« Sorcières » de Mona Chollet, vu par les médias & les lectrices

Lors d’un premier article, nous vous avions présenté Sorcières, la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet, entre mode culturelle et féminisme. Nous vous invitons à vous rendre sur l’excellent blog Mots silencieux pour découvrir une présentation et analyse détaillée de la thèse du livre, qui est facilement accessible sur Internet grâce aux médias et aux blogueurs comme nous allons le voir.

sorcieres-mona-chollet-livre

Ainsi, lors de notre précédent article, nous avions insisté sur le fait que de sorcières, il n’y en avait point et que nous parlions simplement des femmes marginales, qui échappaient au contrôle des dogmes établis par notre société. En ça, elles devenaient sorcières : ces femmes étaient transgressives, hors de contrôle, elles semblaient dangereuses.

Ce livre a fait énormément de bruit depuis sa sortie. Mona Chollet court dans les librairies de France pour le présenter : ses séances de dédicaces sont à guichets fermés. Pour un livre qui n’est ni un roman, ni une BD, nous n’avions pas vu ça – nous ne dirons pas depuis Barthes – mais depuis longtemps. Pour expliquer ce succès, on va interroger les différentes observations que nous avons pu mener dans la vie de tous les jours, comme dans les médias et ensuite dans la blogosphère.

Au détour d’un café :

Je, en tant que chroniqueuse, vais me permettre de rapidement employer la première personne du singulier dans le but de faire part de quelques observations de la vie de touts les jours, car ce livre semble posséder quelque chose d’étrangement « rassembleur ». Ce livre, serait-il finalement sorcier en créant un sentiment de sororité ? Il faut savoir que je m’installe souvent dans des cafés pour travailler. La première fois, la jeune femme qui m’a interpelée au sujet de ce livre est allée aux USA et c’est là-bas qu’une résidente lui a appris ce qu’était une « sorcière » : le fait de rester proche et en communication avec les personnes qui nous ont été chères et dès lors disparues était la preuve d’une ouverture d’esprit digne d’une sorcière. Depuis la découverte de cette spiritualité consciente, elle se renseigne sur le sujet, et souhaitait se rendre à la prochaine conférence de Mona Chollet. À nouveau, une jeune femme en passe de faire sa thèse en médecine, m’annonce qu’elle est sur le point, elle aussi, de commencer ce livre. Elle est une « fan » de Mona Chollet. À l’inverse, dans ce cas de figure ce n’est pas le mot « sorcière » qui l’a intriguée (pas que). Une autre fois, une jeune femme de 34 ans venait tout juste de terminer le livre et était totalement enchantée par sa lecture. Célibataire, elle s’est retrouvée dans ce qui y est écrit. Pour ce premier échantillon, je dirais que ces femmes ont toutes en commun le fait d’être des intellectuelles (voyageuses, littéraires ou médecins), et c’est bien ce qui m’a le plus frappée. Intellectuel aussi, le professeur, qui, en se présentant le premier jour de classe, lâche « je suis en train de lire le dernier Chollet ».

https://www.etsy.com/fr/listing/630196520/le-meilleur-cadeau-danniversaire-de-noel?ga_order=most_relevant&ga_search_type=all&ga_view_type=gallery&ga_search_query=sorci%C3%A8re&ref=sc_gallery-1-2&plkey=d72e43da3e997926cf228db7865fed17ad704d35%3A630196520&pro=1
Le meilleur cadeau d’anniversaire de Noël pour les sorciers, et sorcières ! Par SoapsAndSpells.

L’introduction de Sorcières vise à montrer que la sorcière est à la mode et son mythe présent absolument partout dans la culture populaire depuis le début des années 2000 (je vous invite à lire le livre pour en savoir plus.) La sorcière est également le symbole de beaucoup de féministes, de militantes, dès les années 1970. Elle devient une image underground, alternative, dans les années 1980. Aujourd’hui à la mode, des engagées font donc la chasse aux imposteurs et certaines auraient tendance à mettre Mona Chollet dans cette case-là. Cependant, les articles qu’elle a publiés dans sa carrière – voir sa vertigineuse bibliographie – indiqueraient le contraire. Elle est également défendue dans le milieu universitaire. Mais il est légitime de se demander si elle n’est pas la dernière des sorcières non mainstream, puisque même lors de la première séance de dédicace du 14 septembre à La Petite Égypte (Paris), les déguisements de sorcière étaient de mise… Est-ce bien là le propos ? Car de sorcière mainstream, Mona Chollet n’en parle pas tant, comme nous l’avons dit. Ainsi, face au succès retentissant de son livre, ne risquerions-nous pas de basculer dans l’excès ? La société va t-elle se réapproprier ses propos pour faire consommer davantage les affictionado.a.s de ce thème, désormais plus nombreux.ses ?

