Mais ne nous délivrez pas du mal – Analyse

Affiche du film.

Aujourd’hui, vendredi 29 juin, bonne journée. J’ai fait punir Céline Crespin à ma place alors que c’était moi qui avais chahuté. Dimanche elle sera privée de sortie. À notre professeur, l’abbé Dupré, j’ai confessé deux pêchés d’impureté que je n’avais pas commis. Cela devient de plus en plus excitant. Lore et moi éprouvons maintenant un plaisir de plus en plus intense à faire le mal. Pêcher est devenu notre principal objectif. Comme d’autres, des crétins, passent leur vie sous le signe de la vertu, Lore et moi le passons sous le signe de Satan, notre seigneur et maître.

Mais ne nous délivrez pas du mal, long métrage de Joël Séria sorti en 1970, s’ouvre sur la rédaction par Anne (Jeanne Goupil) de cet extrait de son journal intime, qui introduit à merveille les personnages principaux ainsi que les thématiques du film. À la faveur de la nuit, dans le dortoir du pensionnat religieux de Sainte-Marie, la jeune fille, cachée sous ses draps, consigne en cachette son dernier méfait et décrit la jouissance grandissante qu’elle ressent au fur et à mesure qu’elle progresse, au côté de sa complice Lore (Catherine Wagener), sur la voie du vice et de Satan.

Les deux adolescentes, toutes deux issues de familles aisées et respectées (noble pour la première, bourgeoise pour la seconde), sont supposées partager leur existence entre l’étude assidue, austère et pieuse à Sainte-Marie, et une vie saine, faite de vertu et d’obéissance, chez leurs parents, établis dans quelque campagne non loin.

Pourtant, à l’insu de toutes et de tous, elles s’appliquent à semer la souffrance et la destruction autour d’elles chaque fois qu’elles en ont l’occasion, dédiant leurs excitants méfaits à Lucifer, auquel elles jureront solennellement allégeance au cours d’une messe noire réalisée à l’aide d’objets de cultes catholiques récupérés ça et là et subvertis. Elles éprouvent en outre l’une pour l’autre un amour profond et défendu, qu’elles sacraliseront en échangeant deux anneaux, quelques gouttes de leur sang et deux hosties consacrées souillées, lors de cette même messe noire, qui prend alors des allures de mariage satanique.

Photogramme du film Mais ne nous délivrez pas du mal.

Ainsi Anne et Lore se rebellent-elles contre l’ennui et la passivité auxquels voudraient les contraindre les figures d’autorité omniprésentes qui, au nom de Dieu et de la tradition, se relaient afin de soumettre à leur ordre chaque moment et chaque dimension de leur vie. Dans les marges du contrôle, elles organisent en cachette leur double vie palpitante, découvrant dans l’intimité tendre de leur relation lesbienne platonique le cadre privilégié d’une émancipation radicale et violente, qui en passera par l’impiété et la cruauté. Sans doute Les chants de Maldoror, qu’elles lisent en douce, auront su les inspirer, et notamment ce passage où Isidore Ducasse, alias Comte de Lautréamont, s’exclame :

Il y en a qui écrivent pour rechercher les applaudissements humains, au moyen de nobles qualités du cœur que l’imagination invente ou qu’ils peuvent avoir. Moi, je fais servir mon génie à peindre les délices de la cruauté ! Délices non passagères, artificielles ; mais, qui ont commencé avec l’homme, finiront avec lui1.

Au sein de ces plages de liberté arrachées, elles inversent circonstanciellement les rapports de domination, prennent momentanément le pouvoir en imposant leur propre loi sadique à celles et ceux qu’elles prennent pour cibles. Les hommes, grands privilégiés de l’ordre patriarcal qui les oppresse, apparaissent logiquement comme leurs martyrs préférés. Anne joue avec les fantasmes de l’aumônier qui la confesse en lui rapportant les pratiques lesbiennes de deux religieuses ; elle libère les vaches d’un jeune fermier prénommé Émile, pendant que Lore le distrait en l’excitant et en se dérobant – non sans difficultés – à ses baisers libidineux ; elle empoisonne, avec l’aide de sa complice, l’oiseau préféré de son jardinier simple d’esprit, les deux jeunes filles ayant pour projet d’assassiner tous les volatiles un par un plutôt que tous en même temps, afin de maximiser la souffrance de leur victime ; elles se rendent en cachette chez Émile et brûlent le foin de sa ferme, alors qu’il est en train de souper avec ses parents ; elles tourmentent à nouveau le jardinier d’Anne en le jetant dans un étang et en engageant une course poursuite avec lui, au cours de laquelle elles suscitent sans cesse son désir et s’amusent à le frustrer. La liste de leurs méfaits est longue.

Les deux adolescentes finiront par tuer un inconnu en panne de voiture, rencontré sur le bord de la route, après l’avoir conduit chez Anne en vue de le séduire. Emporté par sa passion, celui-ci était devenu incontrôlable et cherchait à les violer. Se retrouvant alors dans l’incapacité de préserver plus longtemps le secret, Anne et Lore préfèrent prendre le pari de la mort que de voir cette double vie, la seule qui vaille vraiment la peine d’être vécue, envahie et détruite par cet ordre social qu’elles abhorrent. Dans son journal, Anne écrit :

Je n’ai pas voulu faire peur à Lore, mais l’enquête est sur le point d’aboutir. Ils vont découvrir le corps, ce n’est plus qu’une question de jours. Mais ils auront beau faire, ils ne nous sépareront pas. Nous sommes liées l’une à l’autre pour toujours.

Ainsi décident-elles de mettre fin à leurs jours au nez et à la barbe de l’inspecteur en charge de l’enquête et de nombreux membres de leur communauté, dont leurs parents, au cours d’un spectacle scolaire auquel elles participent. Après avoir déclamé trois poèmes réprouvés (« Complainte du pauvre jeune homme » de Jules Laforgues, « La mort des amants » et « Le voyage », VIII, de Charles Baudelaire) elles s’aspergent d’alcool et s’immolent. Le public applaudit avec enthousiasme, croyant d’abord à une performance spectaculaire, puis s’affole lorsqu’il comprend que le feu qui consume les robes blanches des jeunes filles est bien réel. Mais il est déjà trop tard pour réagir. Les flammes dévorent les deux corps enlacés et, fortifiées par ce combustible, s’élèvent jusqu’à la bande d’étoffe habillant le bord supérieur de la scène, qui s’embrase à son tour. Juste au-dessus, l’inscription Ad majorem Dei gloriam, « Tout pour la plus grande gloire de Dieu », ne perd rien pour attendre.

Leur suicide se donne comme un crachat insolent à la face de la communauté, un geste d’insoumission d’une extrême violence, flamboyant et fatal, par lequel elles privent définitivement l’autorité de la victoire totale qu’elle n’aurait pas tardé à obtenir.

Photogramme du film Mais ne nous délivrez pas du mal.

S’il a quelque chose de désespéré, cet acte n’est pas tout à fait nihiliste. En effet, le dernier extrait du journal d’Anne, cité un peu plus haut, et les trois poèmes que les adolescentes récitent avant de s’immoler, témoignent d’un espoir de libération post-mortem.

