Alcools, d’Apollinaire

Apollinaire couverturePour ajouter une nouvelle bizarrerie à la collection raffinée des Éditions du Faune, j’aimerais vous parler du recueil Alcools d’Apollinaire (1) paru en 1913. J’ai découvert avec beaucoup de plaisir ces poèmes insolites du XXe siècle qui semblent tout droit sortis d’une « boutique de brocanteur » dans laquelle se serait « échou[ée] […] une foule d’objets hétéroclites […] » – pour reprendre le critique partial Georges Duhamel (2).

Malgré l’abord difficile de cette poésie qui ne cesse pas d’étonner et de détonner, la mosaïque de « charlatan savant » (3) des Alcools a une grande saveur. Peut-être est-ce parce que sa poésie, comme Apollinaire le déclare lui-même à Henri Martineau (4) en 1913, est avant tout « la commémoration d’un événement de [s]a vie » ? En effet, il est vrai que son séjour de 1901 à 1902 en Allemagne avec la famille Milhau, qui l’avait engagé comme précepteur, lui inspire « La Chanson du Mal-Aimé » et la série des Rhénanes ; que sa rencontre avec le peintre cubiste Pablo Picasso en 1900, puis sa relation orageuse avec Marie Laurencin (5) de 1907 à 1912, influencent la syntaxe et la mise en page de ses vers ; et que son enfermement à la Santé pour complicité dans le vol de la Joconde en 1911 est évoqué dans la série « À la Santé ». Ainsi, la poésie et la vie du poète semblent indissociables.

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Avant de parler des poèmes d’Apollinaire, arrêtons-nous un instant sur son titre Alcools (6), terme désuet et écrit au pluriel, qui annonce la forte influence cubiste du recueil. Songeons aussi qu’Alcools précède les célèbres Calligrammes du poète publiés en 1918 et en amorce, par conséquent, la réflexion stylistique (7). Ainsi, Alcools s’apparente à une sorte de pot-pourri mélangeant les expériences poétiques et les événements personnels vécus par le poète de 1898 à 1913. Ne soyons pas, dès lors, étonnés de rencontrer dans ses pages, à la fois respect et infractions des règles de versification, souvenir de la poésie classique et chant de la modernité, continuité et ruptures, simplicité et hermétisme, banalité de la vie et étrangeté, lieux communs et images frappantes, joies et souffrances, lyrisme et tonalité burlesque, poésie et limites de la poésie. C’est même cette richesse de « brocanteur », que lui a reproché Duhamel, qui doit être aujourd’hui appréciée.

Je vous invite donc à jeter avec moi un œil curieux aux différents « objets » que nous proposent Apollinaire. Le recueil s’ouvre d’abord sur le fameux poème « Zone », véritable adieu à la poésie classique au profit d’un renouvellement moderne, dont voici deux extraits révélateurs :

 

A la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine

Et

Adieu Adieu

Soleil cou coupé

Viennent ensuite des poèmes-chansons, comme « Le Pont Mirabeau » ou « Marie », des poèmes élégiaques, comme « La Chanson du Mal-Aimé », des évocations érotiques, comme dans « Les sept épées », un poème-laboratoire de la versification – où les alexandrins morcelés sont à reconstituer soi-même -, avec « Les colchiques », l’étrange monostiche « Chantre », les poèmes proverbes, tels que « La blanche neige », la série pleine d’ivresse et de lyrisme des Rhénanes, les poèmes de prison « A la Santé » qui parodient ceux de Villon avec leurs jeux de mots et leurs sonorités de « pitres » (8), et le poème qui clôture le recueil, « Vendémiaire ». Promené ainsi dans un univers, sans ponctuation, d’alexandrins réguliers en vers boiteux – alexandrins augmentés ou rétrécis – (9), de beaux vers en associations bizarres, voire illogiques (10), et de vers simplistes en ambiguïtés de sens (11), le lecteur, à la fin, est laissé grisé et ivre d’expérience poétique.

Beaucoup de poèmes du recueil laissent par conséquent surpris et enthousiaste, mais c’est avec « Nuit Rhénane » que, pour ma part, je plonge entièrement dans l’ivresse poétique d’Apollinaire. Ce qui m’enchante, c’est le lyrisme magique et tremblant de ce poème, l’alliance étonnante du vin et du Rhin, les mythes allemands qu’on semble nous raconter comme de vieux contes pleins de mystère en nous appelant à « Écoute[r] », l’allitération en [v] qui laisse ivre et en même temps rêveur, la tension fantastique au milieu des vers qui tanguent sous l’effet d’un alcool poétique, et la structure circulaire qui devient une véritable incantation, rapprochant cette poésie de la magie. Comme les « fées aux cheveux verts [qui] incantent l’été », ces vers ensorcellent la lectrice que je suis.

Mais je vous laisse choisir votre « alcool » et vous quitte sur quelques vers à la saveur variée, parmi mes préférés du recueil.

Voici, d’abord, un exemple de vers modernes :

A la fin les mensonges ne me font plus peur
C’est la lune qui cuit comme un œuf sur le plat
Ce collier de gouttes d’eau va parer la noyée

In « A la fin les mensonges».

Ensuite, je vous propose ces deux extraits aux images frappantes et insolites :

Aujourd’hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées
C’était et je voudrais ne pas m’en souvenir c’était au déclin de la beauté

In « Zone ».

