Interview de Nihil : « Je cherche à créer des archétypes d’humains neutres et non identifiables. »

Nihil est un artiste français qui vit depuis quelques années en Norvège, à Oslo. Passionné avant tout d’écriture, il en est venu finalement à l’image, et ce sont ses créations visuelles qui l’ont fait connaître. Un univers sombre, torturé, où l’homme n’est plus qu’un corps asexué, réceptacle  de visions supérieures… Un livre est sorti de ses révélations, Ventre, mélange d’images et de textes, accompagné de la musique du groupe In Slaughter Natives.

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Saint-Cyanide – modèle : Had3sia.

~ Bonjour Nihil ! Pourquoi avoir choisi ce pseudonyme ? Pouvez-vous vous présenter un peu ?

Bonjour, je suis photographe et artiste digital, je viens de Paris et je vis à Oslo depuis quatre ans. J’ai choisi mon nom d’artiste à mes débuts sur internet. À l’époque, tout le monde utilisait un pseudonyme sur les forums ou les groupes de discussion. J’ai choisi le mien pour indiquer une absence d’identité (Nihil veut dire « rien » en latin). J’aurais pu choisir « Anonyme », le principe est le même. Pendant longtemps, mon nom d’artiste n’était indiqué nulle part sur mon site et mes images n’avaient pas de titre, juste des matricules aléatoires. Je souhaitais me mettre en retrait derrière ma création. Quand j’ai commencé à exposer, j’ai dû revenir à une identification plus traditionnelle.

~ Comment est née votre passion de l’image ? Et pourquoi la photomanipulation ?

Toute forme de créativité me convient. J’ai choisi l’image parce que c’est simple et reposant, contrairement à l’écriture, ma passion d’origine. J’ai commencé la photo pour me détendre entre deux séances d’écriture et j’en ai profité pour illustrer le roman en cours à l’époque, Ventre. Retravailler les photos numériquement me permet de transformer la réalité, plutôt que la sublimer, et de transposer mes personnages dans un univers onirique ou mythologique qui me convient mieux. La réalité m’ennuie.

~ Vous indiquez dans votre biographie être inspiré par l’art médiéval et religieux, et on ressent effectivement un aspect spirituel dans votre travail. Est-ce un moteur primordial pour la création d’une œuvre ?

Pas nécessairement, je pense que je pourrais m’exprimer sur d’autres thèmes et d’autres ambiances, c’est d’ailleurs ce que je commence progressivement à faire. Mais la spiritualité et l’étude des religions tiennent une place importante dans ma vie et jusqu’à il y a peu, je ne voyais guère d’intérêt à traiter d’autres thèmes.

~ Comment concevez-vous vos images ? Partent-elles de visions spécifiques ?

Parfois, pas toujours. J’ai souvent des visions qui me tombent dessus sans prévenir pendant que je fume une clope dehors ou que je suis dans la douche. Dans ce cas, je fais des croquis et je travaille sur l’image dans cette direction. Dans d’autres cas, j’improvise et je laisse l’intuition me guider tout au long du processus sans vraiment savoir où je vais. À ce jour, je n’ai pas constaté que ces deux méthodes donnaient des résultats significativement différents. Les deux façons de faire me conviennent.

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Spellbinder – photographe/modèle : Adriana Michima.

~ Votre univers est très sombre : corps déshumanisés, couleurs foncées, paysages désolés… Pourquoi ?

Ce serait difficile de répondre sans verser dans la psychologie. Et j’en serais incapable même si je le voulais, je n’ai pas encore trouvé d’explication particulière. Dans mes premiers textes, alors que j’avais onze ans, il était question de combats et de mises à mort, de rivières de sang dans les rues… C’est simplement la personne que je suis, je me suis construit de cette manière.

~ Les attributs sexuels de vos personnages sont effacés, pourquoi ces modifications ?

Je cherche à créer des archétypes d’humains neutres et non identifiables. Des coquilles de chair, des androïdes interchangeables. C’est pour évoquer l’Humain, pas un humain en particulier. Je m’efforce d’effacer ce qui distingue un individu d’un autre : cheveux, attributs sexuels, parfois même les traits du visage. On peut relier cet aspect avec le thème de l’anonymat que j’ai évoqué plus haut. Tout cela fait partie de mon incessant questionnement sur l’identité et l’individualité.

~ Vous avez sorti récemment un livre, Ventre, rétrospective de vos travaux visuels comme écrits, avec une bande son réalisée par le groupe de musique In Slaughter Natives. Pouvez-vous nous en parler davantage ?

J’ai la chance d’être en contact avec le label de musique ambient Cyclic Law, pour qui j’ai réalisé des pochettes de CDs. Avoir un livre à mon nom dans ma bibliothèque était un rêve d’enfant et Cyclic Law avait la structure pour publier ce livre, qui regroupe des images et des textes issus du roman Ventre. In Slaughter Natives fait partie du label et je leur ai demandé de m’accompagner dans l’aventure parce que c’est un de mes groupes préférés depuis très longtemps, leur musique a accompagné et probablement influencé des années de création. Je pense que leur univers et le mien se complètent parfaitement et je suis honoré qu’ils aient accepté de composer des morceaux pour accompagner les textes et les images de Ventre.

~ Vous parlez de saints et de martyrs dans votre biographie, qu’est-ce qui vous fascine autant chez ces figures chrétiennes ?

Ce sont des personnages déshumanisés, transfigurés par leur vision de Dieu et changés en légendes, en exemples vivants. Regardez les statues de la cathédrale de Chartres : aucune expression, des visages neutres, éteints. Ce ne sont plus des hommes et des femmes, mais des archétypes mythologiques. La figure du martyr ajoute une dimension : on peut atteindre la transcendance par la souffrance, de la même manière que les yogis peuvent atteindre la libération par la maîtrise parfaite de leur vaisseau corporel.