Poème 1 – Complainte du pauvre jeune homme2

Quand ce jeune homm’ rentra chez lui,
Quand ce jeune homm’ rentra chez lui ;
Il prit à deux mains son vieux crâne,
Qui de science était un puits !
Crâne,
Riche crâne,
Entends-tu la folie qui plane ?
Et qui demande le cordon,
Digue dondaine, digue dondaine,
Et qui demande le cordon,
Digue dondaine, digue dondon !

Quand ce jeune homm’ rentra chez lui,
Quand ce jeune homm’ rentra chez lui ;
Il entendit de tristes gammes,
Qu’un piano pleurait dans la nuit !
Gammes,
Vieilles gammes,
Ensemble, enfants, nous vous cherchâmes !
Son mari m’a fermé sa maison,
Digue dondaine, digue dondaine,
Son mari m’a fermé sa maison,
Digue dondaine, digue dondon !

Quand ce jeune homm’ rentra chez lui,
Quand ce jeune homm’ rentra chez lui ;
Il vit que sa charmante femme,
Avait déménagé sans lui !
Dame,
Notre-Dame,
Je n’aurai pas un mot de blâme !
Mais t’aurais pu m’laisser l’charbon [pour s’asphyxier],
Digue dondaine, digue dondaine,
Mais t’aurais pu m’laisser l’charbon,
Digue dondaine, digue dondon !

Lors, ce jeune homme aux tels ennuis,
Lors, ce jeune homme aux tels ennuis ;
Alla décrocher une lame,
Qu’on lui avait fait cadeau avec l’étui !
Lame,
Fine Lame,
Soyez plus droite que la femme !
Et vous, mon Dieu, pardon ! pardon !
Digue dondaine, digue dondaine,
Et vous, mon Dieu, pardon ! pardon !
Digue dondaine, digue dondon !

Quand les croq’morts vinrent chez lui,
Quand les croq’morts vinrent chez lui ;
Ils virent qu’ c’était un’ belle âme,
Comme on en fait plus aujourd’hui !
Âme,
Dors, belle âme !
Quand on est mort c’est pour de bon,
Digue dondaine, digue dondaine,
Quand on est mort c’est pour de bon,
Digue dondaine, digue dondon !

Ce premier poème pose que, peu importe la manière dont on a vécu, nous sommes toutes et tous égaux face à la mort. À la fin, celle-ci abolit une fois pour toutes notre existence terrestre : « Quand on est mort c’est pour de bon ». Ainsi, de ce point de vue, il est indifférent de cultiver son intelligence ou de végéter dans sa bêtise, ou encore de courir après la vertu ou de s’adonner au vice. Face à la faucheuse, impartiale et implacable, tous nos efforts se révèlent vains et risibles, salués par autant de « Digue dondaine, digue dondainde, / […] / Digue dondaine, digue dondon ! » moqueurs. D’autant, sous-entend le poète, que l’intelligence rend fou et suicidaire (strophe 1) et que la vertu n’apporte pas le bonheur (le jeune homme à la « belle âme » met fin à ses jours) et n’est au fond qu’un paraître hypocrite (dans la strophe 2, on comprend que le jeune homme rentre chez lui après avoir été chassé de chez sa maîtresse par le mari de cette dernière).

Mais ces vers ne disent rien de ce qui advient après la mort. Est-elle un passage vers autre chose (et si oui, vers quoi ?) ou bien une impasse absolue ? La question est ouverte et le deuxième poème s’y engouffre.

Poème 2 – La mort des amants3

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;

Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

Ce deuxième poème répond au premier, nous décrivant la mort simultanée de deux personnes liées par un amour profond, qui se donne comme un jumelage de « cœurs » et d’« esprits », semblable à celui qui unit Anne et Lore. Il n’est pas exclu que cette mort simultanée soit plus précisément un suicide. En effet, « l’éclair unique » que les amants échangent pourrait désigner l’unisson visuel et acoustique de deux coups de feu. Ce qui est certain, c’est qu’ Anne et Lore témoignent, à travers leur immolation, d’une interprétation aussi littérale que personnelle des vers : « Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux / Qui réfléchiront leurs doubles lumières ». Ces « adieux » se révèlent n’être que des au revoir : « un Ange » viendra raviver les esprits (« les miroirs ternis ») et les cœurs (« les flammes mortes ») jumelés des amants, permettant ainsi à leurs existences et à leur amour de transcender les bornes de la finitude. Pour les deux adolescentes, cet « Ange » s’identifie bien sûr à Lucifer, l’ange déchu qu’elles révèrent et au nom duquel elles ont renié Dieu et le Christ. Ainsi convaincues que leur amour leur survivra, Anne et Lore sont prêtes à suivre leur psychopompe n’importe où, comme le montre le dernier poème. Car là où il les conduira, elles seront ensemble d’une manière ou d’une autre. Et c’est au fond tout ce qui compte.

Poème 3 – Le voyage, VIII4

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !

Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !

Cette plongée « Au fond de l’Inconnu », cette exploration du « nouveau » annoncée par le poème, apparaît dans ces quelques vers bien plus excitante qu’inquiétante. Il faut dire qu’elle se donne comme la solution définitive à l’ennui terrestre, ce même ennui qu’Anne et Lore subissent et qu’elles ne supportent plus. Parce qu’elles meurent d’ennui, elles veulent mourir tout court. Pour les deux jeunes filles, l’idée de troquer une vie prévisible, déjà toute tracée par la communauté, contre une après-vie pleine de mystères et de découvertes, apparaît extrêmement séduisante.

À l’issue de cette triple récitation, les voici donc affermies dans leur résolution. D’un geste assuré, elles vident chacune le contenu d’une bouteille de gnôle sur leurs robes blanches et y mettent le feu, se suicidant ensemble pour se libérer ensemble. Si elles ont vu juste, Lucifer ne tardera pas à venir chercher leurs âmes, à jamais enlacées.

Claire Tabouret, La grande camisole, huile sur toile 2014.

 

 


Notes :

1 Isidore Ducasse ou Comte de Lautréamont, Les chants de Maldoror, « Les classiques de poche, Le livre de poche », Librairie générale française, 2001, chant premier, §4, p. 86.

2 Jules Laforgues, Les complaintes, Léon Vanier, Paris, 1885, pp. 108-109.

3 Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, dans Œuvres complètes, tome 1, Calmann-Lévy, Paris, 1908, p.339.

4 Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, dans Ibid., p. 351.

Mary Shelley (2018) – Réflexions autour du film

Mary Shelley est un film réalisé par Haifaa Al-Mansour. Sorti en août 2018, il retrace le parcours de Mary allant de ses rencontres littéraires en passant par ses déboires amoureux jusqu’à « l’accouchement » de son roman bien connu, Frankenstein ou le Prométhée moderne  (1818). Je propose un retour fait d’analyses diverses.

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Copyright Pyramide Distribution, Stars Tom Sturridge, Film Mary Shelley.

