The Old Operating Theatre Museum

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Allons bon, croyez-vous que nous nous étions reposés sur nos lauriers pendant cette petite pause estivale ? Que diantre, non ! Votre serviteur faunesque n’est jamais vraiment en vacances dans une ville fourmillant de mille curiosités comme Londres. Vous êtes-vous bien reposé ? Bien bien, car aujourd’hui, je vous emmène… à l’hôpital. Vous m’avez bien entendue. Pas que je m’inquiète pour votre santé, rassurez-vous (bien que je le pourrais, avec beaucoup de bienveillance). Tout près de la gare London Bridge, dans St Thomas Street, se trouve une des unités de l’hôpital du même nom (ou presque) Guy’s and St Thomas Hospital (cette unité appartient aujourd’hui à Guy’s Hospital, pour être plus précise). Je ne vous pousse pas directement vers l’entrée du bâtiment, mais je vous invite à voir de l’autre côté du trottoir, un peu plus loin dans la même rue. Actuellement cachée par un bon nombre d’échafaudages peu seyants pour cause de rénovation, se dresse St Thomas Church, l’unique vestige de l’ancien grand St Thomas Hospital, premier du nom. Le musée en question se situe dans la mansarde de l’établissement chargé de dispenser les soins de santé à l’époque victorienne. Aujourd’hui, il a été rebaptisé The Old Operating Theatre Museum & Herb Garret. Pour y accéder, il faut gravir un très long escalier en colimaçon, aux marches terriblement raides et escarpées (ceux qui ont le vertige ou autres claustrophobes passeront leur chemin, pas d’ascenseur, malheureusement). Respirez un bon coup, nous allons monter doucement. Une fois arrivé en haut, prenez une bouffée d’air, vous allez pénétrer dans un lieu vieux de plus de trois siècles, une véritable plongée dans le temps sous les combles de l’église.

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St Thomas Church, dédiée à saint Thomas Beckett et plus tard à l’apôtre St Thomas lors de la Réforme, fut très probablement, à l’origine, la chapelle d’un hôpital médiéval. Cependant, personne ne sait à quel moment elle a été érigée à l’emplacement actuel. L’établissement a été agrandi au début du XVIIe siècle, mais a très vite été laissé à l’abandon, à un tel point que selon certains rapports datés de 1697, plus aucun fidèle n’osait s’aventurer en ces lieux à cause de leur état de délabrement très avancé. L’église a été reconstruite entre 1668 et 1702 dans un style plus néoclassique avec la mansarde que nous lui connaissons actuellement. Cet édifice, considéré comme superflu par rapport à la Southwark Cathedral, a été converti au XIXe siècle en salle capitulaire de ladite cathédrale. La mansarde, déjà utilisée à la époque pour le séchage et le stockage des herbes médicinales par St Thomas Hospital, a été en partie transformée en bloc opératoire séparé de l’aile réservée aux femmes. Avant 1822, les femmes étaient opérées à même la salle commune de soins, et cette configuration était bien inconfortable pour la plupart des patientes. En 1862, lorsque St Thomas Hospital fut déménagé à Lambeth où il se situe de nos jours, l’accès à l’herboristerie et la salle d’opération fut condamné et se retrouva réduit à une ouverture dans le mur septentrional de la chambre située au premier étage de la tour du clocher. Quiconque voulait pénétrer dans la mansarde devait se munir de courage et d’une bonne échelle. En 1956, Raymond Russell, chargé d’enquêter sur l’histoire de l’hôpital, décida d’aller fureter dans la mansarde et tomba sur une véritable capsule temporelle dans un excellent état de conservation, et ce, en dépit d’un siècle de poussière accumulée ci et là. Cette découverte relève alors de l’extraordinaire puisqu’à ce jour, aucune salle d’opération datant du XIXe siècle n’a été retrouvée en Europe, hormis celle-là (1).

Ce premier petit interlude historique terminé, commençons notre visite.

Le musée s’ouvre sur l’Herb Garret, soit la partie « apothicaire » et « herboristerie », ou l’entrepôt de toutes les plantes médicinales utilisées à l’époque. Chaque fiole, panier, pot est libellé, vous aurez donc bien de la lecture.