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Car ce qui est en haut est aussi en bas.

~ L’ensemble de votre œuvre mène à penser que vous êtes un « esprit torturé ». Pouvez-vous infirmer cette impression ? Si oui, l’acte de créer serait-elle un exutoire ?

Je n’infirme rien ! Je suis assez sensible et j’ai longtemps souffert. Depuis quelques années, je me sens relativement en paix, mais toute ma culture, ma manière d’interagir avec le monde, sont marquées par des années de rejet, d’exclusion, de dépression et de solitude. La création n’est plus un exutoire depuis longtemps, elle est devenue mécanique pour moi, constitutive de mon identité et de mon mode de vie. Je ne pourrais pas plus m’en passer que je ne me passerais de manger. Mais à l’origine, c’était un exutoire effectivement, ou plutôt une manière de créer une réalité alternative où je pouvais m’échapper.

~ Enfin, quels sont vos projets pour cette fin d’année ?

J’expose avec des amis dans un festival d’art alternatif à Berlin en décembre, et je travaille sur une nouvelle édition remaniée et augmentée de mon livre Ventre à paraitre l’année prochaine.

 
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White Noise – modèle : Psyché Ophiucus.
   
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Ysambre Fauntographie : « Je me sens être une sorcière égarée dans le monde d’aujourd’hui. »

Ysambre est une photographe discrète. On ne connaît d’elle que ses photographies distillées sur la toile, qui font la part belle à la nature. Forêts, paysages brumeux, personnages fantastiques entraperçus, Ysambre capture des instants magiques, et on se plaît à croire que derrière chaque rocher, chaque tronc d’arbre, se cache un monde merveilleux invisible à l’œil nu. Voici son interview :

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~ Bonjour Ysambre ! Pouvez-vous vous présenter un peu à nos lecteurs ?

Bonjour ! Je ne m’appelle pas réellement « Ysambre », mais j’ai toujours préféré garder mon prénom secret. J’ai 26 ans, et j’habite un petit village de Chartreuse, niché entre forêts et montagne. Je fais de la photographie. Mais dans la vie, j’aime aussi : me promener, courir, la brume, les orages, le bruit de la pluie sur les vitres, le chocolat, les ronrons de mon chat, l’odeur de la fumée et celle de la terre mouillée, boire un thé assise en regardant les montagnes, regarder les étoiles, skier…

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~ Depuis quand photographiez-vous ? Qu’est-ce qui vous a attirée dans cette activité ?

Depuis… depuis quand, en fait ? À proprement parler, je travaille au reflex et affiche sur Internet ce que je fais depuis 2012. Mais pour autant, l’avant n’est pas dénué d’un rapport à la photographie assez proche puisque j’ai un père et son frère (mon oncle) photographes. J’ai grandi en côtoyant la chambre noire, les sténopés, les appareils farfelus qu’ils rachetaient en brocante, et je grattais les fins de pellicule pour faire des dessins développés sur papier photo ensuite.

Je n’ai jamais cessé d’être créative, m’essayant (de façon maladroite) dès 13 ou 14 ans aux auto-portraits, à la retouche numérique… À l’époque, je disposais du compact familial et de Photofiltre. Je cachais ce que je faisais à mes parents, je supprimais les fichiers dans la carte SD après transfert… Sur les anciens compacts, je touchais à tous les paramètres possibles : la balance des blancs, les ISO, etc. J’ai compris rapidement et seule, en tâtonnant, le principe de ces appareils.
Mon propre matériel a évolué au fil de mes besoins, compact, bridge… Quelquefois, j’empruntais leur reflex à des amies.

Je n’ai donc acquis que tard mon premier reflex et l’envie de partager mon travail, vers 20 ans. Mon univers était donc déjà très consistant et j’avais déjà plus que des bases en photographie ; apprendre le fonctionnement de tels appareils a été l’affaire de leçons sur des sites et blogs et beaucoup d’expérimentation.

J’avais envie de transmettre quelque chose : un message, ma vision du monde. Quelque chose avec un média qui transcende toutes mes activités parallèles, artistiques, les créations plastiques et textiles que je pouvais produire.
La photo se trouvait naturellement au point nodal de toutes mes passions, y compris la randonnée, et c’est donc devenu avec le plus grand des naturels le prolongement de mes yeux.

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~ Vous avez façonné un univers fantastique et païen. D’où vous vient tout cet imaginaire ?

De ce dont je me souviens, j’ai toujours eu un « univers intérieur » immense, mon entourage louait grandement mon imagination semblant sans bornes.

J’ai été marquée par mes souvenirs d’enfance liés à la nature, ainsi que du monde fantastique et légendaire dont je m’abreuvais éperdument à travers mes lectures.  Plus on sollicite l’imaginaire, plus on le développe. Étant de nature créative, solitaire et contemplative, j’ai toujours vécu un continuum dans la création (plastique, artistique…) qui a contribué à nourrir ma « forêt intérieure ». Ainsi, au fur et à mesure du temps et de mes goûts qui s’affirmaient, c’est cet univers tourné vers la nature qui s’est tissé.

Dire que « la nature est mon inspiration » est une platitude autant qu’une évidence. Les ambiances de chez moi, pentues et brumeuses, couronnées de sommets enneigés, sont également très inspirantes ; on leur prête volontiers le cadre de contes ou d’histoires fantastiques. J’aime y passer de longues heures en solitaire à grimper et explorer. Ainsi, de simples rencontres avec des souches d’arbres morts en forêt ou rochers m’évoquent instantanément des créatures, des sons, des images. Mes sens sont mobilisés en totalité, je trouve la beauté partout, dans un coussin de mousse, une racine, une lumière…

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~ Vos photographies racontent des histoires étranges dans les bois : personnages perdus, recroquevillés, nymphes entraperçues… Pouvez-vous nous en dire plus ?