Mary semble s’ennuyer dans une vie monotone, aidant à la librairie de son père, le très réputé William Godwin. Son passe-temps favori ? Se réfugier dans la lecture, à la lumière du soleil baignant le cimetière du village. « Aimer lire, c’est tout avoir à sa portée. » On est d’ailleurs très vite happés par le décor à la fois romantique et gothique de l’ambiance qui se dégage du film.

Mary est interprétée par l’actrice Elle Fanning, que j’ai pu découvrir pour la première fois dans le rôle de Jessie dans The Neon Demon (2016). Sa jeunesse et son physique font bien écho à l’image que le réalisateur semble vouloir donner d’une jeune fille idéaliste qui ne veut plus se contenter d’être une lectrice passive. En effet, Mary aussi aspire à écrire. Et c’est aussi ce qu’elle fait lorsqu’elle part s’évader dans le cimetière.

Mis à part la thématique littéraire, on peut relever le côté militant de Mary qui est déterminée à lutter pour le droit des femmes. Surtout au cœur de la société britannique du XVIIIe siècle, qui semble mettre en avant l’image d’une femme d’intérieur passant son temps à se préparer pour les bals de la prochaine saison, tout en espérant rencontrer son promis… Le personnage de Mary change la donne, et son père l’encourage à sa manière lorsqu’il commente ses premiers écrits : « find your own voice ».

De façon parallèle à son périple littéraire, Mary rencontrera Percy Shelley, interprété par Douglas Booth. Ces deux personnages vont entretenir une relation tumultueuse – car en dehors mariage conventionnel selon les normes sociétales de l’époque –, cela était inadmissible.

C’est en rencontrant l’amour que Mary se confrontera à plusieurs états émotionnels et ceci exacerbera sa propre sensibilité artistique. Et l’on ne peut pas parler d’amour interdit sans parler de liberté. Percy apprend à Mary que si elle ne s’engage pas avec lui, elle manquerait une grande opportunité car « une vie sans amour, ne vaut pas la peine d’être vécue. » 

Ton erreur, c’est d’attendre une occasion. Les gens devraient aimer et vivre comme ils l’entendent.

Copyright © 2018 PROKINO Filmverleih GmbH, Stars Douglas Booth, Film Mary Shelley

Mais une passion basée sur une liberté absolue qui fait fi des normes, des mœurs et de la société, peut-elle vraiment perdurer dans le temps ? Après les premières années d’émoi, d’où puisera-t-elle sa légitimité?

Au fil de leur histoire, qui n’a d’idylle que le nom, Mary sera dévastée, blessée et aussi transportée. Pour plusieurs raisons que je ne développerai pas ici. Tout au long du film, son évolution psychologique et ses différents états émotionnels vont se trouver imbriqués et impliqués dans le processus créatif de son œuvre. En effet, elle met au monde sur papier Frankenstein, au même titre que toutes ses peurs, ses fantasmes, sa vision de la vie, allant du rôle de mère à la question de la mort.

Frankenstein, c’est cette créature qui se compose de morceaux de chair humaine mais qui ne tient à la vie que par quelques miraculeuses décharges électriques. Il fait donc écho au processus de création qui, au même moment qu’il « donne naissance », fait état de mort de ce qu’on a voulu transmettre et partager. On peut aussi penser le mythe de Frankenstein comme une réflexion sur la société dite « moderne » qui célèbre la science comme moteur pour améliorer, prolonger et découvrir plus amplement, la condition humaine. (c.f. Galvanism process). À défaut d’être à l’origine de la création, l’Homme se veut un être un perpétuel artisan du vivant…

Copyright Pyramide Distribution, Stars Tom Sturridge

Frankenstein peut être compris en somme comme une métaphore des lambeaux d’humanité qui subsistent grâce à la magie de l’amour. Mais comme l’énonce Mary, on ne peut aimer sans assumer ses choix et la responsabilité qui incombent à l’amour :

Les idéaux et l’amour nous donnent du courage mais ils ne nous préparent pas aux sacrifices nécessaires à toute histoire d’amour. (…) Il vient un temps où l’on doit se séparer des choses qu’on aime.

Copyright Pyramide Distribution, Stars Tom Sturridge, Film Mary Shelley

Mary rencontra au cours de son aventure littéraire d’autres écrivains passionnés dont Lord Byron et Polidori, respectivement interprétés par les acteurs Tom Sturridge et Ben Hardy. Ce sera des discussions plus ou moins enflammées autour de la poésie dans le manoir de Lord Byron arrosées de rouge qui alimenteront les pensées de Mary. La poésie peut-elle permettre de réformer la société ? Peut-on comprendre la littérature comme réceptacle des passions, peurs et fantasmes des individus composant une société ?

Du tableau de Henry Fuseli, Le Cauchemar (1781) en passant par la nouvelle Le Vampire (1819) de Polidori, elle s’imprégnera de toute une atmosphère qui lui servira d’inspiration fantastique.  Elle considèrera d’ailleurs un bon livre comme :

Toute œuvre importante qui glace le sang et qui accélère les battements de votre cœur.

Le Cauchemar (1781), Henri Fuseli.

Suite à un concours de circonstances et de choix délibérés, Mary et Polidori se verront confrontés à un problème de plagiat au vu de la publication de leurs écrits respectifs par Percy et Lord Byron. Comme l’énonce Polidori :

Les vampires ? Ce sont ceux qui exploitent la vulnérabilité des autres.

Un bel exemple de vampirisme social qui fait que l’on voudrait s’accaparer des richesses des autres et de ce qu’ils ont. Par jalousie, par manque, par désir ou bien par incapacité de pouvoir produire de même ou mieux ? C’est d’ailleurs le cas, à mon sens, d’un éditeur qui refusera de publier le texte initial de Mary à son nom, parce que c’était une femme. Évidemment, pour une femme, écrire, publier et parler de monstruosités, voire de la mort, c’est peu vendeur… Le public se fiche de la vérité, il faut qu’une femme réponde à des attentes, comme souvent, des récits uniformisés et parfumés à l’eau de rose, s’il-vous-plaît. Mary a, encore une fois, une réplique juste :

Remettez-vous en cause la capacité d’une femme à écrire, à expérimenter la perte, la mort et la trahison ? Voilà ce dont il s’agit. Vous le sauriez si vous aviez jugé l’œuvre plutôt que ma personne. Simplement parce que je suis une femme ? Je suis en âge d’enfanter, et aussi en âge d’écrire.

Après un long chemin semé d’embuches, Mary verra finalement son œuvre publiée.

Quant à son histoire avec Percy, elle y mettra fin pour son propre bien.

– Nous pourrions livrer un message d’espoir et d’amour ? (Percy)

– Quel message ? Regarde autour de nous, regarde le bazar que nous avons fait, regarde ce que je suis devenue ! (Mary)

– Ne laissons pas les monstres que nous avons créés nous dévorer. (Percy)

Pour ensuite,  le retrouver, dans des circonstances plus favorables.

Si je n’avais pas vécu le désespoir, je n’aurais pas appris à y faire face, mes choix ont fait de moi ce que je suis et je ne regrette rien.