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La particularité de ce musée est de présenter de véritables plantes, graines, épices et fruits séchés dans le mobilier d’époque, exactement comme si l’herboristerie était toujours en fonction au moment de votre visite. Il va sans dire que l’entièreté des échantillons doit être renouvelée à intervalle régulier pour garantir leur fraîcheur. Les fioles et autres récipients de conversation sont pour la plupart d’origine, ainsi que les outils chirurgicaux exposés dans les vitrines. Certains médicaments produits à l’époque ont été précieusement conservés pour le plus grand bonheur des curieux. Vous pourrez observer une sélection de remèdes contre quelques maladies victoriennes bien sympathiques, notamment le choléra ou la peste noire.

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Les plus assidus trouveront parmi les étagères plus que chargées certaines pépites terriblement curieuses, comme cette converse de Chocolate Worm Cakes, des gâteaux au chocolat et surtout au vermifuge qu’on donnait le plus souvent aux enfants pour les débarrasser de leurs hôtes encombrants. Les conditions sanitaires de l’époque étaient telles qu’une bonne partie de la population souffrait de vers et d’autres parasites intestinaux.

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Une partie de l’exposition est consacrée à la gynécologie et à la chirurgie, ainsi qu’une autre à la pédiatrie. À travers les différents sections, le visiteur peut se rendre réellement compte des difficultés de la vie à l’époque victorienne. St Thomas Hospital accueillait surtout les indigents et autres parias, ainsi que les femmes de « petite vertu ». Rappelez-vous, l’hôpital se trouve à Southwark, connu à l’époque pour être le bas quartier de Londres (et lorsque les soins hospitaliers ne remettaient pas les patients sur pieds, vous vous doutez bien que ces pauvres âmes finissaient souvent dans des fosses communes comme à Cross Bones Graveyard, situé vraiment à quelques rues de l’hôpital). L’exposition comporte également une petite partie « cabinet de curiosité » et une section où sont exposées des coupes d’organes afin de montrer les différents dégâts engendrés par certaines maladies de l’époque (âmes et estomacs sensibles s’abstenir).

Une fois l’Herb Garrett traversée, on se retrouve enfin dans l’Operating Theatre. L’endroit est plutôt exigu et ressemble à un amphithéâtre aux dimensions modestes. Les étudiants de médecine pouvaient assister aux opérations depuis les gradins. Le bloc opératoire se trouve au dernier étage pour un accès optimal à la lumière du jour grâce au toit vitré. Chaque opération se devait être la plus brève possible, car rappelons-le, les anesthésiants ont été seulement introduits en 1847 et les produits antiseptiques vers les années 1860. De plus, le lieu n’était ni ventilé ni chauffé à l’époque (2). Profitez pour descendre dans le bloc et observer la table d’opération et les divers types de bandages utilisés pour panser les plaies.

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Pour ressortir du musée, il vous faudra faire le chemin inverse et retraverser l’Herb Garrett, puis redescendre l’infernal escalier de la tour du clocher. Comptez une bonne grosse heure pour faire le tour de la mansarde et passer en revue tous les incroyables vestiges d’une médecine d’antan avec un regard attentif et curieux. Faites bien attention à ne pas vous blesser en vous rendant au musée ou en ressortant, ce serait assez embêtant, même si l’hôpital ne se situe pas bien loin…

The Old Operating Theatre Museum accueille également de nombreux séminaires, des expositions temporaires, ainsi que des reconstitutions d’opération dans des conditions d’époque chaque samedi. Veuillez vous référer au site officiel.

***

(1) Traduit et adapté de “History of the Museumˮ. The Old Operating Theatre and Herb Garret. Web. 16 Sept 2017.

(2) Traduit et adapté de “History of the Old St Thomas Hospitalˮ. The Old Operating Theatre and Herb Garret. Web. 16 Sept 2017.

*Toutes les photographies sont de moi, sauf mention contraire.

Horaire : Tous les jours de 10h30 à 17h00, mais à vérifier sur le compte twitter ou sur place.

Prix : 6,50£ adulte, 5£ tarif réduit, 3,50£ moins de 18 ans

Adresse :
Old Operating Theatre Museum and Herb Garret
9a St Thomas Street, London, SE1 9RY


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Anne with an E, une série optimiste et subtile.