Vagues poissons arqués fleurs surmarines

Une nuit c’était la mer

Et les fleuves s’y répandaient

In « Le voyageur ».

Et, enfin, je termine avec ces exemples de lyrisme presque magique :

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire

In « Nuit rhénane » de la série des Rhénanes.

Et l’unique cordeau des trompettes marines

In « Chantre ».

 


Notes :

(1) Apollinaire, né à Rome en 1880 sous le nom de Guillaume Albert Vladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky, n’est naturalisé que lors de la Première Guerre Mondiale lorsqu’il demande à s’engager volontairement. C’est en héros et en poète célèbre qu’il meurt le 9 novembre 1918 à Paris.

(2) Le contemporain Georges Duhamel fait, le 15 juin 1913, une critique virulente du recueil d’Apollinaire dans Le Mercure de France où il reproche, entre autre, à Alcools d’être « une boutique de brocanteur parce qu’il est venu échouer dans ce taudis une foule d’objets hétéroclites […] ».

(3) Pour décrire les deux facettes du poète, je reprends l’expression « charlatan » des vers « Un charlatan  crépusculaire / Vante les tours que l’on va faire » qui figurent dans « Crépuscule ».

(4) Henri Martineau, né en 1882 et mort en 1958, est un critique littéraire et un journaliste français.

(5) Marie Laurencin, née en 1885 à Paris et morte en 1956, est une artiste peintre affiliée au cubisme. Elle sera surnommée plus tard « la Dame du Cubisme » et apportera à ce courant une touche de féminité.

(6) Le titre était jusqu’en octobre 1912 Eau-de-vie, terme plus moderne mais écrit au singulier.

(7) Calligramme est un mot-valise inventé par Apollinaire en 1918 à partir des mots calligraphie et idéogramme pour désigner un poème dans lequel la forme visuelle des vers évoque un dessin ou une représentation graphique. L’absence de ponctuation et la disposition de certains vers dans Alcools amorcent cette réflexion du vers dans l’espace de la page.

(8) Dans la seconde partie du poème « A la santé », on lit : « Ses rayons font sur mes vers / Les pitres ».

(9) Voici, extraits de « Zone », un exemple d’alexandrin régulier, « A la fin tu es las de ce monde ancien », et un exemple d’alexandrin dit « boiteux » à cause de l’ajout du verbe « roulent » qui augmentent le vers de deux syllabes en trop, « Des troupeaux d’autobus mugissants près de toi roulent ».

(10) On peut par exemple opposer la beauté lyrique des vers suivants du poème « Cors de chasse », « les souvenirs sont cors de chasse / Dont meurt le bruit parmi le vent », avec ceux étranges « Oiseau tranquille au vol inverse oiseau » de « Cortège ».

(11) On trouve dans le recueil de nombreux vers ambigus, tels que ces vers de « Marie » où le syntagme « Flocons de laine et ceux d’argent » pose problème syntaxiquement : « Les brebis s’en vont dans la neige / Flocons de laine et ceux d’argent / Des soldats passent et que n’ai-je ».

 

* * *

 

Bibliographie :

APOLLINAIRE, Guillaume, Alcools suivi de Le Bestiaire et Vitam impedere amori, [1913], Paris, Gallimard, « Poésie », 1969.

Guillaume Apollinaire Alcools , Littératures contemporaines, numéro 2, Klincksieck, 1996.

 


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Exposition : Harry Potter – A History of Magic

Vous êtes-vous remis de notre dernière escapade dans cet hôpital victorien niché au sommet d’une église ? Bien bien, reprenons notre périple sur le territoire anglais qui mène cette fois-ci dans l’une des bibliothèques les plus impressionnantes du royaume, la British Library. Cette noble institution ne constitue pas le sujet principal de cet article (j’y consacrerai un autre billet, si vous êtes intéressés), mais je me permets tout de même de vous y envoyer pour une expérience hors du commun. En effet, au moment où je rédige ces lignes, une exposition bien particulière a aménagé ses quartiers au cœur de ce bâtiment illustre, pour le plus grand bonheur des dénommés Potterheads. Je pense que vous avez très facilement deviné le sujet de ce reportage.

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Harry Potter – A History of Magic fait partie de ses expositions attendues au tournant en cette fin d’année. Contrairement à l’exposition itinérante Harry Potter : The Exhibition et à The Making of Harry Potter – Studio Tour London, toutes deux axées sur l’adaptation cinématographique des romans, l’exposition de la British Library propose une toute autre formule pour le moins singulière, mise en place à l’occasion des vingt ans de la publication de Harry Potter et la Pierre Philosophale (Harry Potter and the Philosopher’s Stone).

Tout cela ne nous rajeunit absolument pas… Mais je digresse, venons-en aux faits.

Après quelques péripéties logistiques pour retrouver le chemin menant à la British Library, je me suis enfin rendue sur les lieux en question. Cet article est illustré à l’aide d’images officielles du site Pottermore, car les photographies sont malheureusement interdites pendant la visite.

Harry Potter – A History of Magic prend le pari audacieux de proposer un parcours consacré aux différentes disciplines enseignées à Poudlard et plus précisément, d’effectuer une comparaison entre l’univers imaginaire de J.K. Rowling et les éléments historiques ou folkloriques dont l’auteur a pu s’inspirer pour créer le monde magique d’Harry Potter.