Pour clore cet article, je dirais que ce film est une immersion agréable tantôt sombre, tantôt romancée qui nous plonge au cœur des questions qui tournent autour des passions et dévorations humaines. Le tout est enrobé de belles musiques et d’une ambiance #SoBritish qui ne me donne qu’une envie : aller me servir un bon thé à l’anglaise !

Pablo Neruda et la poésie du monde

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Si vous connaissez ma plume pour les chroniques « sorcières » que je rédige, aujourd’hui, elle s’attarde sur un brin de poésie. Je tiens à vous présenter un recueil que j’aime particulièrement, découvert sur les bancs universitaires de lettres. Recueil regorgeant d’affection pour le monde, il est aussi celui des travailleurs et d’une généreuse Amérique du Sud. Le livre dont il sera question dans cet article n’est rien de moins que Les Odes Élémentaires par Pablo Neruda.

Un mot de contexte, un mot sur l’auteur.

Le livre, tout comme son auteur, aime à être situé par la critique comme étant entre la sphère politique et l’amour démesuré de la Nature. Vacillant entre deux pôles, Neruda s’exprime ici en poète exalté. Il chante son amour de chaque chose, tout en se faisant la voix des plus faibles, la voix du peuple et de la simplicité. La liesse collective le pousse à aimer la vie, chaque grain de poussière. Poésie du quotidien, son écriture célèbre la Nature généreuse, sensuelle contre les gouvernements cruels ou l’avarice des hommes. Il conserve un regard critique sur l’extérieur et les désastres naturels ; regard qui ne manque pas de nous frapper par son actualité. Neruda vit de 1904 à 1973, assassiné peu après le coup d’état militaire contre Salvador Allende. L’œuvre de Neruda trouve ses racines dans ce qui l’agite dans le domaine politique, et il semble plutôt se réfugier dans les petites merveilles de la Nature. La poésie y est méditative, observatrice, fine et intime. Poésie, donc, d’un barde médiateur, couplé au plus fervent défenseur de la force collective. L’édition sur laquelle je me base est celle parue chez NRF Gallimard, en 1974 pour la traduction française.

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Site : Espaces Andins. Auteur de la photographie non identifié. L’auteur en pleine écriture chez lui.

Je voudrais terminer ce mot introductif en rappelant combien j’ai apprécié le recueil. On est directement frappé par la vision qu’il déploie de la Nature : personnifiée, généreuse, elle étend son opulence comme la Pachamama. Dans un seul recueil, nous trouvons l’ode au plus commun des mortels, la vision exaltée d’une main pétrissant du pain, et des merveilles de la Nature. Ces poèmes représentent une véritable déclaration d’amour au Chili, si ce n’est à toute l’Amérique du Sud. Faune, flore, culture, sentiments : nous vivons au gré des vers. On dit de ce recueil qu’il est celui de la poésie quotidienne, puisque nous y trouvons des objets, des légumes, des éléments très simples. En passant sous la plume du poète, ces éléments négligés au quotidien se parent d’un nouvel éclat, presque sacré, presque sensuel. Si la poésie de Neruda rend grâce à ce qui l’entoure, à nous de lui rendre la pareille en lui consacrant cet article.

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Site : Heol Art. Une des nombreuses représentations de la Pachamama. Auteur de la peinture non identifié.

Le recueil : extrait de thèmes fétiches.

Le commun des mortels contre le poète médiateur.

et les hommes

veulent me dire,

te dire,

pour quoi ils luttent,

s’ils meurent,

pour quoi ils meurent,

et moi je passe et je n’ai pas

de temps pour tant de vies, 

je veux

qu’ils vivent tous

dans ma vie

et chantent dans mon chant,

je n’ai pas d’importance, moi,

je n’ai pas de temps,

pour mes affaires,

de jour et de nuit

je dois noter ce qui se passe,

et n’oublier personne. (page 12)

Le premier poème du recueil présente une image très importante, qui filera d’autres poèmes : l’homme fondu en tous. Le poète se montre sous la face d’un homme ordinaire, investi, dans le même temps, dans la folle mission de décrire (ou d’écrire) tout ce qui se passe autour. La vie l’entoure, l’embrasse, le sollicite, et lui ne peut qu’écrire. Beaucoup de poèmes du recueil sont un hommage à l’homme commun. Le poète n’est qu’un être terrestre parmi les autres. Nous pouvons citer le poème « Ode à l’homme simple » :

Je vais te raconter en secret

qui je suis, moi,

comme ça, à voix haute

tu me diras qui tu es,

je veux savoir qui tu es,

combien tu gagnes,

l’atelier où tu travailles,

la mine,

la pharmacie,

j’ai une obligation terrible,

celle de le savoir,

de tout savoir […] (page 117)

Pablo Neruda se présente comme un homme ordinaire, investi d’une vocation de réveilleur de consciences. En effet, à travers la figure du poète retiré du monde, il observe ses pairs, et se sent plein de la nécessité de les éveiller. Il est le porteur de lumière, tout en restant commun :

C’est mon métier

Que tu le veuilles ou non

de te réveiller

toi et ceux qui dorment (page 180)

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Site : Poemas cortos. Traduction approximative : « J’aime la façon d’aimer des marins, qui embrassent et s’en vont. Ils laissent une promesse sans jamais revenir. Dans chaque port, il y a une femme qui attend : mais les marins embrassent et s’en vont. Alors, une nuit, et pour de bon, ils se couchent avec la Mort au fond de la mer. »

L’amoureux et le solitaire.

Ce qui frappe le lecteur du recueil est cette omniprésence de l’amour. Je m’explique : nous trouvons peu de poèmes en lien à l’amour tel que nous nous le figurons. Pas question de femmes, de draps froissés. Le sentiment plane plutôt sur les choses ordinaires. Puisque tout est anthropomorphisé, perçu de manière sensuelle, le poète paraît faire l’amour au vivant tout entier. Il embrasse la Nature comme si l’on embrassait une femme. Les Odes Élémentaires pourraient bien être figurées en une massive ode à l’amour. Nous trouvons d’ailleurs un poème de ce nom à la page 31, où le poète fait le bilan de sa vie sentimentale. Il considère la solitude comme une noire compagne après ses désillusions amoureuses. Il se souvient de quelques instants fugaces :

Mais voici que celle

qui avait passé par mes bras

comme une vague,

celle

qui n’avait été qu’une saveur

de fruit vespéral,

soudain

clignota comme une étoile,

flamba comme une colombe

et je la trouvai sur ma peau

se déroulant

comme la chevelure d’un brasier.

Amour, à partir de ce jour

tout fut plus simple. (page 32)

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Site : Inform’Action.

La solitude reste la compagne durable du poète (paradoxalement, repoussante), qui n’hésite pas à lui écrire une ode :

O solitude,

beau

vocable, des heures

sylvestres

poussent entre tes syllabes.

Mais tu n’es que pâle

mot, or

faux,

monnaie traîtresse !

J’avais décrit la solitude avec les lettres

de la littérature,

lui avais mis une cravate

tirée des livres,

la chemise,

du rêve,

mais

je ne l’ai connue que quand j’ai été seul. (page 251)

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Site : Fine Art America. Artiste : Richard Day.

Ode à la vie ordinaire, ode aux sentiments fugaces.