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Source

Anne with an E a fait une discrète entrée en 2017, puisqu’elle est produite par Netflix et visible sur la plateforme uniquement (normalement). Cette série canadienne est réalisée par Moira Walley-Beckett et adaptée d’un roman : Anne… la maison aux pignons verts (Anne of Green Gables), édité pour la première fois en 1908 et écrit par la canadienne Lucy Maud Montgomery. Il a été traduit et publié en France en 1964 sous le titre Anne et le bonheur dans le collection Bibliothèque Verte chez Hachette.

Sur l’île-du-Prince Édouard, à Avalonlea, Marilla et son frère Matthew Cuthbert ont décidé d’adopter une jeune garçon afin de les aider à s’occuper de la ferme. L’orphelinat contacté leur envoie l’enfant, et ils découvrent avec surprise qu’ils n’ont pas envoyé un garçon, mais une fille : Anne, 13 ans. Cette dernière a vécu toute sa vie entre l’orphelinat et diverses familles maltraitantes, et se fait une joie d’avoir de nouveaux parents. La déception de ceux-ci la plonge dans l’affliction la plus totale et, apitoyés, les Cuthbert décident de la mettre à l’essai une semaine. Anne est une jeune fille très intelligente, vive, avec une imagination débordante et un flot de paroles fatiguant la plupart des gens. Elle déteste ses cheveux roux et ses tâches de rousseur, et prie chaque soir à leur disparition lorsqu’elle sera plus grande. Hélas son esprit hors du commun et sa rousseur font d’elle le bouc émissaire de son école. Les Cuthbert se prennent d’affection pour la fillette et la défendent coûte que coûte face aux critiques lancées par les bonnes familles d’Avalonlea. Anne finit cependant par s’intégrer et se faire quelques amis…

On suit avec délectation les aventures truculentes de cette jeune fille pas comme les autres (incarnée avec talent par l’actrice Amybeth McNulty) : son intégration dans une petite ville à l’esprit étriqué, l’évolution de sa relation avec la froide Marilla Cuthbert, dont l’éducation la force à restreindre ses émotions, et Matthew Cuthbert, homme très silencieux qui retrouve le sourire grâce à la joie de vivre de Anne, son apprentissage de l’amour et de la vie en société, son ambition scolaire, la façon dont elle surmonte ses peurs, etc. Anne est une jeune fille attachante dont la façon d’appréhender la vie ne peut que donner le sourire !

Anne with an A, c’est aussi une subtile série féministe. En 1890, peu de filles avaient accès à l’école, et encore moins pouvaient faire de longues études. Marilla Cuthbert défend bec et ongles sa protégée, afin que celle-ci puisse s’intégrer pleinement à l’école et y exprimer son intelligence, mais aussi pour qu’elle puisse envisager d’aller au collège. Le garçon voulu au départ pour aider à la ferme est loin, désormais, Marilla voit Anne comme sa fille et souhaite sa réussite. Anne with an E, c’est un panorama sur la société de la fin du XIXe, dans les petites villes de campagne : les hommes ne sont guère représentés puisque ce sont les femmes qui gèrent l’éducation des enfants et qui décident donc de leurs fréquentations ; la pudeur est de mise et la religion très prégnante -Marilla doit forcer Anne à prier puisque son éducation à ce propos n’a été que superficielle et aléatoire, sans compter son intelligence qui la fait poser trop de questions à ce sujet. D’ailleurs Anne, qui a vécu dans diverses familles sordides, ne se rend pas compte que certaines de ses connaissances en matière de biologie (l’acte sexuel par exemple) peuvent choquer les filles de bonnes familles qu’elle fréquente, et cela lui vaut d’être mal considérée.

J’ajouterais enfin que la poésie et la belle photographie de la série en font un petit bijou. Le générique d’ouverture est magnifique, les images étant réalisées par l’artiste Brad Kunkle dans tes tons froids, ocres et or.

Voici un aperçu 🙂 :

Anne with an E Main Title from Imaginary Forces on Vimeo.

 


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Le Cabinet Mirifique du Professeur Nicéphore Onésime Berlupin.