L’exposition est donc découpée selon huit matières : Potions (Potions), Alchimie (Alchemy), Botanique (Herbology), Astronomie (Astronomy), Sortilèges ou Enchantements (Charms), Divination (Divination), Défense contre les Forces du Mal (Defense Against Dark Arts) et Soins aux Créatures Magiques (Care of Magical Creatures).

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The entrance to the British Library’s exhibition, Harry Potter: A History of Magic © JKR/Pottermore Ltd.™ Warner Bros.

Les organisateurs ont décidé d’illustrer chaque discipline avec des grimoires, des artefacts et autres écrits ou objets historiques qui ont pu servir de base et d’inspiration à l’élaboration du l’univers d’Harry Potter. Chaque élément est bien évidemment suivi d’une légende détaillée afin que les visiteurs puissent comprendre à quel point la magie et l’occultisme ont été présents dans notre monde – et le sont encore dans certaines civilisations, sous des formes très diverses.

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The Astronomy-themed room at the British Library’s exhibition, Harry Potter: A History of Magic © JKR/Pottermore Ltd.™ Warner Bros.
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The Potions-themed room at the British Library’s exhibition, Harry Potter: A History of Magic © JKR/Pottermore Ltd.™ Warner Bros.

Parmi les artefacts le plus intéressants, vous aurez par exemple la chance d’observer un véritable bézoard, semblable à celui qu’Harry a utilisé pour sauver Ron d’un empoisonnement certain. La véritable stèle ornant la tombe de Nicolas Flamel peut être admirée dans une vitrine (les conditions de sa découverte sont pour le moins cocasses). Le parchemin contenant toutes les instructions pour la fabrication d’une pierre philosophale peut également être consulté par les visiteurs. Étant donné que M. Flamel n’est plus de ce monde, je doute que la fabrication de cette pierre ait été un succès retentissant… Vous pourrez également examiner un véritable balai de sorcière, ainsi qu’un chaudron d’époque. Bon nombre de manuscrits et de traités de magie, de botanique, de médecine – on oublie souvent à quel point les frontières étaient ténues entre ces domaines avant l’avènement des sciences modernes – s’offrent aux regards ébahis des visiteurs. La plupart des écrits proviennent de la British Library, alors que les autres objets ont été parfois empruntés à d’autres musées, comme le British Museum (pour sa sirène japonaise) ou le Museum of Witchcraft and Magic.

A côté des reliques historiques, l’exposition comprend également des activités ludiques, très certainement destinées à un public plus jeune. Les plus curieux seront invités à concocter leur propre potion sélectionnée au hasard dans un grimoire. J’ai personnellement raté mon élixir de beauté, mais réussi ma potion pour éloigner les cauchemars, ce n’est pas un mal… Vous pourrez également vous faire tirer les cartes pour entrevoir votre avenir. Selon la prédiction, je suis une personne qui subira les conséquences de ses actions, à force d’ignorer les avertissements. Je vous assure qu’en général, je prends toujours en considération toutes les mises en garde… Soit. Ensuite, vous serez libres de consulter une carte stellaire qui vous enseignera tout sur les différentes constellations, ou d’écouter un chapitre des livres audio dans un des pots à mandragore tout droit issu de la serre du Professeur Chourave. Ces petits interludes dans une exposition qui est, disons-le, tout de même destinée à un public adulte féru d’histoire et de folklore, sont très rafraîchissants et sont rendus possibles par l’utilisation d’une technologique de pointe.

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The Divination-themed room at the British Library’s exhibition, Harry Potter: A History of Magic © JKR/Pottermore Ltd.™ Warner Bros.

Les organisateurs ont également intégré des éléments qui sont pour la plupart responsables de la longue attente à certains endroits du parcours. En effet, le public aura désormais la possibilité de voir de ses propres yeux le premier synopsis de la série envoyée à l’éditeur Bloomsbury, mais également la toute première critique du livre rendue par la fille de l’éditeur à l’époque. Cette petite note écrite de la main d’une enfant de huit ans a totalement changé la donne quant à l’avenir du livre Harry Potter. Plusieurs chapitres dactylographiés et annotés sont également exposés, avec les premiers jets manuscrits de l’auteur, les notes sur la conception des personnages, la répartition des matières enseignées par chaque professeur, ainsi que les croquis de l’architecture de Poudlard et de ses alentours.

Finalement, le public pourra admirer la beauté de l’univers graphique tout à fait unique de Jim Kay, chargé des illustrations dans l’édition originale des romans Harry Potter. Les croquis préparatoires, ainsi que les illustrations finales sont accrochés dans toutes les salles consacrées à une matière spécifique, chacune des pièces étant décorées avec soin pour une ambiance de circonstance.

Dans la toute dernière salle, vous pourrez admirer une maquette du décor utilisé pour la pièce de théâtre jouée en ce moment même dans le West End : Harry Potter et L’Enfant Maudit (Harry Potter and the Cursed Child), ainsi que le scénario dactylographié et annoté par J.K. Rowling du film Les Animaux Fantastiques (Fantastic Beasts and Where To Find Them).

Détailler point par point la totalité de ce que j’ai pu voir dans cette exposition serait aussi compliqué qu’inutile. Je vous invite plutôt à venir sur place ou à acheter le(s) catalogue(s) de l’exposition si ce voyage se révèle trop onéreux ou compliqué.

 

Le catalogue pour enfants est une version « allégée » de l’édition pour adultes, avec une couverture souple et une formule plus ludique. C’est l’édition que j’ai personnellement achetée, car je la trouvais tout aussi bien illustrée que la version reliée et plus facile à transporter. Si vous désirez une édition avec une quantité très dense d’informations, choisissez le catalogue pour adultes.