Les Sorcières et les médias :

De même, face ce succès, et sans surprise, les médias ont eu un engouement sans faille pour le nouveau livre de leur collègue, puisqu’il se vend bien et fait également vendre la presse. Dans notre enquête, on a voulu savoir ce qui a subitement fasciné autant de personnes. Car elle n’a pas touché seulement les lecteurs de Federici, ou ceux qui se sont empressés d’acheter la réédition du Guide pratique du féminisme divinatoire (mai 2018) de Camille Ducellier ou encore Âme de sorcière (sorti il y a un an) d’Odile Chabrillac. Les nouveaux séduits ne se sont pas même tournés vers les lectures féministes récemment sorties aux éditions Cambourakis de la collection « Sorcière ». En témoignent les chiffres de vente qui n’ont rien à voir. Ainsi, quand je me demande « pourquoi elle ? Pourquoi ce livre ? », je ne reçois qu’une réponse : « elle est connue, elle bosse au Monde Diplomatique. » Serait-ce seulement ça ?

il_570xn-1557172772_k42b
Pin’s émaillé sorcière de l’espace par NovemberAndMay.

Il est vrai qu’on a été littéralement inondé par ce livre : l’analyse de Mona Chollet est demandée sur tous les plateaux, comme celui de Médiapart. Elle a permis à la toute nouvelle webradio La Poudre d’asseoir le sérieux de leur cycle sur les sorcières (pourtant difficile de rivaliser avec celui de France Culture !). Aussi, le nombre d’entretiens qu’elle a donné à la presse est considérable. Ici, ils ne sont sûrement pas exhaustifs. Celui de Libération se contente d’une interview retraçant très largement la trame du livre. Toute la Culture s’interroge, comme nous, sur cet engouement et cet effet de mode, soulignant qu’au 3 octobre, c’est-à-dire environ deux semaines après la sortie du livre, 12 000 exemplaires avaient déjà été vendus. La revue Ballast remarque bien qu’on parle de femmes et non de sorcières, à ce sujet Mona Chollet leur répond :

Je ne suis pas historienne et je ne pouvais pas prétendre faire l’histoire de la chasse aux sorcières. J’ai lu des travaux d’historiens et d’historiennes mais, effectivement, ce qui m’intéressait, c’était de dégager des grands types – qu’on peut dégager après coup – de femmes pourchassées à l’époque : les célibataires, les veuves, les femmes qui maîtrisaient leur procréation, les femmes âgées. En stigmatisant ces types, on a refaçonné ce que devaient être les femmes dans leur ensemble.

Cheek Magazine, quant à lui, inscrit bien ce livre dans le travail de Chollet et l’on peut, à la lumière de cette petite interview, voir que le succès de ce livre a d’abord pris dans les sphères intéressées par l’autrice. En effet, ses réseaux sociaux sont déjà largement alimentés par de telles problématiques et le livre Beauté fatale avait déjà commencé à étudier le terrain.

Pour aller plus loin, nous dirons que le succès de mythe de la sorcière nous viendrait des USA où, comme le disait ma première interlocutrice de café, ils ont redécouvert « la » sorcière. Mona Chollet l’explique comme une réaction face à leur société et politique :

Aux États-Unis c’est très clair par exemple, avec un gouvernement qui n’en a que faire de l’environnement et qui est dirigé par un prédateur sexuel.

Vice reste dans sa ligne éditoriale : ce n’est pas la première fois qu’il s’intéresse à des sujets tels que la wicca avec des titres « chocs ». Le magazine s’intéresse aussi au fait que Mona Chollet lie la sorcière avec la médecine : en voilà qui n’ont pas lu leur bibliographie !

il_570xn-1700090271_5hba
Figurine sorcière zombie sur une tête de mort en pâte polymère par Eugecrea.