À vrai dire, la photo est la langue que j’utilise pour divulguer plusieurs messages à la fois, ce n’est donc pas une seule et unique démarche qui vise à conter par l’image ce qui m’anime, mais plusieurs.

D’une part, je suis très secrète, même pour mes proches les plus intimes, je n’ai pas souvent les mots justes pour décrire ce que je ressens, ce que j’éprouve. La photo est alors mon outil de parole par excellence. Les émotions les plus brutes y trouvent leur exutoire.
D’autres fois, je cherche à me raconter visuellement les histoires que je crois voir, crois entendre au travers des forêts, guidée par mes sens en éveil et cette rencontre avec « l’Autremonde ». J’ai ce besoin irrépressible de faire sortir de moi l’univers intérieur qui me hante et floue les contours du réel. J’incarne alors tout ce panthéon intérieur constitué de mille créatures et dieux de l’irréel, de la brume. J’essaye de transcender la réalité.
Quelques autres fois, je « conte » quelque chose en prenant appui sur une inspiration tels qu’un livre, ou une légende un peu plus connue de tous, parce qu’à la lecture ou à l’écoute, elle m’a particulièrement parlée. Les trolls, les huldres, les skogsraet…

Et puis, il y a les photos de rien du tout, les photos de la rencontre et de la contemplation, au détour d’un paysage grandiose, d’une marche, d’un coucher de soleil, d’une veille silencieuse, du monde du minuscule et des fleurs. En réalité, même si je ne les montre pas tant, ce sont celles-ci les plus nombreuses et qui traduisent avec le plus de sincérité l’émerveillement que j’éprouve vis à vis de la nature.

Je ne m’impose pas grand-chose, mais ces temps-ci j’essaye de créer des « séries » plus cohérentes et complètes. J’essaye de prendre du recul sur mon travail pour me convaincre qu’il peut être présenté en un ensemble cohérent comme en plus petites histoires fragmentées. C’est pourquoi on peut voir une certaine redondance de personnages ou de genres de photos : c’est en fait une démarche articulée, quelque chose de réfléchi.

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~ Forêts, symboles ésotériques ou païens, peut-on dire que vous êtes une « sorcière moderne » ?

Je me sens être une « sorcière » égarée dans le monde d’aujourd’hui. J’ai le sentiment d’être décalée par rapport aux autres dans la réalité, le quotidien, ne serait-ce que par mes occupations qui peuvent vraiment sembler bizarres. J’ai l’impression que chez moi, il y a deux sortes de personnes : ceux qui restent à la maison et cantonnent leurs loisirs « en bas » dans la vallée, et « ceux qui vont dans la nature», voyant la montagne comme un terrain de jeux et de sport. Et je ne fais partie d’aucune de ces catégories…

À force d’être si souvent à l’extérieur, ce qui témoigne d’un certain côté ours et farouche, mon entourage m’a très vite attribué le sobriquet de « trolle ». C’est resté longtemps, et encore aujourd’hui certaines personnes ne me connaissent que sous ce nom ! Ce n’est pas si éloigné de la sorcellerie, car on parle d’une créature obscure et sauvage qui n’appartient pas vraiment à la réalité.

J’ai toujours vécu proche de la nature, sondant en moi l’écho de ses cycles à travers la contemplation. Aujourd’hui j’y suis plus liée que jamais et y suis en complète résonance.
J’en possède une bonne connaissance, mais cela n’est aucunement tombé du ciel : j’ai étudié et travaillé pour connaître les noms et les usages de chaque plante, la structure de chaque caillou, les humeurs du ciel… La sorcellerie, c’est aussi une part de bon sens et de curiosité vis à vis de la nature.  De même que trouver aussi souvent des os comme la Loba, ou dénicher à coup sûr des champignons, n’est pas un don mystique mais une bonne part de déduction et d’observation… (j’ai une tendance à trouver énormément de « curiosités » : plumes, squelettes, nids, cristaux, etc.)
En revanche, j’accepte tout à fait qu’il existe un monde qui ne tienne pas du matériel mais qui coexiste en parallèle de nous, peu importe de quoi il est tissé et ce qui y rôde, ce qu’au fond j’ignore. C’est ce monde (« l’Autremonde ») que j’essaye parfois de figer au travers d’une brève photo, ce monde aux frontières de la brume et qui se réfugie au fond des forêts.

Je n’ai pas une pratique de la magie « matérielle » nécessitant des objets rituels et des mots. Je me contente d’apprécier les fluctuations intérieures et extérieures émanant d’émotions, d’énergies, d’aller à leur rencontre, de les laisser me traverser. En forêt, dans les grandioses futaies ombreuses, on ressent légion de présences indicibles et invisibles, et j’aime aller à leur rencontre. Je n’en attends rien de spécial, je « suis » juste en leur présence.
Mais je n’essaye pas de manipuler toutes ces fluctuations, énergies ou présences. Je n’ai pas de pratique institutionnalisée visant à formuler des sorts, suivre des rituels précis. Je fête les sabbats en suivant les évidences de mes envies plus qu’un mode d’emploi précis.

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~ On sent également une touche nordique : allusions aux vikings, runes, etc. La mythologie scandinave vous parle-t-elle ? Pourquoi ?