Corwin Ravencroft est un semi-elfe habitant près de la forêt de Brocéliande, qui vend toutes sortes d’objets magiques, ramassés au gré de ses voyages. De l’amulette aux œufs de dragon, Corwin dispose de ses curiosités dans son atelier, reconverti en musée de l’étrange. Il propose ses objets à la vente sur internet, ou divers marchés dont Cidre & Dragon. Pour nous, il a bien voulu parler de son Cabinet Mirifique, legs de son père, le Professeur Nicéphore Onésime Berlupin.

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Guillaume, alias Corwin Ravencroft. Crédit image : Galaxy Geek.

~ Bonjour Corwin ! Peux-tu te présenter un peu ? D’où vient Nicéphore Onésime Berlupin, le personnage de ton cabinet de curiosités ?

Bonjour, je m’appelle Corwin Ravencroft ! Je suis un semi-elfe, fils adoptif du Pr Berlupin. En vérité, je m’appelle Guillaume. J’ai 32 ans et je suis en invalidité. Ce bon vieux Nicéphore est né de ma passion pour l’imaginaire et l’étrange.

~ Tu as inventé toute une histoire autour de ce personnage que tu incarnes. Qu’est-ce qui te plaît dans ce jeu de rôle ?

J’aime surtout l’idée de faire passer pour réel ce qui tient de l’imaginaire pour beaucoup. De faire croire un peu, de faire rêver beaucoup, de rendre les gens curieux, qu’ils veuillent en savoir plus par eux-même.

~ Pourquoi l’idée du cabinet de curiosités ?

À la base, ce sont des amis, organisateurs du festival Cidre et Dragon, qui m’avaient contacté avec l’idée de faire un genre de Muséum. J’ai été emballé, ils m’ont laissé toutes latitudes. Ça a donné quelques tables présentant des œufs de dragons pour la première édition, et beaucoup plus d’objets étranges et de place pour la seconde édition. Puis le Muséum a été abandonné, et je l’ai repris à mon compte en lui donnant le nom de Cabinet Mirifique. J’ai créé l’illustre Pr Berlupin, et depuis qu’il est sorti de l’ombre, je suis tombé sur un entrepôt où sont stockées toutes ses trouvailles. Ça prend beaucoup de temps de tout décoder, tout archiver. Et le Cabinet est la meilleure façon d’amener tout ce savoir à l’attention du monde !

~ Le Cabinet mirifique renferme toutes sortes de créations étranges : des boîtes, des fioles, des champignons magiques, des baguettes, des montres à goussets, vieux carnets, etc. Tous sont des objets du quotidien que tu chines, que tu transformes, et auxquels tu façonnes des histoires. Peux-tu nous en raconter quelques-unes ? Des objets qui t’ont particulièrement plu ?

Quelquefois, j’ai l’histoire et il me reste à trouver l’objet, d’autres fois, j’ai un objet et je dois trouver l’histoire qui correspond. Il y en a tellement, mais il y en a quelques-unes qui me viennent en tête. Le chapelet de Frank Stingler, un pilote de la Luftwaffe qui raccompagna un B-17 américain en très mauvais état jusqu’aux côtes anglaises pour lui éviter d’être descendu par la DCA allemande. Après la guerre, les deux pilotes se rencontrèrent et devinrent les meilleurs amis du monde. Il y a aussi un objet en rapport avec Tarrare, un homme atteint d’une faim insatiable qui le poussa à manger les pires choses pour ne pas mourir de faim, et que la médecine ne réussit jamais à expliquer. Il y en a quelques centaines…

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Crédit image : Grégory Chassain.

~ Tu es un artiste à part entière, on peut apercevoir ici et là des petites sculptures faites à partir d’éléments recyclés (je pense notamment à la statuette de Dagon faite à partie d’une Vierge Marie), tu fais de la pyrogravure, tu peins, y’a-t-il quelque chose que tu ne fais pas ?!