Ce n’est qu’un aperçu de ce dont nous abreuve la toile, de manière plus ou moins pertinente. Mais quant à l’engouement autour du livre : un bon coup marketing d’une star de la presse ? Un ouvrage attendu par certains cercles féministes et universitaires ? Les pistes sont nombreuses, et malheureusement, malgré notre intérêt, nous n’avons pas la prétention d’y répondre. Mais après ce matraquage médiatique, après ces milliers de ventes, qu’en disent les principaux intéressés ? Les lecteurs, bien sûr ! Nous l’avons vu en introduction de cet article, le livre fait grand effet sur des gens comme vous et moi, croisés dans les cafés. Nous vous renvoyons vers notre premier article, qui aborde d’ailleurs les thèmes clés de ce livre, qui vous permettront d’être guidé.e par les avis de lectrice (car oui, dans nos recherches, nous ne sommes tombé.e.s que sur des femmes.)

Les Sorcières chez les blogueuses :

Avant de découvrir les divers avis, nous nous demandions si nous allions tomber sur des dilettantes déjà engagées par les thématiques abordées ou sur des curieuses qui se découvraient un esprit sorcier. Pour le bien de notre enquête, on ne s’est penché que sur les avis personnels, et non pas les analyses. Nous cherchions des ressentis de lecteurs, grâce à des blogueurs prêts à partager leur expérience personnelle de lecture, et non pas en tant que critiques ou chroniqueurs. Dans notre premier article introductif, on se demandait jusqu’où les lecteurs et lectrices allaient se sentir concerné.e.s par cet écrit, et s’il allait amener certain.e.s à s’exprimer à leur tour. Beaucoup de témoignages portent sur le fait que le livre leur a réellement parlé, Textualités le qualifie carrément de « coup de poing ».

Au point que certains passages sont véritablement des coups de poing dans le ventre, la somme des injustices faites aux femmes, et leur degré extrême de violence étant particulièrement frappants. Voir se confronter des événements de notre histoire lointaine et une actualité présente (les derniers remontant à 2018) est particulièrement éclairant, à défaut d’être reposant pour les nerfs…

Et beaucoup d’autres se sont retrouvées dans ces lignes : il y a donc eu un réel processus d’identification avec les propos tenus par Mona Chollet. C’est le cas de Yuiko Books :

En clair, un panorama large et complet de la perception des femmes par la société et surtout un exposé de comment sont perçues les femmes qui refusent de vivre selon les préceptes patriarcaux. Et je dois dire que je me suis beaucoup retrouvée dans ce texte. En tant que femme vivant seule et ne souhaitant pas d’enfants (bien que je n’aie que 24 ans) et allant à reculons à chaque rdv médical car je sais à quoi m’attendre à chaque fois, j’avais de quoi me sentir concernée par ce texte.
Je ne suis pas forcément totalement en accord avec ce qui a pu être dit, dans le sens où j’ai une opinion différente, avec d’autres nuances sur tel ou tel sujet, bien qu’elle soit rarement, voire jamais totalement contraire. Mais dans la globalité, j’ai trouvé que l’autrice avait vraiment bien traité le sujet et qu’elle a surtout réussi son objectif : me faire réfléchir.

Une identification qui passe aussi par le « moi aussi », pour le Bar aux Lettres. La reconnaissance de soi dans les lignes, en partie grâce au fait que l’auteure partage ses propres expériences. La thèse profonde livrée est sujette à réflexion, si ce n’est à des nuances, comme le souligne Yuiko Books ci-dessus.

En plus d’être très précis en science-sociales, l’ouvrage renferme également une part d’intime de Mona Chollet qui n’hésite pas à dire « je ». Mais c’est important, car trop souvent dans ces lignes on se dit « mais oui, mais moi aussi. Mais c’est vrai que ça je le pense ».
Alors, pourquoi ne pas le dire ?