Tout simplement parce que je fais de la reconstitution historique dans le cadre d’un de mes autres loisirs, par intérêt culturel. Et parfois, je viens photographier sur les camps. Les légendes et le folklore, la pensée insaisissable du mode de vie que j’essaye de comprendre à travers l’archéologie, tout cela me parle, et ainsi les allusions reviennent souvent.
Je trouve la beauté dans l’esthétique de la vie quotidienne que l’on s’efforce de recréer, dans les matériaux bruts que nous transformons en répliques d’objets.

Les mises en scène sont plus rares, mais j’ai crée en 2015 une série sur le sujet, « Saga ». C’était un récit photographique, du « storytelling ». J’avais envie de recréer une ambiance viking… mais dans les Alpes. Les paysages peuvent parfois être très similaires. En prenant des lieux un peu « mythiques » de randonnée, j’avais pour ambition de les redéfinir avec mon regard.
C’était vraiment une épopée à part entière, car je randonnais avec le matériel de combat ; au total cela représentait entre 12 et 13kg de matériel  (armes, bouclier, vivres, matériel photo…) et ma plus grande randonnée a été une journée dans les Cerces, face au Galibier où j’ai vraiment fini sur les rotules.

Avec mon regard actuel sur la reconstitution, je m’aperçois avoir fait beaucoup d’erreurs de cohérence et d’interprétation, mais ce n’était pas non plus le but de faire des photos de reconstitution « parfaite », pure et dure. Pour ça, il y a les camps avec les copains (salut, si vous me lisez, vous me manquez !).

Issues elles aussi du monde nordique, j’aime aussi beaucoup les runes pour leur pouvoir du Mot. Je pense que le Son est une énergie forte que nous pouvons nous approprier et produire, le son quel qu’il soit, sans forcément de mots, mais avec une intention et une énergie derrière. Et les runes (l’ancien futhark) traduisent à merveille ces sons qui sont aussi une part de l’origine étymologique de quelques mots que nous connaissons en français (les descendants étymologiques sont encore bien plus nombreux en anglais et allemand, ce qui est fascinant !).
J’aime savoir que la survivance du Son a donné l’énergie de tout un vocabulaire, et que les noms qu’ils désignent sonnent tels ce qu’ils sont vraiment dans leur nature…

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~ Le théâtre principal de vos mises en scène est la nature (forêt, montagne, etc.). Souhaitez-vous faire passer un message écologique à travers votre regard photographique ?

Il m’apparaît évident que toutes mes photographies naturelles et paysagères traduisent le respect que j’éprouve vis à vis de mon environnement. Mais c’est un message silencieux, sans injonction derrière ; chacun est libre de vouloir respecter ces milieux.

Après je n’estime vraiment pas être une ambassadrice de l’écologie, il y a des artistes bien plus engagés et surtout plus doués pour transmettre le message comme quoi, a fortiori en montagne, la nature, les milieux, les espèces sont fragiles et vulnérables.

Cela dit, il m’est arrivé de faire quelques photos à message engagé : en 2014, une courte série mettant en scène un troll perdu dans le monde moderne, et un cliché « manifestation » en 2015 lors du massacre des bouquetins du Bargy. Autrement je ne prends pas position de manière affirmée ; je ne me retrouve pas trop dans le genre journalistique.

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~ Vous signez « Ysambre Fauntographie ». Est-ce que « faun » fait allusion à la nature, ou bien à l’être mythologique ?

Je dirais aux deux. « Ysambre » est un nom éminemment végétal issu du livre éponyme de Mickael Ivorra et Séverine Pineaux, et dont la « forêt empathique » me paraissait tout à fait appropriée pour définir mon univers naissant. C’était un nom choisi un peu en vitesse, pour me donner un pseudonyme au lieu de mon vrai nom sur des nus qu’une amie avait fait en 2012.

« Fauntography » est un clin d’œil, car je n’avais pas très envie d’accoler un pompeux « photography » à côté d’un nom illustrement inconnu et d’un CV dérisoire. (Ce qui est paradoxal, parce que comme ma famille fait de la photo, quand je donne mon nom dans un labo on me pose des questions dessus…). Les personnes abonnées à mes pages sur les réseaux sont surnommées les « faunlovvers », les amoureux du faune. Suivez-le, perdez-vous sur les sentiers des forêts…

« Fauntography » vient rééquilibrer la partie végétale du nom, comme on nomme de pair « la faune et la flore », ce qui compose finalement un écosystème – enfin, entre autres. Les noms latins, issus de la classification binomiale, ont été parfois utilisés pour donner des titres aux photos, au début, pour donner l’impression que le visiteur ou l’abonné (le faunlovver) visite une forêt.

C’est également une référence à cette créature mythologique que j’affectionne particulièrement pour toute cette animalité qu’elle nous renvoie et que l’être humain accepte difficilement. Il est souvent récurrent dans mon univers, ce personnage issu de Pan… car c’est aussi un morceau de moi.

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~ Enfin, quels sont vos projets à venir (ou en cours) ?

Très prochainement, le 23 juin, j’exposerai au festival de L’Art-Bre aux Balmes, près de Romans, dans la Drôme des Collines.

Le plus gros projet de cette année réside dans une exposition qui aura lieu à Crolles, en novembre prochain. Ce sera un récit initiatique composé de neuf tableaux et de sculptures : les masques que j’ai créés.

J’aimerais faire plus de livres, et j’hésite à proposer un financement participatif pour en éditer un sur le chamanisme.

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Interview de la jeune photographe Solène Ballesta : « Je voudrais que le musée d’Orsay soit ma deuxième maison. »

Solène Ballesta est une flèche montante de la photographie parisienne. La tête bouillonnante d’idées, elle fait voyager les spectateurs à travers ses clichés très travaillés, aux ambiances oniriques ou chic. L’inventivité de Solène n’est plus à démontrer, et elle est aussi à l’aise dans les thèmes picturaux, érotiques, sobres et/ou noirs. Elle détient le Prix Picto de la jeune photographie de mode, et est représentée par la Micro Galerie à Paris.