 

Bande-annonce de l’exposition :

Premières images de l’exposition (Time Out London) :

Quelques recommandations pratiques pour le bon déroulement de votre visite :

– L’exposition peut être réalisée en 1h ou 1h30, les entrées se font par groupe selon une certaine plage horaire.

– Les week-ends sont souvent déjà complets, planifiez votre venue bien à l’avance.

– De nombreux événements consacrés à la magie, la sorcellerie, l’histoire, et surtout à l’univers d’Harry Potter sont également organisés dans le cadre de cette exposition. N’hésitez pas à consulter le site officiel.

– Armez-vous d’une massue de patience, certains visiteurs se permettent de lire chaque ligne des écriteaux ou des notes de l’auteur et sont à l’origine de bouchons intempestifs le long du parcours.

Lieu :
PACCAR Gallery
The British Library
96 Euston Road
London
NW1 2DB
United Kingdom

Dates : du 20 octobre 2017 au 28 février 2018.

Prix : 16£ (adulte), 8£ (étudiant et enfant moins de 18 ans)


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La sirène des suicides

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Diane de Clairbois en 1910.

Son charme magnétique fascinait les hommes, ses grands yeux verts promettaient l’amour, ses courbes parfaites et sa grande beauté furent des armes imparables. Elle s’appelait Diane de Clairbois et l’histoire a oublié l’une des plus fatales des courtisanes de la Belle Époque.

La chanson « La femme aux bijoux » lui rend un déchirant hommage, et stigmatise « son amour de l’argent et des bijoux dont elle aimait se parer, même nue » (4). Des goûts luxueux qui ne sont pas les seuls puisqu’elle affectionnait les ballets, les attelages, puis les premières automobiles de la Belle Époque, ainsi que les beaux hôtels particuliers (1).
Son mari, le comte Auguste de Clairbois se suicida d’une balle dans la tête à l’âge de vingt-six ans seulement, désespéré par une lionne (ainsi que l’on qualifiait ces courtisanes qui prétendaient dominer les hommes) qu’il avait cru dompter « après lui avoir légué sa fortune et ses deux hôtels particuliers du VIIIe arrondissement »(2). Un homme séduit, puis brisé par une séductrice impitoyable, comme tant d’autres infortunés. On dit, dans certains quotidiens (sans doute mal intentionnés), que le lendemain de ses funérailles, la veuve organisait déjà une soirée costumée où le tout Paris s’empressa (5).
Les journaux du lendemain racontèrent que la comtesse y avait officialisé son nouveau protecteur, André-Marie Riksa, d’origine russe. Le maillon d’une chaîne qui, quelques mois plus tard, fut broyé. Au bord de la ruine, abandonné, ruiné et désespéré par la courtisane qui entamait – du moins l’annonçait-elle, une période de solitude durant laquelle elle allait se couper du monde pour « rentrer en elle-même » (2).

La veuve joyeuse

Elle ne put visiblement y demeurer puisque trois semaines  après cette annonce tapageuse, elle se pressait à un ballet dans lequel s’illustrait l’une de ses meilleures amies, la gracieuse danseuse étoile Cléo de Mérode, qui partageait avec Diane une beauté fascinante.
Robert de Trévise, des banques Trévise, fondit sur la loge dans laquelle s’était installée la belle. Comme beaucoup d’hommes, il pensait être « le seul à pouvoir capturer la précieuse Diane de Clairbois, et tenait ses prédécesseurs pour de piètres pantins. Quoi, lui qui avait cuit et recuit au feu de toutes les prostitutions Parisiennes ! » (5) Lui seul aurait l’étoffe de résister au charme corrosif de la comtesse, qui avait déjà envoyé plusieurs messieurs dans la tombe. Pour l’anecdote, quelques duels avec comme enjeu la bienveillance de certaines maîtresses, avaient déjà eu lieu avec, à la clé, un mort en trophée pour l’élue et Trévise. Funeste palmarès !

Diane de Clairbois accueillit Robert de Trévise courtoisement et la fixité de ses yeux verts acheva visiblement de le convaincre qu’il devait posséder cette femme (7). Bien mal lui en pris ! Trévise, qui était alors un homme de quarante-sept ans dans la force de l’âge, un «viveur» « comme on appelait alors les gens qui avaient assez de santé pour courir les cabarets et les bordels chaque soir, ne se doutait pas qu’il compromettait grandement son avenir et son nom »(1). Quoi qu’il en soit, la soirée s’acheva fort sereinement puisqu’à l’issue du ballet et des salutations à la délicate Cléo de Mérode dans sa loge, « Trévise raccompagna la comtesse de Clairbois jusqu’à son hôtel particulier » (7).
Nul ne sait quels mots furent échangés dans le fiacre N°1296 (Trévise se souvient précisément du numéro dans ses Mémoires (7)), mais de nombreux témoins attestèrent un changement de caractère brutal. Homme avisé et réfléchi, il avait coutume de ne jamais prendre ses décisions rapidement et de toujours analyser les situations froidement.
Pourtant, quelques jours après sa rencontre avec Diane, il devint irascible, sanguin, empressé, impatient : « Il fit perdre à sa banque plusieurs millions de francs en quelques heures et alla à l’encontre de ses conseillers qui ne comprenaient pas quelle mouche avait piqué cet homme autrefois si réfléchi. Il commença à disparaître subitement dans la journée et quitter son bureau beaucoup plus tôt. On le voyait revenir le lendemain et l’on remarquait que ce dandy autrefois impeccable n’avait plus le col et les manchettes aussi blancs qu’à l’habitude. Ses yeux bleus autrefois perçants, se teintaient désormais de rouge. Un voile leur donnait l’air absent. De toute évidence, cet homme était sous emprise » (4).