Ainsi, en plus de vivre le livre comme une expérience personnelle, il faut reconnaître qu’il fait réfléchir chaque lecteur à l’aune de ses expériences personnelles. En plus, grâce au grand choix de figures exploitées, tout le monde à droit de se sentir concerné.e par les propos de Mona Chollet, comme le remarquent Les Liseuses :

On peut se reconnaitre dans telle ou telle catégorie – ou « anti-catégorie ». Et, si l’on est en couple, que l’on a des enfants, que l’on utilise teintures et chirurgie esthétiques, s’interroger sur nos raisons profondes qui nous poussent à agir ainsi. Pour changer, peut-être. Ou assumer, au moins, ce qui est déjà une libération énorme (l’exemple pris par l’auteur de ces femmes qui ont eu des enfants sans en avoir réellement envie, voire à regret, est à ce sujet éclairant).

Ainsi, les lectrices touchées s’identifient. Certaines découvrent même un subit intérêt pour les sorcières, jusque là inconscient. C’est le cas de Julie Juz :

Comme l’auteure, mes modèles de « sorcières » sont des personnages auxquels je pourrais être fière que l’on m’identifie : Willow dans Buffy, Hermione dans Harry Potter, les sœurs Sanderson dans Hocus Pocus – qui sont pas très sympas mais leur humour est plutôt pas mal, Sabrina l’Apprentie Sorcière, etc. Tous ces personnages sont forts, intelligents, elles utilisent à bon escient à la fois leur intelligence et leurs émotions, elles font le bien. Alors si être une sorcière, c’est être tout ça – sans les pouvoirs –, c’est probablement l’un des plus beaux compliments que je pourrais recevoir, finalement.

et My Lunatique :

C’est vrai, quand on pense au terme de sorcière, déjà c’est souvent péjoratif, et on imagine directement une vieille dame flippante qui vit seule au fond d’une forêt. Mona Chollet démonte ces stéréotypes un par un et l’illustre de manière très riche aussi bien à partir de théories ou documents historiographiques que par des épisodes de séries ou des films bons publics.
Je me suis toujours estimée hyper ouverte d’esprit mais en lisant cet essai j’ai réalisé à quel point je pouvais avoir un regard étriqué sur l’image sociétale de la femme. […] Ce genre de sujets, auxquels je n’avais jamais franchement réfléchi, me font maintenant cogiter et m’insurgent même. Pour moi, si un essai parvient à te faire réfléchir et réaliser des faits sociaux auxquels tu es confronté chaque jour, c’est qu’il a rempli son job.

En vrai j’ai toujours trouvé ça cool les sorcières, parce que quand on en parle, je pense direct à Maléfice ou à Morticia Addams et elles ont un charisme de dingue. Mais je dois dire qu’après cet essai, j’arrive à me faire une image de ce qu’est la sorcière moderne et j’adore. […] La sorcière moderne n’a pas peur d’arborer ses cheveux blancs et ne craint pas les jugements puérils si elle décide de ne pas avoir d’enfants ou d’être célibataire (ou les deux). Et puis il y a un côté purement filmique que j’ai grave envie de reproduire, genre faire des incantations en latin avec des cristaux et de la sauge dans ma chambre.

Le finalement chez Julie Juz montre donc le dépassement de la figure de la sorcière pleine de pustules, cachée dans sa forêt. Pour les lectrices, une nouvelle image de la sorcière se créé, et, en réalité, c’est à cette nouvelle image qu’elles s’identifient, comme certaines féministes avant elles.

Que dire ? Tous les thèmes sont abordés dans l’extrait ci-dessus : déconstruction du mythe de la sorcière, découverte de soi, identification, réflexion… Comme nous le disions précédemment, la sorcière est donc réactualisée : c’est une femme libre, une femme qui choisit sa vie. Mais elle reste poursuivie par son folklore : les lectrices portent des chapeaux pointus en séance de dédicace, et qui passent commande sur Etsy (voir première de couverture de Sorcières. La puissance invaincue des femmes, ainsi que les photographies en illustrations de cet article.) Sommes-nous le cercle vicieux de l’éveil des consciences et la récupération commerciale du thème de la sorcière ?

il_570xn-1245005098_rukx
Étagère sorcière « sortilèges et enchantements » sorcellerie par Ateliermandragore.

Pour certaines, la lutte continue.

Bien sûr, toutes les lectrices ne sont pas tombées sous le charme, et Les Chroniques Culturelles ne s’en cache pas, et a bien raison. On peut s’interroger : le livre séduirait-il moins les dilettantes aguerris que les curieux ?