Artiste à part entière, je ne crois pas… Peut-être artisan et encore, je n’ai pas de savoir-faire particulier. J’ai toujours l’impression que ce que je fais n’est pas original et que tout le monde pourrait le faire s’ils essayaient. C’est juste que j’aime créer des choses et donc j’utilise les techniques possibles. Ça me permet de découvrir plein de choses. J’essaie de toucher à tout mais je suis encore très limité par mes moyens et par le temps… Pour la statuette de Dagon, je n’avais que la Vierge sous la main qui faisait la bonne taille, et j’avoue que j’ai trouvé ça plutôt jouissif de l’enfouir à l’intérieur de Dagon ^^.

~ Ton univers est très fantastique avec une touche de steampunk, quelles sont tes inspirations artistiques et littéraires ?

Je lis énormément, je regarde aussi beaucoup de films et de séries. J’ai une grosse faim d’histoires de toutes sortes, mais principalement d’imaginaire. Je m’intéresse beaucoup aux légendes, aux mythologies et au fantastique. À notre époque, tout cela fait partie de l’imaginaire, mais dans le passé, on croyait vraiment à tout cela : aux vampires, aux monstres, aux lutins, et j’aime croire encore, rajouter du merveilleux dans notre triste vie humaine. Niveau littérature, même si ça n’a rien à voir, j’essaie d’amener un peu le même ton. Je suis un grand fan de Terry Pratchett et de Neil Gaiman. Niveau séries, j’aime beaucoup les séries comme Sleepy Hollow, Grimm et Salem. Et dernièrement, je m’inspire énormément de Warehouse 13, ça me permet de découvrir des événements historiques pas forcément très connus, des mystères non résolus, des personnalités étranges, etc.

 

~ Tu vis à la campagne, pas loin de Brocéliande. Est-ce un vrai choix de vie ? Qu’est-ce que la nature t’apporte ?

Je rêvais de Brocéliande, de légendes, de lutins, et après un gros changement dans ma vie, à savoir ma transplantation pulmonaire, je me suis rendu compte qu’il n’y aurait pas de meilleur endroit qu’une forêt -magique de surcroît- pour à la fois apprivoiser mes nouveaux poumons et laisser libre cours à mon imagination. Mais je ne vais pas assez voir la forêt à mon goût, mon imagination et mon besoin de créer prennent trop de place dans ma vie…

~ Quelle créature fantastique aimerais-tu être (question jocker) ?

La question ne se pose pas puisque je suis déjà un lutin ^^. Un korrigan ou un leprechaun, je ne sais pas encore. Mais je suis également un mutant, bien que mon superpouvoir ne soit pas très ragoûtant… alors tout comme un consultant est, d’après Mr Magorium, un consul mutant, je suis peut-être un lutin mutant, donc un lutant ?

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Crédit image : Massden.

~ Une question plus personnelle : tu as la mucoviscidose, as dû subir un tas d’opérations, bref, tu n’as pas la vie facile ! Penses-tu que ta maladie t’a quelque part aidé à réaliser ton Cabinet Mirifique ?

C’est ma maladie qui m’a donné cet amour de l’imaginaire. Au collège, pendant que les autres garçons jouaient au foot, je lisais du Jules Verne, du Wells. Au lycée, j’ai découvert Tolkien et ça a changé ma vie. Et en même temps, cet imaginaire a rendu ma maladie plus douce. A chaque hospit, je me regardais tous les Ghiblis, j’emmenais autant de livres que de jours que j’y passais. Et depuis ma transplantation, je n’ai plus d’autres buts que de créer.

~ Enfin, quels sont tes projets à venir ?

Pour l’instant, je travaille sur des visites guidées contées pour quand j’expose. Le Cabinet Mirifique sera aux Utopiales début novembre. J’essaie aussi de développer l’histoire de Berlupin, la découverte de certains artefacts dans de petites nouvelles. J’aimerais aussi me lancer dans la vidéo en créant une chaîne Youtube. J’ai aussi un projet de livre, sur une communauté de lutins qui s’appellerait les Urbins. Et une boutique en ligne à faire décoller ! Tellement de projets et pas assez de temps et surtout d’énergie… Même greffé, la muco reste fatigante. Mais ça viendra !

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Crédit image : Sophie Poulet Alligand.