Diane de Clairbois ne s’affichait pas avec Trévise, préférant la compagnie de jeunes artistes qu’elle accompagnait aux fêtes « bachiques » (5) organisées sur les hauteurs de Montmartre ou chez Liane de Pougy, la demi-mondaine qui aimait les femmes et les salades de fraises à l’éther.
C’est l’époque durant laquelle on la vit beaucoup au Lapin Agile, au Moulin Rouge et même au Mirliton, où elle ne remit plus les pieds après une diatribe d’Aristide Bruant sur ses amants… qui lui déplut. Elle semblait mener une vie de bohème dans des milieux qu’elle n’avait jamais fréquentés, « au grand désespoir de Trévise qui ne cessait de lui envoyer des invitations pour dîner dans le monde » (5).

Les folles soirées de la comtesse

Elle avait coutume de tenir salon une fois par mois et d’accueillir, comme c’était la mode alors, les artistes connus et méconnus : « Idole alanguie et parfumée, jetée au travers d’un divan, elle leur donnait durant quelques heures l’espoir qu’un jour elle serait à eux, distribuant un bon mot par-ci, un baiser par-là : vaguement dédaigneuse, parfaitement désirable, elle hypnotisait l’assemblée telle une mystérieuse prêtresse. Si l’un d’eux avait une histoire terrible à raconter, il avait parfois le privilège d’approcher un peu plus près pour caresser ses cheveux. » (5)
Trévise et les autres avant lui avaient eu vent de ces soirées puisque les amants de Diane n’y étaient pas conviés. Leur imagination faisait le reste et achevait de tourmenter les envoûtés, car les échos qui faisaient suite à ces fêtes étaient contradictoires. On les comparait souvent à celles de Nina de Villard, auxquelles on a longtemps prêté « des ripailles qui ne se terminaient pas toujours dignement » (8). Quoi qu’il en soit, les artistes qui s’y rendaient étaient heureux de pouvoir adorer une muse enchanteresse et oublier ainsi leurs tracas le temps d’une soirée ou d’une nuit.

Finalement, quelques mois plus tard et à la surprise générale, on aperçut la comtesse de Clairbois au bras de Robert de Trévise au théâtre Saint-Martin.
L’homme parut amaigri et livide, lui qui était d’habitude si coloré, si souriant. Mais il souriait tout de même « de ces sourires qui semblent faire souffrir. Diane quant à elle affichait une mine ennuyée et lassée, malgré la qualité de la représentation de Cyrano de Bergerac où Coquelin Ainé s’illustrait merveilleusement. » (4)
Célibataire, Trévise le devint davantage puisque ses maîtresses habituelles ne furent plus de ses sorties et que ses amis durent fréquenter les bordels sans sa compagnie. Ils l’accusèrent de fainéantise, aiguillonnèrent, mais rien n’y fit. Trévise, comme tant d’autres avant lui était obsédé, de ces obsessions qui vous privent sans doute de libre-arbitre et gouvernent votre vie. Pour la première fois depuis longtemps, il lui arrivait de passer des soirées seul chez lui ! (1)

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Elle, Gustav Adolf Mossa. 1906. « Diane fut ma Salomé, je fus son Jean-
Baptiste et j’aurai donné plus que ma tête pour
prolonger notre histoire. Parfois, elle m’évoquait
ce tableau de Mossa : « Elle »… Et me fascinait alors davantage. »
R. de Trévise.

La morsure du serpent

Diane de Clairbois avait accompli son œuvre, une fois de plus. Comment, par quel artifice ? Avant tout, « grâce au minois délicieux d’une jeune femme d’une trentaine d’années, désirable avec sa crinière fauve et ses jolies tâches de rousseur ; un teint de rose, un nez légèrement retroussé de gamine narquoise, et une bouche un peu grande, ornée des plus jolies dents. Des yeux verts, profonds, impénétrables, hypnotiques, semblaient promettre le paradis et lire dans votre âme comme dans un livre ouvert, causant une sensation de vertige et d’abandon », confia Trévise dans ses mémoires. (7)
On parlait alors de la Sirène des suicides : « Sa cambrure suggestive mettait en valeur une croupe des plus appétissantes. Son attrait rivalisait avec un charme que certains qualifièrent de « magnétique ». Les hommes se sentaient attirés de manière incompréhensible et comme les yeux de Méduse, ceux de Diane dominaient immédiatement leur volonté. » (5) On qualifia de nombreux sobriquets (« joujoux, pantins, valets… » (5)) les aventuriers, les titrés, les hommes d’affaire, les artistes, en un mot, les victimes, qui tombèrent dans ses griffes sans toujours avoir la bonne fortune d’en réchapper.