Les quelques mots introductifs que je posais indiquaient une poésie du quotidien, où les objets de tous les jours retrouvent une importance presque sacrée. L’auteur leur écrit des odes, qu’elles soient destinées à l’oignon, au pain, à l’eau ou même à la cuisine du congre au jus. La poésie de Neruda s’anime des bonnes odeurs sud-américaines, dégage une saveur chaude à chaque coin de page. Nous nous croyons parfois dans un livre de recettes, mais ne nous y trompons pas : nous avons là un grand poète, qui nous déplie tout son amour des petites choses. S’il fait la louange des éléments quotidiens, il arrive aussi à le faire pour les sentiments. C’est ainsi que nous avons l’ode à l’espoir, au passé ou à la tristesse.

Voici un passage de « l’Ode à l’oignon » (titre surprenant, vous en convenez) :

Étoile des pauvres,

fée marraine

enveloppée

dans un papier

délicat, tu sors du sol,

éternel, intact, pur

comme de la graine d’astre,

et quand te coupe

le couteau dans la cuisine

monte la seule larme

sans malheur.

Tu nous as fait pleurer sans nous affliger.

J’ai célébré tout ce qui existe, oignon,

mais pour moi tu es

plus beau qu’un oiseau

aux plumes éclatantes,

tu es à mes yeux

globe céleste, coupe de platine,

danse immobile

d’anémone neigeuse

et la senteur de la terre vit

dans ta nature cristalline. (page 53)

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Site : Pixels. Artiste : Carlos Reales.

Voici un fragment de « l’Ode au pain » :

Pain,

de farine,

d’eau

et de feu

tu te fais.

Épais et léger,

tassé et rond,

tu répètes

le ventre

de la mère,

germination

équinoxiale

et terrestre. (page 198)

J’ai particulièrement apprécié « l’Ode à l’espoir », ici dans son intégralité :

Crépuscule marin,

au milieu

de ma vie,

les vagues comme des raisins,

la solitude du ciel,

tu m’emplis

et débordes,

toute la mer,

tout le ciel,

mouvement

et espace,

les bataillons blancs

de l’écume,

la terre orangée,

la ceinture

incendiée

du soleil en agonie,

tant

de dons, de dons,

oiseaux

qui vont à leurs rêves,

et la mer, la mer,

senteur

en suspens,

chœur de sel sonore,

cependant que

nous

les humains,

au bord de l’eau,

nous luttons

et espérons,

devant la mer,

nous espérons.

Les vagues disent à la côte solide :

« Tout sera accompli. » (pages 86-87)

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Site : Fine Art America. Artiste : Dolores Deal.

Je finirai par les quelques lignes qui ouvrent « l’Ode à la tristesse » :

Tristesse, scarabée

à sept pattes cassées,

œuf d’araignée,

rat tête fendue,

squelette de chienne :

tu n’entreras pas ici.

Reste dehors.

Va-t’en.

Retourne

dans le sud avec ton parapluie,

retourne

dans le nord avec tes dents de serpent.

Ici vit un poète.

La tristesse ne peut pas

passer cette porte. (page 279)

RAIN-PRINCESS
Site éponyme : Leonid Afremov. Rain Princess.

Une nature magique.

Neruda arrive à transcrire dans une poésie quotidienne tout ce qui forme la magie des saisons et des phénomènes naturels. Sa poésie se prête des airs animistes, où chaque parcelle est douée de vie. La nuit, les saisons ou même la pluie ont un caractère propre sous sa plume admirative, craintive, ou même extatique. Il prête aux phénomènes naturels des allures, des sentiments. Je commence avec un fragment de « l’Ode à la nuit » :

Derrière

le jour,

toute pierre tout arbre,

derrière chaque livre,

nuit,

Tu galopes et travailles

ou te reposes,

attendant

que tes racines recueillies

développent ta fleur et ton feuillage.[…]

Libre tu coules

sur le cours sauvage

des fleuves,

tu couvres, nuit, sentiers secrets,

profondeurs d’amours constellées

de corps nus,

crimes éclaboussant

d’un cri d’ombre,

cependant que les trains

roulent, les chauffeurs

jettent le charbon nocturne dans le foyer rouge,

l’employé de la statistique, surmené,

s’est enfoncé dans un bois

de feuilles pétrifiées,

le boulanger pétrit

la blancheur. (pages 182-183)

Je poursuis avec un fragment de « l’Ode à l’automne », selon l’auteur, beaucoup plus louable que le printemps :

C’est difficile

d’être

l’automne,

c’est facile d’être le printemps,

d’allumer tout

ce qui est né

pour être allumé.

Mais éteindre le monde

en glissade

comme s’il était anneau

de choses jaunes,

jusqu’à fondre odeurs,

lumière, racines,

faire monter le vin aux raisins,

avec patience frapper

l’irrégulière monnaie

de l’arbre, là-haut,

pour la répandre ensuite

sur d’indifférentes

rues désertes,

c’est une profession de mains

viriles. (pages 191-192)

Je souhaiterais finir par un extrait de « l’Ode à la pluie » :

La pluie est revenue.

Elle n’est pas revenue du ciel

ou de l’ouest.

Elle est revenue de mon enfance.

La nuit s’est ouverte, un tonnerre

l’a ébranlée, le son

a balayé les déserts,

et alors 

la pluie est arrivée,

la pluie est revenue

de mon enfance,

d’abord

une rafale

coléreuse,

puis

comme la queue

mouillée

d’une planète,

la pluie,

tic tac mille fois tic

tac mille

fois trille,

un large coup

de pétales obscurs […]

Je connais

tes excès,

le trou

dans le toit

écoulant

sa gouttière

dans le logis

des pauvres :

là, tu démasques

ta beauté,

tu es hostile

comme une

céleste armure,

comme un poignard de verre,

transparente,

là, je t’ai vraiment connue. (pages 151-153)

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Site : Pinterest. Artiste : Mike Barr.

Conscience de la dégradation naturelle par les hommes.

Il va sans dire que Neruda avançait en toute lucidité. Si son écriture semble parfois voler haut, se dispenser de la vie des hommes en pure poésie, il ne faut pas oublier sa large implication dans le monde. Il a conscience de la destruction de la nature, conscience des vices humains. Ses pointes transpercent parfois les coins des poèmes. Il arrive à émettre quelques critiques notoires. Cependant, il aime l’humain, et il le somme de revenir, loin de sa bêtise destructrice, vers un état respectueux de la Nature. Je n’arriverai pas à conclure aussi bien qu’il le fait dans les quatre derniers vers du recueil :

Et que l’homme obscur apprenne,

dans le cérémonial de ses affaires,

à se rappeler la terre et ses devoirs,

à propager le cantique du fruit. (page 302)

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Site : Tous Voisins. Traduction approximative : « Ils pourront bien couper toutes les fleurs [du monde] mais ils ne pourront jamais avoir le printemps. »

Vivre en Viking – III – La poésie eddique

Introduction

Toujours plus avant par-delà les brumes fabuleuses du Nord ! Nous nous retrouvons aujourd’hui pour le troisième volet (déjà !) de notre série consacrée aux Vikings. Après avoir écouté le scalde1 nous fredonner un peu d’éthique dans les Hávamál2, intéressons-nous de plus près aux modalités de son chant si particulier, célébré par ses contemporains et admiré par sa postérité, à travers une petite initiation à la poésie eddique.