Mais voilà, la figure de la sorcière me fascine depuis toujours, j’ai même envisagé d’en faire mon sujet de thèse et je sais que j’écrirai dessus, un jour : en fait, j’ai toujours pensé confusément que peut-être j’ai été une sorcière brûlée sur le bûcher dans une vie précédente, ou que j’ai eu une ancêtre qui l’a été […]. Impossible donc pour moi de m’abstenir de lire cet essai, dont on parle beaucoup, nonobstant ma méfiance envers l’auteure.

On retombe alors sur la même interrogation : sorcières féministes, ou sorcières tout court d’ailleurs, se méfient de ce livre, qui surferait sur la vague (et qui l’assumerait ?). La légitimité de cet avis est, comme nous l’avons vu, discuté par les universitaires. Cependant, toutes les féministes ne s’en méfient pas, comme Wild Sorceress, nom qui ne prête pas à confusion.

Je suis militante féministe depuis plus de dix ans et à côté de ça, je n’hésite pas à me décrire comme une sorcière, cet essai était donc fait pour moi.

Elle a beaucoup aimé l’écrit de Mona Chollet. Déjà bercée dans l’ésotérisme, elle a également élargit son point de vue, et s’est beaucoup interrogée suite à sa lecture, tout comme les curieuses l’ont fait. Ce livre peut donc apporter beaucoup aux sorcières féministes comme aux néophytes.

Outre la réflexion, ce livre ouvre un réel droit à la parole. Après un article et une analyse en béton armé et très intéressante, La Tournée de Livres ose, elle aussi, à son tour prendre la parole. Elle s’exprime au sujet du non-désir d’enfant auquel Mona Chollet a consacré tout un chapitre. Un chapitre qui dit « je » comme ses lectrices après elle. Sorcières. La puissance invaincue du féminin réussirait-il un effet #metoo : exprime-toi.

Bon, je vais faire effondrer la petite pyramide de réflexion et de compréhension qui s’est bâtie dans votre cerveau : si je ne veux pas de gosses, c’est parce que je fais partie des méchantes pas belles qui n’aiment pas les enfants. (Je vous vois déjà décrocher le téléphone pour contacter l’asile le plus proche.) J’ai mes raisons et je n’ai pas à me justifier. Paradoxalement, je m’entends bien avec les enfants (sauf ceux qui me reprochent de ne pas être une « vraie » adulte et essaient d’en profiter). Et c’est peut-être justement parce que, comme certains me le font remarquer, je ne suis pas une adulte au sens où on l’entend. Ça doit en rassurer certains, je pense… Il y a aussi le fait que je ne me sens pas psychologiquement capable de m’en occuper, mais on n’est pas là pour faire une psychanalyse.

Ça fait du bien de le dire, non ? Avec un blog dont le titre parle lui aussi de lui-même, La Sorcière Enquête, avec beaucoup d’humour, livre son ressenti (mais pas que) sur le sujet. Elle s’est reconnue totalement dans l’image de la sorcière proposée par Mona Chollet : une femme libre, à part, qui (en plus !) ne veut pas d’enfants (pour le moment ?).

Ma vie pose plus de problèmes aux autres qu’à  moi-même : c’est à cause du regard des gens que je peux me sentir mal de temps en temps. C’est un cercle vicieux. Je savais que je n’étais pas la seule à avoir ce genre de ressentis, mais grâce à ce livre, je me sens un peu libérée d’un poids. Il m’a permis de déculpabiliser sur ce sujet et d’avoir envie de l’assumer.

Un livre rassembleur… Avec les autres et avec soi-même.

Cet article va s’achever sur un dernier témoignage, touchant. Parler depuis le Silence, un nom très poétique pour un blog tout en sensibilité. Tout d’abord, elle nous parle de ce fameux aspect rassembleur que comporte ce livre, comme un pouvoir étrange qu’il aurait sur les gens.