Robert de Trévise, après lui avoir offert un splendide Tilbury, des rivières de diamants, des robes de grands couturiers et sa somptueuse maison sur la Riviera, « fut remercié du jour au lendemain » (1). Il qualifia toujours sa brève liaison avec Diane de Clairbois de « plus belle aventure de sa vie » (7). Il ne dut pourtant sa survie qu’à un bon médecin qui sut diagnostiquer et soigner sa maladie assez tôt. Il s’exila en Suisse en sanatorium et y termina sa vie. Il écrivit à la fin : « Diane fut ma Salomé, je fus son Jean-Baptiste et j’aurais donné plus que ma tête pour prolonger notre histoire. Parfois, elle m’évoquait ce tableau de Adolf Mossa : Elle… Et me fascinait alors davantage. » (7)).
Après Robert de Trévise, ils furent encore nombreux à tomber sous le charme de Diane.
Athos de San Malato, le fameux maître d’arme italien, dut affronter son rival Louis Damotte dans l’un des derniers duels de la Belle Époque afin de gagner les faveurs de Diane (voir plus loin)… Qui le quitta  deux mois plus tard après l’avoir rendu fou d’amour. Au point qu’il regagna l’Italie, ferma sa salle d’armes et se retira du monde.

À plus de quarante ans, la belle jouissait toujours de son aura, et seule la Première Guerre Mondiale mit un terme à sa vénéneuse carrière de lionne, comme l’on surnommait alors les hétaïres flamboyantes de la Belle Epoque.
Elle disparut de la vie parisienne en 1914 pour s’exiler en Suisse et ne plus revenir . De nombreuses histoires circulèrent, mais aucune ne put être vérifiée et la
légende perdura. On la prétendit diseuse de bonne aventure, chanteuse, vagabonde, tenancière de maison close… (1)
On dit qu’elle écrivit ses mémoires dans les années 1930 mais que le manuscrit ne fut pas édité, les années folles ne prisant guère les vieilles gloires de la Belle Époque. Le texte, édifiant, serait actuellement aux mains d’un bibliophile Suisse.

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Pour ses beaux yeux

Le 28 janvier 1901, Athos de San Malato, maître d’armes italien et le professeur Damotte, maître d’armes français, s’affrontaient pour les beaux yeux de Diane de Clairbois. Quatre jours avant, les deux hommes avaient jouté verbalement pour se disputer les faveurs de la belle, qui avait mis un terme à la discussion en décidant qu’elle irait avec le vainqueur d’un match à l’épée.
Mais la situation empira le lendemain : alors qu’il était convenu de combattre avec pointe d’arrêt, des télégrammes échangés entre les deux hommes aggravèrent le différend et le match devint duel. athosIl fut convenu de s’affronter sans pointe d’arrêt. Athos de San Malato et le professeur Damotte se rendirent donc au Vélodrome du Parc des Princes de Boulogne le matin
du 28 janvier et le combat débuta devant le Tout Paris. Athos de San Malato se montra constamment préoccupé par la beauté de ses attitudes et apporta ainsi une certaine allure romantique, un peu théâtrale, qui peut-être au fond, n’était pas pour déplaire à Diane de Clairbois.
Le duel fut palpitant : Athos de San Malato montra de l’ardeur tandis que Louis Damotte fit preuve de simplicité, maître de lui devant les attaques furieuses et les cris de son adversaire. Il y eut quatre reprises. À la quatrième, Louis Damotte « fut atteint d’une blessure pénétrante de quatre centimètres en biais intéressant le grand dorsal et amenant une paralysie momentanée du bras » (L’Illustration N°2023 du 2 Février 1901). Le combat fut donc arrêté là et Athos de San Malato fut félicité. Il envoya un baiser à Diane de Clairbois puis entra dans la cabine où l’on pansait son adversaire pour lui serrer la main. Sitôt la porte ouverte, il l’embrassa dans un beau geste et fut applaudi. (7)

La femme aux bijoux

Paroles et musique de Ferdinand-Louis Bénech et d’Ernest Dumont (1912). On dit que la chanson est inspirée de Diane de Clairbois.

Quand il rencontra la jolie Ninon
Ce fut dans un bal au bois de Meudon
Au son d’une valse entraînante
Il sut captiver la charmante
Ils se séparèrent à la fin du jour
Ayant échangé des serments d’amour
Et lui, tout joyeux de sa bonne fortune disait :
« je suis l’amant de la plus belle des brunes ! »
Ses amis lui dirent « Halte-là !
Cette femme, tu ne la connais donc pas ? »
C’est la femme aux bijoux
Celle qui rend fou
C’est une enjôleuse
Tous ceux qui l’on aimée
Ont souffert, ont pleuré
Elle n’aime que l’argent
Se rit des serments
Prends garde à la gueuse !
Le cœur n’est qu’un joujou
Pour la femme aux bijoux
Il leur dit : « Vous êtes jaloux de mon bonheur
Parce que moi, j’ai su captiver son cœur »
Et sans compter pour la jolie
Notre amoureux, fit des folies
Sa maman lui dit : « tu perds la raison,
Tu vas te ruiner, mon pauvre garçon ».
Il lui répondit : Moi, je l’aime qu’importe !
Si ça ne te plaît pas, tiens voilà la porte ! »
La pauvre partit en pleurant :
On m’a pris le cœur de mon enfant !
C’est la femme aux bijoux
Celle qui rend fou
C’est une enjôleuse
Tous ceux qui l’on aimée
Ont souffert, ont pleuré
Ell’n’aime que l’argent
Se rit des serments
Prends garde à la gueuse !
Le cœur n’est qu’un joujou
Pour la femme aux bijoux
Quand il fut ruiné, la belle partit
En lui écrivant : « Adieu mon chéri
Notre amour était une folie
Il faut nous quitter, c’est la vie ! »
Il souffrit tellement qu’il ne put pleurer
Il se prit à rire d’un rire insensé !
Et c’est maintenant, poursuivant sa chimère
Un pauvre dément qui traîne sa misère !
Quand une femme passe devant lui
Il chante en fuyant dans la nuit :
C’est la femme aux bijoux
Celle qui rend fou
C’est une enjôleuse
Tous ceux qui l’on aimée
Ont souffert, ont pleuré
Ell’n’aime que l’argent
Se rit des serments
Prends garde à la gueuse !
Le cœur n’est qu’un joujou
Pour la femme aux bijoux