 

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Sorcières ! Le sombre grimoire du féminin, de Julie Proust-Tanguy

julieprousttanguy-livre-sorcieresSorcières ! Le sombre grimoire du féminin, est un essai paru chez les éditions Moutons Électriques, et écrit par Julie Proust-Tanguy, professeure de Lettres classiques. L’auteure s’est attachée à analyser le mythe de la sorcière, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, passant de la guérisseuse devenue démon médiéval jusqu’à la série Charmed et aux livres Harry Potter. Son propos n’est pas seulement historique, mais est aussi un véritable travail de littérature comparée, puisqu’il compare littérature, peinture et cinéma sur le sujet,  et de sociologie, puisque le point de vue féministe aborde la question du patriarcat et de la pesanteur religieuse, à l’origine de l’évocation de la sorcière comme un être démoniaque.

L’essai est composé de sept parties si l’on compte l’introduction et la conclusion. L’auteure  dresse un portrait de la sorcière, à l’origine la guérisseuse antique, mi-pythie mi-sage-femme, qui s’est muée, avec la religion catholique, en une hérétique qui pratique le satanisme, offrant les bébés qu’elle vient d’accoucher au Diable. Puis vient la Renaissance et la redécouverte des auteurs antiques, des connaissances scientifiques oubliées, de l’art en trois dimensions ; les XVIIe et XVIIIe voient des philosophes remettre en question la religion, et avec elle, ses superstitions et autre diableries. La sorcière se fait discrète. Au XIXe, elle revient en fanfare, se fait succube dévorant l’âme des poètes, femme rousse sensuelle, fée sans merci dont les chevaliers tombent sous l’emprise ; elle perd de son pouvoir malfaisant et réel, et entre dans la légende, seuls les écrivains la raniment et lui donnent une voix : d’abord femme incomprise, qui n’a de démoniaque que son audace et son sexe. Enfin, arrive le XXe siècle, et avec lui ses films, ses séries, ses livres. La sorcière n’est plus qu’un personnage de fiction, abordé sous toutes ses coutures. Le féminisme frappe et fait de la sorcière une simple femme du peuple, que sa solitude et ses connaissances des plantes mettaient à l’écart, le bouc émissaire par excellence d’une société sclérosée par une religion entretenant les gens dans la frustration et l’ignorance, la victime du patriarcat.

Ce livre passionnant, mené d’une plume de maître, se dévore à la tombée du jour. Des illustrations complètent le propos fort bien documenté et nourri, qui permet au lecteur à la fois de s’évader, mais aussi d’apprendre réellement comment le personnage de la sorcière s’est façonné à travers les âges, pour n’en faire aujourd’hui qu’un fantasme artistique et littéraire. A moins… que vous ne croyiez en la magie ?

Sorcières ! Le sombre grimoire du féminin, par Julie Proust-Tanguy, éd. Les Moutons Électriques, 2015.

 


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Les clichés hors du temps d’Angélique Boissière

Angelique Boissière est une jeune photographe d’origine nantaise. Tout d’abord modèle, elle est petit à petit venue de l’autre côté de l’objectif, privilégiant les méthodes de photographie anciennes, comme l’argentique. Elle s’est surtout spécialisée dans le portrait féminin, qu’il soit sans fard, en contraste avec la nature, ou plus mode. On retient principalement ses travaux en noir et blanc, puisqu’elle utilise plus rarement la couleur, toujours avec le grain particulier de l’argentique. Voici son interview !

Autoportrait.

~ Bonjour Angélique ! Peux-tu nous raconter ton parcours ? Que fais-tu dans la vie, mis à part photographier ?

Je suis née en 1992 à Nantes, ville ou je réside toujours actuellement. Avant ma passion pour la photo, j’étais initialement attirée par la peinture et le dessin.
Ma mère étant peintre plasticienne, j’ai été baignée dans une atmosphère artistique depuis toute petite. J’ai toujours fait beaucoup de création manuelle, des visites aux musées, et je me suis intéressée à l’Histoire de l’art très tôt. Nous avions beaucoup de livres d’art à la maison sur la peinture italienne, la peinture flamande, ou encore les impressionnistes… Et tout cela a fermenté en moi. L’art est devenu une valeur essentielle.
J’ai toujours su que je voulais faire un métier dans ce domaine, et je suis ainsi devenue graphiste par raison, et photographe par passion. Le graphisme est très solitaire alors que la photographie me permet de m’ouvrir aux autres.