Je lisais ce livre dans le train et son titre a attiré l’attention de mon voisin qui a commencé à me poser des questions dessus. Il était curieux, plutôt intéressé et puis il m’a demandé : « Et vous, vous vous définissez comme sorcière ?. »

Oui, elle se considère comme sorcière, et depuis longtemps, mais c’est en elle, jamais elle ne l’avait dit à haute voix, encore moins en public. Elle est intriguée et fascinée par toutes ces jeunes de 25 ou 30 ans qui osent s’exposer, se dire sorcières. À juste titre, là n’est pas la question, mais pouvoir l’assumer, c’est ça, la nouvelle liberté.

il_570xn-1705745863_f63l
Planche ouija par 3dGeekWares.

Conclusion :

Sorcières de Mona Chollet est donc un livre qui délie les langues et qui fait couler beaucoup d’encre. Un livre qui permet aux féministes et aux sorcières d’aujourd’hui de se reconnaître, de parler, de s’assumer. Ces femmes, parfois bercées par les sorcières des années 2000, se rendent compte que le féminisme n’est pas une guerre déjà gagnée comme on le pensait alors. (Il n’y a qu’à voir toutes les artistes frileuses sur ce terme qui ont participé, en 2008, à l’exposition @Elles au Centre Pompidou, et qui auraient peut-être osé assumer ce titre aujourd’hui.) Une lutte qui revient sur le devant de la scène, et sur laquelle surfe, certes, Mona Chollet. Il convient en revanche de rappeler qu’elle en est une des activistes depuis de nombreuses années. Elle a le goût d’une lutte dont les jeunes ont peut-être moins conscience – jeunes qui se sont parfois lancées dans cette aventure de sorcellerie, finalement si sérieuse, comme si cela coulait de source. Un livre pour commencer, pour se questionner, un voyage initiatique qui fonctionne. Et si c’était cela la clé du succès littéraire ?

Interview d’Hélène Rock, photographe alternative

Hélène Rock est une jeune artiste autodidacte, qui s’est depuis professionnalisée. Elle est très versée dans les thématiques alternatives, et offre au regard des portraits délicats de ses modèles. Les ambiances varient de la plus simple et fraîche à quelque peu sombre, une robe noir, un geste mélancolique, voire « médiéval ». Hélène a d’ailleurs publié un projet sur le site Ulule afin d’organiser une exposition mobile, qui pourrait se déplacer dans toute la France. On peut voir la jeune photographe progresser à vue d’œil, et son univers m’a donné envie de vous le faire découvrir. Enjoy !

~ Bonjour Hélène, tout d’abord, peux-tu te présenter ?

Bonjour Faunerie et merci de m’avoir proposée cette interview. Je ne suis jamais à l’aise avec l’exercice de la présentation, je ne sais jamais s’il faut être formel comme une carte d’identité ou se la jouer artiste à la « à vous de me découvrir » ^^.

Plus sérieusement, je m’appelle Hélène Rock, je suis née à Strasbourg en 1991, j’ai donc 22 ans, maman d’un petit garçon d’un peu plus d’un an et je suis avant tout artiste photographe basée sur Aix en Provence.

~ Depuis quand fais-tu de la photographie, et d’où te vient cette passion ?

Je fais de la photographie depuis un petit moment étant donné que j’ai commencé en tant que modèle amateur en 2005 (activité que j’ai cessée en 2011) alors que je vivais à Metz. J’ai appris pas mal de choses au contact de différents photographes, puis je suis devenue photographe de soirée alternative un peu par hasard. J’ai lancé mon entreprise en novembre 2010 avec peu de bases et sans diplôme de photographie, j’ai appris en autodidacte et me voilà aujourd’hui. Je me suis formée au graphisme, à la maîtrise photoshop et à la photographie de maternité, et j’espère pouvoir continuer à me former à l’avenir auprès de grands photographes que j’admire.

~ La base de ton univers est « alternative », assez sombre et mélancolique, mystérieuse. Qu’est-ce qui t’influence ?

Pour être tout à fait honnête, la vie m’inspire plus que les œuvres. Je viens d’une famille éclatée, en couple depuis 9 ans, jeune mère, grande voyageuse et souvent confrontée à la perte de l’autre et à la critique de soi. Je me pose donc forcément une multitude de questions existentielles qui parfois font mal et j’ai du les transformer en photo de façon plus ou moins inconsciente. C’est forcément libérateur.