 

* * *

 

 

Bibliographie :

(1) Le mode de vie du grand monde Parisien : modalités et persistance d’un modèle culturel attractif (1900-1939), Alice Bernard.
(2) Souvenirs de la vie littéraire et politique, Albert Kaim.
(3) Le mouvement poétique français de 1867 à 1900, Catulle Mendès.
(4) Souvenirs de la vie mondaine (1900), Abel Hermant.
(5) J’en ai vu des choses !, Louis Merlin.
(6) L’Illustration N°2023 du 2 Février 1901.
(7) Mémoires, Robert de Trévise.
(8) La maison de la vieille, Catulle Mendes.

 


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Exodes, de Jean-Marc Ligny.

A46205Jean-Marc Ligny est un auteur français de science-fiction. Il a écrit plus d’une quarantaine de livres et reçu de nombreux prix. Exodes a d’abord été publié aux éditions de  l’Atalante et a reçu le Prix Européens aux Utopiales de 2013. Je me suis procuré ce roman en format de poche, et j’ai été immédiatement happée par la force de l’univers et l’écriture si particulière de son auteur.

Roman d’anticipation tellement réaliste que c’en est effrayant, Jean-Marc Ligny dresse le portrait d’un monde en pleine apocalypse : le réchauffement climatique qui mène à des guerres d’immigrations, la disparition de presque toutes les espèces animales, de l’eau potable, les plus riches qui s’abritent dans des enclaves -sortes de dômes haute technologie permettant d’arrêter les rayons meurtriers du soleil, tenant à distance les plus pauvres, qui deviennent soit des survivants en quête du peu qu’ils trouvent à manger et boire, soit des mangemorts (des affamés qui finissent cannibales et attaquent tout ce qui bouge et ne bouge plus), soit des boutefeux (nihilisme suprême, éradiquer l’homme et tout ce qui va avec en cramant tout sur leur passage). Dans ce monde hostile, on suit plusieurs personnages, dont Pradeesh Gorayan, un scientifique qui travaille pour les dirigeants des enclaves ; Fernando, jeune espagnol qui se fera entraîner par des boutefeux et sa mère Mercedes Sanchez, dévote qui partira à sa recherche avec courage malgré son paludisme ; Paula Rossi et ses deux enfants, qui fuient l’Italie à la recherche d’un médecin pour soigner le cadet malade ; Olaf Eriksson et sa femme, qui vivent dans un village de pêcheurs en Norvège, au bord de la guerre civile, etc.

Jean-Marc Ligny nous décrit un monde désespéré, cynique et au bord du gouffre. Et pourtant, les protagonistes sont avides d’espoir. Entre Mercedes alimentée par sa foi en Dieu, Paula par son devoir de mère, ou encore Pradeesh par son travail scientifique, tous ont un but, celui de vivre le plus longtemps possible sur cette planète mourante, de faire un peu de bien autour d’eux malgré la méfiance inhérente à la vie de vagabond affamé. La plume mordante de l’auteur ajoute à l’intensité des atmosphères, et l’angoisse monte petit à petit au fur et à mesure de la lecture. On ne peut s’empêcher de faire des parallèles avec notre monde actuel, dirigé par une masse abêtie et avide, et d’y voir un avertissement, que nous connaissons pourtant au plus profond de nous-mêmes, mais que nous ignorons par lâcheté ou incompréhension : si nous ne faisons pas plus attention à notre environnement, c’est nous-mêmes que nous tuons. Le monde apocalyptique de Ligny démontre par petites phrases acérées ici et là que ce n’est pas tant à cause du climat inhospitalier que l’humanité se meure, mais parce qu’elle ne s’entraide pas. A méditer donc…

Exodes, de Jean-Marc Ligny, éd. Gallimard, coll. Folio SF.

 


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Les splendeurs d’Anders Zorn

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Le buisson.

Depuis le 15 septembre, le Petit Palais à Paris rend hommage à Anders Zorn, peintre suédois des XIXe XXe siècles, par une exposition réunissant près de 150 œuvres de l’artiste. Une rétrospective chronologique, respectant les périodes picturales de Zorn : ses débuts comme jeune prodige à l’académie de Stockholm, ses aquarelles somptueuses dont sa « période aquatique », ses huiles sur toile qui font le tour du monde avec ses portraits de personnalités, son retour à la terre et ses peintures de genres, puis son intérêt pour le nu mêlé à la photographie ; le tout entrecoupé d’eaux-fortes, souvent des esquisses de peintures, mais aussi des portraits de collègues artistes. Je suis allée voir cette exposition sans attendre grand chose, parce que je ne connaissais pas du tout ce peintre, et j’ai été plus que ravie ! La scénographie est bien faite, le décor à la nordique est sobre et met les toiles en valeur, le tout donne une impression de paisibilité, propice à la contemplation.