Cette tradition est arrivée jusqu’à nous sous forme écrite : à travers les poèmes sacrés et héroïques de l’Edda poétique (qui nous est parvenue par le biais du Codex Regius, manuscrit composé vers la fin du XIIIe siècle, actuellement conservé à l’Institut Árni Magnússon de Reykjavík en Islande. Ce manuscrit serait vraisemblablement la copie d’un original composé vers 1210-1240). Elle nous est parvenue également par les traités d’art scaldique et de métrique de Snorri Sturluson (1179-1241), qui constituent les trois dernières parties de l’Edda de Snorri ou Edda en prose (nous étant parvenue par le biais de plusieurs copies manuscrites plus ou moins fragmentaires, dont trois sont datées du XIVe siècle et l’une d’environ 1600). Toutefois, il faut bien garder à l’esprit qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une tradition orale, fruit d’un travail de création et de transmission qui est presque exclusivement passé par la performance poétique et le bouche à oreille. Celle-ci se serait constituée entre le IXe et le XIVe siècle, soit en grande partie alors que le « phénomène viking » (793-1066) battait son plein3. L’écrit n’en est que le vestige.

Einar Selvik interprétant « Völuspá » (chanson dont les paroles sont constituées de strophes tirées du poème eddique du même nom) au Menuo Juodaragis XX Festival (Lituanie) en août 2017.

Quant au terme Edda, dont est dérivé le qualificatif eddique, son origine est discutée mais reste incertaine :

« Pourquoi Edda ? On ne sait trop. Il pourrait s’agir d’un cas oblique d’Oddi, le brillant centre intellectuel où Snorri a passé son enfance, dans le sud de l’île [Islande] ; mais il est possible de prendre le mot Edda au sens propre que lui donne la Rígsthula : aïeule, et donc mère de tout savoir. Il ne faut pas faire fi non plus d’une étymologie proposée plus récemment qui ferait venir edda d’un verbe edere : composer de la poésie, comme on a, en islandais également, un kredda dérivé du latin credere. En ce cas, Edda reviendrait à « Art poétique » »4.

Ces quelques éléments de contexte ayant été présentés, entrons maintenant dans le vif du sujet.

I – Aspects formels

Au niveau de la versification, la poésie eddique se construit principalement à travers des procédés d’allitération (répétitions d’une ou de plusieurs consonnes)5 et des jeux d’accentuation combinés à un principe d’alternance des syllabes longues et brèves (la résolution). Tout cela confère rythme et musicalité au poème, un rythme et une musicalité intrinsèques qui appartiennent à sa lettre même. Aussi est-ce dans l’oralisation, là où mots et sons ne font qu’un, qu’il semble être le plus à même de révéler son plein potentiel. Historiquement, « il n’est d’ailleurs pas improbable que certains de ces types de poèmes, sinon tous, aient été effectivement chantés, incantés ou psalmodiés »6.

Parmi les différents mètres répertoriés, on trouve notamment le fornyrdislag (mètre des chants anciens), qui est majoritaire dans les poèmes de l’Edda poétique et dont les caractéristiques principales nous donnent un aperçu de la complexité technique et de la subtilité de cette tradition poétique :

« Le « long vers » comprend donc en fait deux vers à quatre accents et trois allitérations, mais le compte des syllabes est en général limité à huit (quatre et quatre). De plus, les vers sont groupés par strophes de huit. Si le nombre des syllabes est supérieur à quatre par vers, on obtient le málaháttr, ou mode des dits. Il peut arriver que l’on fasse alterner un « long vers » de fornyrdislag avec un vers plus court, à trois accents et développant un système propre d’allitérations. C’est le ljódaháttr (mode des lais) fréquent dans les Hávamál par exemple. Enfin, pour nous limiter, il existe une variante de ljódaháttr appelée galdralag, ou mode des incantations, qui ajoute aux caractères du fornyrdislag un certain nombre de procédés : répétitions de mots ou de tournures, parallélismes de construction, binaires. À l’intérieur d’un même poème, il est possible de passer d’un mètre à un autre. »7

Voici des exemples de strophes illustrant les différentes variantes du fornyrdislag (les deux petits vers qui composent le long vers sont séparés par une barre oblique, le nombre de syllabes dans le grand vers est indiqué entre parenthèses, les allitérations marquées en gras et les accents soulignés) :

Fornyrdislag original (mètre des chants anciens)
« (8) Ár vas alda / þats ekki var,
(10) Vara sandr né saer / né svalar unnir ;
(8) jörd fannsk aeva / né upphimin
(9) gap var ginnunga / en gras hvergi.
(C’était autrefois / Lorsqu’il n’y avait rien ;
N’étaient sable ni mer / Ni fraîches vagues ;
La terre n’existait pas / Ni le ciel élevé,
Béant était le vide / Et d’herbe nulle part.) » [Völuspá, strophe 3]

Málaháttr (mode des dits)
« (12) Frétt hefir öld ófu / þá er endr um gorðu
(10) seggir samkundu / sú var nýt foestum ;
(10) oextu einmaeli, / yggt var þeim síðan.
(14) Ok iþ sama sonum Giúka, / er váru sannráðnir
(Beaucoup ont appris / Comme les hommes, jadis,
Donnèrent un banquet / Dont bien peu jouirent ;
Parlèrent en secret, / Étaient emplis de crainte,
Ainsi que les fils de Gjúki / Qu’ils firent félonnement périr) » [Atlamál, strophe 1]

Ljódaháttr (mode des lais)
« (8) Vin sinum / skal maðr vinr vera,
(4) þeim ok þess vin ;
(10) en óvinar síns / skyli engi maðr
(5) vinar vinr vera.
(De son ami / On doit être l’ami,
De lui et de son ami ;
Mais de son ennemi / Nul ne devrait
Être l’ami de l’ami) » [Hávamál, strophe 43]

Galdralag (mode des incantations)
(9) Heyri jötnar, / Heyri hmþursar,
(10) Synir Suttunga, / sjálfir áslídar,
(11) Hvé ek fyrirbýd, / hvé ek fyrir banna
(10) manna glaum mani, / manna nyt mani !
« (Qu’entendent les géants, / Qu’entendent les thurses du givre,
Les fils de Suttungr, / Les champions des Ases eux-mêmes,
Comment j’interdis, / Comment je proscris
Déduit d’homme à la vierge / Plaisir d’homme à la vierge !) » [Skírnisför, strophe 34]8

Autres procédés poétiques caractéristiques de la poésie eddique, qui viennent s’ajouter aux procédés de versification : le heiti et la kenning (pluriel : kennigar). Ces derniers constituent deux moyens de remplacer les noms habituels des choses, des êtres, des personnes, etc., par des appellations poétiques, qui intègrent la plupart du temps des références mythologiques. Ainsi, comprendre et apprécier les heiti et les keningar suppose une certaine érudition dans ce domaine. À travers eux, nous prenons conscience du fait que composer, performer et entendre cette poésie, c’était faire vivre un savoir traditionnel : le transmettre et l’enrichir.