Pour ce qui est d’une question purement culturelle, je suis très inspirée par la grande et la petite histoire, ce qui ne transparaît pas forcément de prime abord dans mes photos, mais je me sens proches de certains personnages et je me sers de ce que j’imagine d’eux pour le transposer sur mes modèles. Dans une généralité plus classique, la musique, l’histoire de l’art, la mythologique, les sciences, la nature, l’esthétique goth, metal, et tout ce qui touche à une  forme de personnification de soi m’inspire, comme tous les sentiments extrêmes.

~ Tu tiens un forum sur la communauté « gothique », est-ce que cela fait longtemps que tu t’intéresses à ce mouvement ?

Oui, Communauté Gothique est un forum que j’ai créé et que je dirige depuis 2008. Il est classé second des forums de la communauté alternative francophone et je suis fière de la qualité de ses discussions. Je m’intéresse à ce mouvement depuis pile 10 ans maintenant que j’y réfléchis. Au départ je n’étais, comme beaucoup d’ado, qu’attirée par l’esthétique du  mouvement gothique, sa mode, ses beaux vêtements, puis je ne me suis sentie bien que comme cela, ne pouvant apporter qu’une touche underground à ma vie, peu importe dans quel cadre celle-ci se déroule.

Mais en montant le forum, j’ai avant tout voulu faire partager  mes nouveaux savoirs culturels, en particulier la musique, car le mouvement gothique est essentiellement  basé sur la musique, englobant une foule de « sous-catégories » assez diverses comme le batcave, la new wave, l’electro, l’indus etc.

C’est devenu un peu un « mouvement  poubelle » si je peux affectueusement  m’exprimer ainsi,  mais j’aime être entourée de gens étranges aux coutumes étranges. J’ai toujours eu l’impression d’y trouver une forme de profondeur que je ne retrouve pas dans le quotidien  de notre société actuelle, même si en grandissant je me suis rendue compte qu’une foule de gens étaient attirés par l’underground et venaient de tous milieux.

~ Comment prépares-tu tes shoots ? Comment passes-tu du stade de l’élaboration à la séance ?

Je commence par prévoir une date, ce qui déroute souvent les modèles, mais comme beaucoup, j’aime travailler dans l’urgence. Une fois que j’ai la modèle et la date, je peux attendre la dernière semaine avant de travailler un thème, sauf lorsqu’il y a commande de matériel ou de tenue. Je note dans un carnet tout ce qui me touche dans mes multiples lectures quotidiennes ou ce que je vois, j’entends, les découvertes musicales ou filmiques que je fais ou parfois juste les sentiments que j’ai. Je propose ensuite une thématique à la modèle choisie puis nous réfléchissons ensemble aux éléments dont nous avons besoin pour mener à bien le projet. Mais je suis très instinctive, je ne prépare pas énormément les séances. Souvent j’ai une ligne directrice, et je laisse la magie du moment faire le reste.

~ Tu sembles souvent remettre en question ton travail, souhaiterais-tu changer d’orientation artistique ?

Pour être tout à fait sincère, je remets mon travail en question tous les soirs. J’ai le défaut d’être une perfectionniste née dans le travail et je peux me rendre malade de quelque chose que je n’aurais pas vu, fait, ou d’un pas de travers. De plus je n’arrive pas à me sentir légitime dans mon boulot. Quand je vois que je suis suivie par près de 10 000 personnes et que hier je n’étais rien, je me demande toujours quelle force m’a poussée à devenir la photographe que jadis j’aurais aimé être, et cela me déroute. Je suis souvent troublée par l’amour des autres, par une modèle tremblante d’appréhension de me rencontrer ou de messages me disant comment j’ai pu redonner confiance en un corps, voire en une vie. J’ai souvent besoin d’être seule pour y réfléchir pour ne pas que cela m’affecte plus que je ne le voudrais.

D’un côté bien plus pragmatique, je ne vis que de la vente de mes tirages et de mes stages photo, par choix. Mais c’est un choix bien difficile à porter au quotidien, pour des questions financières bien sûr, et n’étant pas sûre d’y avoir ma place, je pense souvent à la réorientation, mais pas forcément artistique. L’avenir en parlera pour moi.

~ Tu t’es récemment mise à la création de bijoux, pourquoi ce soudain engouement ?