~ Tu poses depuis un certain temps devant l’objectif, qu’est-ce qui t’a donné envie de le faire, et pourquoi ?

J’ai beaucoup posé en l’espace de quatre années. Cela m’a permis de décompresser par rapport à mes études en arts appliqués qui étaient très denses, mais surtout d’exprimer ma créativité, car les arts appliqués étant très techniques, ils laissent peu de place à la création. J’en étais très frustrée.
A vrai dire, je me suis toujours sentie plus photographe que modèle car j’ai toujours fortement influencé les séances vers mon univers. J’ai donc tout bêtement commencé à poser afin de nouer avec la photo et de créer des images. À l’heure actuelle je ne pose plus du tout. Je pense être définitivement passée à autre chose.

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modèles : Malou et Oliv.
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modèle : Lily Sly.

~ Tu t’es mise à photographier toi-même, des gens, ou des autoportraits. Était-ce quelque chose que tu as toujours voulu faire ?

Je pense que j’ai préféré commencer par poser car je ne me sentais pas capable techniquement d’arriver à faire une bonne photo, mais j’avais les idées. Au fond, c’est ce que j’ai toujours voulu faire. Comme je le disais précédemment, je me suis toujours sentie davantage photographe.
Petit à petit, j’étais frustrée de ne pas pouvoir m’exprimer pleinement par la pose, de devoir suivre les idées des photographes. J’avais quelque chose à dire et il fallait que je le raconte. J’ai donc décidé de franchir le pas en faisant poser à mon tour, et j’ai découvert le plaisir de décider ma photo toute seule.
En ce qui concerne l’autoportrait, j’en ai toujours fait dans une moindre mesure : comme ça pour m’amuser, mais rares sont ceux que je montre. J’en suis souvent insatisfaite.

~ Penses-tu que poser a permis d’affiner ton regard sur l’image ?

Poser est probablement la meilleure formation qu’on peut avoir en photographie. Observer et apprendre de la technique de chacun a été un formidable point de départ, pour savoir ce que je voulais faire et ce que je ne voulais pas faire. Mon regard s’est ainsi beaucoup affiné en quelques années grâce à cela, mais je suis aussi très curieuse et observatrice de nature. Ce qui est très intéressant dans la pose, c’est de regarder comment chaque photographe s’y prend pour obtenir l’expression qu’il souhaite capturer.

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modèle : Anne Rivière.

~ Pourquoi avoir choisi l’argentique comme moyen photographique ?

Je suis fascinée par la première partie du XXe siècle. J’aurais du naître à cette époque car toute l’esthétique de ces années me plaît énormément, et plus particulièrement la mode et les appareils photo.
La plupart des gens voient l’argentique comme une technique trop longue et compliquée car nous sommes dans l’ère de l’immédiat et ils n’ont plus envie de prendre le temps. Finalement, l’argentique est très simple à appliquer lorsqu’on connaît un minimum la technique. Pour ma part, je suis bien incapable de faire une seule bonne photo en numérique. C’est ambivalent car je suis une personne très speed dans la vie. D’une certaine façon, la photo argentique me canalise. Je n’aime pas faire du numérique. Je n’aime ni la façon dont il me fait prendre des photo, ni son esthétique, et je n’en tire aucun plaisir.
L’argentique est un bel outil pour apprendre à réfléchir avant de déclencher. J’aime l’idée de prendre mon temps avant de découvrir l’image, j’aime le bruit métallique de l’obturateur lorsque je déclenche, j’aime ne prendre que très peu de photos par séances, j’aime voir l’image en inversé dans le dépoli, j’aime aussi réfléchir et noter en amont mes idées dans un carnet. Bref, autant d’arguments qui me poussent à continuer encore aujourd’hui et pour longtemps.

~ Tu fais surtout du noir et blanc, avec le grain si particulier des films. Pourquoi ce choix ? Est-ce que la couleur à sa place dans ta vision de l’image ?