Le heiti se présente comme une espèce de dénomination alternative qui vient se substituer au substantif habituel à la manière d’un synonyme. Ainsi la strophe 26 des Alvíssmál (en français Les Dits d’Alvíss) nous donne cinq exemples de heiti pour « feu » :

« Feu s’appelle chez les hommes
Mais chez les Ases, flamme,
L’appellent docile les Vanes,
Glouton, les géants,
Mais ardeur les nains.
On l’appelle dans Hel précipité. »9

Giuseppe Arcimboldo, Le Feu.

En ce qui concerne la kenning, elle prend quant à elle la forme d’une périphrase ou d’une métaphore à plusieurs termes, et vient également se substituer au substantif habituel à la manière d’un synonyme. La strophe 18 des Alvíssmál nous donne cinq exemples de kenningar pour « nuage » :

« Nuages s’appellent chez les hommes,
Mais espoirs d’averse chez les dieux
Les Vanes les appellent radeaux du vent,
Espoirs d’ondée, les géants,
Les Alfes, force du vent,
On les appelle dans Hel Heaume d’invisibilité. »10

Dans ces deux strophes des Alvíssmál, on aura remarqué que les différents heiti et kenningar se trouvent associés à différents types d’êtres mythiques. Une telle utilisation de ces procédés permet ainsi d’inventer des modes d’expressions poétiques propres à chacun de ces êtres et qui manifestent leurs natures respectives :

« Le vocabulaire des hommes n’a pas l’élégance de celui des Ases. Les Géants parlent lourd et grossier. Les nains font preuve d’imagination. Les Alfes, êtres légers, aériens, lumineux, ne dédaignent pas le lyrisme : chaque catégorie a son registre. »11

II – Aspects mythologiques

Avant de clore cette petite présentation de la poésie eddique, il nous reste à évoquer ses origines mythiques. Or, qui de plus qualifié que Snorri Sturlusson lui-même pour nous raconter l’histoire mouvementée de la formation et de l’acquisition de l’art poétique :

« Les Ases étaient ennemis du peuple qu’on appelle Vanes et ils se rencontrèrent pour débattre de la paix ; de part et d’autre, ils prirent des garanties, de telle façon que les deux camps allèrent à une cuve et crachèrent dedans. Mais quand ils se quittèrent, les dieux ne voulurent pas que ce gage de paix se perdît, ils le prirent et en firent un homme. Il s’appelle Kvasir et il est si sage que nul ne peut lui poser question à laquelle il ne sache répondre.

Il s’en alla un peu partout dans le monde pour enseigner la sagesse aux hommes. Mais quand il arriva chez deux nains qui s’appellent Fjalarr et Galarr, ils le prirent à part et le tuèrent, et ils firent couler son sang dans deux cuves et dans une cruche ; celle-ci s’appelle Ódrerir, et les cuves s’appellent Són et Bodn. Ils mélangèrent le sang à du miel, et il en résulta un hydromel tel que quiconque en boit devient scalde ou savant. Les nains dirent aux Ases que Kvasir s’était étouffé dans son intelligence, pour la raison qu’il n’y avait là personne qui ne fût si instruit qu’il pût l’interroger sur des choses savantes.

Ensuite, les nains invitèrent chez eux un géant qui s’appelle Gillingr, avec sa femme. Puis il proposèrent à Gillingr d’aller ramer en mer avec eux. Mais quand ils furent arrivés au large, ils mirent le cap sur un écueil et renversèrent le bateau. Gillingr ne savait pas nager et il se noya, mais les nains remirent le bateau sur sa quille et revinrent à terre. Ils racontèrent à la femme du géant ce qui s’était passé ; elle en fut fort affectée et pleura bruyamment. Alors Fjalarr lui demanda si cela lui soulagerait le cœur d’aller en mer, au large, voir l’endroit où il s’était noyé ; elle accepta. Alors Fjalarr dit à son frère Galarr de monter au-dessus de la porte quand elle sortirait et de lui précipiter une meule de moulin sur la tête, disant qu’il était excédé de ses cris. Et c’est ce que fit Galarr.

Quand le géant Suttungr, le frère de Gillingr, apprit la chose, il se rendit là-bas, empoigna les nains, les emmena en mer au large et les déposa sur un écueil découvert à marée basse. Ils prièrent Suttungr de leur laisser la vie sauve et lui offrirent en compensation pour son frère le précieux hydromel ; ainsi obtinrent-ils conciliation. Suttungr emporta chez lui l’hydromel, l’entreposa en un endroit qui s’appelle Hnitbjörg et en confia la garde à sa fille Gunnlöd. De là vient que nous appelons la poésie le flot de Kvasir ou la boisson des nains ou le contenu d’Ódrerir, de Bodn ou de Són ou la liqueur de l’un ou de l’autre ou l’esquif des nains car cet hydromel leur sauva la vie sur l’écueil, ou l’hydromel de Suttungr ou la liqueur de Hnitbjörg.

[…]

Ódinn s’en alla de chez lui et arriva en un lieu où neuf esclaves fauchaient du foin. Il leur demanda s’ils voulaient qu’il affûte leurs faux. Ils acceptèrent. Alors il sortit de sa ceinture une pierre à aiguiser et affûta les faux ; ils trouvèrent qu’elles coupaient beaucoup mieux et ils voulurent acheter la pierre à aiguiser. Mais il décréta que celui-là achèterait la pierre à aiguiser qui en donnerait un prix équitable, et ils dirent qu’ils le voulaient tous, chacun voulant qu’il la lui vendît. Alors, il jeta la pierre à aiguiser en l’air ; ils voulurent la prendre tous et s’y prirent de telle sorte qu’ils se décapitèrent mutuellement avec les faux.

Ódinn se chercha un gîte dans la nuit chez un géant qui s’appelait Baugi, le frère de Suttungr. Baugi dit qu’il avait bien du mal à se tirer d’affaire : il dit que ses neuf esclaves s’étaient entre-tués et qu’il ne voyait aucun espoir de trouver des ouvriers. Ódinn dit s’appeler Bölverkr [artisan de malheur] ; il s’offrit à exécuter le travail de neuf hommes pour Baugi, mais en guise de salaire, il dit qu’il voulait avoir une lampée de l’hydromel de Suttungr. Baugi dit que ce n’était pas lui qui avait pouvoir sur l’hydromel, que Suttungr voulait l’avoir pour lui tout seul, mais qu’il voulait bien aller là-bas avec Bölverkr et voir s’ils pourraient obtenir de l’hydromel.

Cet été-là, Ódinn exécuta le travail de neuf hommes pour Baugi, mais quand vint l’hiver, il demanda ses gages à Baugi. Alors ils allèrent tous les deux chez Suttungr. Baugi raconta à son frère quel accord il avait passé avec Bölverkr, mais Suttungr refusa carrément de donner une seule goutte d’hydromel. Alors Bölverkr dit à Baugi qu’il fallait essayer de quelque stratagème pour mettre la main sur l’hydromel et Baugi n’eut rien là contre.