J’aime les travaux manuels, ça m’apaise et me rend sereine. J’avais besoin de faire parfois autre chose de mes mains que de la photo, qui me demande une créativité et une concentration à toute épreuve que je ne peux pas forcément avoir chez moi avec mon fils en bas âge et mes chiens. J’ai du coup eu l’idée de mettre cette envie au service de mes photos pour permettre au public d’acheter un support innovent pour avoir mes photos chez eux. Je n’ai pas la moindre prétention d’orfèvre et remercie ouvertement Juliette de Grenouilleries pour m’avoir appris quelques bases.

~ Arrives-tu à concilier ta vie artistique — plus que remplie — et ta vie de famille ?

Comme je le disais ci-dessus, c’est un peu compliqué parfois. Être maman, surtout à mon âge, c’est être sur tous les fronts, surtout avec un petit être qui découvre toute la vie qui bouillonne autour de lui. Parfois j’avoue, j’ai besoin de m’isoler, de calme, parce que je n’arrive plus à concilier les deux. Produire de « l’art » ne se fait pas sur commande et je suis parfois incapable d’être inspirée et je perds mes reperds. Heureusement dans ces cas là, mon compagnon prend le relais. Il est d’une grande compréhension envers mon métier, étant lui aussi un cérébral ayant besoin d’une bulle de travail autour de lui. Nous nous auto-gérons, d’autant plus que j’aimerais d’autres enfants !

~ Que penses-tu du monde de la photographie aujourd’hui ?

Je ne pense pas que c’est à moi de juger le monde de la photo, surtout qu’il est bien vaste, ce monde… Autant je ne suis rien chez certains photographes de mode, de paysage, ou reporters, autant parfois de je suis « quelqu’un » dans le milieu alternatif, et pourtant, je n’arrive pas à avoir une opinion tranchée sur la question. Je pense, si je peux parler de ce qui me concerne, qu’il y a énormément d’excellents photographes, qui prennent le métier très au sérieux et ont un talent fou, comme il y a aussi beaucoup d’amateurs, graphistes avant d’être photographes, qui vendent, facturent, au nez et à la barbe des professionnels, ce qui est forcément douloureux pour nous. Mais il y a également de très bons amateurs respectueux du travail d’autrui et que je prends plaisir à suivre. C’est aussi un milieu de « modèles », aujourd’hui, toutes les femmes veulent être modèles, être belles et sublimées, collectionner les photos. Cela joue parfois sur la qualité des âmes et des œuvres, mais en général, je n’ai rien contre qui que ce soit voulant s’exprimer à travers l’art, nous sommes tous un peu sur terre pour exister…

~ Que recherches-tu chez un modèle ?

J’ai commencé à être un peu exigeante avec mes modèles et je refuse de très nombreuses candidatures. J’ai beaucoup de mal à juger quelqu’un en photo, mais vu que je ne peux pas rencontrer tous le monde, je me fie à mon instinct. J’ai besoin que la personne qui travaille avec moi affiche un certain vécu, puisse rendre au spectateur une émotion vive, soit à l’aise avec son corps et investie dans le travail artistique. Je préfère les sentiments en règle générale et j’ai souvent de beaux rapports à long terme avec mes modèles car je retrouve chez elles autant de personnalités différentes que formidables.

~ Enfin, quels sont tes projets pour cette année ?

Je ne sais pas comment je vivrai demain, mais pour répondre à court terme, je prépare une exposition à l’incroyable boutique Ukronium 1828 à Lyon pour le mois de juin que j’espère pouvoir organiser grâce au financement participatif. Elle sera composée majoritairement d’œuvres inédites que je suis entrain de mettre en place. Je vais aussi enfin concrétiser un rêve : travailler avec une modèle allemande, MADemoiselle Meli H, qui me fera l’honneur d’être ma muse du jour en avril. J’espère travailler avec quelques grands créateurs du milieu également. Toujours des stages pour débutants tous les mois, et j’ai également le désir d’agrandir ma famille à la fin de l’année, ce qui pourrait donner cours à de nouvelles inspirations, comme la naissance de mon fils en avait provoqué l’hiver dernier…

Encore merci pour cet interview, j’espère ne pas avoir été trop bavarde.


En découvrir plus :