En noir et blanc, les images évoquent le silence. L’élégance et le mystère qu’il apporte à mes images me plaît beaucoup. Il me permet de me concentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire, les contrastes et l’émotion. Et puis, le grain du noir et blanc n’est pas sans me rappeler le granit et la pierre, ce qui colle parfaitement avec mes photos en bord de mer.
Bien sûr, j’aime la couleur car elle apporte des émotions différentes mais je la trouve plus compliquée à travailler. J’aime notamment l’utiliser pour de la photo « de mode » mais j’en suis encore au stade de l’expérimentation.

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modèle : Hana.
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modèle : Elise.

~ Tu t’es spécialisée dans les portraits chargés émotionnellement et dans les nus, qui concordent souvent avec un paysage. Qu’est-ce qui te plaît vraiment à photographier chez les modèles ?

Pour moi la photographie est un hymne à la beauté. Quand j’ai commencé la photo, mon seul but était de capturer la splendeur et la profondeur de celle-ci.
Je choisis minutieusement mes modèles. Elles ont toutes en commun leur beauté intemporelle : celle qui ne se démode jamais à travers les années et qui n’appartient à aucune époque. C’est la beauté telle que je la conçois. Et puis, je photographie et j’aimerais photographier ce qui me fascine et ce qui à la fois me fait peur : la mer, le temps qui passe, l’infini, la folie, la solitude, la mort… Et puis cette beauté bien sûr.
Je ne dirais pas que je me suis spécialisée dans un domaine car j’ai beaucoup d’envies complètement différentes pour le futur. En revanche je n’imagine pas ma photo sans sujet humain, car ils sont comme moi, et que je m’identifie à eux. Il y a une citation d’Oscar Wilde à ce sujet qui me parle beaucoup : « tout portrait peint avec sincérité est le portrait de l’artiste et non du modèle… » C’est un peu ça.

~ Quelle est ta vision de la photographie ?

Je cherche à transmettre par l’image quelque chose d’universel, des expériences humaines insignifiantes, mais finalement immuables. Il y a plein de choses à dire dans ce sens. Visuellement, mes images sont simples, elles n’ont vraiment pas de particularités, c’est ce qui fait marcher l’imaginaire propre à chacun.
Quand je réfléchis aux photos qui m’ont le plus marquée, elles ont toutes en commun leur extrême efficacité. Ce sont de grandes photos, pourtant dénuées de tout décor, mais qui sont d’une intensité incroyable. Elles fascinent par leur simplicité et leur perfection. Je pense notamment aux portraits de Paolo Roversi ou Sally Mann.
Je suis convaincue qu’épurer ses photos donne un rendu aussi intemporel que moderne, mais qui demande une extrême habileté. Je tends vers cela.

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modèle : Alena.

~ Tu photographies principalement des femmes. Quelle est ta vision des femmes justement, que cherches-tu à montrer en les prenant en photo ? Te sens-tu appartenir au mouvement féministe ?

De tout temps, les muses sont des femmes, certainement parce qu’elles ont un caractère énigmatique. Elles sont de véritables mystères. C’est ce qui m’inspire chez mes sujets.
Il est vrai que la photo est un domaine très sexiste, mais mon travail n’a aucun propos féministe. Évidemment, je suis une femme, je ne peux qu’être féministe et cela se ressent sûrement dans ma représentation de la femme, mais je ne cherche pas à dénoncer ou à revendiquer quoi que ce soit.
Ainsi, je ne les sexualise jamais et je les représente toujours droites et insoumises, en particulier lorsqu’elles sont nues. Le nu ne doit pas être honteux, ni sexuel, il est dans mes photos tout à fait naturel.

~ Quels sont tes projets pour cette année ?

J’ai beaucoup trop d’idées en tête pour pouvoir toutes les réaliser en une année. Mon plus grand souhait serait de sortir un premier livre. Ce serait un opus de « Afloat, memories and the sea », afin de clore cette série et de repartir sur autre chose.
Et, en ce qui concerne mes nouvelles idées, j’ai envie de me consacrer à des procédés photographiques encore plus anciens : le cyanotype, et le grand format à la chambre. Je trouve complètement incroyable de pratiquer encore ces lointaines techniques.

Berangère 5
modèle : Violette Décembre
Zaza et Zoé 1
modèles : Zaza et Zoé.

 

 

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