Bölverkr prit donc une mèche qui s’appelait Rati [rongeur] et dit à Baugi de forer la montagne, voir si la mèche mordait. Ce qu’il fit. Baugi dit que, maintenant, la montagne était percée mais Bölverkr souffla dans le trou et les éclats lui revinrent dans la figure. Il comprit que Baugi voulait le tromper et lui ordonna de transpercer la montagne. Baugi perça de nouveau et quand Bölverkr souffla pour la deuxième fois, les éclats disparurent à l’intérieur. Alors Bölverkr se transforma en serpent et s’insinua dans le trou. Baugi voulut le frapper avec la mèche, mais manqua son coup.

Ódinn et Baugi perçant la montagne à l’aide de Rati – Illustration tirée du manuscrit SÁM 66 (1765-1766) conservé à l’Institut Árni Magnússon de Reykjavík.

Bölverkr arriva à l’endroit où était Gunnlöd et coucha trois nuits avec elle, et elle lui promit de lui laisser boire trois lampées d’hydromel. Au premier trait, il vida tout Ódrerir, au second, Bodn, au troisième Són. Il avait donc bu tout l’hydromel. Ensuite, il se transforma en aigle et s’enfuit en volant aussi vite qu’il le put ; mais Suttungr aperçut l’aigle en fuite, se transforma en aigle (à son tour) et vola à sa poursuite. Quand les Ases aperçurent Ódinn qui arrivait en volant, ils avancèrent leurs cuves dans l’enclos et quand Ódinn arriva dans Ásgardr, il recracha l’hydromel dans les cuves ; mais il s’en était fallu de si peu que Suttungr ne l’eût rattrapé qu’il laissa échapper une partie de l’hydromel par-derrière, et de cet hydromel-là, on ne fait aucun cas. Quiconque en veut peut en prendre, et nous l’appelons le lot des poètes de pacotille. Mais l’hydromel de Suttungr, Ódinn le donna aux Ases et aux hommes qui savent composer. Voilà pourquoi nous appelons la poésie butin d’Ódinn, et sa trouvaille, et sa boisson, et don des Ases et boisson des Ases. »12

Ódinn-aigle recrachant l’hydromel en atteignant Ásgardr – Illustration tirée du manuscrit SÁM 66 (1765-1766) conservé à l’Institut Árni Magnússon de Reykjavík.

Nous voilà devenus suffisamment intimes pour appeler la poésie par ses petits noms ésotériques : « flot de Kvasir », « boisson des nains », « contenu d’Ódrerir », « contenu de Bodn », « contenu de Són », « liqueur d’Ódrerir », « liqueur de Bodn », « liqueur de Són », « esquif des nains », « hydromel de Suttungr », « liqueur de Hnitbjörg », « butin d’Ódinn », « trouvaille d’Ódinn », « boisson d’Ódinn », « don des Ases » ou encore « boisson des Ases », autant de kenningar expliqués ici par Snorri Sturluson. Nous nous quittons donc en apprentis scaldes, non sans se promettre de prolonger cette initiation et de parfaire notre art lors de notre prochaine et ultime rencontre (eh oui notre série touche déjà à sa fin). À bientôt autour de la source de Mímir13 pour nous abreuver ensemble de nouveaux savoirs une dernière fois !


Notes :

1 Nom que les anciens scandinaves donnaient à leurs poètes.

2 Voir nos analyses des vers des Hávamál (en français, les Dits du Très-Haut, ceux qui sortent de la bouche d’Ódinn) dans « Vivre en Viking II – Savoir vivre, savoir bien vivre ».

3 Pour une présentation des grandes lignes du phénomène viking voir « Vivre en Viking I – Quelques généralités ».

4 Boyer Régis, L’Edda poétique, Fayard, 1992, p.71.

5 On trouve parfois des allitérations vocaliques (toutes les voyelles alitèrent indifféremment entre elles) comme dans le premier vers de la strophe 3 de la Völuspá, citée un peu plus loin en guise d’exemple de fornyrdislag original (mètre des chants anciens).

6 Ibid., p. 75.

7 Ibid., p.78.

8 Ces exemplifications analysées des différents mètres eddiques sont tirées de Boyer Régis, La poésie scaldique, typologie des sources du moyen âge occidental, fasc.62, Institut d’Études Médiévales de l’Université Catholique de Louvain, Brepols, Turnhout – Belgium,1992, p. 48-49.

9 Alvíssmál, strophe 26, texte intégral traduit par Régis Boyer dans L’Edda poétique (p. 79 à 87), op. cit., p. 85.

10 Ibid., strophe 18, p. 83.

11 Boyer Régis, L’Edda poétique., op. cit., p.79.

12 Snorri Sturluson, Skáldskaparmál (deuxième partie de l’Edda de Snorri), chapitre 11, passage traduit par Régis Boyer dans L’Edda poétique, op. cit., p. 116 à 119.

13 Dans la Gylfaginning, en français la Mystification de Gylfi, qui constitue la première partie de l’Edda de Snorri Sturluson, il est expliqué que « Sous la racine [d’Yggdrasil] qui est orientée vers la halle des Thurses du givre se trouve la source de Mímir qui recèle science et sagesse, et celui qui possède la source s’appelle Mímir ; il est plein de profond savoir parce qu’il boit l’eau de la source dans la corne Gjallarhorn. Alfödr [Ódinn] y vint et demanda de pouvoir boire à la source, mais il ne l’obtint pas avant d’avoir mis son œil en gage. », Gylfaginning, chapitre 15, passage traduit par Régis Boyer dans L’Edda poétique, op. cit., p. 414.

[APPEL À TEXTES] Résultat du concours du Grimoire numérique n°3

John_Henry_Fuseli_-_The_Nightmare
Le Cauchemar, Johann Heinrich Füssli.

Bonjour à tous !

Pour cette troisième édition du Grimoire du Faune, ce n’est pas moins de 106 textes que j’ai reçus ! On peut donc dire que cet AT a été un franc succès. Comme indiqué dans le précédent Grimoire, la sélection a été plus sévère, et l’on même dire drastique, puisque j’ai retenu une quinzaine de textes en tout. Vous retrouverez dans ce nouveau recueil poèmes et nouvelles sur le thème Spectre, dont voici les titres et les auteurs :

Le Jardin des Allongés, Danny Goujon ;
Tyrolienne, Amélie Sudrot-Duval ;
La Llorona, Laurence Remy ;
De la gestion du risque spectral, Damien Allemand ;
Les abattoirs du couchant, Fabrice Schurmans ;
Phanette, Nolwenn Pamart ;
Simple d’esprit, Patrick Boutin ;
Les eaux troublantes, Charles Duttine ;
Fantôme, Nathalie Boucheré ;
Fatras, Saint-Érec ;
Fantôme de nuit, Anne Escaffit ;
Boucan, Pierre Le Corre ;
Disparition, Marie Léauté ;
Le Trophée, Gabrielle DuBasqui ;
La ballade d’Emily Crane, Kaal Green.

Le recueil devrait sortir début juillet.

EDIT : PARUTION OCTOBRE 2018