Anders Zorn est né à Mora, en Suède, en 1860. Il n’a jamais connu son père, mais hérite malgré tout d’un certain pécule, lui permettant d’entrer à l’Académie Royale des Beaux Arts de Stockholm à l’âge de 15 ans. Il se fait rapidement une réputation de prodige et son aquarelle En Deuil (1880) est exposée à la présentation annuelle de l’Académie. Il se fait remarquer et la bonne société suédoise se met alors à lui commander des portraits.
Il rencontre en 1881 celle qui sera son épouse : Emma Lamm, et ils se marieront quatre ans plus tard, après ses séjours en Angleterre et en Espagne. Ces voyages lui permettent d’affiner sa technique de l’aquarelle. Il s’applique à travailler la lumière, ses reflets dans l’eau, et plusieurs de ses tableaux sont pour cela de vrais chefs-d’œuvre, comme

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Vacances d’été.

Vacances d’été, magnifique aquarelle qui nous happe au premier regard. Les Zorn voyagent en Méditerranée où ils parcourent l’Espagne, l’Algérie, la Grèce, et en Angleterre, où ils habitent le temps d’un hiver en Cornouailles. C’est à ce moment qu’Anders commence la peinture à l’huile.
En 1888 ils s’installe avec sa femme pendant huit ans à Paris, et fréquente les impressionnistes. Manet, Millet, Degas l’inspirent, et sa peinture se tourne vers le nu, dont En plein air (~1890). Lors de l’Exposition Universelle en 1889, il est décoré de la Légion d’Honneur pour son œuvre. En 1893 il est choisi par la Suède comme directeur de l’art suédois représenté à l’Exposition Universelle de Chicago. Il profitera d’une année aux États-Unis pour visiter, peindre et faire le portrait de personnalités mondaines ou politiques comme le Président Théodore Roosevelt.
En 1896, les Zorn retournent habiter en Suède, à Mora. Anders s’intéresse au folklore de son pays natal, aux traditions, et plusieurs de ses peintures dépeignent la vie rurale. On aperçoit des paysannes faisant le pain, des jeunes filles nues au bain, des chalets rustiques, diverses fêtes représentées comme la Fête de la Saint Jean (1897), etc. Zorn est

Anders Zorn: Midsommardans.NM 1603
Fête de la Saint Jean.

tellement connu que des membres de la famille royale de Suède lui commandent leurs portraits. Il retourne à Paris en 1906 pour l’exposition de 166 de ses œuvres. A partir de 1910, il se concentre sur sa technique picturale, et son Autoportrait en rouge naît. Il s’adonne également beaucoup à la gravure, et sa dextérité ajoute à sa célébrité. On peut observer de nombreux portraits d’hommes dont le roi de Suède Oscar II, le peintre Liebermann, Verlaine, et divers nus, scènes de Paris la nuit, etc.
Il décède le 22 août 1920 âgé de 60 ans et est enterré dans le cimetière de Mora. Sa femme lui survit encore 21 ans, et s’appliquera pendant ce temps à ouvrir un musée dédié à l’œuvre de feu son mari.

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Autoportrait en rouge.
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La gardienne de vaches.
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En plein air.

L’œuvre de Zorn est magistrale à plus d’un titre : l’hyper réalisme de ses peintures, malgré les coups de pinceaux qui, de près, semblent grossiers et aléatoires, ses aquarelles qui rendent si fidèlement la lumière qui se joue de l’eau, ses eaux-fortes tellement bien faites qu’on en dirait des photographies ; tout cela démontre un talent inné, qui a d’ailleurs grandi hors des sentiers battus de l’Académie de Stockholm, lors des voyages en Europe, dans les pays méditerranéens et aux États-Unis. Zorn s’adonnait beaucoup à la photographie, et l’on peut soupçonner que cela l’a beaucoup aidé pour nombre de ses travaux, dont ses eaux-fortes et ses nus dans la nature. Il faisait cependant beaucoup de portraits en peignant à l’instinct, par de larges coups de pinceaux sans travaux préparatoires, directement chez les commanditaires. Zorn fait partie des portraitistes les plus recherchés du XIXe siècle.
Les 150 œuvres exposées au Petit Palais ont été prêtées par le musée Zorn de Mora et le Nationalmueum de Sotckholm, ainsi que par la BNF, qui possède une grande collection d’eaux-fortes de l’artiste.

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Les Waltz.
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Portrait d’Elizabeth Sherman Cameron.
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Femme nue arrangeant ses cheveux.

 

Voici quelques gravures, autrement appelées eaux-fortes :

 

 

⇒ Exposition du 15 septembre au 17 décembre 2017.

 

 

* * *

 

Sources :

Artefields.de : Anders Zorn, l’hyper réalisme des sensations.
Enkidoublog.com, De paysage en paysage : Anders Zorn, peintre suédois (1860-1920) : les jeux de lumière sur l’eau et la peau… – Biographie (I)
Petitpalais.paris.fr : Anders Zorn, le maître de la peinture suédois, dossier de presse.
Archive.org : Exposition Anders Zorn : peintures, eaux-fortes, aquarelles et sculptures : catalogue des oeuvres exposées (17 mai-16 juin 1906), Galeries Durand-Ruel.
Gallica.bnf.fr : estampes et gravures.

 


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