~ Bonjour Solène ! Peux-tu nous raconter ton parcours photographique ?

Salut ! J’ai commencé par l’école de Condé, Paris, juste après le bac, pour voir si je voulais me professionnaliser dans cette discipline que je pratiquais un peu en amateur, et le coup de foudre a été immédiat ! Là-bas, j’ai aussi pu réaliser plusieurs stages avec des photographes super inspirants, et dans des super studios, j’étais très impatiente de travailler moi aussi. Avec une deuxième passion pour le cinéma, j’ai, après Condé, intégré la Sorbonne, en Licence Pratique et Esthétique de cinéma, pour ensuite revenir à la photographie mais d’un point de vue plus théorique, au sein d’un master Photographie et Art contemporain à Paris 8, qui a été une occasion de beaucoup m’ouvrir l’esprit et d’échanger avec des gens formidables.

En sortant de Condé, j’ai eu la chance d’être mention spéciale du Prix Picto de la jeune photographie de Mode et de rejoindre la Micro Galerie, et donc de travailler assez vite ! Ça a été un peu compliqué de combiner les études et les commandes et expos, mais ouf, j’ai pu aller jusqu’au bout, et je travaille à plein temps en tant que photographe désormais !

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Éloge de l’ombre – modèle Caroline Y. Monin.

~ Pourquoi avoir choisi la photographie comme moyen d’expression ?

Probablement pour la rapidité d’exécution, et pour l’aspect technique. En photo on peut très vite passer d’un sujet à un autre, et quand on a beaucoup d’idées c’est plus commode que la vidéo ou les arts plastiques. Il y a aussi toute la partie studio, laboratoire, très scientifique, qui me plaît beaucoup. Et surtout, surtout, en photographie, on touche à tous les domaines, on bouge beaucoup, on est surpris tous les jours et on rencontre des gens de tous les milieux.

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Série Evanidis.

~ La plupart de tes séries sont très poétiques (décors naturels ou intérieurs somptueux, modèles mélancoliques, usage de l’argentique, etc), où puises-tu ton inspiration en général ?

N’importe où ! Devant un film, à une expo, lors d’une ballade, dans mon sommeil, selon mes états émotionnels… Il suffit que je voie une belle lumière, telle ou telle situation ou simplement un visage qui me plaît pour que l’inspiration vienne. D’une toute petite chose peut résulter une image.

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Nature boy – modèle : Théo Audoire.

~ On sent fortement une influence picturale, je pense notamment à la série « La Baigneuse », qui a un côté très XIXe siècle. Quelles sont tes mouvements artistiques préférés ?

Bien évidemment , peut-être principalement la peinture du XIXe : orientalisme, japonisme, préraphaélisme, et romantisme au sens large. Je voudrais que le musée d’Orsay soit ma deuxième maison :).

De manière générale je suis très attirée par l’art oriental, et asiatique en particulier, d’Hiroshige à Wang Meifang, que j’adore métisser avec mes références européennes.

~ Personnellement, j’adore ta série « Evanidis », faite de portraits troublants de femmes et de divers objets les entourant. Peux-tu expliquer quelle est la trame de cette série ?

Elle est très simple : réaliser les portraits de jeunes femmes, avec des objets qui leur sont chers et qui les représentent. Est ensuite apparue l’idée du diptyque, pour opposer le monde matériel (qui reste) de l’humain (qui est plus éphémère). Evanidis signifie en latin « qui est voué à disparaître », cette série est une petite étude sur les vanités, sur ce qui reste de nous, sur le caractère transitoire de la beauté et de la jeunesse, et de la fascination qu’engendrent ces visages splendides face à des objets qui témoignent d’un âge déjà révolu, comme en prévision de l’inéluctable temps qui passe et des être qui disparaissent.

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Yurei-Zou – modèle : Anna Uchiyama.

~ Tu as créé divers éditos mode, qu’est-ce que tu aimes dans ce genre photographique ?

Je suis arrivée à la mode un peu par hasard. J’ai commencé la photographie par le théâtre, par passion du costume et de la mise en scène. Ce que j’ai ensuite complètement retrouvé dans la photo de mode ! Cela me permet de raconter des histoires avec un certain esthétisme, et de laisser libre cours à ma créativité, tout en assouvissant ma passion pour les beaux vêtements.

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The Dream Diary – autoportrait.

~ La plupart de tes séries sont soigneusement travaillées, à l’instar de « Ballet Russe », « Sur la falaise », ou encore « Clea’s room ». Comment se passe une journée shooting avec Solène Ballesta ?

Aucune ne se ressemble ! Tout dépend déjà avec qui je travaille, la plupart de mes collaborateurs devenant assez vite des amis, il y a une bonne part de déconnade :). Ensuite, j’aime vraiment plutôt travailler en équipe très réduite, voire seule avec la ou le modèle, et je parle beaucoup ! Bien que la mise en scène soit très préparée, je laisse toujours de la place à l’improvisation et aux propositions des modèles, c’est souvent comme cela qu’arrivent les meilleures images.

~ Depuis quelques temps, tu fais partie du collectif Amaranthes, et un livre est né de ce groupe d’artistes : Lune.s. Peux-tu nous-en parler ? Pourquoi ce collectif, quels sont vos projets ?

J’ai co-fondé ce collectif l’année dernière avec des amies artistes très chères : Alexandra Banti, Hana Bolkonski, Marion Saupin et Camille de Délicate Distorsion. Cette initiative nous est venue très naturellement, car nous partageons la même vision de la création et les mêmes références, un vrai coup de foudre artistique ! Ce collectif a surtout pour but de nous faire plaisir : être ensemble, indépendantes, réaliser des projets qui nous tiennent à cœur mais qui ne pourraient pas avoir lieu au sein d’une commande ou en projet solo, et juste faire ce qu’il nous plaît en nous soutenant les unes les autres.

