 

Lorsque je veux créer un bijou, je me pose devant « mon meuble à créations ». J’ouvre les portes et je regarde dans les boîtes si une pierre m’attire. J’en sélectionne parfois plusieurs et me munis également de fils, de pinces, de perles, d’apprêts décoratifs… J’allume parfois une bougie en demandant le soutien des Anges si je manque de confiance en moi.

Il arrive parfois que je commence un « serti » et que je mette une autre pierre dedans. C’est une démarche très inspirée, très spontanée, il n’y a pas de croquis, de calcul, la création prend vie comme elle le veut. Je me laisse guider sans me freiner, portée par l’Inspiration, l’inspiration brute, celle qui vient d’on ne sait où. Je serais malheureuse dans un carcan de règles et de contraintes de création, même si je songe de plus en plus à faire un carnet de croquis afin de gagner un peu de temps et d’avoir une base d’idées créatrices.

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Jaspe rouge

~ Vous arrive-t-il de reproduire une création ?

Cela est peut-être arrivé 4 ou 5 fois en trois ans, mais je préfère les créations uniques. Je travaille à l’instinct et le fait de « forcer » une certaine forme me fait travailler dans le déplaisir. Étant mon propre patron, je suis libérée du carcan de l’obligation et je peux faire ce que j’aime et uniquement ce que j’aime. C’est un énorme plaisir.

De plus, même si les formes et les possibilités ne sont pas illimitées et qu’un modèle peut revenir, la pierre, la couleur de fil ou un détail de bélière rendront forcément la création unique.

~ Une fois réalisées, gardez-vous certaines créations pour vous, par coup de cœur ?

C’est peut-être arrivé deux fois, mais j’ai du mal à porter mes propres bijoux. Même si j’ai régulièrement des coups de cœur pour les pierres que je travaille et le résultat final, je préfère acheter mes bijoux à des créatrices françaises.

~ Depuis combien de temps créez-vous vos propres bijoux ? Quel a été l’élément déclencheur qui vous a lancée dans cette voie ?

Vers 16 ans, j’ai senti le besoin d’apprendre à coudre parce que je ne trouvais pas ce que je voulais en boutique. C’est un peu pareil pour les bijoux. Je mélangeais des éléments ensemble afin d’avoir les bijoux dont je rêvais mais qui n’existaient pas tels que je les souhaitais (trop originaux ou trop chers).

C’est en 2014 que j’ai décidé de me lancer et d’essayer de créer mes propres bijoux parce que ceux que je convoitais étaient trop chers pour mon budget. J’aimais les colliers « Wire Wrap ». J’ai donc commandé du matériel et commencé à faire moi-même du « Wire Wrapping ».

~ Comment est née officiellement votre boutique en ligne ? Pourquoi avoir choisi ce nom et ce logo en forme de lune ?

J’ai eu plusieurs boutiques au fil du temps mais je pense avoir trouvé la plateforme de vente idéale.

Aurore – contrairement à ce que l’on peut penser – n’est pas mon prénom, mais l’aurore, le matin, la promesse d’un jour nouveau, la naissance de l’espoir, d’un nouveau départ, et cela englobe pour moi plein d’idées, plein de possibilités et de situations… La majuscule, c’est parce que son caractère sacré impose à mes yeux la majuscule, de même pour la Lune, qui est pour moi tellement inspirante et porteuse d’images diverses : mythologies, féminité, anciennes religions, cycles, vie, mort, renouveau perpétuel…

~ Peut-on vous commander une création particulière ?

En « temps normal » oui, mais actuellement je n’en prends plus parce que je n’ai plus le temps : ma vie familiale ne me le permet pas, ayant trois enfants dont deux en bas âge. Cela devrait cependant changer fin 2017 avec la scolarisation de mon avant-dernier né.

~ Vous avez déjà prêté vos bijoux pour des shootings photos, racontez-nous comment cet échange s’est fait ? Comment sont arrivées ces opportunités ?

J’ai pris contact la première fois avec Shalee photographie dont j’admirais le travail et elle a répondu positivement, ce qui m’a permis de prendre confiance en moi : les photos étaient au-delà de mes espérances. Par la suite, c’est la modèle Dame Akasha qui m’a contactée et nous avons collaboré sur plusieurs projets, je l’appelle ma Muse. Globalement, on me contacte et je fais selon mon planning ou selon la disponibilité de mes créations.

En ce qui concerne les bijoux, soit la modèle parcourt ma boutique et me présente sa sélection, soit je créée quelque chose selon le thème abordé. Mais actuellement, comme pour les demandes personnalisées, je n’ai pas le temps de m’y consacrer, à mon grand regret. J’espère bientôt pouvoir recommencer des collaborations.

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JESAHEL PHOTO, modèle : Dame Akasha
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Tails photographie, modèle : Kitty’s Paw
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Robe et bijoux d’Aurore Lune, photographe Honorine Nail-Juré, modèle : Dame Akasha

 

 

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