Nous avons commencé avec ce livre, qui mélange nos disciplines : Des nouvelles d’Hana, illustrées de nos photographies selon les trois thèmes, et les illustrations de Camille reliant le tout. Pour les prochaines idées : des polaroids et des lettres d’amour, des affiches, des projections, des performances, une nouvelle résidence… je n’en dis pas plus !

~ Enfin, quels sont tes projets personnels pour 2018 ?

Beaucoup ! J’ai eu l’immense chance d’être sélectionnée dans les « 30 women photographers under 30 » du site Artpil, et j’enchaîne les beaux projets : avec des musiciens, des comédiennes (toujours, je les adore), des éditos mode, le collectif Amaranthes et In Carne, avancer sur le « Journal des rêves » (mon grand projet personnel en cours)… Et toujours la collaboration avec Sandra Péchenard, artiste fleuriste, qui j’espère nous mènera loin ! J’ai un agenda bien rempli et la tête pleine d’idées :).

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Constellations – modèle : Clara Doxal.

 

 


En savoir plus :

Site de Solène Ballesta

Collectif Amaranthes

 

Interview d’Aurore Lune

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Avant Noël, je vous propose de découvrir une créatrice de bijoux adepte du « Wire Wrapping » (de wire, « fil » ou « câble », et to wrap, « enrouler »), technique particulière d’enroulage de fils (cuivre, argent, laiton…) permettant de garder la pierre intacte.

Faits ou assemblés à la main avec soin dans des formes et des couleurs toujours renouvelées, les œuvres d’art miniatures d’Aurore Lune se portent autour du cou, au poignet, aux doigts et aux oreilles…

Attention, cette interview pourrait bien vous donner des idées cadeaux ! (1 € par vente reversé à une association caritative)

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Collier Wire Wrap de style traditionnel, labradorite

~ Aurore Lune, comment est né votre intérêt pour les pierres et la technique du « Wire Wrapping » ?

J’ai reçu ma première pierre à huit ans. C’était un œil-de-tigre dont les reflets me fascinaient. Ensuite, vers vingt ans, j’ai commencé à m’intéresser aux minéraux. J’achetais dans des boutiques vosgiennes ou alsaciennes des pierres que je gardais toujours sur moi, dans une poche intérieure. Je regrettais de ne pouvoir les arborer autrement, c’est pourquoi j’ai commencé à m’intéresser à des bijoux « tout faits » comme ceux que l’on trouve dans les enseignes spécialisées ou encore les grandes surfaces.

Quand j’ai découvert que l’on pouvait mettre des pierres roulées ou plates en bijoux avec des fils sans les percer ni les coller, tout en gardant un bijou soigné et unique, j’ai aussitôt expérimenté plusieurs techniques. J’ai finalement adopté un style plus épuré que le traditionnel « Wire Wrapping » nécessitant énormément de fils et dont je n’apprécie pas entièrement l’esthétique.

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Labradorite

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Labradorite

~ Comment choisissez-vous vos matériaux : fils et pierres ? Dans vos choix artistiques, sont-ce les couleurs, les formes ou les propriétés des pierres qui vous attirent ?

Je m’efforce au maximum de choisir des fils allemands ou européens, en cuivre plaqué argent par exemple.

Pour les pierres, je choisis chacune en fonction de ce qu’elle m’évoque et de la façon dont elle me « parle ». Ce n’est quasiment jamais un hasard. Je me fournis aussi en boutiques locales où je passe beaucoup de temps à manipuler les pierres, afin de trouver celles qui me touchent le plus, celles qui auront un dessin, un certain éclat… C’est un rapport très intime aux pierres que j’entretiens. Pour les propriétés des minéraux, je regarde souvent après que la création soit achevée et je vois si cela correspond à mon ressenti. C’est donc le mélange de forme, de couleur et de « vibration » qui guide mes choix.

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Labradorite blanche, parfois appelée pierre de lune arc-en-ciel

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TAILS PHOTOGRAPHIE

~ Quelles sont vos pierres et motifs préférés ? Cela influence-t-il vos créations ?

J’ai énormément de labradorites car elles ont des reflets incroyables.

J’aime la labradorite blanche qui m’évoque le Royaume Elfique, ou alors le grenat à la teinte rouge sang, pierre de séduction et de la Femme assumée. Habiter sur ces Terres Magiques d’Alsace m’aide à être en osmose avec le royaume féerique qui me berce depuis l’enfance. Saviez-vous que l’illustrateur du Seigneur des Anneaux s’est inspiré d’un château se trouvant à deux pas de chez moi ? Cela vous donne une idée de la magie qui se dégage des lieux de la région.

Je suis très attachée à la nature et aux formes délicates, les arabesques, j’ai toujours aimé les meubles anciens, les patines anciennes, les peintures à la main, tout ce qui est fait avec patience et soin, et cela m’inspire énormément. J’ai un peu de mal avec la modernité et son côté « trop facile et accessible ». Je préfère les créations qui demandent du temps et du savoir-faire.

~ Vous faites aussi des bijoux qui ne relèvent pas de la technique du « Wire Wrapping », pourquoi ?

En fait, il faut se détacher du côté questionnement dans ce que je fais, car je fonctionne à l’instinct et selon l’inspiration du moment… J’ai même porté un Petit Poney miniature de mon enfance en collier à une période de ma vie.

Je fais « comme ça vient », il n’y a pas de fil directeur, pas de trame, cela peut sembler déroutant mais c’est ainsi que je crée. Quand quelque chose me plaît, j’en fais un bijou, une parure, une décoration, quelque chose qui exprime ce que l’on est, ce que l’on ressent, ce que l’on aime.

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Pierre fantaisie

~ Racontez-nous en détail la fabrication d’un de vos bijoux : par quoi commencez-vous ? Qu’est-ce qui vous guide lors de la fabrication ? Vous imposez-vous des contraintes ? 

Lorsque je veux créer un bijou, je me pose devant « mon meuble à créations ». J’ouvre les portes et je regarde dans les boîtes si une pierre m’attire. J’en sélectionne parfois plusieurs et me munis également de fils, de pinces, de perles, d’apprêts décoratifs… J’allume parfois une bougie en demandant le soutien des Anges si je manque de confiance en moi.

Il arrive parfois que je commence un « serti » et que je mette une autre pierre dedans. C’est une démarche très inspirée, très spontanée, il n’y a pas de croquis, de calcul, la création prend vie comme elle le veut. Je me laisse guider sans me freiner, portée par l’Inspiration, l’inspiration brute, celle qui vient d’on ne sait où. Je serais malheureuse dans un carcan de règles et de contraintes de création, même si je songe de plus en plus à faire un carnet de croquis afin de gagner un peu de temps et d’avoir une base d’idées créatrices.

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Jaspe rouge

~ Vous arrive-t-il de reproduire une création ?

Cela est peut-être arrivé 4 ou 5 fois en trois ans, mais je préfère les créations uniques. Je travaille à l’instinct et le fait de « forcer » une certaine forme me fait travailler dans le déplaisir. Étant mon propre patron, je suis libérée du carcan de l’obligation et je peux faire ce que j’aime et uniquement ce que j’aime. C’est un énorme plaisir.

De plus, même si les formes et les possibilités ne sont pas illimitées et qu’un modèle peut revenir, la pierre, la couleur de fil ou un détail de bélière rendront forcément la création unique.

~ Une fois réalisées, gardez-vous certaines créations pour vous, par coup de cœur ?

C’est peut-être arrivé deux fois, mais j’ai du mal à porter mes propres bijoux. Même si j’ai régulièrement des coups de cœur pour les pierres que je travaille et le résultat final, je préfère acheter mes bijoux à des créatrices françaises.

~ Depuis combien de temps créez-vous vos propres bijoux ? Quel a été l’élément déclencheur qui vous a lancée dans cette voie ?

Vers 16 ans, j’ai senti le besoin d’apprendre à coudre parce que je ne trouvais pas ce que je voulais en boutique. C’est un peu pareil pour les bijoux. Je mélangeais des éléments ensemble afin d’avoir les bijoux dont je rêvais mais qui n’existaient pas tels que je les souhaitais (trop originaux ou trop chers).

C’est en 2014 que j’ai décidé de me lancer et d’essayer de créer mes propres bijoux parce que ceux que je convoitais étaient trop chers pour mon budget. J’aimais les colliers « Wire Wrap ». J’ai donc commandé du matériel et commencé à faire moi-même du « Wire Wrapping ».

~ Comment est née officiellement votre boutique en ligne ? Pourquoi avoir choisi ce nom et ce logo en forme de lune ?

J’ai eu plusieurs boutiques au fil du temps mais je pense avoir trouvé la plateforme de vente idéale.

Aurore – contrairement à ce que l’on peut penser – n’est pas mon prénom, mais l’aurore, le matin, la promesse d’un jour nouveau, la naissance de l’espoir, d’un nouveau départ, et cela englobe pour moi plein d’idées, plein de possibilités et de situations… La majuscule, c’est parce que son caractère sacré impose à mes yeux la majuscule, de même pour la Lune, qui est pour moi tellement inspirante et porteuse d’images diverses : mythologies, féminité, anciennes religions, cycles, vie, mort, renouveau perpétuel…

~ Peut-on vous commander une création particulière ?

En « temps normal » oui, mais actuellement je n’en prends plus parce que je n’ai plus le temps : ma vie familiale ne me le permet pas, ayant trois enfants dont deux en bas âge. Cela devrait cependant changer fin 2017 avec la scolarisation de mon avant-dernier né.

~ Vous avez déjà prêté vos bijoux pour des shootings photos, racontez-nous comment cet échange s’est fait ? Comment sont arrivées ces opportunités ?

J’ai pris contact la première fois avec Shalee photographie dont j’admirais le travail et elle a répondu positivement, ce qui m’a permis de prendre confiance en moi : les photos étaient au-delà de mes espérances. Par la suite, c’est la modèle Dame Akasha qui m’a contactée et nous avons collaboré sur plusieurs projets, je l’appelle ma Muse. Globalement, on me contacte et je fais selon mon planning ou selon la disponibilité de mes créations.

En ce qui concerne les bijoux, soit la modèle parcourt ma boutique et me présente sa sélection, soit je créée quelque chose selon le thème abordé. Mais actuellement, comme pour les demandes personnalisées, je n’ai pas le temps de m’y consacrer, à mon grand regret. J’espère bientôt pouvoir recommencer des collaborations.

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JESAHEL PHOTO, modèle : Dame Akasha

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Tails photographie, modèle : Kitty’s Paw

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Robe et bijoux d’Aurore Lune, photographe Honorine Nail-Juré, modèle : Dame Akasha

 

 

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L’univers feutré de Cendrine Rovini

Cendrine Rovini est une artiste vivant à Aurillac, qui écrit également un peu de poésie. Elle a accepté gentiment de présenter son univers, à la fois doux et étrange. Ses personnages sont enfantins, perdus dans des ambiances feutrées et pâles, et parfois, une note aiguë de couleur survient : rouge, rose, bleu ! Elle a collaboré avec la photographe Isaure Anska pour la marque Pagan Poetry, n’ayant pas peur de mêler ses crayons avec d’autres moyens d’expression. Voici donc son interview, où elle nous présente ses méthodes créatives et ses influences…

Les dernières graines

~ Bonjour, pouvez-vous nous raconter votre parcours graphique ?

Avant le dessin, j’ai d’abord commencé par créer des bijoux à partir de matières naturelles, ensuite j’ai commencé à dessiner, puis à travailler la terre, quelques mois après c’était la peinture sur toile avant de revenir au dessin, et ce mélange d’expériences différentes m’a conduite à la technique mixte sur papier, bois ou tissu.

Anima mundi

~ Votre travail est très doux et aéré, quels sont les matériaux que vous utilisez, et comment arrivez-vous à ce résultat ?

Le premier outil dont je me saisis en commençant un travail, c’est le porte-mine de graphite très fin et de deux textures : sèche et plus grasse. Je pars d’un support brut dont la matière (le bois blond, le papier blanc ou ivoire très fin ou le drap épais et écru) me permet de garder une certaine légèreté dans le trait. Et j’ai un amour inconditionnel pour l’aquarelle, que j’aime mêler au crayon.

Nox erat

~ De quoi vous inspirez-vous pour créer votre univers ?

Je pars très souvent d’images intérieures vues au moment où je m’endors ou me réveille, je les vois finies et en mouvement, il ne me reste plus qu’à tenter de rendre visibles ces paysages et créatures… Je peux aussi être inspirée par des détails, comme une broderie sur une robe, une couleur ou une texture dans la nature.

Le secret de l’hiver enclos

~ Les personnages que vous dessinez ont un coté à la fois enfantin et étrange, pourquoi cette  contradiction ?

Pour moi ce n’est pas une contradiction car le monde de l’enfance, si libre et fantasque, mène dans mon esprit à des représentations étranges, mêlées de candeur et d’inquiétude. Il est vrai que j’aime bien une certaine distorsion : sous l’apparente fragilité – candeur – délicatesse – gît un mystère plus sombre ou décalé.

La clef est mon sang

~ Vous avez collaboré avec différents artistes dont des photographes, comment cela se passe-t-il en général ? Comment envisagez-vous la création en partenariat avec d’autres médias ?

Souvent, avec les artistes photographes, nous partons d’une photographie choisie à deux sur laquelle je vais ensuite travailler en lui incluant une parcelle de mon univers. Je travaille donc directement sur le papier avec la photo imprimée, soit au crayon le plus souvent, soit à l’aquarelle ou à la gouache. Je pense que je n’ai aucune limite concernant des collaborations avec des artistes travaillant d’autres médias, tout peut être support de création et d’images !

Portrait d’une jeune fille

~ Vous écrivez également, quelle est la relation entre vos écrits et vos peintures ? Se soutiennent-ils l’un l’autre ?

Avant de commencer à travailler la matière, j’ai d’abord écrit des poèmes en prose, des petits contes ou les descriptions poétiques de certains rêves, j’estime donc que mon travail pictural et mes mots appartiennent à un même courant, celui qui fait couler mon imagerie hors de moi.

Comment je l’ai su

~ Envisagez-vous l’illustration de livres ?

Mon mari est poète, j’ai déjà essayé d’illustrer quelques-uns de ses poèmes, mais cela s’est toujours soldé par un fiasco. J’ai également tenté d’illustrer des contes que j’ai écrits, mais pour le même résultat, si bien que j’ai renoncé à cette discipline que pourtant j’admire beaucoup.

La vie rêvée des morts

~ Quelles sont vos influences artistiques et littéraires ?

Le roman auquel je voue une adoration particulière est Le Signe de Jadis, de Kerstin Ekman. Il est pour moi le symbole littéraire de la beauté intelligente et pleine de sentiers étranges, la pensée de l’existence de cet ouvrage nourrit mon travail. La découverte du ciel de Harry Mulisch , L’homme qui savait la langue des serpents, par Andrus Kivirähk font aussi partie des livres qui ont une solide influence sur ma création. Je suis également une fan de Tom Robbins. Dans le domaine artistique, je suis passionnée par la peinture perse et par l’art de la Chine ancienne, la photographie du XIXe siècle, les enluminures du Moyen Âge, la peinture de la Renaissance et les images alchimiques. Des artistes comme Kiki Smith ou Rosa Loy sont aussi très importantes dans mon parcours.

Locus amoenus

~ Vous êtes représentée par une galerie parisienne, est-ce que vous avez des expositions prévues cette année ?

Je suis en train de préparer ma prochaine exposition personnelle à la galerie Da-End à Paris, elle se tiendra du 12 juin au 24 juillet 2014. Mon calendrier prévoit aussi une exposition de groupe au Danemark sur le thème de la forêt en avril et une autre exposition collective en décembre prochain avec le collectif World Wide Women créé et dirigé par Anouska Beckwith.

Chant funèbre

~ Enfin, qu’est-ce que vous souhaitez transmettre à votre public ?

Je pense que l’un des dons les plus importants pour les êtres humains est l’imagination, c’est sans doute par elle que nous pouvons éviter la médiocrité ambiante, voyager par la pensée ou par images interposées, c’est ce qui nous rend capables d’apprécier chaque moment car on sait que l’on a tout à portée de vision. J’aime beaucoup la matérialité de la vie, vivre pleinement tout ce que je vis, bon ou mauvais, mais pour moi ce corps qui nous aide à jouir de tout ceci est aussi nourri de l’invisible, de la loufoque beauté des images. Quand je montre mon travail, c’est cette puissance de l’image que je voudrais communiquer.

Dea incognita

 


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